Unstable feelings - T2
ch006
Chapitre 6
Lysandre
Les dernières heures écoulées à la suite du départ de ma sœur, puis de
Sky, ont été longues. Je me suis ennuyé comme un rat mort. J’aurais pu occuper ce temps à mes révisions, hélas, impossible de me concentrer suffisamment pour cela. Obnubilé par le fait que Sky soit partie, mais aussi par l’envie de m’enfiler un rail de cocaïne. Après tout, je ne suis peut-être pas assez fort pour résister seul.
Je pensais pouvoir me reposer, seulement, j’avais oublié qu’il y avait
une soirée. Je me suis contenté de reprendre une douche pour me rafraîchir un peu les idées avant d’aller sur le campus, néanmoins, je n’aurais pas dû.
Entre ces quatre murs, la tentation s’avère bien trop présente. Les
autres s’amusent innocemment, sans se rendre compte de la difficulté pour moi de ne pas craquer. Ils n’imaginent pas une seule seconde le danger qui les guette. Hier soir, je suis passé à côté d’une belle porte, et je refuse de replonger. Qu’importe ce que ça me coûtera, je ne dois pas céder. Aussi, je lève les yeux au ciel en constatant Logan assis sur le divan, en charmante compagnie tandis qu’il lui file l’une de ces pilules. Installée à ses côtés, elle rit bêtement quand il se penche à son oreille pour lui chuchoter je ne sais quoi.
Pas le temps de comprendre la situation qu’une tornade rousse
déboule devant moi, accompagnée d’Erin et Oliver. La scène se déroule si vite qu’elle me fait tout bonnement halluciner. Sky flanque une gifle du tonnerre à Logan, envoyant valser son sachet rempli de ce qu’il appelle ses fameuses petites pilules du bonheur. Elles ricochent sur le sol, attirant l’attention des étudiants présents. Erin jure, en portant une main à ses lèvres, puis pouffe de rire en haussant un sourcil, l’air fière du comportement de Sky.
— Qu’est-ce qui te prend, putain ? grommelle-t-il.
— C’est plutôt à toi qu’il faut demander ça, bordel !
L’ambiance festive jusqu’ici tombe à l’eau, quelqu’un baisse la musique afin d’assister au spectacle. Mes yeux se plissent malgré moi, son intervention me surprend, je reste scotché sur place à tenter de comprendre ce qui se trame.
— Tu es vraiment un irresponsable ! Pourquoi files-tu ces merdes aux gens, alors que tu ne le fais pas pour l’argent puisque tu roules en Mustang, espèce de connard ? Je parie que tu n’as aucune idée de ce qui s’est passé hier soir ? scande-t-elle, furieuse. Lysandre a fait une overdose, tu percutes ça ?
Ses mots me font sortir de ma stupeur. Je ne l’imaginais pas en découdre avec lui pour une affaire qui me concerne. Certes, j’ai commencé à me droguer avec Logan, néanmoins, il n’est pas responsable de ma dépendance. Je me suis mis dans la merde seul. J’ai manifesté ma vulnérabilité, en osant me croire différent de tous les autres, hermétique aux addictions. Or, plus j’en consommais et plus j’occultais cet état de fait, plus je me sentais anesthésié, en sécurité avec mes propres mensonges, ma culpabilité.
Je m’empresse de les rejoindre pour m’emparer de l’avant-bras de Sky. Le malaise m’envahit, mes barrières s’effritent, j’éprouve davantage ma position de faiblesse face aux regards scrutateurs de mes frères ainsi que nos camarades d’université.
— Sky ! l’interromps-je brusquement sans pour autant lui saisir le bras avec violence comme j’aurais pu m’y adonner avec quelqu’un d’autre.
J’ignore pourquoi je la traite différemment. Peut-être parce qu’elle a toujours cet air triste, même quand elle s’efforce de sourire. Et je ne veux pas lui insuffler encore plus de souffrance qu’il ne lui pèse sur le cœur. Désormais, je sais de quoi son passé est composé.
