Unstable feelings - T2
ch022
Chapitre 22
Lysandre
Je suis étonné de la voir me fixer plus de dix secondes, alors que jusqu’ici, j’avais le sentiment qu’elle ne m’appréciait pas du tout. Ce qui, d’ailleurs, ne me dérangeait pas. Cette fois, elle semble avoir quelque chose sur le cœur à dire, un truc important. Aussi, je m’efforce de ne pas l’envoyer bouler, c’est peut-être réellement urgent. Je dois finalement être mortellement ennuyant et imprévisible pour qu’elle me trouve sur le campus. Je chasse rapidement l’idée saugrenue que la cousine de Sky puisse en avoir après moi. Ce serait ridicule, pas vrai ? J’ai environ cinq ans de plus qu’elle, et on n’a jamais échangé plus de trois mots. Sauf pour se bouffer le nez.
Peut-être a-t-elle des problèmes ? Elle compte pour Sky, et c’est bien pour ça que je ne vais pas l’envoyer se faire voir, et écouter ce qu’elle a à me dire, j’agirai ensuite en conséquence.
— T’as une minute ?
— Pour toi, j’en ai même deux, rétorqué-je un peu sarcastique, en fermant mon manuel de management.
J’essaie de me rattraper, quand je ne suis pas en cours ou avec Sky, je viens ici. Là où il n’y a pas de tentation. Et étrangement, j’arrive à étudier, bien qu’au départ, ce n’était pas gagné.
Jessie s’installe sur la chaise face à moi, je jette un œil autour de nous et constate qu'Alexander, qui traîne dans le coin, m’adresse un drôle de rictus. Cet abruti s’imagine probablement que je vais recommencer mes conneries, jouer avec Sky, or, absolument pas. Cela ne m’a même pas traversé l’esprit. Il n’y peut rien si j’ai changé sans qu’il le sache. Durant de longs mois, j’ai été plus hargneux, et, à aucun moment, il n’a pu se douter que je ne joue plus à ce jeu. Cela ne m’amuse plus, j’ai trop perdu. Et je n’ai pas envie de perdre Sky. Voilà, c’est dit !
Je sais que je suis à un chouia de tout foutre en l’air et ça me fiche
déjà suffisamment la trouille comme ça !
— Que puis-je pour toi ?
— Sky ignore ma venue, j’aimerais autant que ça reste entre nous, tu
peux faire ça ? me confesse-t-elle discrètement.
Je n’aime pas ça. Clairement pas. Les secrets nous créent des
problèmes, j’en sais quelque chose, et je ne désire pas briser sa confiance. Une sensation désagréable dévale mon estomac, je me tends sur ma chaise. Elle n’a pas intérêt à me piéger, car je ne répondrais plus de rien, gamine ou non !
— Je ne te promets rien, je ne fais jamais de promesse. Et puis,
reconnais que ta requête est pour le moins étrange. Je ne souhaite pas me brouiller avec Sky à cause de toi, pigé ?
Sa joue tressaute en un fin rictus.
— Tu crois que je te drague ? piaille-t-elle. Non, mais ça ne va pas ! Je
voulais juste te parler de ma cousine ! Je m’en fiche de toi, tu n’es pas du tout mon genre. Entre nous, je préfère les mecs comme ce gars que toi, abruti !
Elle pointe du menton Naoki qui se trouve en compagnie d’Alexander
et ont, tous les deux, le regard braqué dans notre trajectoire, à laisser leur imagination fertile affabuler Dieu sait quoi. Je sens que je vais encore entendre des conneries d’ici très peu de temps, et tout ce que j’espère, c’est que cela ne se retournera pas contre moi. Pour une fois que je n’ai rien à me reprocher !
En partie soulagé par ses dires, je me méfie tout de même. Des
fourbes, j’en ai fréquenté des tas, je ne suis pas aussi crédule qu’elle l’aimerait.
— Je t’écoute.
— Je ne sais pas comment commencer, débite-t-elle, le rouge aux
joues.
