Unstable feelings - T2
ch038
Chapitre 38
Sky
Après de longues semaines, Lysandre va enfin rentrer à la maison, tout
du moins chez lui. Je suis dans un tel état d’excitation et de nervosité que je n’arrête pas d’arpenter en long, en large et en travers le salon tandis que sa sœur, qui a laissé ses enfants à leur père, est présente parce qu’elle m’a aidée à préparer une surprise pour lui. Il devait sortir il y a deux semaines déjà, or, la veille de son départ, il a préféré reporter, il n’était plus aussi sûr d'être en mesure de résister aux tentations extérieures, alors me voici à attendre sa venue, dans l’appréhension qu’il repousse à nouveau l’échéance.
Je sais qu’il en est capable. Cette cure de désintox l’a transformé. Il a
toujours son petit caractère, mais il est devenu moins nerveux en l’absence de stupéfiants. D’après Kate, il est semblable à celui qu’il était il y a deux ans, et j’en suis heureuse. Même si une part de moi est effrayée à l’idée de le revoir, de ne plus rien trouver de commun à l’homme dont je suis tombée amoureuse. Pire, j’ai peur qu’il change d’avis et me rejette, à présent qu’il a fait un travail énorme sur lui-même pour guérir ses addictions, pour discuter des démons qui le rongeaient, de cette culpabilité qui le bouffait.
Mes casseroles et moi-même pourrions être des obstacles à son bien-
être et je n’en supporte pas l’idée, tout comme je suis incapable de m’imaginer sans lui. Ces huit dernières semaines, bien qu’il nous soit arrivé de communiquer en visio, il m’a terriblement manqué. Notre relation a été comme mise en suspens, je ne voulais pas le brusquer, lui ajouter une quelconque pression. J’ignore si j’ai bien fait de venir chez lui en son absence, même si c’est Kate qui me l’a gentiment demandé en m’attendant devant la faculté. J'ai été surprise de la voir, mais elle m’a rapidement mise à l’aise. Nous avons longuement discuté autour d'un café, nous y sommes toutes les deux accros pour des raisons bien différentes. Je pensais avoir été un peu bannie de la famille Carmichael étant donné que je leur avais assené leurs quatre vérités à l’hôpital. Enfin, à la mère de Lys. Pas à elle puisque c’est une sœur géniale, d’après Lysandre.
Kate m’a aussitôt assuré qu’ils avaient tout deux besoin d’un électrochoc pour se rendre compte qu’en tant que parents, ils étaient loin d’être parfaits et responsables quant aux soucis de leur fils. Elle a admis aimer leur père, mais que, malheureusement, son absence avait porté préjudice à Lysandre. D’après elle, s’il avait été plus souvent là, il aurait pu voir que Lys n’était plus lui-même, qu’il devait se faire aider et désintoxiquer.
J’apprécie beaucoup cette nana qui est emplie de sagesse. Elle a eu le courage de prendre le taureau par les cornes, en forçant son frère à faire cette cure, en mettant les points sur les I auprès de Liliane qui a osé – dans mon dos – dire qu’elle n’avait pas de leçons à recevoir d’une gamine uniquement de passage dans la vie de son fils. Aussi blessant que cela puisse être, j’ai gardé le silence pendant que Kate aplanissait tout. C’est là qu'elle a proposé d’organiser quelque chose pour le retour de Lysandre, pour lui montrer notre soutien, combien nous sommes heureuses de le retrouver en bonne santé et complètement clean.
Son invitation m’a fait comprendre qu’elle appuyait la façon dont j’avais tenu tête à la mère de Lysandre, que j’étais finalement la bienvenue dans leur famille. Ainsi, elle m’encourageait à être présente dans la vie de son frère, en se fichant de la gorgone – pour réutiliser ses mots. Son petit côté je m’en foutiste m’a fait sourire et m’a beaucoup détendue lors de notre conversation. J’ai aussi été rassurée de ne pas avoir à confronter ses enfants. Nous étions toutes les deux au calme dans cette cafétéria peu bondée.
Nous avons accroché une banderole avec écrit dessus “Welcome home !” tandis que Kate s’est prise d’une envie furieuse de pâtisser des cupcakes pour son frère. D’après elle, le régime lui monte tellement à la tête qu’elle rêve de desserts toutes les nuits. Elle m’a même avoué qu’il risquait de se foutre de nous en voyant tout ça, mais qu’elle s’en fichait. Ils ont une relation plutôt fusionnelle tous les deux et ça me fait presque penser à Jessie et moi qui pouvons nous chamailler et nous taquiner à tout va. Enfin surtout elle. Même si en ce moment, elle n’est pas à prendre avec des pincettes à cause de ses examens qui la rendent aussi stressée que je le suis à cet instant précis.
La porte d’entrée couine, mon cœur cesse immédiatement de battre.
