Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 41 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 41

 

Caro

 

Assise en tailleur sur le sol, je détaille les plans de notre futur

appartement étalés autour de moi. Rafael m’a confié vouloir acheter la bâtisse appartenant à Manolo en viager. Je sentais qu’il se tramait quelque chose depuis quelque temps, je n’ai donc pas été étonnée quand il m’a dévoilé son projet : reprendre le bar à son compte. Rafael est fait pour cela, il évolue parmi les clients comme un poisson dans l’eau.

Cette acquisition a deux avantages majeurs, elle accroîtra la petite retraite du cafetier tout en lui accordant un accès derrière la caisse enregistreuse pour qu’il ne se retrouve pas isolé de toutes interactions sociales.

Rafa lui a également offert une chambre au sein de notre foyer. Manolo

a refusé arguant que ses genoux ne lui permettaient plus de gravir la vingtaine de marches pour parvenir à l’étage. Il recherche un plein pied. Carla a eu une idée de génie en proposant un échange d’hébergements. Manolo louera mon studio puisqu’il est désormais libre. Mes parents ont accepté sur le champ cette proposition, ils craignaient de vivre à côté de parfaits inconnus et d’éventuelles nuisances. Un loyer avantageux a été convenu entre les deux parties.

Manolo est ravi et nous aussi, cette solution nous évite de recouvrir à un

prêt bancaire pour l’achat les locaux et les travaux seront financés par l’héritage de son père.

Je lève le visage vers mon compagnon, il empaquette les livres de la bibliothèque dans des cartons tandis qu’Alvaro effectue des allers-retours vers la réserve qui deviendra un futur bureau. Une brèche sera ouverte entre les deux commerces pour n’en faire qu’un. La terrasse sera agrandie également et jonchera désormais le devant de l’ancienne boutique de souvenirs.

Je jette un coup d’œil à ma montre, il me reste encore un peu de temps avant d’aller chercher Sofia à l’école. Carla avait rendez-vous chez le médecin et ne voulait pas l’ajourner.

Rafael m’a convaincu d’accepter la main tendue de ma sœur et je ne le

regrette pas. Un soir, nous nous sommes rendus chez eux et Carla a fait amende honorable en multipliant les excuses, nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre.

— Si quelque chose te chagrine concernant le projet, il est encore temps de le changer.

Rafa me scrute intensément, un livre dans chaque main.

— Ce n’est pas cela.

— Mais…

— A-t-on vraiment besoin de commencer les travaux de l’appartement et du commerce simultanément ? Et puis, quatre chambres, ça fait un peu beaucoup, non ?

Rafael dépose les romans et enjambe le carton pour venir s’installer sur le sol, à côté de moi.

— Il y a une pièce qui fera office d’atelier, je n’ai pas peint depuis un certain temps, mais je compte bien m’y remettre. Quant aux travaux, je reconnais que ça va être le bazar pendant un moment, mais ensuite nous serons tranquilles pour avancer dans d’autres projets.

Il ponctue sa déclaration en déposant un baiser sur le bout de mon nez.

— D’autres projets ? Quels projets ?

— Eh bien, celui de peupler ce grand logement pour commencer. Tu as raison sur une chose, ma chérie, il serait dommage que ces chambres restent vides, tu ne crois pas ?

— Tu penses sérieusement à…

Je ne poursuis pas ma phrase, nous n’avons jamais évoqué cette éventualité. Il penche la tête sur le côté avec un éclat malicieux au fond du regard.

— Avoir des bébés, oui. Enfin, un pour débuter, ensuite nous verrons bien. Je ne te mets aucune pression, ce sera à ton rythme et seulement si tu te sens prête.

Alvaro apparaît sur le seuil de la porte, il observe le carton à moitié vide, puis Rafa assis sur le sol.

— Si vous voulez que tout soit fini ce soir, il va falloir arrêter de roucouler.

Ses yeux se posent sur le portrait de Maria.

— Et cette toile, ne serait-ce pas plus prudent de la mettre à l’abri ?

— J’avais prévu de le faire après en avoir terminé avec les bouquins. Je compte l’offrir à ma mère pour Noël.

— C’est une excellente idée, je suis certaine qu’elle sera ravie, approuvé-je.

— Dans ce cas, je te propose de nous en occuper pendant que je suis là, suggère mon beau-frère.

Rafa saute sur ses pieds et rejoint Alvaro. Les deux hommes s’affairent à décrocher la peinture du mur, ce qui ne paraît pas si simple que ça. Ils penchent le tableau pour la sortir de la pièce.

— Attendez ! Quelque chose est fixé au dos de la toile.

Ils la déposent sur le sol avec précaution. Rafa arrache ce qui semble être un courrier. Il en retire un feuillet et en prend connaissance silencieusement.

Il plaque la main contre son torse, paume vers le plafond, et renverse

l’enveloppe, un diamant aussi gros qu’une noisette échoue dans le creux de celle-ci.

— Le diamant ! s’exclame Alvaro ébahi. C’est la première fois que j’en contemple un de cette taille.

Nous nous regroupons autour de cette merveille et l’examinons à tour de rôle.

— Que dit le mot qui l’accompagnait ? demandé-je, en le contemplant de plus près.

— Mon père l’a retrouvé des années plus tard, en triant de vieilles affaires. Il était coincé dans les crampons des chaussures qu’il portait le jour du braquage et qu’il avait remisées dans un sac. Plus personne ne parlait de cette malheureuse histoire, le bijoutier avait été dédommagé et l’enquête était close. Il a donc décidé de le garder et de s’en servir qu’en cas d’absolue nécessité.

Alvaro me le prend des mains et le fait couler dans ses doigts, ses yeux brillent autant que la pierre.

— Qu’allez-vous en faire ?

Nous nous consultons du regard, et tombons d’accord sans échanger une parole.

— Le rendre à son propriétaire, répond mon compagnon. Ce diamant a causé assez de souffrance dans ma famille. Je tiens à le restituer pour conjurer la malédiction et vivre heureux pour le restant de mes jours.

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