Respire, bébé, respire !
Chapitre 48 – La phobie des microbes
Chapitre 48
La phobie des microbes
Violette est arrivée à la maison en septembre, avec des poumons fragiles et une sténose cricoïdienne, c’est-à-dire qu’une portion de sa trachée (son tuyau pour respirer) est plus petite que le reste. C’est une conséquence du tube qu’elle a dû avoir assez longtemps dans sa trachée. Elle a eu un mois pour prendre des forces avant le début de la saison des virus, qui en dure sept. Pour elle, un rhume ou un nez qui coule, ça voulait potentiellement dire encore une hospitalisation, encore le respirateur, et peut-être encore des dommages aux poumons. Il fallait rester loin de tout ce qui pouvait porter l’ombre d’un virus, et on était obsédés par le lavage des mains. Vraiment obsédés. On a retiré Axel de la garderie, parce qu’il attrapait tout ce qui passait. Partout dans la maison, il y avait d’énormes distributeurs de désinfectant, comme dans les hôpitaux. On aurait pu jouer dans une pub de stérigel. On était complètement isolés.
Axel, Violette et moi restions à la maison presque toute la journée, dans notre petit cocon de confort. Quand Keith rentrait de l’hôpital, il procédait dans l’entrée comme à une séance de décontamination, comme dans un lave-auto. Il se déshabillait dans le vestibule, enlevait ses habits d’hôpital « contaminés » et en mettait des propres. Les vêtements toxiques étaient lavés sur-le-champ. Puis le lavage de mains chronométré de 2 minutes sous supervision des experts. Puis le stérigel.
Quand la nuit tombait, Keith emmenait Axel au parc, en s’assurant discrètement que l’endroit était sûr, qu’il n’y avait plus d’enfants dans les parages. Comme dans Monsters Inc., il fallait à tout prix éviter les autres enfants (les vecteurs de virus). On ne voyait plus nos amis qui avaient des enfants. À Noël, nous sommes allés chez ma mère : Keith et moi, nous nous sommes relayés à l’étage pour garder Violette tandis que les autres, avec leurs enfants, faisaient la fête en bas.
Pour la sécurité de Violette, Axel n’a pas pu voir un seul ami avant d’être vacciné contre la grippe en décembre. Et quand on est allés pour le vaccin, dans la salle d’attente, il criait : « Maman, maman, regarde, y a des NENFANTS ! ! ! » en montrant du doigt tous les petits patients qui attendaient leur tour, la morve au nez.
Cela a néanmoins valu la peine. Jusqu’à 6 mois d’âge corrigé, Violette n’a rien contracté. Mais elle a ensuite développé une mauvaise laryngite. Je ne sais pas où elle a pu choper ça, personne chez nous n’était malade. Elle avait du mal à respirer, alors on lui a donné d’autres stéroïdes, qu’on s’est procurés par l’entremise de nos « pushers » à l’urgence. Si on n’avait pas été médecins, il aurait fallu l’hospitaliser pour la surveiller de près.
Et puis, elle a fait une autre laryngite, et elle a dû recevoir d’autres stéroïdes.
Et puis, elle a fait une autre laryngite, et elle a dû recevoir d’autres stéroïdes.
Et puis, elle a fait une autre laryngite, et elle a dû recevoir d’autres stéroïdes.
Ses dix premières laryngites ont été les pires ; elle cherchait son souffle, il y avait de la terreur dans ses petits yeux et ses cheveux étaient mouillés de sueur, à cause de l’effort. Ses petites jointures étaient toutes blanches à force de s’accrocher à nous. Et moi, je retombais en pleurant dans la noirceur, avec la gorge serrée, le cerveau en feu, froid dans le dos, la peur au ventre et un désespoir à hurler. Heureusement que ça marche vite, ces médicaments-là ; en quelques heures, ça va mieux. Mais ces heures-là sont très longues.
Violette a pu éviter les hospitalisations et le respirateur grâce à son abonnement hivernal à la dexaméthasone. Encore aujourd’hui, on a toujours des pilules de cortisone sur nous, partout où on emmène Violette.
Une grosse laryngite pourrait encore la tuer.
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