Unstable feelings - T2

Ellen Stuart · Chapitre 7 sur 51

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Unstable feelings - T2

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Chapitre 4

 

Lysandre

 

La première chose à laquelle je songe après avoir entendu ses révélations bouleversantes, c’est à ma sœur et ses enfants. Difficile psychologiquement pour elle de devenir mère. Elle aime ses gosses plus que tout, pourtant, le baby blues a failli avoir raison d’elle la première fois. Je n’ose imaginer ce qui se serait produit si elle avait vécu ce genre de drame. Si parfois, elle a eu envie de vendre le petit, car il la rendait folle, je sais qu’elle en mourrait s’il lui arrivait quoi que ce soit. Depuis de longues minutes, je n’ai de cesse de ressasser tout ça et j’en ai mal au cœur. La vie est vraiment une saloperie ! 

J’y pense davantage quand, sans crier gare, une tornade mesurant moins d’un mètre de haut nous fonce droit dessus. Est-ce que j’ai une foutue hallucination, là ? Naël hurle un “tonton” à mes oreilles et j’ai tout juste le temps de me retourner pour le réceptionner. Il semble survolté ce matin, ça promet ! Sky sursaute autant prise au dépourvu que moi, avant de s’éloigner un peu en descendant de l’évier, l’air mal à l’aise. La voix de ma sœur qui m’appelle m’oblige à jeter un œil en direction de l’entrée de la cuisine. Mauvais timing ! Vraiment. Elle a sûrement utilisé sa clef pour entrer.

Naël ne prête pas attention à Sky, et pour cause, il a deux ans et demi et se fiche des gens qu’il ne connaît pas. Tellement obnubilé par moi, il ne la calcule pas. Nous quittons aussitôt la pièce pour découvrir dans le couloir ma sœur, avec une petite mine fatiguée. Rien de surprenant, elle vient d’accoucher. D’ailleurs, sa présence si tôt après sa sortie de maternité m’étonne. Elle a clairement la nécessité de se reposer. Semblant sur le point de craquer, elle a le teint jaunâtre et des cernes violacés, je fronce les sourcils.

Je n’ose pas jeter un œil dans mon dos pour savoir si Sky est toujours

dans la cuisine ou non. J’imagine qu’elle a besoin de solitude avec la quantité d’émotions qui la submerge encore. Kate peine à retirer son manteau, je lui apporte mon aide pendant qu’elle maintient contre elle la petite, planquée dans une combinaison d’hiver. Je ne me souvenais pas que Naël ait été si minuscule à sa naissance. J’adore ma sœur, mais on peut dire qu’elle tombe très mal, et je ne peux virer aucune des deux, non, ce serait une monumentale erreur.

— Tu veux un thé ou un café ?

— Surtout pas, plutôt de la camomille, s’il te plaît, j’allaite, tient-elle

bon de me préciser, en massant le crâne de l’humain miniature, blotti contre sa poitrine, et dont j’ignore toujours le prénom puisqu’elle désirait attendre de me voir en personne pour me le dévoiler.

— Je vais te faire chauffer de l’eau et trouver le truc… le couffin pour

que tu puisses la poser un peu, suggéré-je, encore dépité de sa présence à la maison si proche de sa sortie de la maternité.

Je remets facilement la main dessus étant donné qu'on l’a descendu du

grenier il y a des semaines, à cette occasion. Il suffit de le remonter puisqu’il a des roulettes. Plutôt pratique si ma sœur doit quitter la pièce et n’a pas envie de lâcher sa fille des yeux. Je la connais bien. Elle est le genre de mère soucieuse.

Lorsque je reviens au salon, la scène qui se tient devant moi m’extirpe

un haussement de sourcils d’incompréhension, de surprise. Sky se tient droite comme un I, les muscles tendus comme si on venait de lui confier une bombe entre les mains dont les moindres mouvements la désamorceraient. Soyons réalistes, il s’agit d’un nourrisson. Ils sont facilement contrariables. Les couleurs ont déserté son visage, j’ai l’impression que la petite que Kate a dû lui déposer dans les bras l’effraie. Ce qui ne serait malheureusement pas étonnant au vu des derniers éléments que je connais d’elle. Ma sœur s’est éclipsée je ne sais où, tout comme Naël. C’est quoi ce bordel ?