Mon action de la tirer dans la direction opposée l’oblige à faire volte-face, son regard troublé percute le mien. J’y décèle malgré tout qu’elle ne regrette pas ce qu’elle vient de faire, que ce qui s’est produit l’a trop touchée pour reculer. Je ne lui en veux pas. Comment le pourrais-je ? Si elle n’avait pas été là, je serais très certainement mort à cette heure-ci. On aurait retrouvé ma dépouille, après des jours à inquiéter mes amis par le biais de mon silence. Même si elle n’est pas particulièrement un cadeau pour moi, en ce moment, je lui dois la vie. Pour elle, c’est pire. Je réalise qu’il y a toujours pire que soi.
J’avais fini par oublier à quel point respirer était précieux tant la
drogue embrumait constamment mon cerveau. Un jeu dangereux auquel je m’adonnais sans compter, sans peur de ne plus voir le soleil se coucher, comme si je n’avais rien à perdre. J’avais besoin de plonger complètement, de risquer ma peau, de me trouver aux portes de la mort pour comprendre que, en vérité, je veux, plus que quiconque, vivre. Au fond, je suis terrifié par les démons fallacieux qui me possèdent et me renvoient mes propres erreurs dans la face, bien que je ne sois pas suffisamment fort pour les affronter. J’ai envie de surpasser ces épreuves, de les dégommer les unes après les autres, de lever mon majeur et de crier que j’emmerde cette chienne de vie. Que je ne suis plus le même, que j’ai changé à bien des égards, et ce, depuis de longs mois !
À commencer par ce jour-là…
Frissonnant, je lutte pour ne pas fumer le joint de l’un de ces premiers
années qui me scrute en train d’entraîner Sky à l’écart de tout ce merdier. Rapide, sans doute trop pour elle, qui se voit dans l’obligation de trottiner parmi la foule. Les gens dégagent le passage aussitôt en me remarquant. Les habitués de nos soirées savent à quel point il ne faut pas me titiller. Action hautement préjudiciable. Deux imbéciles qui n’ont pas été sélectionnés pour intégrer la fraternité se marrent, tout en insinuant des saloperies sur notre compte. Arrivé sur la troisième marche de l’escalier, je tourne la tête vers eux et leur gratifie un œil si froid qu’ils se tendent sur-le-champ. Ils n’attendent pas que je me mette à leur hurler de dégager et me devancent.
— Lys, c’est vrai ce bordel ? nous interrompt Logan, ce qui me
surprend.
Je demande à Sky de grimper à l’étage et de gagner la première
chambre sur son chemin. D’ordinaire, elle aurait sûrement dit “non” pour me provoquer, mais elle s’exécute sans broncher. Une fois que je ne la vois plus, mes yeux se pointent sur la silhouette de Logan qui se tient debout devant moi. Il affiche un air grave, il paraît flippé.
— Qu’est-ce que tu veux encore ? soufflé-je.
— T’as fait une overdose ?
— Je n’ai pas envie de parler de ça, abrégé-je au bout de plusieurs secondes où il m’étudie en respirant à peine.
La culpabilité se lit sur son visage, je hais ça. Une première de sa part. Je n’attends pas qu’il me réponde et monte les marches deux par deux, l’ignorant sans regret.
Mon téléphone me coupe dans mon élan, je l’extirpe de ma poche avant d’arriver sur le seuil du couloir.
#D’abord Logan, et maintenant qui est sur le point de te la piquer ?
Avec ce message, il y a une photo en pièce jointe, Sky en compagnie d’Oliver et Erin. Ils boivent un verre, tous les trois, c’était sûrement avant de venir ici.
Putain ! Je demeure sur les nerfs, telle une cocotte-minute prête à exploser, surtout après ce texto. Et je me sens merdique, une fois de plus, à la suite de cette discussion avec Logan. Ce n’est pas lui, alors qui, bon sang ? Il a très bien pu le programmer pour que je le reçoive seulement maintenant, pas vrai ? Je ne voulais pas que tout le monde soit spectateur de mes erreurs. Sky hoquette de stupeur dès que j’ouvre la porte à la volée, un peu trop rapidement à son goût.
Elle se tient debout à tout juste trente centimètres de l'entrée tandis que je ferme à clef pour avoir la paix. J’ai les poumons en feu, les doigts qui fourmillent, tant l’adrénaline parcourt mes veines. Un cruel effet de manque se ressent. Depuis le départ de ma sœur, je n’ai plus de quoi m’occuper l’esprit. Et voir Sky en conflit avec ce vicieux de Logan ne m’aide pas à garder mon calme. Ma réaction l’inquiète, je le constate à ses yeux légèrement écarquillés au moment où ses fesses bondissent contre le matelas du lit dans un mouvement de recul.
