Unstable feelings - T2

Ellen Stuart · Chapitre 35 sur 51

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Unstable feelings - T2

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Chapitre 32

 

 

Sky

 

Je n’ai pratiquement pas fermé l'œil de la nuit. Je me sens d’autant plus mal lorsque mon propre reflet me juge à travers le miroir. Je tente tant bien que mal de camoufler les vilaines poches que j’ai sous les yeux et qui me donnent un air malade. Jessie qui partage la chambre avec moi, et qui a des difficultés à garder les paupières ouvertes, me scrute avec tristesse ainsi qu’une certaine part d’avertissement dissimulé.

Oui, elle m’avait prévenue.

Si elle n’était pas fan de Joshua, elle n’appréciait pas plus Lysandre, même si parfois, j’ai eu le sentiment que ce n’était que pure contradiction. Il a toujours été correct en présence des membres de ma véritable famille.

Elle aurait très bien pu se joindre aux autres pour le petit-déjeuner, seulement, elle a choisi de rester, assise en tailleur sur le matelas, pour me tenir compagnie. Je n’ai pourtant pas besoin d’un chaperon. Je n’ai pas le courage de les affronter après ce qui s’est passé hier soir, pas la force de voir Lys et Logan. Cette simple idée me tord le ventre. Il y a tant de choses que j’aurais aimé savoir, celle-ci n’en faisait pas partie. Je me suis fourvoyée dans les grandes largeurs et je réalise que quand bien même mes sentiments pour lui sont parfaitement tangibles, je suis face à un… étranger avec des tas de secrets aussi sombres que sa personnalité. Et hier soir, l’un d’eux m’a éclaté au visage sans que je ne prémédite quoi que ce soit. Se frotter à un type de son genre, ça fait mal.

Il m’avait dit qu’il ne s’était rien passé avec Erika. Il m’a menti…

Il m’avait aussi prévenue de ne jamais lui faire confiance. Je n’ai pas

écouté.

Sur quoi d’autre a-t-il encore pu mentir ? J’en ai des sueurs froides à

cette simple pensée. Nous sommes trop différents, tous les deux, et ce constat me brise le cœur. Rageusement, je pousse un profond soupir, enrayant cette larme solitaire qui souhaite se faire la malle bien malgré moi. J’en ai assez de pleurer pour tout, et surtout à cause des hommes !

Je finis de me préparer. Jessie, qui s’est éclipsée sans que je ne le

remarque, me tend une tasse de café en m’adressant un petit sourire de connivence auquel j’ai du mal à répondre.

Une demi-heure plus tard, je n’ai plus le choix de sortir de la chambre

que nous avons occupée. Nous devons repartir et l’idée d'effectuer tout le trajet avec lui me donne encore plus envie de chialer. C’est tellement puéril, mais je ne maîtrise pas mes émotions à ce sujet.

Lorsque je franchis le séjour, la tension qui règne en ces lieux demeure

palpable. Tout le monde est trop silencieux. Signe évident que ce qui s’est produit a causé des dégâts conséquents pour chacun d’entre nous, à des degrés différents. Même Rose et Colin n’osent plus étaler leurs marques d’affection. Ce dernier dévisage discrètement Logan, assis nonchalamment dans l’un des fauteuils avec un bonnet enfoncé sur la tête et une grosse paire de lunettes de soleil pour se planquer au mieux. Je ne parviens pas à décrypter la raison de son accoutrement étant donné que je le regarde à peine. Sa vue me file de désagréables palpitations, m’angoisse tout autant que son ami qui a un beau bleu à l’œil. Je sens ses iris braqués sur moi et n’ose pas les rencontrer de crainte de ce que cela pourrait engendrer. Je serre les dents au moment où Oliver s'avance vers moi pour me saluer puisqu’il vient de débarquer dans la pièce et n’a visiblement pas perçu l'électricité qui sévit ici. Où était-il d’ailleurs, hier soir ? Je doute que ce tintamarre ne l’ait pas réveillé.

— Vous êtes prêtes ? Vous montez avec Erin et moi ou… ? Il hésite avant de tourner le visage et se retrouve face à deux billes

d’un froid polaire qui me file la chair de poule. Parce que, sans m’en rendre compte, j’ai suivi son mouvement pour me confronter au regard de Lys. Je romps sur-le-champ notre brève connexion visuelle qui me fait presque suffoquer et dodeline vivement de la tête à l’intention de mon ami. Il s’empare gentiment de mon sac de voyage.