— Sky, qu’est-ce que tu fabriques ?

La rouquine tourne immédiatement la tête vers moi, les yeux plissés au possible. Elle me houspille sans cérémonie en même temps que son regard paraît à la fois perdu et dur :

— Shhht, tu vas la réveiller ! Oh non, elle ouvre les paupières, baragouine-t-elle en m’arrachant un rire sous cape malgré moi.

— Où est Kate ?

— Si tu parles de ta sœur, elle se trouve aux toilettes avec ton neveu. S’il te plaît, reprends la petite.

La voix mal assurée, elle panique. Kate lui a déposé un paquet bruyant qui, à l’occasion, peut également se révéler aussi parfumé que du fumier de cheval. Le tout sans s’être présentée avant, parfaitement son genre. Peut-être s’agit-il de la première fois qu’elle tient un bébé dans ses bras. En mettant de côté le drame qui l’a touchée.

Merde, Kate a réellement débarqué au pire moment qui soit ! Sky n’avait pas besoin d’être confrontée à un nouveau-né sans s’y être préparée. Je n’ose imaginer les pensées dévastatrices qui traversent son esprit, mais je sais que ça la blesse probablement.

— Détends-toi, ça va aller. Je vais la prendre, exprimé-je avec plus de douceur que d’ordinaire.

— Arrête de bavasser et dépêche-toi, je t’en prie. Elle gigote comme un véritable asticot.

Dans un autre contexte, j’aurais ri et lui aurait dit qu’un enfant de trois kilos et demi ne devrait pas la faire autant flipper, parce qu’elle n’a pas encore de dents, cependant, je m’abstiens. Aussitôt la petite tête à moitié endormie blottie contre mon torse, Sky relâche ses épaules en soufflant comme si elle avait retenu sa respiration jusqu’ici. Et sans crier gare, elle se tire en direction de la porte du jardin.

— Sky…

Elle ne se retourne pas.

— Ben ça alors, tu lui as foutu la trouille, ma toute belle. Ne le prends pas contre toi, petite crevette. Il y a de vilaines blessures qui pèsent sur son cœur et qu’elle ne parvient pas à cicatriser. Va falloir être gentille et compréhensive, OK ?

Ma nièce se met à couiner avant de bâiller, ce qui me fait sourire tellement elle est minuscule.

— Je sais, tu ne piges rien de ce que je te raconte. Pas grave.

Je la berce contre mon torse, elle dégage une chaleur incroyable qui

fait du bien. Étrange comme sensation de bien-être. Je dis sûrement cela parce que c’est plus facile quand on a que les bons côtés à gérer. Les câlins, ça, je peux lui en prodiguer des dizaines, si elle le veut. Elle ne représente aucun danger pour moi. Changer sa couche, en revanche, je serais très réticent, seulement si je n’ai pas le choix. C’est une nénette après tout. J’ignore si les soins du nourrisson se font de la même manière pour elle, et franchement, je m’en fiche pour l’heure. Kate revient avec la tornade qui la précède.

— Où est ma fille ? s’exclame-t-elle avec un élan de panique. — Ici, idiote, persiflé-je en faisant un quart de rotation pour qu’elle la

perçoive au creux de mon bras, nichée contre moi.

Le visage soulagé de ma sœur m’extirpe un sourire sadique. Elle me

tape le bras en prenant aussitôt la petite.

— Ne me fais pas des frayeurs pareilles ! 

— Je peux enfin savoir comment s’appelle la progéniture numéro

deux ? 

— Enéa, et je m’en fiche que tu n’aimes pas, s’empresse-t-elle

d’énoncer à la fin de sa réponse.

Je secoue la tête, amusé. Elle s’installe avec la petite sur le canapé,

puis je l’informe que je reviens dans deux minutes. Filant dans le jardin, qui donne jusqu’à l’avant du manoir, je me dis que Sky s’est sans doute barrée sans un mot. Je pourrais le concevoir. Enéa l’a pas mal remuée.

