Unstable feelings - T2
ch019
Chapitre 19
Sky
Jessie a l’habitude de squatter la salle de bains en même temps que
moi à la maison, et cela ne me dérange pas. En revanche, je trouve ça glauque quand elle se permet d’uriner, alors que je suis en train de me maquiller devant le miroir. En entendant son jet tomber dans la cuvette, je manque de me crever l'œil avec mon eyeliner. Bon sang !
Je regarde vaguement dans sa direction à travers la glace, en soupirant
un peu exaspérée, avant de pouffer de rire face à la mine qu’elle affiche. Ses cheveux bruns, pas encore coiffés, trônent tel un nid de coucou sur le sommet de son crâne. Elle bâille à s’en décrocher la mâchoire tandis que du dentifrice lui coule sur le menton. Elle a du mal à ouvrir les yeux. Dur le matin avant le café, je connais bien ça !
Visiblement, elle a repris un peu du poil de la bête depuis l’incident
qui s’est produit au lycée avant les vacances de Noël. Elle a envoyé balader un petit merdeux suite à une blague de mauvais goût entre potes, dont elle a été la cible. Pour elle, tout semble oublié, moi, je rage encore et j'ai cruellement envie de lui refaire le portrait. D’après ce sale type, il n’y avait pas de quoi s’énerver, il lui a même sorti le commentaire de choc.
Attention à vos oreilles ! Ce ne sont que des seins, alors ce n’est pas
pornographique, ni un crime de les avoir montrés aux copains ! Un véritable petit connard qui joue les malins. Jessie a reconnu que l’on voyait des nanas topless sur la plage, et qu’elle était juste trop sensible, qu’elle n’aurait pas dû le prendre trop à cœur. Quelle connerie, bon sang !
Qu’il ait osé montrer à ses copains une photo d’elle est inadmissible. Je la pensais trop maligne pour se faire avoir lors de ce genre d’échange de messages, mais je me suis trompée. Jessie a dix-sept ans, elle est rêveuse, aussi naïve que j’ai pu l’être, et il se trouve que ce fumier a su lui sortir les arguments pour qu’elle flanche. Si j’avais au moins son nom, j’irais porter plainte pour elle chez les flics. Mauvaise idée, je sais ! De toute façon, on ne l’acceptera pas, car je ne suis pas concernée ! Arg !
Jessie s’essuie et remonte sa culotte en bas de ses chevilles. Elle grimace et me bouscule presque afin d’atteindre le lavabo pour cracher dedans. Elle rince minutieusement sa bouche, puis me tire grandement la langue comme une gamine de cinq ans.
— C’est bon, c’est propre, pas la peine de me demander d’inspecter tous les matins, ricané-je.
— On ne sait jamais. Tant que je n’oublierai pas que cette bouche a touché celle de ce débile de première, je préfère ne pas m’y risquer, rétorque-t-elle en s’emparant du bain de bouche, sur l’étagère à sa droite. Heureusement que je n’ai pas fait la connerie de lui offrir ma petite fleur ! argue-t-elle avant d’avaler le liquide bleu qui m’arrache une grimace.
Depuis cette histoire de photo divulguée derrière son dos, Jessie se préoccupe beaucoup de ce mec, mais cette fois-ci, dans le sens opposé. Avant, elle bavait littéralement dessus, à présent, elle pense que de simples baisers de sa part auraient pu lui filer je ne sais quelle cochonnerie sexuellement transmissible. Vous savez bien qu’une toute petite plaie dans la bouche peut facilement passer inaperçue. C’est Jessie qui le dit ! Dans la famille, on n’a toutes nos petites manies.
— En revanche, une douche ne te ferait pas de mal, tu sens le fauve, la taquiné-je.
Outrée, elle écarquille les yeux avant de me donner une bourrade de l’épaule.
— Depuis quand blagues-tu de si bon matin, toi ? m’interroge-t-elle en me toisant tout en brossant sa tignasse.
Elle a raison. Ces derniers temps, je me sens moins… morose, plus disponible pour les autres, moins dans ma bulle de solitude, et donc, plus prompte à la plaisanterie. Pourtant, je n’ai ingéré mon café qu’il y a dix minutes tout comme mes médicaments, alors ils n’en sont en rien responsables. Non, les choses se passent bien en ce moment, et je n’en espérais pas tant. Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis heureuse à cent pour cent puisque c’est impossible, cependant, je me rapproche un peu plus chaque jour de l’apaisement, du bonheur et cette légèreté soulage.
