Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 25 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 25

 

Rafael

 

Mon visage pivote vers ma passagère. Elle offre son ravissant minois au soleil, profitant ainsi des premiers rayons printaniers.

Le vent s’engouffre par le carreau entrouvert. Ses yeux sont fermés et

ses cheveux lâchés dansent autour d’elle, fouettant par moment son visage. L’envie me prend de tendre le bras pour repousser une mèche récalcitrante. Elle est belle, je ne me lasse pas de la regarder.

Vendredi, elle est arrivée avec son éternel enthousiasme retrouvé. Nous n’avons pas reparlé de la soirée de la veille ni de mon baiser avorté.

Carla et son mari nous ont rejoints peu de temps après. Alvaro avait

stationné dans une rue ouverte à la circulation assez proche de chez moi, et le balai des cartons a commencé.

Caro est reparti en leur compagnie, après m’avoir averti qu’elle ne

pourrait pas me rendre visite le lendemain. J’ai dissimulé ma déception du mieux possible, les yeux perçants de sa sœur étaient rivés sur moi.

Caro ouvre un œil.

— Regarde la route, je tiens à arriver en un seul morceau.

— Tu es tellement ravissante que j’ai du mal à ne pas te contempler.

Elle éclate d’un rire franc, cristallin.

— Le stress te fait dire n’importe quoi ! Concentre-toi sur la conduite, s’il te plaît.

Ne désirant pas l’irriter, je prends sa remontrance sur le ton de la plaisanterie. Après tout, elle n’était nullement obligée de m’accompagner. Je ne souhaite pas la contrarier, alors qu’elle m’a confié appréhender cette journée et la rencontre avec ma mère. Je me concentre donc sur la conduite.

Je n’ai pas informé Olivier des nouvelles turbulences qui secouent mon

existence. Je n’en ai pas eu le temps, entre le travail au café et mes soirées occupées à vider l’appart.

Nous arrivons sur Malaga en fin de matinée, j’emprunte la voie menant au quartier populaire où se situe le logement de ma mère. Pendant la première partie du voyage, je lui ai raconté mon enfance et les tourments rencontrés par celle qui m’a élevé pour nous offrir une vie meilleure.

J’écoute ensuite d’une oreille distraite les précisions de mon accompagnatrice préférée. Elle m’explique qu’elle venait souvent ici lorsqu’elle travaillait pour les tours opérateurs. Elle me décrit la cathédrale et les rues piétonnes l’entourant ainsi que le musée Picasso. Elle réussit à piquer ma curiosité. Je lui pose quelques questions à ce propos, me doutant que nous n’aurons pas le temps de le visiter aujourd’hui. Il nous faudra revenir.

Mon cœur bat un peu plus vite lorsque j’enclenche le clignotant et tourne dans une petite rue sur la droite. Je me gare devant un immeuble datant des années 70. Je repère une femme sur son balcon avant d’arrêter le moteur : ma mère.

Elle nous fait de grands signes au moment où nous nous extirpons de nos sièges. Caro contourne le véhicule et vient me rejoindre sur le trottoir et m’insuffle un peu de courage en posant sa main sur la mienne.

— Ça va aller, ne t’inquiète pas, tente-t-elle de me rassurer.

Je n’en mène pas large en tirant la porte pour l’inviter à me précéder dans le hall d’entrée.

Nous montons en silence jusqu’au premier étage du bâtiment qui en

comporte trois. Il n’y a pas d’ascenseur, mais les communs sont propres et la peinture refaite récemment. Maman guette notre arrivée depuis son palier, un grand sourire aux lèvres. Elle n’attend pas que je gravisse la dernière marche pour me presser contre elle. Chaque fois que je lui rends visite, elle m’accueille avec chaleur et émotion, peu importe le temps écoulé depuis notre précédente rencontre.

Elle desserre son étreinte et reporte son attention vers Caro, restez en

retrait derrière moi.

— Tu ne nous présentes pas, Rafael ?

Je m’exécute en passant mon bras autour des épaules de mon amie qui n’en mène pas large.

J’avais annoncé que je n’arriverais pas seul, sans plus de précision, ma

mère a dû supposer qu’il s’agissait d’Olivier venu en week-end. 

— Enchanté de faire votre connaissance, Madame, dit Caro en avançant la main.