Une fois mes pieds posés sur la pelouse entretenue, je l'aperçois,

accroupie près de l’un des chênes au fond de la cour. Je jalonne le sol dans sa direction, émettant au passage du bruit pour qu’elle ne sursaute pas. Avec le bambin que ma sœur lui a collé dans les bras l’air de rien, j’ai le sentiment qu’elle a eu sa dose de stress pour aujourd’hui. Kate sait se montrer autoritaire quand elle est en situation de crise et un Naël qui court partout en hurlant qu’il a envie de faire pipi, c’en est une belle. La nuit a été difficile, ses confessions également éreintantes. Elle a besoin de calme, de tranquillité. J’en ai parfaitement conscience.

— Sky ?

Elle dévie la figure vers moi tout en se redressant et relâchant une

feuille morte au niveau des racines de l’arbre.

— Tout va bien ?

— Oui. Il faut que j’y aille, je viens de me rappeler que j’avais un… rendez-vous, ça m’était sorti de l’esprit, soupire-t-elle.

Elle effectue un pas vers moi, puis un second.

— T’es sûre que ça va ? Si ça a un rapport avec la petite ou cette nuit, je…

— Tout va bien, m’interrompt-elle en s’efforçant de sourire, mais il ne se reflète nullement dans ses yeux. Elle est toute mignonne, je gère juste difficilement les situations imprévues. Je suis une bombe à retardement alors, crois-moi, ce n’est pas du tout la meilleure idée qui soit de tenir un être vivant dans mes bras. J’ai déjà du mal à m’occuper correctement de mes chiens. Jacobo s’est fait renverser par une voiture, à cause de ma négligence.

Elle émet un bref soupir, triste.

— Ce n’était pas ta faute, mais la mienne, mets-je cela au clair tant sa réflexion me désarçonne. Enéa va très bien, alors tu n’as pas à t’en faire pour elle. La première fois que j’ai porté Naël, j’ai cru que mon cœur allait lâcher tellement j’avais peur de le casser en deux, ajouté-je pour essayer de l’adoucir sans pour autant ne pas être honnête.

Ses prunelles s’arriment aux miennes en s’approchant, je tente en vain d’y déceler ce qu’elle tait. Nullement en paix, je le perçois à son corps crispé, les traits de son visage tirés, son air un peu déboussolé. Rien que pour cela, je ne veux pas qu’elle s'isole, elle est trop hantée à cette heure-ci. Je crains les conneries qu’elle pourrait commettre, même si Sky n’a rien à voir avec moi. Contrairement à elle, je n’ai jamais été courageux. C’est bien pour ça que j'excelle dans l’art du mensonge. Parce qu’il me permettait de couler seul dans ma misère. En m’embrumant le cerveau, je parvenais à oublier le pire, mes plus gros regrets, ma honte.

— Un accouchement, c’est éprouvant. Profite du beau temps avec tes neveux pour qu’elle se repose. Prendre l’air te sera bénéfique aussi, sourit-elle, faiblement.

— As-tu réellement un rendez-vous ou essaies-tu juste de trouver une raison valable pour t’enfuir parce que… ?

Je n’ai, une fois de plus, pas l'opportunité de déclarer le fond de ma pensée que ses mots me prennent de court :

— Tu as tes secrets, et j’avais d’une certaine façon les miens, laisse-moi digérer tout ça, OK ? Je te promets que je suis en phase avec ce qui s’est produit cette nuit, clarifie-t-elle.

C’est juste.

Bien que cela devrait me soulager d’une certaine manière, le nœud au

sein de mon thorax ne se défait pas, pire, il continue à se contorsionner et me comprime les côtes. Ne pas savoir où nous allons m’angoisse plus que je ne le voudrais. D’ordinaire, je marche à l’instinct, je ne cogite pas à ce point, mais j’ai, à présent, conscience que je me dirigerais droit dans le mur en ne faisant pas preuve de plus de retenue, de réflexion. Sky est à la fois forte et fragile. J’ai peur de ce qui pourrait lui arriver, si je la blesse davantage. On peut supporter la souffrance jusqu’à un certain niveau, et elle a déjà tellement mal. Je sais que, inévitablement, je vais merder comme toujours.

Tandis que son teint rougeoie, elle cligne des paupières sans que cela

soit dû à la température extérieure. La chaleur de mon propre corps se réchauffe à mesure que le sien réduit la distance entre nous. Ses lèvres choient sur ma joue avec la légèreté d’un battement d’ailes de papillon. Le souffle me manque, mes poumons se vident de tout leur air. Son geste si soudain, et à la fois si vif, m’oblige à m’interroger sur la véracité de son acte. Ce n’est que parce qu’elle se pince la bouche du bout des doigts que je comprends la tangibilité de tout ceci.