— J’peux t’emprunter ton lisseur, je crois que le mien est en train de
rendre l’âme. Maman va péter un câble quand je lui en demanderai un autre alors que Noël est déjà passé, persifle-t-elle.
— On peut partager. De toute façon, ici, celle accro aux cheveux
raides, ce n’est pas moi, alors vas-y, sers-toi.
À la recherche dudit lisseur, elle fouille la pièce du regard avant
d’ouvrir mon tiroir. Nous avons chacune le nôtre dans la salle de bains, et pour cause, cinq femmes sous le même toit serait synonyme de capharnaüm monumental. Heureusement qu’il y a deux WC, un à l’étage et l’autre au rez-de-chaussée !
En train d’appliquer du rouge à lèvres nude au niveau de mon arc de
cupidon, les jurons de Jessie me font plisser le front. Je l’épie du coin des yeux, ne voulant pas en foutre partout, car le mat tient bien, et j’ai la peau qui marque facilement. Si je dois le retirer pour le remettre correctement, je risque de me trouver rosée pour la matinée. Mon cœur rate un battement dès que je constate avec stupeur qu’elle a entre les mains la boîte d’un test de grossesse que j’ai rangée là, il y a quelques jours. Elle blêmit avant de porter son œil affolé sur moi. Je la lui dérobe en la rassurant immédiatement :
— Ce n’est pas ce que tu crois, alors ne fais pas cette tête, OK ? — Pourquoi t’en as acheté un, dans ce cas ? s’enflamme-t-elle en
proie à la panique bien qu’elle ne soit en rien concernée.
— Pour être sûre, confié-je en haussant les épaules. Décontenancée par ma réponse, Jessie arque un sourcil. Je range la
boîte neuve du test et vérifie que mon maquillage est en ordre tandis que je l’aperçois à travers le miroir, croisant les bras, en attente d’une explication. Presque impressionnante avec cet air revêche qui ne demande qu’à m’intimider à sa manière. Elle s’inquiète simplement pour moi, or c’est inutile, car tout va très bien.
— J’en ai acheté un uniquement pour contrôler que mon implant ne
me faisait pas un coup foireux, avoué-je en soupirant.
— Tu as du retard ? me questionne-t-elle, inquisitrice. — Absolument pas ! Et je n’ai pas non plus de symptômes alarmants,
c’est juste pour me rassurer.
— Parce que tu crois que les spermatozoïdes d’un camé sont capables de gagner une course à l’ovule ? ironise-t-elle.
Ses propos me blessent un peu, et pourtant, ceci n’est nullement volontaire de sa part. Simplement un rappel, sans hypocrisie, qu’elle n’apprécie pas Lysandre. Nous en avons déjà discuté. Elle n’a pas digéré le coup de Jacobo renversé, tout comme la façon dont il m’a traitée telle une malpropre juste après. Jessie est un amour avec les siens, elle peut avoir la dent dure avec ceux qui les heurtent. Il faudra du temps pour qu’elle oublie ce fâcheux épisode. Et ça m’apprendra à passer du temps avec mes nouveaux amis en même temps qu’elle. Elle a fini par découvrir tous ces détails que je ne souhaitais pas qu’elle connaisse.
— Je suis désolée, s’excuse-t-elle en se rapprochant pour me gratifier d’un câlin de réconciliation bien je ne sois pas énervée contre elle.
— Tu… tu ferais quoi si jamais… marmonne-t-elle près de mon oreille.
Rien que d’y songer, j’en ai de satanées sueurs froides. La question ne se pose pas à mes yeux, et je sais que je pourrais passer pour un monstre, surtout après ce que j’ai vécu.
— Je m’empresserai d’aller dans une clinique pour y mettre un terme avant qu’un cœur ne batte, me montré-je honnête d’une voix morne.
Car après, j’en serai incapable… Ce laps de temps est très réduit, le premier battement a lieu après six semaines de gestation. Autrement dit, on a à peine le temps de se rendre compte que l’on est enceinte, que la vie bat à travers un amas de cellules ne mesurant que trois petits millimètres. Si petit et pourtant, déjà porteur d’immenses possibilités pour l’avenir.