— Je peux venir avec vous ? lui demande une voix qui se faisait toute petite jusqu’ici.

Logan…

— Hors de question ! Tu n’as qu’à monter avec ton acolyte. Sois certain que ni mon frère ni moi, nous ne voulons de toi dans cette bagnole, assène Erin avec fureur.

— Ne fais pas l’enfant, Baby monster. Il va me pulvériser.

Il tente de l’amadouer en retirant ses lunettes de soleil afin de la fixer droit dans les yeux alors qu’il s’est levé pour lui quémander je ne sais quelle clémence de sa part.

— Soit ! Peut-être que ça vous remettra les pendules à l’heure à tous les deux. Vous en avez assez fait, pour ma part, je ne veux vous voir ni l’un ni l’autre et je pense que Sky est également de mon avis, rétorque-t-elle avec force.

Malgré son gabarit, elle demeure très impressionnante pour l’heure. Je tourne les talons avant que quelqu’un espère obtenir je ne sais quel passe-droit en passant par moi. Je ne souhaite pas m’en mêler, ne désire même pas leur parler. Il faut que je rassemble mes derniers effets au risque de ne plus jamais les revoir. Colin, Oliver, Erin et Jessie sont désormais dehors.

— Vous avez plutôt intérêt à arriver en entier et à ne pas faire n’importe quoi ou je m’occuperai de votre cas, bordel ! À cause de vos conneries, Colin n’a pas dormi de la nuit ! leur pousse une soufflante Rose.

Je sursaute au son de sa voix. Elle, qui est pourtant toujours si cool et gentille, sort les crocs, très en pétard contre le blond.

— Pourquoi m’engueules-tu au juste ? Je ne l’ai jamais forcée ! se défend Logan.

— Ne va pas sur ce terrain ou tu regretteras tes paroles, bouffon ! l’avertit Rose. C’est la petite sœur de Colin ! Tu ne décèles pas ce qui cloche ? Si tu ne le vois pas, on n’a probablement pas la même conception de l’amitié ! Assumez vos conneries, putain !

— Tu mélanges tout, là, Rose, minimise Logan.

— En fait, non, c’est plutôt vous, ironise-t-elle, amère. Voilà le problème. Tu n’avais pas le droit de profiter d’elle comme ça. Et toi…

Son ton monte, sa fureur également. Je me sens mal à l’aise, je fouille dans mon sac à main histoire de dénicher mes médicaments. Par chance, je n’ai, semble-t-il, rien oublié dans la chambre. Je les prépare pour pouvoir les avaler dans la voiture.

— J’ai bien l’impression que tu as le goût du chaos parce que, encore

une fois, tu gâches la précieuse chance que tu as et, là, je ne peux plus rien pour toi. Démerdez-vous entre vous, mais ces conneries s’arrêtent ici, compris ?!

Je n’entends pas la suite de leur conversation, je me précipite à

l’extérieur, le cœur dans tous ses états. Rose les a enguirlandés comme une mère le ferait avec ses deux gamins, et si Erin et moi n’avions pas été au milieu de cette dispute, j’aurais peut-être trouvé cela très drôle.

Je suis en train d’attacher ma ceinture quand je l'aperçois traîner

Logan par l’oreille jusqu’à la voiture de Lysandre. Celui-ci monte en affichant un air de chien féroce, son véhicule siffle sur l’asphalte au moment où il démarre et c’est mon cœur qui se comprime alors qu’il débarrasse la vue, je ne suis pas soulagée de l’issue de tout cela.

☆☆☆

Oliver a déposé Erin en premier sur le chemin. Lorsque nous arrivons

dans la rue, je remarque la voiture de Lysandre, stationnée juste devant la maison. Il semble seul, un nœud se forme dans ma gorge, Jessie se renfrogne sur le siège à côté du mien en me disant qu’elle peut lui demander de déguerpir, mais je n’ai pas envie qu’elle s’en occupe, cela ne la concerne pas. Oliver nous suggère même de partir et faire un détour dans l’espoir que Lysandre perde patience. Une fois encore, je n’accède pas à cette requête. On va simplement prendre nos bagages et rentrer. Si l’étudiant veut se risquer à se frotter à ma colère, ce sera tant pis pour lui.