Qu’est-ce qui lui prend encore ? Je n’ai pas le temps de jouer aux
devinettes, j’ai un devoir à rendre, un semestre sur le point de se terminer.
— Sky a un souci ?
Je me rembrunis sur mon siège.
— Il y a deux jours, elle était dans notre salle de bains, avec un test de grossesse entre les mains.
Le sang quitte mon corps. Pardon ?!
— Je te rassure, elle n’est pas enceinte, s’empresse-t-elle de débiter.
Elle aurait dû commencer par ça, au lieu de me faire baliser inutilement. Quel est le but de cette conversation ? Pour me menacer de ne pas la mettre en cloque ? Ce ne sont pas mes intentions, bon sang !
— Je voulais juste te dire de faire attention à elle, c’est tout. Je n’ai pas envie de la voir flipper, chaque fois que vous trafiquez vos trucs. Je souhaite qu’elle soit heureuse, pas qu’elle passe en mode panique.
— Ce n’est pas avec toi que je devrais avoir cette conversation, marmonné-je. Et je suis toujours vigilant, me sens-je obligé de préciser.
— Permets-moi de te rappeler que parfois, ce n’est pas suffisant. Sky a déjà donné, comme tu le sais. Pourtant, Joshua devait être très au point sur la contraception, vu son âge, si tu veux mon avis.
Je grogne en l’entendant prononcer le prénom de l’autre.
— Je ne suis pas là pour te faire flipper ou la morale, seulement pour te demander d’être vigilant avec elle, car si techniquement, elle n’a pas à s’en soucier, ça ne l’empêche pas de cogiter à cause de ça. Sky est fragile, plus qu’elle n’essaie de le montrer, mais ça ne change pas le fait que, au fond, elle est terrifiée que tout se reproduise. Elle a l’air très rationnelle… je m’inquiète seulement pour elle. Alors, parle-lui, je ne sais pas, mais aide-la. Elle n’aurait jamais dû vivre une épreuve pareille, et je voudrais tant qu’elle comprenne que…
Sa voix se brise due à l’émotion, je me sens inutile, mal à l’aise. Que voulez-vous que je réplique à cela ?
— Je ne sais pas pourquoi elle s’est persuadée qu’elle n’était capable que de donner la… mort, hésite-t-elle, la gorge nouée. Elle n’en parle pas à voix haute, mais c’est ce qu’elle pense, je la connais. Si encore elle ne désirait pas d’enfants pour les bonnes raisons, je ne trouverais rien à y redire, et je ne suis pas non plus là pour l’inciter en lui disant : “c’est chouette, les gosses, fais-en des tas !”. Ceci ne regarde qu’elle, que vous, elle a toute la vie pour ça.
— C’est bon, j’ai compris, Jessie.
— On dirait que je te soûle avec mon discours, soupire-t-elle, énervée.
— Pas du tout, je réfléchis à comment l’aider, même si je n’ai pas l’air
expressif.
Ma réponse la surprend, elle me fixe, dubitative, or, je me fiche bien
de ce qu’elle pense à mon sujet. Je suis en mesure de m’entretenir avec Sky à ce propos, ça ne me fait pas peur. La seule chose qui pourrait m’inquiéter, c’est sa réaction, la blesser malgré moi. Parce que c’est un terrain glissant, dangereux. J’ai parfaitement conscience que la contraception est importante, je ne suis pas totalement idiot ou irresponsable.
— Alors, tu vas lui parler, hein ?
— Évidemment.
— Tu ne le dis pas juste pour te débarrasser de moi ? tique-t-elle. Cette fille est aussi agaçante que bienveillante envers Sky. Je ne peux
pas la détester, elle prend soin d’elle, ce qui me soulage un peu des multiples inquiétudes qui me turlupinent à propos de Sky.
— Bien sûr que non, soupiré-je. Tant que t’es là, sois gentille, file-moi
le numéro de ta gouvernante. Pénélope, c’est ça son prénom ?
La petite brune croise les bras en affichant une moue pas du tout
ravissante. Ma suggestion amène d’autres questions qui se bousculent dans son esprit, je le constate à son visage perdu.