Ma gynécologue a beau m’affirmer que ce serait un bonheur incommensurable pour moi d’avoir un autre enfant, un jour, je ne parviens pas à l’envisager. J’en suis psychologiquement et physiquement inapte. J’en ai des crises d’angoisses et des tremblements même lorsque l’on ne fait qu’en parler tranquillement sans pression. D’horribles cauchemars qui m’empêchent de dormir et de respirer. Des genres de terreurs nocturnes. Elle a émis le sujet à deux reprises, elle désirait me faire entendre que le drame qui m’était arrivé n’impacterait pas mes prochaines grossesses, que j’étais tout à fait capable de donner la vie.
J’aime Lucy, et aucun enfant ne saurait effacer sa perte, ni même adoucir la blessure béante de mon cœur. J’aurais l’impression de la trahir, de l’oublier d’une certaine manière. Ma psychologue me soutient qu’il s’agit d’un cheminement normal de penser ainsi, et qu’un jour, peut-être, j’en ressentirai le besoin, que je serai prête. Au moins, elle n’a pas la prétention d’oser me clamer ou de me convaincre qu’avoir d’autres gosses soignera mes cicatrices comme certaines personnes. Je hais ces gens bien-pensants, qui s’imaginent pouvoir saisir ne serait-ce que le quart de ce que j’ai traversé.
Il faut le vivre pour le comprendre et ça n’a jamais été plus vrai que
dans cette situation.
Et si je ne voulais plus jamais d’enfants, cela ferait-il de moi un
monstre ? Ne puis-je pas avoir seulement envie de Lucy et pas d’un autre bébé ? Est-ce si inconcevable ?
Jessie m’enlace aussi fort qu’elle le peut, se contenant malgré tout de
ne pas me faire de mal. Ainsi, elle me transmet toute sa compassion, son soutien.
— Prions alors pour que tu n’aies plus jamais de retard tant que tu ne
l’as pas décidé ! manifeste-t-elle en se séparant de mes bras.
S’il y a bien une chose que je ne fais plus depuis longtemps, c’est
prier. Le maître de l’univers m’a abandonnée le jour où il m’a arraché Lucy et s’est abstenu de m’empêcher de l’aimer au point de vouloir en crever.
☆☆☆
Il y a un foutoir monstre dans ma chambre, et pour cause, j’ai décidé
de faire un gros nettoyage, bien que ce ne soit pas la saison. J’ai trié, rangé et étiqueté énormément de choses. Je tressaute en entendant la sonnette de la maison, en même temps que l’aboiement de Jacobo qui ne peut s’empêcher de nous signaler la présence d’autres individus que nous, à croire que nous sommes sourds. D’ordinaire, cela ne m’agace pas, aujourd’hui, j’ai un peu les nerfs sens dessus dessous.
Trois ou quatre minutes plus tard, on toque à la porte de ma chambre
et je ne prends pas la peine de faire volte-face en disant à la personne d’entrer. Je lui souhaite seulement bon courage en pensée, pour ne pas se casser la figure en foutant le pied ici, car il y a une montagne de fringues qui jonche le sol.
— C’est quoi ce bazar ? T’as été cambriolée ou quoi ? me parvient la voix de Lysandre.
Je tourne la tête pour le fixer par-dessus mon épaule tandis que je saisis un tailleur que j’ai dû mettre en tout deux fois. Et encore, je n'en suis pas certaine. Rien qu’en le regardant, j’en ai la nausée. Quel intérêt de garder toutes ces choses si ce n’est pas pour les mettre ? Je n’ose imaginer le prix que tout ça a coûté, ça me rend presque folle et me tire les larmes aux yeux. Comment ai-je pu consommer durant des années de manière si compulsive ?
— C’est quoi cette tête ? s’inquiète-t-il en arpentant la masse de tissus toujours par terre pour me rejoindre près du lit.
Il met la main sur un jean qui traîne sur le matelas et fronce les sourcils en découvrant celui-ci pourvu d’une étiquette avec un prix exorbitant dessus. Toutefois, je pense que cet air qu’il affiche n’a rien à voir avec le montant de mon vêtement, mais plutôt avec le fait qu’il soit en dehors de ma penderie tout comme les autres.
