Unstable feelings - T2
ch007
Chapitre 7
Sky
Je ne pensais pas que nous pourrions en rire, tous les deux, il faut croire que tout arrive. Super nerveuse au départ, je n’imaginais pas qu’il puisse réussir à me faire rire dans ce genre de situation. Lui qui est toujours si rude et a la vacherie facile. Je pensais qu’il se fâcherait de m’entendre lui dire en quelque sorte “non”. Savoir que malgré son caractère bien trempé et changeant, il est à même de considérer mes choix, sans jugement, me réconforte. Au moins, je n’aurai pas à me mordre les doigts du fait d’avoir été honnête avec lui à ce propos.
Nous nous retrouvons à nouveau dans le plus grand des silences, je me redresse un peu à la tête du sommier tandis qu’il fourrage ses cheveux qui l’embêtent, à l’arrière de son crâne. La musique du rez-de-chaussée qui nous parvient faiblement derrière la cloison n’est en rien assourdissante.
— Et Oliver… commence-t-il sans finir.
— Quoi Oliver ? le questionné-je, perplexe.
Ses narines frémissent, signe d’un certain mécontentement, je m’attends à tout de sa part. Aussi, je le dévisage légèrement. Ils n’ont pas l’air de s’apprécier, tous les deux, ce qui me dépasse.
— Je n’aime pas ce mec bizarre. Il n’arrête pas de vous suivre, un véritable petit chien en manque d’attention.
Un rictus moqueur m’échappe, je me retiens de ne pas ricaner face à sa réflexion. Je m’imagine parfaitement Dina à la place d’Oliver, puisqu’elle me suit réellement à la trace lorsque je suis dans son sillage. Il exagère.
— C’est normal, on a des cours en commun, je te rappelle. Nous
sommes devenus amis. Il m’aide à prendre des notes les jours où je suis trop à côté de mes pompes pour le faire. Il est marrant, gentil, et Erin l’adore. Moi aussi.
Lysandre vire au blanc, comme si je venais de lui avouer mon amour
pour Oliver, alors qu’il n’en est rien. Je pouffe de rire malgré moi, d’autant plus que ses pupilles me sondent avec une telle intensité que j’ai du mal à garder mon sérieux. Il ne le prononcera pas, par fierté, mais je vois bien qu’il balise. L’ego des mecs !
— Attends… Il te plaît, le blondinet ?
— Je n’ai rien dit de tel.
— En effet, il est un peu jeune pour toi, ajoute-t-il avec sarcasme,
mais également avec une once d'amertume.
Les poils de mes bras se dressent. Je frissonne pendant qu’un
pincement m’élance au cœur.
— Arrête, couiné-je. Ne joue pas à ça avec moi, pas encore. Sinon, je
me tire tout de suite, l’avertis-je.
Il doit se sentir terriblement con à cause de ses sous-entendus idiots,
car il se raidit avant de s’excuser :
— Ça va, désolé, oublie mes propos débiles, marmonne-t-il. De mon pouce, j'attrape son menton pour planter mon regard à travers
le sien afin d’établir un contact. Il soupire, n’ose pas admettre le fond de sa pensée, toutefois, je perçois bien que quelque chose le tourmente.
— Tu es jaloux ?
— Ne raconte pas n’importe quoi, baragouine-t-il dans sa barbe en
détournant les yeux.
Je ne lâche cependant pas ma prise en saisissant son visage de mes
deux mains, alors que mes joues virent au rouge. Si près, son souffle caresse mes lèvres et me coupe la respiration. Mon cœur s’emballe, mon pouls claque dans mes veines du poignet gauche, pas encore tout à fait remis de nos baisers osés. L’espace d’un instant, tout semble se mettre sur pause autour de nous, son attention m’est entièrement dédiée, je cherche mes mots, ébranlée par son regard perçant. Lui qui paraît si fort vu de l’extérieur, et pourtant…
— Tu sais, c’est facile de donner l’air d’être fort quand on ne ressent rien, alors qu’on est mort à l’intérieur. Un sourire suffit à berner les gens tout aussi bien que le maquillage. Donc, non, Oliver ne m’a jamais intéressée de cette manière, et tu sauras qu’il n’est pas du tout attiré par les filles, mais par les garçons, persiflé-je pour tenter de détendre l’atmosphère.
Lysandre plisse les yeux, il n’aime pas ce que je formule. Peut-être que ça l'inquiète, cependant il ne s’en formalise pas, je ne suis pas sur le point de craquer.
— Ton corps n’est pas mort pour l’éternité, murmure-t-il, l’air ailleurs.
— Quoi ?
— Tu m’as lâché un truc du genre. Le soir où tu as bu…
Je hausse les épaules. Que puis-je répondre à cela ?