Je la comprends, aucune femme saine d’esprit n’aurait la naïveté de croire que ce genre de comportement n’est pas suspect, cependant, elle peut se rassurer, jamais je ne lui ferais des horreurs sans son consentement.
— Je reconnais avoir dépassé les limites, mais je ne m’excuserai pas de l’avoir frappé. Pourquoi tu t’infliges ça ? Tu aurais pu mourir, et te revoilà, ici, à déambuler parmi la tentation. Je ne saisis pas ton comportement ni le sien, et, sérieusement, ça me rend folle.
Ses prunelles brunes me sondent, brillant de façon fascinante,
m'attirant dans leur sillage. Elles ne semblent pas tristes, cette fois, juste en colère. Je réduis lentement la distance entre nous, sentant sans équivoque l’atmosphère s’électriser à mesure que je comble les centimètres qui nous séparent. Je suffoque presque de la voir ainsi étendue sur le lit, les jambes croisées l’une sur l’autre pour ne pas trop en dévoiler.
Sa jupe en daim camel par-dessus des collants chauds de couleur chair
ne déserte pas ses cuisses, ses deux paumes la maintiennent jusqu’à ses genoux tandis qu’elle se tient droite comme elle le peut. Le résultat d’une éducation stricte digne du balai dans le derrière que devaient avoir ses parents. Ce n’est pas moi qui vais lui taper sur les doigts si elle décrispe les épaules. Et je ne verrai pas non plus le fait qu’elle ne croise pas les jambes comme une manière de me chauffer, je ne suis pas un taré incapable de maîtriser ses pulsions. Quand bien même elle est à se damner, ce soir. Je dois reconnaître que malgré l’effet de manque qui commence à me titiller, c’est elle qui se trouve être une tentation plus affriolante pour moi.
Effrayant…
Sa bouche divine, rouge sang, à la promesse de baisers d’un autre
monde, ses yeux de biche et son parfum floral qui me rappelle la chaleur du printemps sur ma nuque quand je squatte mon jardin. Ses iris remplis d’appréhension se redressent davantage pour se planter à travers les miens au moment où j’arrive au bord du lit.
— Ne te préoccupe pas de lui ni de moi parce qu’aucun de nous n’en
vaut la peine.
En signe de mécontentement, son front se plisse. — Ah, tu me rends folle ! soupire-t-elle, exaspérée. Rompant le contact visuel, elle se lève d’un bond et manque de me
rentrer dedans. Je recule de justesse avant de me faire éclater le nez. Elle croise les bras sous sa poitrine comme si ce simple geste lui accordait davantage de crédit à mes yeux.
— C’est ton ami, il est censé te vouloir du bien et pas le contraire.
C’est très… malsain.
Si elle savait… elle serait sûrement scandalisée.
— Tu es si naïve, murmuré-je en secouant la tête, nullement étonné par sa réplique. Dans notre monde, ça ne fonctionne pas comme ça, Sky. Une vieille rivalité nous poursuit, j’y suis habitué. Avec lui, ç'a toujours été un peu “Lequel de nous deux pisse le plus loin”, persiflé-je histoire de dédramatiser.
— Ce n’est pas drôle, me réprimande-t-elle. La mort est irrémédiable, ajoute-t-elle à mi-voix en détournant ses pupilles assombries par le poids de ses propos.
Sa sollicitude me touche plus que je ne le voudrais, elle m’arrache un rictus imbécile au coin des lèvres. Pourtant, j’ai de la peine pour elle, en sachant que la mort de sa fille la hante nuit et jour. Ma poitrine d’ordinaire si glaciale se réchauffe. Naturellement, et sans que je ne le voie venir, ma paume s’aventure à l’orée de sa mâchoire, rabattant l’une de ses boucles auburn derrière son oreille. Son épiderme se couvre de frissons, au même instant que ses yeux retrouvent les miens à la vitesse d’un avion de chasse traçant son chemin à travers les nuages.
— Merci, émets-je d’une sincérité déconcertante.