Kate se lève du canapé en arborant un large sourire communicatif. Elle va dans le couloir. Je stoppe tout mouvement, scrute le corridor avec appréhension. Mes paumes sont toutes moites, une véritable horreur. Je les frotte frénétiquement contre la dentelle de ma robe couleur pêche. Je meurs de chaud en ce début de mois de mai, même si les températures dépassent difficilement les vingt degrés. C’est l’émotion qui me submerge, qui me met dans cet état. La chaleur gagne mes pommettes. Génial ! Il va croire que j’ai picolé en son absence !
Des bruits de pas se rapprochent, je perçois son ombre dans
l’encadrement du mur. Sa silhouette se dessine entièrement devant moi et mon palpitant s’emballe sur-le-champ. Lysandre est bien à la maison, il rabat ses cheveux ébène à l’arrière de son crâne. Ils ont poussé. Kate le taquine à ce propos en lui disant qu’elle va lui raser la touffe. Ses pupilles ne me quittent plus, comme si nous n’étions que tous les deux. Elles me fixent si intensément que je peine à respirer. Je ne réalise pas qu’il est ici, pourtant, j’en ai rêvé des dizaines et des dizaines de fois tant il me manquait.
Mon instinct m’empêche de courir dans ses bras, bien que j’en meure
d’envie. Je ne veux qu’une chose, sentir son odeur contre moi, me perdre dans la douceur de sa peau, l’embrasser jusqu’à ne plus savoir où je suis ni qui je suis. Je suis si émue que les larmes me montent aux yeux, toutefois, je les réprime aussitôt. Marre de jouer les madeleines à tout va !
Lysandre est toujours aussi beau, si ce n’est qu’il semble bien plus en
forme que la dernière fois où je lui ai parlé. Il porte un tee-shirt gris dépassant de son jean brut, recouvrant de grosses boots marron délavé.
Il doit percevoir ma réticence à le rejoindre, car un rictus malicieux
ourle ses lèvres, achevant de me convaincre. Je me précipite jusqu’à lui, il me tend les bras et je fourre mon nez dans son cou. Kate se met à siffloter, un peu embarrassée par notre effusion. Les phalanges de Lys s’engouffrent sur ma nuque brûlante et me font frissonner. Son nez, quant à lui, chatouille mon oreille simplement en respirant. Ses membres puissants me serrent contre lui, j’entoure sa taille des miens, collant ma poitrine à son buste. J’en tremble de bonheur de pouvoir sentir son after-shave envahir l’espace. Il est bien rentré. Il est de retour.
— Rassurez-moi, nous allons tout de même pouvoir déguster l’un de ces petits gâteaux que j’ai faits avec amour avant que vous ne montiez à l’étage, hein ? nous charrie Kate.
Je m’éloigne un peu, le rouge aux joues.
Elle ricane.
— Je vous taquine, les amoureux ! Je sais ce que c’est. Chaque fois que j’ai dû rester plus de vingt-quatre heures en dehors de la maison, j’avais l’impression de ne pas avoir vu mon Harry pendant des années, alors à mon retour, on ne pouvait pas s’empêcher de se bécoter.
— Évite de dire des trucs de ce genre, ça me fait froid dans le dos, grommelle Lysandre. Je n’ai pas envie de vous imaginer, merci bien.
Je pouffe de rire en même temps que sa sœur. Ah, les hommes, ces sensibles qui pensent que leurs sœurs sont des bonnes sœurs et rien d’autre !
— Je parie que cette déco de merde, je te la dois ? l’embête-t-il en lorgnant vers la banderole jaune fluo.
— Tu vois, je te l’avais dit ! J’ai bien fait de choisir, car si ça avait été toi, il aurait été blessant envers sa propre copine. Petit connard d’ingrat, me dit-elle. J’aurais dû foutre un laxatif dans l’une de ces merveilles, rien que pour toi, le toise-t-elle avec une grimace sadique.
— Ça va, ça va, c’est cool. Merci d’avoir fait ça pour moi.
— Je rêve ! Tu viens de me dire “merci” pour de vrai ? l’interroge-t-elle, stupéfaite.
Lysandre se gratte l’arrière du crâne en regardant ses chaussures, gêné.
— N’en fais pas toute une histoire. Bon, on les goûte ces gâteaux ou quoi ? J’ai la dalle ! s’exclame-t-il en allant vers le plateau, au niveau de la table basse.
Il s’empare de l’un d’eux et le renifle uniquement pour l’enquiquiner avant de croquer à pleine bouche dedans. Un nappage à la crème vanille recouvre le dessert tandis que des paillettes alimentaires décorent le tout. Ils sont très réussis, et vu la tête de Lys, j’en déduis qu’ils sont également succulents. Kate nous sert une tasse de thé avant de se jeter sur l’un d’eux. Elle mord à peine dans ce dernier qu’elle gémit de bonheur. Lysandre la dévisage.
— T’as encore perdu du poids, lui reproche-t-il. C’est quoi le deal ?