— Tu vends tes vêtements ? me demande-t-il, dépité.
— Oui, bredouillé-je en prenant des pincettes.
— Pourquoi ? À cause de cette histoire de fric pour la fac ?
— Pas seulement… J’en ai beaucoup trop, et ça me rend dingue, rétorqué-je, en jetant un œil ironique aux quatre coins de la pièce.
— Et tu vas sortir à poil ? répond-il du tac au tac. C’est idiot. Il y a forcément une autre solution que celle de te déplumer de toutes tes fringues.
— Tu exagères ! souris-je, histoire de garder la face. Ce n’est pas dramatique, ce ne sont que des habits. D’ailleurs, j’ai honte de le dire, mais les trois-quarts de ceux qui se trouvent ici n’ont pratiquement jamais été mis. Pense à tous ceux qui n’ont même pas de quoi s’acheter trois jeans dans leur portefeuille. J’ai vécu comme une gosse pourrie gâtée, et on voit le résultat.
— Et le reste ? Tu ne vendras pas tout ce qui t’appartient, c’est du délire, OK ?
Je hausse les épaules, car en réalité, ça ne me dérange pas. C’est également une façon de recommencer complètement à zéro. De me débarrasser de cette étiquette de bourgeoise qui me colle constamment à la peau.
— J’aime les jolies choses, je ne peux pas le nier, mais c’est ridicule.
Je ne peux pas me permettre des folies de ce genre, je ne suis pas toute seule. Je dois penser à mes tantes, à ma cousine qui va aussi aller à la fac l’année prochaine. Je ne leur demanderai pas de se sacrifier à nouveau. Je croyais qu’on avait changé de maison pour se rapprocher du campus, quelle naïve !
Une boule de nerfs m’enserre la gorge tant cette situation me rend
malade. Si j’avais su, jamais je ne me serais inscrite, pour n’engager aucun frais. Nous avons longuement discuté l’autre jour pour tenter de trouver des solutions, hélas, je crains qu’un job à mi-temps, une brocante et la location de l’une de nos chambres ne suffisent pas. Je n’ai jamais manqué d’argent jusqu’à aujourd’hui et cela me procure un sentiment d’angoisse inédit.
— Elles ont vendu leur maison pour qu’on puisse aller à la fac, toutes
les deux, mais ça n’a pas suffi. Terrence paie pour Saint-Andrews et Dieu sait quoi encore, tu te rends compte ! m’étranglé-je presque en prononçant son prénom. Hors de question que ça continue. Alors, finis les fringues de luxe et les passe-temps qui coûtent les yeux d’la tête. Je vais me trouver un job, vendre tous ces trucs inutiles pour rembourser ce sale rat et je n’en entendrai plus jamais parler.
— Attends une seconde, tu parles trop, là… Laisse-moi réfléchir à la
situation.
En affichant une petite moue, je me pince les lèvres. Ses mains
encerclent mes avant-bras pour m’obliger à m’asseoir et me calmer. J’ai l’impression d’être branchée sur un douze volts, et pour cause, j’ai bu cinq cafés, aujourd’hui.
— Tu as besoin de combien d’argent exactement ? — Ce n’est pas la question, dévié-je, car je sens pointer du bout de
mon nez sa proposition, je la vois à son regard qui me scrute sans détour.
Un petit sourire ironique esquisse ses lèvres.
— Tu es vraiment butée et tu te fais du mouron pour pas grand-chose,
là. Je peux te prêter de l’argent, je dis prêter, parce que soyons réalistes, je sais que tu me diras “non” pour un don, déclare-t-il, facétieux.
— Pour un don et même un prêt ! Des milliers, pour ne pas dire des
millions d’étudiants, bossent pour payer leurs études. Je n’en mourrai pas.
Il tique, en secouant la tête. Je déambule à travers le tas de linge pour me rendre jusqu’à ma penderie et mettre la main sur le violoncelle que Joshua m’a offert il y a peu. Je sais qu’il vaut beaucoup d’argent, et j’ai déjà le mien. Aucune utilité d’en garder deux à la maison. Celui-ci pourrait grandement nous aider à régler nos soucis financiers. Valant plusieurs milliers de dollars.
— Sky… Que fabriques-tu avec ce violoncelle ? Tu ne vas quand même pas le vendre ?
