Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 38 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 38

Rafael

 

Nous descendons à pied La Calle Primienta, un taxi nous attend sur le

boulevard. J’évite de regarder en direction du square et plus particulièrement le banc préféré de Caro, je sens déjà les yeux me picoter, alors je rive mon regard au sol pour ne pas éveiller l’attention sur moi. Olivier en remettrait une couche, je ne suis pas sûr de le supporter, je suis assez mal comme ça !

Je me tasse derrière le conducteur et fixe mon attention sur le paysage.

Je ne pense pas revenir dans cette ville, la tentation de retrouver la femme que j’aime serait trop forte.

Nous arrivons à l’aéroport en avance, Emma propose de s’asseoir et de

boire un verre. Son mari acquiesce en regardant partout autour de lui, à la recherche de je ne sais quoi.

Je la remarque avant de passer la sécurité, une bonne heure plus tard. Ses cheveux sont attachés de façon comparable à la première fois que je l’ai vue. Elle scrute la foule rehaussée sur la pointe de ses pieds.

Olivier suit mon regard et me pousse dans sa direction d’une pression

dans le dos.

— Va lui parler, nous te gardons une place dans la file… ou pas.

Ses yeux sont tristes, elle ébauche un sourire timide en me voyant avancer vers elle. Je prends une grande inspiration pour me donner le courage de réaliser ce que j’ai à faire, je voulais nous éviter ça.

Mon cœur s’émiette au fur et à mesure que mes pas nous rapprochent

l’un de l’autre. Son sourire n’est plus qu’un souvenir lorsque je me poste devant elle. Elle a compris.

— Salut.

— Salut.

— Alors comme ça, tu pars sans me dire au revoir, ironise-t-elle d’une voix chevrotante.

— Qu’est-ce que tu fais là, Caro ? Tu devrais être encore à l’hôpital.

La déception se lit dans ses prunelles.

— J’ai signé une décharge afin d’honorer ton rendez-vous.

Devant ma moue septique, elle enchaîne :

— Tu m’as envoyé un SMS, ce matin.

Mon manque de réaction l’oblige à fureter dans son sac à la recherche de l’objet en question qu’elle me brandit devant le nez. Je lis le numéro du vol et l’heure de décollage. Il ne faut pas être devin pour comprendre que c'est un coup d'Olivier. J’avais oublié mon portable ce matin, je m’en suis aperçu au café, pendant que je discutais avec le propriétaire des lieux, c'était juste après notre altercation. C'est lui qui est à l'origine de ce message, pas moi.

— Je suis désolé, ce n’est pas moi qui te l’ai envoyé, déclaré-je en lui rendant son bien.

— C’est qui ? Le pape ?

Elle ne me croit pas.

— Je suppose qu’il s’agit d’Olivier. J’avais oublié mon téléphone ce matin, il a dû en profiter pour te transmettre les informations sur le vol.

Son visage se décompose.

— Alors, c’est fini. Tu te sauves comme un voleur.

Sa voix n’est qu’un murmure, je sens mes défenses s’ébranler.

— C’est à cause de mon silence, c’est ça ? Uniquement parce que je n’ai pas répondu à tes messages ? J’allais justement te parler le matin où j’ai été enlevée.

Il me serait facile de la laisser s’accuser à tort ou de lui faire croire que tout est sa faute. Seulement, je ne souhaite pas qu’elle se reproche notre rupture.

— Tu n’y es pour rien, Caro.

— Ton pays te manque, c’est ça ? Je peux demander quelques jours et t’accompagner si tu veux, après tout, je suis en convalescence.

Je jette un œil par-dessus mon épaule, la file d’attente avance, je dois abréger ces adieux.

— Je repars définitivement Caro, je ne reviendrais pas. D’ailleurs, il va falloir que j’y aille.

— Je ne comprends pas, Rafael. Tu te plaisais parmi nous, nous avions des projets…

— Au revoir, Caro. Prends soin de toi. Je te souhaite le meilleur.

Je fuis avant de fondre devant son visage défait et inondé de larmes. En cet instant, je me déteste. Je me remémore ses traits dissimulés derrière le masque à oxygène, son corps inerte étendu sur la civière pour me donner le courage de la quitter. Je me penche vers elle et emprisonne la fragrance de son parfum pour me la rappeler le plus longtemps possible. Elle ferme les paupières, je dépose un baiser sur ses joues mouillées, pas très loin des commissures de ses lèvres.

Caro demeure stoïque, les yeux clos et les bras ballants. Je m’éloigne

d’elle, le cœur brisé.

— C’est à cause d’elle, n’est-ce pas ? Tu vas la retrouver, crie-t-elle, acerbe.

Après tout, il est préférable qu’elle pense que je la quitte pour Lola, elle m’oubliera plus facilement.

Je lève la main avec désinvolture en guise de réponse. Je ne me retourne

pas, elle verrait mes larmes et s’apercevrait que mon désarroi est comparable au sien. Je l’aime tellement que je me sacrifie pour la sauver.

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