— Et maintenant… que ressens-tu, Sky ?
Sa question me déroute tellement qu’une grimace déforme aussitôt mes lèvres.
— Trop de choses, je suppose. Il y a encore plusieurs semaines, c'était uniquement du vide et de la douleur, mais depuis peu… c’est comme si j'éprouvais à nouveau l’envie de vivre. Tu réveilles tout ce qui était éteint en moi jusque-là, tu... chamboules tous mes repères.
Mon regard s’arrime au sien avec nervosité, d’autant plus avec ce que je viens de lui avouer sans préambule. Il est sur le point de dire quelque chose lorsque mon téléphone se met soudainement à sonner. Je bondis pratiquement de peur, tant j’étais obnubilée par les mots qui ne sont jamais sortis de sa bouche.
J’attrape rapidement mon sac qui jonche par terre pour y jeter un œil. Surprise, il me faut plusieurs secondes avant de me replacer correctement sur le matelas. Ma tête demeure toujours en suspens au-dessus du sol lorsque mes pupilles perçoivent le nom de la personne qui m’appelle, affiché sur mon écran. Je dois être trop longue au goût de monsieur le bougon, car il s’affale sans gêne sur mon dos, me coupant le souffle par son poids. Non, mais il ne faut pas te gêner, Lysandre !
— Et avec lui ? C’est réellement terminé ou tu ignores encore ce que tu veux ? chuchote-t-il près de mon oreille, faisant caracoler mon cœur.
Lui attribuant un coup de hanches pour qu’il s’éloigne, il s’exécute sur-le-champ. La boule au ventre, je me roule sur le dos, puis m’apprête à décrocher face à son regard inquisiteur. Pourquoi Josh me téléphone-t-il ? C’est peut-être important ? Mais je tarde trop, son appel se dirige sur ma messagerie.
— Tu ne réponds pas ? m’interroge Lysandre, un peu provocant, en
glissant contre moi tout en maintenant tout de même une certaine distance encore plus troublante que s’il avait été collé à moi.
Mon cœur bat comme un dingue, Lys se maintient au-dessus de mon
corps. Mon cellulaire repose contre ma cage thoracique, tandis que mon autre main s’agrippe à l’un de ses avant-bras puissants où ses veines saillantes sont palpables. La chaleur envahit ma poitrine, je hisse mon buste vers le haut, histoire de lui voler un baiser, mais Lysandre me surprend en me clouant au matelas d’une paume le long de mon cou. S’il avait été un inconnu, j’aurais été terrifiée, néanmoins, là, maintenant, j’ai presque honte de reconnaître que je me sens encore plus exaltée par son comportement.
— N’essaie pas de me distraire avec des baisers. On va rester sages,
tous les deux, déclare-t-il d’une voix si grave que mes neurones crament au passage.
Mon téléphone vibre contre ma poitrine, faisant un bruit monstrueux
sur mon sein. Le rouge me monte aux joues alors que Lysandre affiche un air goguenard en le pointant du menton. J’ai reçu un texto de Josh. Il s'en va dans trois jours et aimerait me dire “au revoir” de vive voix avant de quitter Saint-Andrews.
— Qu’est-ce qu’il te veut ?
— Juste me dire “au revoir”, couiné-je.
Je réponds avant d’oublier, car je me connais, et Lysandre a la capacité
de me faire occulter le reste autour. Je n’ai pas envie que Joshua s’en aille en pensant que je le hais. Je ne le reverrai sans doute plus jamais, et je souhaite pouvoir me regarder en face.
#Tu pourrais passer à la maison avant de partir, enfin, si tu le
veux…
— Te dire “au revoir”, répète-t-il avec une pointe d’ironie, ce qui
m’oblige à lever les yeux dans sa trajectoire. Tu y crois vraiment ?
Je fronce les sourcils, interpellée par sa manière de parler. Ma main
glisse dans ses cheveux, il tressaille, et ne tarde pas à l’emprisonner pour la rabattre près de ma tête.
— Qu’est-ce qui te prend, Lysandre ?
Ses iris rembrunis me scrutent tandis qu’il relâche ma paume. Sa mâchoire se contracte, je ne comprends pas son attitude. Un faible soupir lui échappe.
— Je n’ai pas envie que ce mec t’embobine, avoue-t-il.
— C’est certainement la dernière fois de ma vie que je le verrai. Il ne va rien se passer de particulier, on va juste se souhaiter bonne chance pour l’avenir, ce genre de trucs, j’imagine.
Lysandre peut concevoir l’importance pour nous de nous dire au revoir convenablement. Lucy est la partie la plus fragile de mon cœur, je n’étais pas prête à la lui céder, et pourtant… je me suis livrée à lui malgré la peur qu’il m’insuffle, sa capacité de me faire planer à mille lieues, puis dégringoler en moins d’une seconde. Ses mots peuvent être aussi durs que lui. Si quelqu’un doit avoir la trouille de l’autre, dans cette pièce, ce n’est pas lui, mais bien moi. Il n’est pas toujours tendre ni coopératif.
