Respire, bébé, respire !

JANVIER ANNIE · Chapitre 35 sur 65

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Respire, bébé, respire !

Chapitre 34 – Mon amour

Chapitre 34

Mon amour

 

Mon amour,

Comme je t’aime. Je te le dis sans cesse, on se le dit sans cesse.

Une chance que tu es là.

Il y a des affaires que je n’ose pas te dire, ni me dire à moi-même. Je les dis seulement à PC. Non, pas mon amant, mon « personal computer ».

Je ne sais pas si tu liras ce message un jour. Tu le liras si je meurs ou si je sombre dans la démence et qu’on fait des fouilles dans mon ordi. Il y a des affaires déjà écrites dans nos testaments, mais au cas… et il faudrait reparler du testament. Peut-être que je serais contente en chaise roulante, dans le fond.

Peut-être ne pas me débrancher dans ce cas-là.

Je ne sais pas si tu liras cette lettre qui n’est pas une lettre d’amour. Mais je ne peux pas te le dire de vive voix, tu penseras que je suis suicidaire et ce n’est pas vrai. Je ne veux pas t’inquiéter.

Je vois bien que, des fois, tu fais ton fort, alors souvent, je fais ma forte pour que tu puisses aussi t’écraser et laisser sortir le méchant.

Mais moi, je ne suis rien sans toi.

Mon granite.

Mon phare.

Mon Ironman de la néonat, qui connaît toute la science, et qui connaît notre fille presque aussi bien que Lorraine et Debbie.

Mon amoureux, mon âme sœur.

J’aime comme tu veilles sur elle, comme tu t’assures que tout est à jour, ses labos, ses rayons X. Et j’aime comme tu dis hypocritement : « I’m only the father », alors que tu vas dans ton bureau regarder ses rayons X incognito (mais je ne le dirai à personne).

J’aime comme tu t’assures toujours qu’elle a sa dose de sucrose avant les procédures.

J’aime que tu sois le bouledogue du lavage des mains.

J’aime comment tu la tiens contre toi pendant les séances de kangourou, celles qui durent longtemps. Elle est si bien dans tes bras. Vous êtes si beaux tous les deux. L’unité papa-bébé. Elle est tellement en sécurité comme ça.

J’aime quand tu lui dis que tu es un spécialiste mondial de l’apnée du nouveau-né et qu’elle devrait suivre tes cours.

Si quelque chose m’arrive, si je deviens vraiment folle et que je ne comprends plus rien à ce qui se passe, je t’en supplie, veille sur nos enfants, tu sais parfaitement ce qu’il leur faut.

Continue de faire ce que tu fais avec Violette, aie confiance en elle, aie confiance en toi.

Si je sombre dans la démence, s’il te plaît, assure-toi que les médicaments ne me feront pas avoir de la barbe ou du poil sur le torse.

Et s’il y en a, arrache-les, zappe-les au laser ou whatever, mais je ne veux pas avoir de la barbe. Même si j’ai l’air de m’en crisser. Je ne m’en crisserai pas et c’est ma dignité qui sera en jeu.

C’est pas grave si je deviens chauve, pas besoin d’une perruque ou d’un foulard.

S’il te plaît, fais-moi sortir un peu tous les jours.

S’il te plaît, lave-moi tous les jours.

S’il te plaît, assure-toi que je ne fais pas pipi au lit sans couche, et achète des couches qui ne coulent pas.

S’il te plaît, nourris-moi avec des choses que j’aime.

Et quand je poserai des questions stupides, pas besoin de répondre toujours la même chose.

Pour te distraire, tu peux me dire que j’ai déjà été mariée au roi d’Angleterre.

Si je finis par ne plus du tout te reconnaître, plus besoin de venir me voir (sauf pour m’arracher les poils au menton).

Et trouve quelqu’un d’autre si je sombre si bas.

Mais à partir de maintenant, c’est toi qui décides pour Violette, pour les enfants.

Je te suivrai toujours.

Toujours.

 

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