J’entends le choc à sa voix, aussi, je m’empresse de le rassurer :
— Ce n’est pas le mien. Je n’en ai pas besoin de deux, alors si je vais le faire. C’est moche de revendre ses cadeaux, mais je ne me sentais pas à l’aise en le sachant ici. Il coûte une fortune, je le sais, car j’en ai vu des centaines au cours de ma vie… Josh l’a acheté par culpabilité, je lui trouverai une utilité plus… humble. Un acheteur est prêt à m'en donner 7000 livres. Si mes calculs sont exacts, avec tout ce que j’ai réussi à étiqueter. Je me serai acquittée de ma dette pour cette année. Il faut que je pense à après…
— D’accord, débarrasse-t’en, si c’est ce que tu souhaites.
— Je ne sais pas pourquoi, mais je réussis presque à te sentir sourire, alors que tu es dans mon dos, Lysandre, raillé-je.
Il ricane. Son souffle caresse mes cheveux. Et il s’avère bien plus proche que je ne l’imaginais. Son bras finit par s’enrouler autour de ma taille. Ma colonne vertébrale s’appuie contre son thorax avec un petit soupir d’assouvissement. Ma tête, elle, se loge contre son épaule.
— Pourquoi ne me laisses-tu pas vous aider ? Si c’est un job que tu souhaites vraiment, je peux t’en donner un. Je vais avoir besoin d’une secrétaire lorsque je prendrai mes fonctions chez Hello C Publicity.
Un petit rire me surprend en parallèle de frissons qui m'envahissent. Ce sont ses mots et la chaleur qui se dégage de sa bouche lors de son exhalation près de mon cou.
— Je n’aime pas ça. Quel genre de relation aurions-nous tous les deux, si tu réglais mes soucis d’argent ?
— Une relation où on ne se dispute pas bêtement à cause du fric ? ironise-t-il.
Ce qui lui vaut une tape sur la main qui se trouve autour de ma taille.
— Sérieusement, Lysandre. Si je tiens à rembourser Terrence, ce n’est pas pour rien. J’ai la sensation de leur appartenir autrement et je ne veux pas de ça. Ce sont mes choix et ma vie, je n’ai pas envie de recommencer comme avant…
— Sache-le, je suis toujours sérieux en matière d’argent. On m’a
appris à ne jamais en rire parce qu’il accorde beaucoup de pouvoir et de responsabilités. Et oui, tu as raison, tu es libre de faire tout ce que tu désires. Je ne cherche pas à t’emprisonner, juste à te faciliter les choses.
Le bras de Lysandre se desserre de ma taille, m’obligeant à effectuer
un quart de tour pour lui faire face. Sa paume se glisse à l’arrière de mon oreille pour probablement remettre correctement ma boucle d'oreille qui me soûle depuis ce matin. L’anneau n’a de cesse de se redresser et donc de se bloquer à la verticale.
— Pourquoi t’obstines-tu à vouloir m’aider ? Ce n’est pas quelque
chose de banal comme me filer un coup de main sur un devoir.
— Parce que TU t’obstines à ne vouloir de l’aide de personne à cause
de tes cons de parents. Maintenant, on va ranger ce bazar. Et si tu souhaites vraiment vendre certains trucs, tu fais ce que tu veux, mais il faut trier, car, là, on dirait que tu es prête à vendre jusqu’à tes petites culottes, et ça craint.
— Ne te moque pas. J’ai tout retourné sans prêter attention. — Réfléchis-y à tête reposée. Rien ne presse.
— Tu ne lâches jamais l’affaire, hein, soupiré-je faiblement face à sa
ténacité.
Un fin sourire ourle ses lèvres, me traduisant parfaitement sa manière
de penser.
— Ça suffit, assez parlé d’argent et de problèmes. Une pause, et
ensuite, on trie ce bordel.
— Tu vas m’aider à tout ranger ? persiflé-je, un peu surprise. — Uniquement superviser pour voir si tu ne te trompes pas de tiroir
pour tes culottes, objecte-t-il sur le même ton, moqueur.
Se laissant tomber sur le sommier, il m’entraîne avec lui, mon cœur
bondit de peur que le lit ne craque sous nos poids. Ce n’est pas le moment de le péter !
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