— Pourquoi ?
— Un boulot à lui proposer.
Dubitative, Jessie penche la tête sur le côté, m’observant longuement,
ce qui me fait un peu grincer des dents.
— Tu veux lui offrir un job ? s’étonne-t-elle.
— Exactement. D’après ce que j’ai compris, elle a besoin d’argent, et
moi, d’une femme de ménage. Je vis seul, si elle pouvait venir plusieurs fois par semaine, ça me dispenserait sûrement des fouinements intempestifs de mon paternel.
Je m’abstiens de lui confier pourquoi mon vieux a développé cette
obsession de m’avoir à l'œil, ça ne la concerne pas. Pas serein depuis mon overdose, il passe son temps entre l’entreprise et le manoir, ce qui l’épuise clairement. J’ai beau l’envoyer paître, il reste et je ne l’imaginais pas une seule seconde se donner tout ce mal. Il a fallu que je me mette en danger pour qu’il découvre que je marchais sur des charbons ardents, prêts à m’envoyer en Enfer pour un aller sans retour.
J’étouffe de l’avoir sur le dos, alors je l’admets, Pénélope serait également un bon moyen pour qu’il lâche cette foutue laisse qu’il semble m’avoir placée autour du cou. Elle serait présente la journée, ce qui le rassurerait peut-être sur le fait que je ne sois pas mort.
Les Sullivan ont besoin d’argent. Une pierre deux coups. Je ne mettrai pas Sky en rogne avec cette histoire de fric dont elle ne veut absolument pas. Pénélope gagnera cet argent de manière légale, pour ses services. Si je peux alléger les inquiétudes de tout le monde, cela ne coûte pas grand-chose. Sky remboursera son père, pour l’année à Saint-Andrews qu’il a payée dans son dos, si c’est ce qu’elle souhaite, quant à moi, cette bonne action fera en sorte que le manoir soit propre, que des gens dans le besoin le soient un peu moins.
Leur gouvernante en moins à rémunérer, leur chambre à louer à un étudiant leur permettra d’autres rentes pour payer les études des filles. Je sais que Sky cherche activement un travail. Elle n’a pas pris ma proposition au sérieux, et si elle était lancée sur le coup de la rigolade, je me connais, je me serais démené pour dégoter cet emploi à mi-temps. Les clefs sont entre ses mains. J'ai désormais tout à fait conscience qu’elle ne pourra jamais obtenir cette bourse, avec Jeff entre les sales pattes de Terrence qui s’évertuera à lui mettre des bâtons dans les roues.
Cette aide que je désirais lui offrir n’était qu’une façon de lui donner toutes ses chances face à ces salopards manipulateurs. J’ai de l’argent, je n’en ai jamais manqué. À titre d’exemple, un jour où nous mourions d’ennui, Logan et moi avons même parié gros, nous avons coté en bourse, mille livres pour en remporter dix fois plus une semaine plus tard. C’était il y a un an et demi. Un jeu auquel nous avons eu du bol, nous n’avons plus jamais tenté le Diable.
Jessie m’adresse un drôle de regard avant de me jeter à la figure avec un petit sourire espiègle :
— T’es mordu, pas vrai ?
— Pas tes affaires, microbe. T’as son numéro, oui ou non ?
— Évidemment ! Pour qui me prends-tu ? proteste-t-elle en arquant un sourcil brossé, arrogant.
Ma réponse lui déplairait, par conséquent, je la tais. Jessie se permet de m’arracher le calepin qui était sous mon nez, près de mon manuel de management, puis griffonne avec mon stylo ce que je lui ai demandé.
— Du coup, on commence à avoir des secrets, toi et moi ? déclare-t-
elle pince-sans-rire.
Elle quitte son siège en lançant le calepin à sa place originelle, se
moquant du bruit qu’elle occasionne, ce qui nous vaut des regards désobligeants à l’autre coin de la pièce.
— Si tu le dis. J’en parlerai à Sky, seulement après m’être entretenu
avec Pénélope, alors tiens ta langue.
— Oui, chef !