— Madame ! Oh non, je vous en prie, appelez-moi Maria. Mais je suis une piètre hôtesse et manque à tous mes devoirs. Entrez, les enfants, nous n’allons tout de même pas faire connaissance sur le paillasson.

Nous pénétrons dans l’appartement en file indienne. Celui-ci est encore plus petit que celui que j’occupe actuellement, mais maman a eu le coup de cœur pour le balcon et ses modestes revenus ne lui permettaient pas d’acquérir un logement plus grand. Caro parcourt du regard la pièce principale avec un air ébahi sur le visage. C’est l’effet que fait l’intérieur de ma mère à quiconque le visite pour la première fois. Maria adore les teintes relevées et les tons chauds. Les murs sont tapissés d’un orange vif, un canapé jaune poussin où jonchent plusieurs coussins rouges est placé devant le balcon. Et encore, Caro n’a pas tout vu. Que dire des toilettes rose fuchsia et de la chambre vert pomme !

Nous prenons place sur le sofa, ma mère nous abandonne le temps d’aller chercher des rafraîchissements sans alcool. Caro n’en boit pas une goutte et je tiens à garder les idées claires. Elle revient munie d’un plateau avec trois verres qu’elle pose sur la table basse, ainsi que d’un plat d’amuse-bouches.

La maîtresse des lieux retourne une chaise et s’installe face à nous. Son regard virevolte de Caro à moi pour se fixer sur la jeune femme.

— Parlez-moi un peu de vous, mademoiselle.

— Je vous en prie, appelez-moi Caro. Que voulez-vous savoir ?

— J’ai bien peur que mon gredin de fils ne m’ait pas appris grand-chose vous concernant. Eh bien, Caro, vous pourriez commencer par me dire votre âge.

— Maman !

La femme qui m’a donné la vie reporte son attention sur moi.

— Il faut bien débuter par quelque chose, Rafa. Et puis, ton amie est assez grande pour repousser mes questions si celles-ci sont trop intrusives.

Je peux voir d’ici les rouages de son cerveau se mettre en branle.

— J’ai 30 ans, et rien à cacher.

— Parfait, parfait, s’enorgueillit-elle. Que faites-vous dans la vie, ma chère ?

— Je suis guide local, à Séville, répond fièrement la jolie brune assise à mes côtés.

— C’est très intéressant. Et c’est grâce à votre métier que vous avez fait la connaissance de mon garçon ?

— Rafa m’a apporté un gros soutien avec un groupe de touristes.

— Je n’ai pas fait grand-chose, déclaré-je.

Je relate cette journée où je suis allé à la chasse aux retraités égarés pour secourir leur accompagnatrice, tout en gardant sous silence que j’étais ravi d’avoir enfin l’occasion de l’aborder.

— Je te reconnais bien là, mon fils, toujours à aider ton prochain.

J’émets un grognement de protestation. Je m’attendais à beaucoup de choses en embarquant Caro avec moi, mais pas à ce que ma mère cherche à me vendre en vantant mes mérites.

— Je vais vous abandonner quelque instant, les casseroles m’appellent.

Notre hôtesse nous quitte, Caro se lève et lui emboîte le pas.

— Je vais vous aider, Maria. Dites-moi ce que je peux faire.

J’entends le son de leur voix me parvenir de la cuisine. La femme qui m’a donné la vie continue son inquisition, mais Caro répond volontiers à chacune de ses questions. J’ai tout de suite perçu que maman l’appréciait. Comment aurait-il pu en être autrement ? Caro est un soleil qui illumine l’existence des personnes qui ont la chance de croiser sa route.

Je les entends discuter avec plaisir, un rire gai me parvient, celui de ma mère. Ce n’est pas avec Lola qu’elle aurait plaisanté de cette façon. D’ailleurs, mon ex ne l’aurait pas rejoint en cuisine, elle serait restée les fesses collées au canapé.

Lola n’aimait pas ma mère qui le lui rendait bien. Les deux femmes se

supportaient à peine et n’ont jamais eu ce type de complicité.

Je suis trop préoccupé pour profiter pleinement de leur bonne entente.

J’appréhende la discussion qui va suivre et mon petit doigt me dit qu’elle va changer mon existence. Pour la première fois de ma vie, j’ai peur.

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