À en juger l’expression de son visage, elle ne s’y attendait pas plus que moi. Ses traits s’étirent de stupéfaction, sa bouche s’arrondit tandis que ses pupilles s’écarquillent légèrement.
— Pour ? balbutie-t-elle.
— De t’en soucier au point de vouloir lui mettre une rouste.
D’un air réprobateur, elle me dévisage, ce qui ne m’atteint pas. Il n’y a que la chaleur de son corps si près du mien qui me trouble. Les poils de mes avant-bras dissimulés sous ma veste se dressent en même temps que ma température corporelle augmente. Mon cœur s’affole, la tension devient trop forte. Son regard se perd sur ma bouche avant de s’arrimer à nouveau au mien. Sa respiration se coupe, elle déglutit. Et bien que le silence emplisse la pièce, elle semble me hurler de toutes ses forces de l’embrasser. Je ne devrais pas, mais la tentation est à présent trop douloureuse pour que je ne cède pas également à ce que je meurs d’envie de faire.
Mes lèvres s’écrasent avec fermeté contre les siennes, et c’est comme une libération pour tous les deux. Nos souffles s’enchevêtrent alors que ses bras encerclent mes épaules. Les miens ceinturent sa taille, sa poitrine se retrouve collée à mon buste, qui se soulève convulsivement. Ma langue goûte la sienne, me rendant presque euphorique tant c’est divin. Ses doigts cheminent à la base de ma nuque, planqués sous ma tignasse. Son corps bascule sur le matelas et je n’ai toujours pas quitté ses lèvres quand mon bassin se cale entre ses cuisses, pile au niveau de son intimité couverte. Une sensation de déjà-vu ne tarde pas à remonter à la surface. Cette fois, je ne déconnerai pas, je ne lui imposerai pas de dégager.
Ma queue se réveille, le désir violent qui m’assaille la fait vibrer dans
mon jean. Elle se manifeste comme elle le peut, me transmettant son appétit féroce, son impatience effrayante. Mes hanches se meuvent de manière incontrôlée au sein de la chaleur de ses cuisses pour tenter de chasser ma gêne. Son excitation doit être équivalente à la mienne, si je m'en réfère à sa respiration hachurée et à ses gémissements lorsque ma bouche dévie sur la peau fine de son cou.
Son épiderme a le goût d’un bonbon au miel. Frénétiquement, ma
langue l’embrasse sans limites et descend entre ses seins planqués dans son soutien-gorge. Dans l'effervescence, et maladroitement, je suis tout de même parvenu à défaire les deux premiers boutons de son chemisier en soie.
Je sais parfaitement sur quelle pente je m’aventure. Ma queue frotte
lascivement son entrejambe, réclamant sa délivrance. Je suis complètement fou. Et le pire, c’est qu’elle ne me vire pas. Son bassin gigote au même rythme que le mien, ils sont comme accordés, opposés à notre discernement. La fièvre a transformé nos deux corps en pantins assoiffés. Je ne me rappelle plus quand ça m’est arrivé en étant parfaitement conscient de mes actions, mais c’était il y a longtemps. À part le soir où je l’ai virée de chez moi.
Dans un élan de lucidité, et en sachant ce que ça impliquerait, je
redresse mon visage de sa poitrine, le souffle déchaîné. Je ne lui ferai pas le même coup que la dernière fois. Il me faut toute la meilleure volonté du monde pour cesser mon déhanchement. Les yeux brûlants de Sky croisent les miens, je résiste pour ne pas me soumettre à la pulsion qui me dévore les entrailles. Je soupire pour tenter de reprendre contenance, mais sa poitrine en partie dénudée et mon sexe contre le sien ne m’aident pas à garder mon calme, bien qu’une barrière amenuise nos sensations.
Je rêve de la dévorer…
L’alchimie entre nous est palpable, intense. Je bous à l’intérieur, je
vais exploser si je n’atteins pas la jouissance dans les minutes à venir. Et je me déteste d’en avoir tant besoin. J’ai réalisé que lorsqu’elle n’était pas dans le secteur, Sky réussissait à me manquer suffisamment pour que je me demande où elle se trouve. Elle est parvenue à me rendre dépendant de nos petits rendez-vous journaliers, m'assurant qu’elle va bien, que Saint-Andrews lui est toujours conviviale à vivre.
