Rafael (French Edition)
Chapitre 37
Rafael
Je dépose mon sac de voyage dans le vestibule, puis reviens sur mes pas.
Olivier se tient près de la fenêtre, il regarde sa compagne s’éloigner. Emma est partie acheter quelques souvenirs pour offrir à leurs proches. En vérité, je la soupçonne d’avoir trouvé cette excuse pour nous laisser seuls. Depuis que je lui ai confié mes projets, Olivier n’a pas cessé de me rabâcher que je suis un idiot qui fait une connerie monumentale.
Je pensais tout abandonner derrière moi rapidement, j’avais tort. J’ai dû prendre contact avec une boîte d’intérim afin qu’il me trouve un successeur rapidement, je prendrais tous les frais à ma charge. Manolo n’a pas à pâtir de mes décisions, j’utiliserai l’argent de l’héritage pour couvrir le salaire de mon remplaçant.
Je n’ai pas eu le temps de rencontrer un agent immobilier, je veux
vendre le bien de mon père, mais pas à n’importe qui, et surtout pas aux Cortès. Tant pis, je le ferai depuis Paris. Le temps presse, Caro va quitter l’hôpital, je dois partir avant sinon je n’en aurais jamais le courage.
L’arrivée impromptue d’olivier et d’Emma m’a compliqué la tâche. J’ai été stupéfait de les trouver attablés au café après avoir abandonné Caro aux mains des ambulanciers. Ils voulaient me faire une surprise, on peut dire qu’ils ont choisi leur jour !
Manolo les avait débriefés des derniers rebondissements, j’ai pu leur
dévoiler la bonne nouvelle : Caro était saine et sauve.
Celui que je considère comme mon frère n’a pas été dupe longtemps, il
a compris que quelque chose ne tournait pas rond. Il a attendu le lendemain matin pour me parler et c’est là que je lui ai annoncé que je rentrais en France. Je lui en ai expliqué les raisons, mais Olivier reste sceptique.
Il s’arrache à sa contemplation et tourne la tête vers moi. À ses pieds gît encore la montagne de bouquins, je les avais retirés de la bibliothèque pour les regarder de plus près, imaginant bêtement qu’ils représentaient une cachette idéale. Ce satané diamant ne s’y trouvait pas et j’ai tout laissé en plan. Je n’ai pas eu le temps et encore moins le courage de les remettre en place. Une société de nettoyage interviendra et le fera pour moi.
Les jambes légèrement écartées, les mains sur les hanches, Olivier se détourne de la fenêtre et avance vers moi en se pinçant l’arête du nez, un tic qu’il a depuis l’enfance et qui se manifeste lorsqu’il est contrarié.
— Tu vas vraiment monter dans cet avion en abandonnant tout ça, dit-il en englobant d’un geste circulaire l’ensemble de la pièce.
Je devine qu’il ne parle pas uniquement du mobilier, et qu’il inclut également la jolie brune qui a ravi mon cœur.
— Oui, mais ma position tient toujours. Vous avez pris une semaine de vacances pour visiter Séville, il n’y a aucune raison pour que vous abrégiez votre séjour. Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez.
Olivier secoue la tête avec résignation.
— Toi et moi savons très bien ce qu’il en est. Je suis venu parce que ta copine avait disparu et que tu avais besoin d’un coup de main, mais laisse-moi te dire un truc, de toutes les conneries que tu as faites, celle-ci est la plus grosse. Si tu prends cet avion, tu le regretteras, mec.
— C’est la seule solution, sa famille est du même avis.
— Pfff… Arrête de rigoler. Tu parles de l’hystérique qui t’a abreuvé de tous les noms d’oiseaux hier ? Cette fille est barge. Elle est incapable de faire la part des choses.
— Elle a eu peur pour la vie de sa sœur et elle appréhende que cela se renouvelle. Je ne peux pas lui donner tort.
Les yeux de mon ami lancent des éclairs.
— Donc tu vas suivre l’exemple de ton père et disparaître sans lui donner la moindre explication.
— Elle s’en remettra, Carla m’a promis de prendre soin d’elle après mon départ.
— Tu l’abandonnes comme ça, dit-il en claquant des doigts. Tu ne lui demandes pas son avis ? Elle pourrait avoir son mot à dire, non ? Tu décides pour elle et ça, c’est moche.
— C’est mieux pour elle. Elle reprendra le fil de sa vie. Après tous, notre histoire n’était qu’une idylle de vacances, elle m’oubliera vite.
La discussion s’envenime, je préfère l’interrompre avant qu’elle ne dégénère en dispute. Je tente de battre en retraite, Olivier m’attrape par le bras et m’oblige à lui faire face.
— Répète-moi ça en me regardant dans les yeux.
Je me dégage brutalement. Je n’ai jamais vu mon ami aussi furax.
— Je vais faire mes adieux à Manolo.
À mon retour Emma est rentrée et Olivier paraît calmé. Nous mangeons un morceau en silence, puis ils s’enferment dans la chambre. Le vol est prévu à 17 h 20, nous devons néanmoins nous présenter à l’embarquement bien plus tôt. D’un commun accord nous avons décidé de partir vers 14 h afin de ne pas nous presser et d’éviter les risques liés à la circulation.
Je jette un dernier coup d’œil au logement en m’armant de courage. Quitter ce lieu ne va pas être facile, je m’étais familiarisé avec cet appart, je me sentais chez moi pour la première fois depuis longtemps. Le quartier me plaisait et j’y ai vite pris des habitudes. Manolo va me manquer, sans parler de Caro, je n’ose pas y penser !
Je la quitte pour son bien, mais mon cœur restera à Séville, près d’elle.
Mes amis libèrent la chambre avec leur valise. J’en profite pour investir le lieu une ultime fois.
Le lit me nargue. Nous nous sommes aimés, confiés, projetés dans
l’avenir dans ces draps. Je referme la porte sur ce futur impossible avant de craquer.
— Et ça, tu le refourgues aussi avec le reste, tonne-il en désignant du menton le portrait de ma mère.
Son ton est sec, cassant. Il n’a finalement pas décoléré et je regrette presque de voyager en sa compagnie.
— Bien sûr que non ! Je dirai à ma mère qu’elle vienne le chercher avant la vente. Ce tableau lui revient de droit.
Je descends l’escalier, manipule la grille de protection pour la dernière fois avec un nœud à travers la gorge.
Manolo nous guette depuis sa terrasse. Je lui ai expliqué les modalités
prises pour lui lors de ma visite de ce matin. Il a protesté pour la forme, mais j’ai tenu bon. Il n’a pas à subir ma défection.
Il vient vers nous en traînant la jambe, son état ne s’améliore pas ce qui
me culpabilise un peu plus. Il serre la main à mes amis avant de me donner une accolade. Je lui tends les trousseaux de clés, il en gardera un et fournira l’autre à la personne chargée des visites. Ses yeux sont humectés, les miens aussi.
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