— Si tu le dis, rétorque-t-il, blasé, en se relevant du matelas.
Je suis son mouvement.
— Tu n’as pas confiance ?
— Je n’ai confiance en personne, reconnaît-il.
Je ne lui reprocherai pas son honnêteté, quand bien même le choc est violent.
— Ça a le mérite d’être clair. Difficile d’établir un lien de confiance avec quelqu’un qu’on connaît à peine. D'ailleurs, on ne connaît jamais assez les gens. Parfois, on croit que c’est le cas, puis on réalise que, en réalité, on était dans le flou total, manifesté-je en penchant le visage sur le côté.
— T’essaies de m’analyser ? raille-t-il en me fixant pendant que je m’y adonne également.
Distraitement, je secoue le menton.
— Non, je me retrouverais avec une affreuse migraine si j’essayais.
Un rictus ourle ses lèvres, ma réflexion l’amuse, il ne dément pas.
— Sérieusement, fais attention avec ce prof. Qui sait ce qu’il a derrière la tête ? Vous avez eu un… bébé ensemble, même séparément, ça crée un lien indéfectible, déclare-t-il avec une douceur qui me met la puce à l’oreille.
Lysandre se gratte l’arrière du crâne, sans me regarder. Il cherche quelque chose dans la pièce, puis finit par dégoter sa veste, j’en déduis qu’il désire quitter les lieux. Je me lève du lit.
— Tu ne me connais pas suffisamment, mais sache-le, je suis aussi
très méfiante. Je retiens assidûment les leçons que m’enseigne la vie, et je n’ai encore jamais eu besoin de rappel. Avec Josh, c’est définitivement terminé. Il m'a fallu du temps pour comprendre que si je m’accrochais à lui de cette façon, c'est parce que j’avais peur que Lucy disparaisse. Maintenant qu’il sait, je suis un peu plus en paix avec moi-même. Et elle sera toujours là, je n’ai pas besoin de lui.
Autrement dit, je n’ai rien à craindre de Josh, nous avons déjà mis les
choses au clair, et je ne me laisserai pas influencer par quelconque mot gentil de sa part. Je n’oublie pas le mal qu’il m’a fait, je n’occulte pas non plus qu’il ait pu se sentir piégé avec mon père qui le menaçait.
En m’approchant de la sortie, je me retrouve à moins de dix
centimètres de Lysandre. Mes pupilles dévient vers le nord dans le but de se plonger dans les siennes, le cherchant inlassablement. Son visage réduit la distance entre nous, son souffle chaud s’abat contre ma tempe, je clos les paupières, profitant de sa chaleur réconfortante.
— Et tous les deux… Qu’est-ce qu’on fait ?
Je lui repose cette question, même si la tournure de celle-ci est
différente. J’ai la nécessité de comprendre ce qui nous arrive. Je pensais qu’il me détestait, et nous voici trois mois plus tard, à nous embrasser, alors qu’il n’a eu de cesse de me repousser, se montrer exécrable avec moi. J'ignore ce qu’il veut, et je ne sais plus non plus ce que je souhaite.
— On fonce droit dans le mur ensemble.
— Carrément ?
J’ouvre à nouveau les yeux pour les braquer sur lui. Ses iris pétillent
de ce je ne sais quoi qui m’hypnotise. Le souffle me manque, ma poitrine se serre. Et si nous allions réellement droit dans le mur comme il le prétend, que nous étions destinés à nous faire plus de mal encore ? Serais-je prête pour autant à m’éloigner avant la collision ? Pas certaine. Il faut parfois souffrir, suer sang et eau avant de s’apercevoir du meilleur chez l’autre. Et à cet instant même, je jurerais entrevoir une lueur derrière les ténèbres qui tapissent les tréfonds de son âme. S’il me laissait ne serait-ce que l’approcher un peu plus, nous parviendrons potentiellement à panser les blessures de l’autre.
— Allez, je te ramène, murmure-t-il.
Son souffle, telle une brise au printemps sur ma peau, je souris, appréciant cette délicieuse caresse mentholée. Je voudrais m’agripper à lui de toutes mes forces pour lui certifier que je suis là pour lui, que je serai suffisamment forte pour l’aider à éradiquer ses addictions et le mal qui le ronge, mais je crains de l’effrayer, qu’il me rejette. Je meurs d’envie de l’embrasser, toutefois, je m’en abstiens. La frustration est moins douloureuse que son besoin de me tenir à distance lorsque j’égratigne trop la carapace qui l’entoure.
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