Et j’ai fini par espérer un plus, que jamais je n’avais envisagé. Sky me pousse dans mes retranchements, elle m’oblige à affronter mes démons, sans subterfuges pour me rendre la vie plus facile, la douleur moins pesante. Elle me contraint à m’interroger sur ce que ça pourrait être entre nous, si l’on faisait ne serait-ce qu’essayer. N’est-ce pas seulement voué à l’échec avec deux personnes telles que nous ? Cette petite nana me file les jetons parce que je ne détiens plus le contrôle de la situation, et quand je perds le contrôle, ce n’est pas représentatif de stabilité. Loin de là. C’est pire.
Je ne suis pas quelqu’un de bien. Pas assez pour elle.
— S’il te plaît, Lys.
C’est la première fois qu’elle m’appelle ainsi. Le changement qui s’opère entre nous ne demeure plus hypothétique. Ce surnom marque un lien d’affinité, il n’oppose plus cette distance que je tentais de maintenir jusqu’ici. Et je me surprends à l’apprécier, à vouloir qu’elle ne me nomme désormais plus que de cette manière. Ma colonne vertébrale se couvre de délicieux frissons, un grondement fait vibrer mon thorax déjà fortement malmené depuis tout à l’heure. Elle ne m’aide pas à rester un gentleman. À l’accoutumée, je ne le suis pas, or, elle me donne envie d’essayer avec elle. Parce que Sky est différente, parce que son âme parle à la mienne, un langage dont j’ignore tout, mais qui m’apaise et me fait me sentir moins seul dans mes propres tourments.
L’attraction est magnétique, mes phalanges fourmillent tant le désir de la toucher est manifeste. Son menton s’affaisse, j’aperçois la ligne de sa mâchoire trembler. Elle va pleurer, ça me déchire le cœur de la voir dans cet état. La pauvre ne sait plus sur quel pied danser à cause de moi. Je l’ai embrassée à plusieurs reprises. Hier soir, nous n’avons fait que ça, occultant le reste, comme si ça ne comptait pas. Quelle absurdité ! Tout s’avère important avec elle, allant de la dispute à la conversation des plus sérieuses. Chaque fois, sans même le réaliser, Sky me donne une petite part d’elle-même. Et aussi fou et dangereux que cela semble être, je meurs d’envie d’en avoir tous les morceaux, même les plus sombres, surtout les plus sombres, en réalité. Parce que ça me prouverait que l’idiot que je suis compte au moins ne serait-ce qu’un peu pour elle. Elle aurait pu m’envoyer bouler et ne pas me dire la vérité concernant sa fille, ce n’est pas ce qu’elle a fait.
— Tu vas sûrement me détester et croire que je me venge pour la
dernière fois, mais pas du tout… juste pas ce soir ni ici, d’accord ?
Si elle l'avait envisagé, je l’aurais compris, car ça aurait été de bonne
guerre. La dernière fois, je l’ai blessée. Un fou rire s’empare nerveusement de moi. Quand elle m’a annoncé que j’allais la détester, j’ai flippé alors qu’il s’agit que de ça.
— Je vais trop vite, pas vrai ?
— Juste un peu, avoue-t-elle, accompagnée d’une moue adorable, en
signant avec son pouce ainsi que son index devant son visage. Honnêtement, ce genre de situation ne m’est pas arrivé depuis pratiquement quatre ans, alors…
— Oh, tu sais, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas, tenté-je
l’humour pour la dérider.
Moi aussi, j’ai besoin que l’on me rassure, cependant, je ne le lui
révélerai pas, elle ne comprendrait pas. Et je n’en n’ai pas envie. Un petit rictus moqueur ourle ses lèvres, il se reflète jusque dans ses pupilles intensément brunes.
— Pour être également sincère, je n’ai pas pratiqué sans être déchiré
depuis longtemps, ajouté-je.
— Oh, alors on peut affirmer que nous sommes deux machines
rouillées requérant d’une bonne révision avant que tout ne roule parfaitement ? raille-t-elle avec embarras.
J’apprécie qu’elle n’enfonce pas le clou. Je n’en ai pas la nécessité
pour me sentir minable. J’aime son humour. Cela se produit rarement, mais quand elle s’attelle à la tâche, elle m’arrache un sourire sans difficulté.
— Grave, putain ! m’exclamé-je sans contrôle.
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