J’ai la trouille qu’il me dise des choses horribles, lui qui a toujours su

taper là où ça fait mal. J’essaie de me blinder en ouvrant la portière. Au moment où il descend de son 4 x 4, une force invisible me donne le courage de me confronter à son regard. Jessie, à qui j’ai intimé de garder le silence, lui adresse un beau majeur sous le nez avant de déguerpir dans la demeure familiale. Lysandre reste stoïque à ses provocations, Oliver hésite à partir. Je perçois encore sa présence derrière moi. Les deux hommes se jaugent, j’ignore de quelle façon mon ami le scrute, mais Lysandre le dévisage avec une telle animosité qu’un instant, je tergiverse quant au fait de le rejoindre pour que l’on se comporte en adultes, même si c’est douloureux. La paume d’Oliver se pose doucement sur mon épaule.

— T’es sûre de vouloir lui parler, maintenant ? Il n’a pas l’air très… commode, baragouine Oliver à mon oreille.

— Ça ira, merci de nous avoir ramenées. On se voit lundi prochain à la fac.

— Bien sûr, prends soin de toi.

D’une faible pression sur mon épaule, il m’adresse ses salutations avant de quitter la chaussée. Je me tiens à tout juste trois mètres de Lysandre, qui s’est adossé à son capot de voiture. Il me scrute d’un œil fatigué, sombre et rempli de… tristesse. Je ne devrais pas me laisser atteindre par cela, et pourtant, ça me remue. Je m’interdis cependant de craquer, je mérite mieux que ça.

— Tu… me diras combien a coûté ce voyage.

Lysandre plisse les yeux.

— Ce n’est pas utile de…

— Si, ça l’est, l’interromps-je.

— On pourrait se parler au calme et au chaud, suggère-t-il.

Je réfute cette proposition d’un geste ferme de la tête.

— Non. Il n’y a rien à dire, balbutié-je, moins assurée tout à coup. Va-t’en, s’il te plaît. C’est… terminé.

En effectuant un mouvement dans ma direction, l’air subitement affolé, il se redresse. Á quoi satntendait-il au juste ? Que je passe l’éponge sur cette vidéo, sur ses mensonges ? Non, je ne suis pas aussi crédule et bonne poire. Afin de remettre de la distance entre nous, j’amorce un pas en arrière, histoire de bien lui transmettre sans aucun doute possible que je ne suis pas d’accord pour qu’il m’approche, me touche. Ma paume se lève devant moi, faisant barrage entre nos deux corps trop sous tension.

— Arrête ! Je ne veux plus te voir, ajouté-je d’une voix brisée. C’est trop dur, alors pars.

— Ce n’est pas ce que tu crois, ose-t-il me dire.

— Tu m’as menti, droit dans les yeux, argué-je. J’aurais pu tout entendre, essayer de comprendre. Tu as tout gâché.

Je tressaille devant l’abattement que mes mots provoquent chez lui. Un sanglot dévale ma joue et s’arrime au coin de mes lèvres tremblantes. Je n’ai plus la force de le supporter, je contourne son véhicule et m’élance jusqu’à l’entrée. Mon cœur bat à tout rompre. Je fais face à Jacobo qui remue la queue et m’épie en chouinant. Mon dos s’échoue contre la porte, mon chiot se précipite pour venir me faire un câlin en sentant combien je suis triste. Mes larmes continuent de couler en silence. Ma gorge est meurtrie, j’ai la poitrine en feu et pourtant, une infime partie de moi est reconnaissante à ces êtres qui sont constamment avec moi et qui m’aident à affronter toutes les tempêtes. Je m’accroche au cou de Jacobo qui renifle le mien, sa tête s’appuie contre la mienne d’un geste de réconfort. Bientôt, sa maman se joint à lui, puis Jessie qui s'accroupit près de nous.

— Ça va aller, assure ma cousine avec une tendresse qui me fend le

coeur en deux, on est là, nous. On sera toujours là.

Un hoquet rempli de larmes m’obstrue la gorge, Jacobo pleure, Jessie

le repousse un peu afin de m'étreindre entre ses bras pour tenter de me consoler.

J’avais bien conscience de nos problèmes, je pensais naïvement qu’en

me montrant conciliante, patiente, il finirait par s’ouvrir à moi. Au lieu de cela, j’ai récolté le plus odieux de tous les mensonges qui soit. Celui répandu depuis la nuit des temps et, finalement, pas si surprenant. Je croyais que, entre nous, ce serait différent, j’avais tort.

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