Respire, bébé, respire !

JANVIER ANNIE · Chapitre 45 sur 65

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Respire, bébé, respire !

Chapitre 44 – Monde, je t’en prie

Chapitre 44

Monde, je t’en prie

 

Monde, je t’en prie, sois bienveillant.

Société, je t’en prie, sois tolérante pour ces petites fleurs qui tentent de grandir.

Ne les méprise pas parce qu’elles poussent trop lentement.

Ne les écrase pas parce qu’elles ont l’air malades et qu’elles ont des feuilles bizarres.

Ne cesse jamais de les arroser, même si elles sont frêles et qu’elles ne seront jamais aussi fortes que les fleurs plus grosses.

Nourris-les, apprécie leur beauté même si elles ont perdu quelques pétales et qu’elles poussent tout croches.

Et protège bien ma fleur, ma petite Violette.

Protège-la quand elle gravira les escaliers, quand elle traversera la rue, quand elle jouera avec les autres, quand elle marchera à côté de ceux qui sont plus grands qu’elle, quand elle fera du sport, quand elle essaiera d’aller à vélo et quand elle y parviendra, quand elle prendra le bus le soir et qu’elle rentrera avec un garçon ou seule en passant par des rues sombres.

Protège-la quand elle suivra la mauvaise personne à la mauvaise place, au mauvais moment.

Protège-la quand elle prendra son bain, quand elle se baignera dans les pataugeoires, quand elle nagera dans les lacs, quand elle fera du bateau, quand elle traversera des ponts, quand elle volera en avion et quand elle sera dans une auto qui va trop vite.

Protège-la quand elle mange pour ne pas qu’elle s’étouffe, surtout les carottes crues, les raisins, les bonbons ronds et tout ce qui peut bloquer sa petite trachée.

Protège-la contre les vilaines infections, au moins, protège-la des soins intensifs s’il faut l’hospitaliser.

Protège-la contre la douleur, au moins tant qu’elle sera une enfant ; elle a eu sa part de souffrances.

Qu’elle soit forte, et aussi vulnérable. Qu’elle traverse la vie comme elle a grandi quand elle n’était qu’une microfleur : mains ouvertes, en pompant l’oxygène dans ses poumons, son cœur battant plus lentement mais sans s’arrêter.

Qu’elle ait la volonté de se relever quand elle tombe, la volonté de continuer, la force de marcher avec de la lumière dans les yeux dans les nuits les plus sombres, l’espérance et le désir de continuer jusqu’à ce que la lumière réapparaisse, jusqu’à ce que l’insensé retrouve du sens.

Aide-la à s’entourer de gens qui ne vont pas l’écraser, qui la trouveront belle en dedans, qui n’abuseront pas de sa faiblesse, qui ne chercheront pas à l’utiliser, qui n’essaieront pas de la tromper.

Éloigne-la des brutes qui voudront lui voler ses gommes roses à effacer, mais aussi des girlies qui n’aiment que les Barbie, les arcs-en-ciel et les poneys.

Puisse-t-elle réaliser ses rêves. Puisse-t-elle avoir le temps de sentir les fleurs, de connaître le goût de la tarte au citron, de regarder les fourmis, de tracer des bonshommes sourires dans la buée sur la fenêtre de la douche, de se laisser émerveiller par la nature, par les enfants et par la force des humains.

Puisse-t-elle être assez rapide pour ce monde frénétique, mais puisse-t-elle aussi ralentir pour réaliser que la vie s’écoule sans arrêt, surtout quand on n’y fait pas attention.

Garde-la tout le temps en mouvement.

L’immobilité, ça nous tue.

Parce que tant qu’elle bougera, elle ira quelque part.

Si elle bouge, c’est qu’elle est vivante.

 

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