Avoir le cul plus petit qu’un kiwi ?
Elle lui fait les gros yeux avant de s’emporter contre lui, il se marre
puisque ses mots sont tout bonnement incompréhensibles. Elle a la bouche pleine de cupcake.
— Une vie saine dans un corps sain, c’est important ! se défend-elle.
Et puis, qu’est-ce que ça peut te foutre si je suis mince, ce n’est pas toi qui profites de la vue !
— Quelle horreur ! Tu ferais mieux d’avaler du détergent plutôt que
de me sortir de telles conneries.
☆☆☆
Deux bonnes heures plus tard, Kate a déserté les lieux étant donné
qu’elle avait de la route devant elle. Elle a à nouveau souhaité un bon retour à Lys avant de nous laisser rien que tous les deux. Elle n'a pas voulu organiser de fête à proprement parlé, jugeant trop risqué pour l'heure de tenter Lys avec de l'alcool en tout genre. Il verra ses amis dès qu'il sera prêt.
Je lui ai suggéré de passer une commande pour le dîner, mais j’ai tout
juste prononcé ces mots que Lysandre m’a fait taire d’un baiser langoureux qui m’a donné le vertige et des frissons jusqu’à la racine des cheveux. J’avais fini par oublier la sensation que l’on ressent en étant embrassé par Lysandre Carmichael, mon corps est tout à coup sous tension.
Étourdie, mes pupilles ne parviennent plus à quitter son visage qui me
sonde avec une intensité dévorante. Mon estomac danse des claquettes, je halète au bord de ses lèvres délicieuses, à la recherche de davantage d’oxygène.
— J’ai cru que tu ne reviendrais plus jamais vers moi, confessé-je
difficilement.
Lysandre secoue la tête, en guise d’incrédulité. Ses paumes s’égarent
sur ma taille et ma nuque. Son nez frôle délicatement ma joue rose. Je cesse de respirer, dans l’attente d’une quelconque explication de sa part.
— Ne pense pas à des trucs pareils. Si j’avais été suffisamment fort, je
serais rentré bien plus tôt. Mais comme j’avais déjà replongé, je voulais prendre d’autres précautions. J’ai beaucoup travaillé sur moi-même, là-bas.
— Bien sûr. Je parlais plutôt de nous, tergiversé-je.
Une fois ces mots prononcés, mon exhalation se bloque à nouveau dans ma gorge. Il rehausse mon menton, mes iris se braquent dans les siens et je n’ai pas l’occasion de deviner les pensées qui l’assaillent qu’il se rue sur ma bouche avec ardeur. Je tressaute quand il me soulève du sol pour me prendre dans ses bras et me porte jusqu’au canapé. Assise à califourchon sur lui, je suis toute tendue, je n’ai rien oublié des confessions dramatiques qu’il m’a révélées avant son départ. Lysandre a besoin de tout contrôler, alors me retrouver au-dessus de lui ainsi me désarçonne un peu.
Je me maintiens en appui, du plat de la main contre le haut de son abdomen, évitant à tout prix la zone sensible. Je ne veux pas qu’il se sente pris au piège avec moi, je ne souhaite qu’une chose, qu’il se sente en sécurité et respecté. Je l’aime, je l’aime au-delà de la raison, des doutes, des épreuves et je désire qu’il sache que rien n’a changé de mon côté en son absence.
— Pour toi, je me devais d’être sûr d’être suffisamment fort pour ne plus replonger.
Quoi ?
Aussi, puisque je demeure incapable de dire quoi que ce soit, je m’agrippe à ses épaules avant de poser avec douceur ma bouche sur la sienne. Sa langue s’immisce entre mes lèvres, me coupant littéralement le souffle. Ses mains se baladent jusqu’à mes hanches, puis sous ma robe. Une vive chaleur envahit mon être tout entier. Un petit rictus étend soudain ses lèvres et je m’empourpre en réalisant qu’il vient de découvrir ce que je porte sur moi. Je me suis apprêtée pour lui. C’est sans doute pathétique ou cliché, mais je voulais être certaine d’être prête si jamais il ne me virait pas comme une vieille chaussette. Loin de moi l’idée de penser que je me serais jetée à ses pieds sans effort de sa part.
Je souhaitais lui plaire en portant le cadeau qu’il m’a offert lorsque nous étions au chalet. Une façon aussi d’enterrer à tout jamais ce qui avait pu se produire là-bas. Mon ventre se contracte sous la caresse de ses mains qui remontent lentement la doublure du jupon de ma robe, le long de ma taille, découvrant ainsi le bas de mon anatomie.
— Je savais que cette couleur t’irait à merveille, proclame-t-il d’une
voix chargée de désir.
Ses yeux balaient mon corps sans pudeur. Le souffle court, j’attends
ses directives en sachant pertinemment que, quelles qu’elles soient, ce sera délicieux.
OceanofPDF.com