Elle me gratifie d’un salut militaire, se barre en trottinant jusqu’à la
sortie avant de jeter un œil par-dessus son épaule vers Naoki. Qu’est-ce qu’elle me fait, là ? J’espère pour elle qu’elle ne s’égarera pas sur ce terrain. Oh puis, ce ne sont pas mes oignons, bordel !
☆☆☆
À la fin des cours, je gagne le bâtiment où Sky se trouve avec ses
camarades. Oliver, encore agglutiné à elle, toutefois, je ne m’en soucie pas. Son sourire me suffit pour occulter sa présence dérangeante.
— T’es libre, là, maintenant ? l’interrogé-je.
Lui qui doit se sentir de trop s’en va. Bon débarras ! J’ignore
pourquoi je ne l’aime pas, même si je sais qu’il est gay et qu’il ne risque pas de me la foutre à l’envers pour lui retourner le cerveau. Il faut que j’arrête de voir tout le monde comme un ennemi !
Le sourire de Sky s'agrandit et se crispe dû à la surprise que lui
insuffle ma question.
— Oui… Pourquoi ?
— Une longue balade, ça te tente ?
— O-ui, hésite-t-elle.
— Rassure-toi, tout va bien. J’ai juste envie de prendre l’air et de
t’emmener quelque part, essayé-je de la dérider en découvrant la mine sombre et un peu paniquée qu’elle arbore tout à coup.
Plus sereine, elle dodeline finalement de la tête. — Tu aimes les phares ?
Je compte conduire jusqu’à Barns Ness, à environ deux heures. J’y
allais parfois avec Kate quand j’étais gosse, nous faisions du cerf-volant le long des plaines verdoyantes, derrière le fort. Nous attendions que le soleil se couche pour grimper là-haut, et voir le phare illuminer l’océan ainsi que ses vagues. Paisible, la vue est belle. Parfait pour passer un moment tous les deux, discuter sans être épiés.
— Tout dépend de si t’as l’intention de me balancer du sommet pour m’apprendre à nager, persifle-t-elle.
— Pas du tout. Sache-le, si je devais te jeter dans le vide, je le ferais en même temps pour réceptionner ta chute.
Qu’est-ce qui m’a pris de lui dire un truc pareil ? Je l’ai troublée, je le vois bien. Elle ignore quoi ajouter. Mes paroles lui paraissent sûrement alarmantes, mais il n’en est rien. Elles signifient que je compte la protéger comme je le peux. J’aurais toutefois dû la fermer, elle n’est pas prête à entendre ce genre de conneries, et moi, pas à en prononcer visiblement. Je lui conseille d’annuler son repas en famille, ce soir, nous risquons de rentrer tard.
Sky s'assoupit durant le trajet, et je ne lui en veux pas un seul instant. Sa façon de dormir m’arrache même un petit rictus au bord des lèvres. Son visage tourné de mon côté me permet de l’observer à ma guise, en faisant tout de même attention à la route. Elle ne dort pas suffisamment la nuit, je le sais pertinemment.
Sur place, j’hésite plusieurs longues secondes avant de la réveiller. Ma main s’élève pour s’échouer avec douceur sur sa joue, mon pouce caresse sa tempe, Sky ouvre pratiquement immédiatement les paupières en arborant un petit sourire.
— On est arrivés ? m’interroge-t-elle d’une voix encore ensommeillée.
Je retire ma paume pour détacher ma ceinture, après que j’ai acquiescé à sa question, elle se débarrasse de la sienne. Je ferme mon blouson avant d’affronter la fraîcheur extérieure. Un instant, je culpabilise de l’avoir conduite ici, alors qu’elle est visiblement fatiguée et aurait pu se reposer à la fin des cours, chez elle.
— Cette vue est dingue, siffle-t-elle. Je n’avais jamais vu de phare en vrai. On peut grimper au sommet ?
— Si tu n’as pas le vertige, oui, la taquiné-je, ce qui me vaut un regard équivoque.
— Le dernier arrivé là-haut est un looser ! clame-t-elle en se mettant à courir sur-le-champ.
