Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 22 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 22

 

Rafael

 

Je souffle aussi fort que si j’effectuais un marathon de vingt kilomètres.

En traversant les jardins de Murillo, je ralentis le rythme en me promettant de reprendre un footing quotidien. Je n’ai pas couru depuis le fameux jour où Lola m’a jeté dehors comme un vaurien. Depuis ce jour, je n’ai pas réussi à tenir un pinceau.

Un point de côté me pique le flanc droit. Je m'arrête, pose mes mains de part et d’autre de mes côtes et me penche en avant en soufflant longuement. Je réitère ce geste trois ou quatre fois, puis j’enchaîne avec une séance d'étirement. Les écouteurs toujours enfoncés dans les oreilles, je profite de la douceur des températures, je suis conscient qu’il pleut à Paris. Caro m'a dit que les horaires s’accommoderont bientôt à la chaleur estivale, nous ne pourrons plus travailler en début d'après-midi, il faudra s’adapter en fermant plus tard le soir.

Caro, je revois sa mine affligée en découvrant l’état de l'appartement. J'étais mortifié quand elle a été dénichée une pile de draps pour la mettre sous ses fesses en guise de coussin. Nous avons dîné assis à même le sol, autour de la table basse. Je n'ai même pas de mobilier décent pour l'inviter convenablement. Quelle honte ! Heureusement, le poulet basquaise à rattraper le coup, elle s'est régalée.

Elle m’a proposé son aide pour dégager la chambre. J’ai d'abord refusé, puis je me suis ravisé. Après tout, pourquoi pas ? Cela me donnera une excuse pour la revoir et pour passer du temps auprès d'elle.

Le dîner terminé, je l’ai raccompagnée sagement devant sa porte. Au

moment de prendre congé, elle s’est hissée sur la pointe des pieds et a déposé un doux baiser au coin de ma bouche. Machinalement, mes doigts effleurent l’endroit où ses lèvres se sont posées. Cette fois, aucun voilage de la maison parentale n’a virevolté inopinément.

En empruntant la Calle Primienta, la musique est interrompue par une communication entrante. Le visage d’Olivier s’affiche sur mon écran. Je m’empresse de prendre l’appel, heureux d’avoir enfin de ses nouvelles.

— J’ai cru que tu étais mort, pourquoi ne m’as-tu pas répondu plus tôt ?

— Quel accueil ! Tranquillise-toi, je suis toujours vivant. Je ne t’ai pas rappelé, car nous étions partis quelques jours. Emma avait besoin de se changer les idées. Et hier, je n’ai pas vu le jour au boulot.

J’arrête de marcher, soucieux.

— Quelque chose ne va pas ? Ce n’est pas le bébé, rassure-moi.

— Non, ne t’inquiète pas. Alors, raconte, tu as décidé de rester finalement ?

J’éprouve une sensation étrange, il me cache quelque chose. Il réagit trop vivement et élude le sujet en orientant la discussion sur moi, exactement comme la fait Caro lundi soir, lorsqu’elle a refusé de me parler de sa réunion de travail.

Je n’insiste pas et lui relate la raison de mon revirement. Je tiens à aider

Manolo, Olivier comprend, mais il renâcle en apprenant l’existence des Cortès.

— Dans quel pétrin vas-tu encore te fourrer ? râle-t-il. Je suis à des kilomètres, je ne pourrais pas te filer un coup de main si ça tourne à l’aigre.

— Je ne cherche pas les ennuis, je veux juste soutenir un ami. Quant aux Cortès, j’ignore s’ils ont déjà contacté Manolo, c’est Caro qui m’en a parlé.

Je me rends compte de ma bourde dès que j’ai prononcé le prénom de mon accompagnatrice préférée.

— Caro ? Qui est-ce ? Je comprends mieux pourquoi tu restes là-bas. Ce n’est pas le vieux cafetier qui te retient, n’est-ce pas ? raille-t-il.

A-t-il raison ? Lui aurais-je proposé mon aide s’il n’y avait pas Caro ? Franchement, je n’en sais rien.

Cela n’empêche pas que le ton sarcastique d’Olivier m’agace.

— Pourquoi ? Tu es jaloux ? C’est pourtant toi qui me conseillais de me mettre au vert quelque temps et de tenter l’aventure à Séville.

— Ouh là, ne te fâche pas ! En réalité, je m’inquiète pour toi et tu me manques.

Je ne m’attendais pas à un tel aveu. Lui aussi me manque, cependant Olivier a désormais Emma et bientôt un bambin. Je ne veux pas m’immiscer dans sa vie et devenir le célibataire "boulet" que l’on invite plus par pitié que par plaisir.

— Ce n’est pas toi qui me serinais que Séville n’était qu’à trois heures de vol de Paris et que c’était plus rapide que de descendre en voiture dans le sud de la France ?

— C’est vrai.

— Rien ne t’empêche de venir passer un week-end ou une semaine si le cœur t’en dit, avec Emma cela va sans dire, m’empressé-je d’ajouter.

— Je vais y réfléchir, mais je doute que tu puisses nous accueillir chez ton père, tu as vu l’état de l’appart ? Je ne sais pas comment tu fais pour vivre là-dedans.

— Je suis en train de le refaire, réponds-je un peu trop sèchement.

C’est vrai, quoi ! Sa remarque est vexante. Je n’y suis pour rien s'il était bordélique, et qu’il entassait tout.

— Tu n’as jamais tenu une perceuse de ta vie, pouffe-t-il.

— Eh bien, j’apprendrais. Il n’est jamais trop tard pour apprendre, n’est-ce pas ?

— Tout doux, Rafa, je ne voulais pas te vexer, mec. Bon, j’ai récupéré tes toiles, c’est vrai qu’elles ont morflé. Ta voisine…

— Ex-voisine.

— Oui, ex-voisine si tu y tiens. Bref, elle ne désirait pas me les restituer. C’est un sacré phénomène cette grand-mère, je comprends pourquoi tu frôlais les murs en rentrant chez toi. Elle m’a questionné comme un agent de la CIA et a fini par me demander un justificatif pour lui prouver mon identité. J’ai proposé de sonner à la porte d’en face. Lola aurait pu lui confirmer que nous nous connaissions, elle a refusé et m’a tout rendu.

— Comment va-t-elle ?

— Qui ? Lola ou le chien de garde qui habite sur le même palier ?

— Je vois que tu es en grande forme. Je parlais de Lola.

Un blanc s’éternise au bout de la ligne.

— Tu es toujours là ? m’enquiers-je au bout d’un moment.

— Oui, oui. À vrai dire, on n’a plus trop de nouvelles. C’est pour cela que j’ai emmené Emma au bord de la mer, je souhaitais lui remonter le moral.

Merde, je ne pensais pas qu’elle laisserait tomber sa meilleure amie à cause de moi. Maintenant, je m’en veux à mort.

— Je suis désolé, je n’imaginais pas qu’elle rejetterait Emma à cause de moi. Elle n’était plus pareille depuis Noël.

Olivier soupire bruyamment.

— Nous en avons longuement discuté durant ces trois jours, Emma a admis que sa copine était étrange depuis un moment. Je suppose que ça lui passera. Bien, je dois retourner bosser, on se rappelle bientôt. Et surtout pas d’imprudence avec ton clan de mafioso, je ne tiens pas à te retrouver entre deux planches.

— Je suis en Espagne, pas en Italie.

Il n’a pas entendu, il avait déjà raccroché.

Un sourire aux lèvres, je regagne la place. En parlant de gang, il est grand temps que je sache si Manolo a été contacté par cette clique d’escrocs. 

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