Son rire résonne en écho au vent, mon cœur tremble violemment,
malmenant mes côtes. Sky se précipite et commence à grimper les premières marches de l’escalier en colimaçon menant jusqu’au sommet du phare. La lumière est allumée, la nuit ayant déjà enseveli la mer et le ciel. Je prends quelques secondes pour contempler cette tranquillité qui m’apaise avant de la poursuivre.
Elle rit de plus belle en tournant la tête et m’apercevant à sa suite. Elle
a de l'endurance, je ne clamerai pas le contraire, je ne parviens pas à arriver avant elle. Le souffle déchaîné, elle touche la lanterne qui semblait visiblement être notre point d'arrivée pour lui assurer la victoire. Elle contourne la machine de rotation et finit par se trouver à l'opposé. Sky m’observe, le regard rieur et tout autant intense que l’énergie circulant au sein de cette ampoule géante éclairant l’océan, guidant les bateaux dans son sillage.
La respiration haletante, elle peine à retrouver un rythme plus en
adéquation avec la normale et moi aussi.
— Tu as triché, la fustigé-je d’une voix profonde et capiteuse. Nonchalamment, elle secoue les épaules tandis qu’une moue adorable,
qui me donne envie de l’embrasser, lui mange le visage.
— Et alors ? Que vas-tu faire contre ça ? me demande-t-elle, joueuse. L'atmosphère est dense, mes phalanges me démangent tant je meurs
d’envie de la toucher. C’est un calvaire de m’en abstenir, si je franchis la limite, elle risque à son tour de passer de l’autre côté de la barrière. C’est inéluctable. Je ne veux pas qu’elle frôle davantage les ombres qui m’habitent. Même si je crève d’envie de me perdre au creux de ses jolies courbes, de la chaleur de son corps, d’assouvir cet appétit fardé par mes démons. Plus que tout, je crains de l’effrayer si elle venait ne serait-ce qu’à effleurer les monstres cachés sous la carapace.
Hélas, l’ardeur qu’elle galvanise en moi prend le dessus. Faisant fi de
la menace qui pourrait me faire disjoncter à tout moment, je grappille les centimètres qui nous séparent pour me retrouver si proche que son exhalation, qui a encore fluctué, claque contre le bord de ma lèvre inférieure.
— Punis-moi, murmure-t-elle, provocante.
Le feu extrême de la lanterne se réverbère au sein de ses pupilles
d’ordinaire tout aussi sombres que l’orage qui crépite en moi nuit et jour. Un instant, elle me désarçonne, me scie les jambes, je ne flanche pas, mieux, je la mets en garde :
— Ne me tente pas, je pourrais te consumer, réponds-je bassement avec toutefois plus d’intensité.
— Même pas peur, chuchote-t-elle avant de plaquer sa bouche cerise contre la mienne.
Un tourbillon m’emporte. Jeté à la mer, enseveli sous les vagues, je me débats. J’aspire son souffle, goûte sa bouche divine et me repais de cette langue brûlante qui me rend fou. Elle s’accroche à mes épaules, mes membres encerclent, sans autr forme de procès, sa taille. La raison me fuit, la convoitise me dévore. Mes lèvres s’égarent sur les millimètres de peau visible de son cou. Elle frissonne, gémit. Ses phalanges coulissent le long de mes bras et se crochètent à la ceinture de mon jean. Ses doigts gelés me ramènent à cette foutue réalité que je ne peux occulter. Si je persiste, je risque de la briser et de m’écraser en même temps parce que je ne supporterais pas de l'avoir blessée. Pas elle aussi.
Mes mains s’emparent de ses poignets. Mes lèvres rêveraient de s’épancher davantage sur cet élixir qui est un poison pour mes démons. Douloureusement frustré, je m’éloigne. Les lieux sont suffisamment éclairés pour que je puisse déceler sa désillusion. Elle a mal, ne s’imaginant pas que l’idée de la toucher sans stupéfiants ni ancrages me pétrifie, car je suis trop instable pour elle, peut-être trop bousillé.
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