— Je ne vais pas m’effondrer, toi non plus. Bois beaucoup d’eau. Si tu

es trop “tenté” ne jette pas ton dévolu sur la bouteille, ce n’est pas mieux, Lysandre. Au besoin, envoie-moi juste un texto du type S.O.S. et je débarquerai pour t’empêcher de faire une connerie. Tu n’auras même pas à te justifier, d'accord ?

Sans doute possible, elle sous-entend être prête à jouer les marraines

de sevrage. Je n’ai pas envie qu’elle me voie dans cet état, surtout après cette nuit. 

Je me tais en la regardant s’en aller. Ce n’est pas son rôle de veiller sur

moi, elle a besoin de tranquillité. Après la peur bleue que je lui ai imposée, je n’ai aucunement le droit de la retenir. Et ce, quand bien même la suite a réchauffé nos corps et nos émotions instablement chamboulées. Pour une fois, j’ai réussi à bien me comporter, à ne pas vriller face à sa proximité. Inespéré de ma part.

 

☆☆☆

J’ai passé la journée avec Kate et les enfants. Elle s’est endormie sur le canapé sans s’en rendre compte après avoir nourri Enéa. Blottie contre la poitrine de sa mère, j’ai dû user de finesse pour l’enlever de là. Ma sœur avait besoin de repos, j’ai donc pris les choses en main sans attendre. La petite a couiné une seconde lors du transfert dans mes bras, puis je l’ai installée confortablement dans le couffin. Rideaux fermés, j’ai déposé un plaid sur Kate ainsi qu’un coussin sous sa tête. La petite près d’elle, je les ai laissées tranquilles et me suis rendu en cuisine pour me chercher une bouteille d’eau, mourant de soif. Affrontant les vestiges de la soirée compliquée que j’ai traversée cette nuit.

— Il faut que tu ailles à l’hôpital, Lysandre. La situation est grave, j’ai peur que tu t’endormes et ne te réveilles pas, dit-elle d’une voix tremblotante.

Son corps glacé est blotti contre le mien. Mes bras continuent à la serrer parce que j’ai trop l’impression qu’il ne s’agit que d’un mirage. Une façon pour mon cerveau de me tourmenter davantage avec ce que je désire dans le fond, ce que je ne pourrai jamais avoir.

— Shht, tout… ira bien, confessé-je, la bouche pâteuse.

Ses dents claquent, mon dos tombe mollement sur le matelas tandis que son menton se cale contre mon thorax, me vrillant une seconde le plexus solaire. L’infime douleur que je ressens au moment de l’impact m’aide à m’accrocher à cette réalité qui me paraît beaucoup trop surréaliste. Sky chez moi. Sky lovée contre moi alors que la soirée ne me promettait rien de plus que de la merde.

— Il faut… il faut que tu t’hydrates.

Elle tente de se redresser, je la retiens.

— Reste. Juste une minute. On fera ce que tu voudras. Sauf aller à l’hôpital.

Regagnant sa position, mes bras couvrent son dos tel un bouclier de protection. Son souffle chaud caresse la base de mon cou, peu à peu, il devient plus ordonné, moins effrayé par la situation. Son cœur bat violemment contre ma cage thoracique, la fracassant sans ménagement. Elle pleure en silence, je le sais. Des larmes salées et brûlantes entrent en collision avec mon épiderme encore frais. Ma bouche reste scellée. Difficilement, mes yeux se plantent vers le plafond de ma chambre en réalisant la putain de chance que j’ai eue ce soir. Il n’y en aura assurément pas d’autres.

Naël fait sa sieste dans sa chambre, le manoir est calme. Trop calme,

seule la bouilloire sur le gaz siffle. Je n’ai de cesse de penser. De trop cogiter à propos de Sky, alors que j’ai des tonnes de choses à gérer. Je dois surveiller les enfants, m’assurer que tout va bien pendant que Kate dort. Je n’arrive pas à croire qu’elle se trouve ici. Que fabrique McLaren ?

Ma mâchoire se serre spasmodiquement, je décide de prendre le

taureau par les cornes. Hors de question pour moi de ramasser ma sœur à la petite cuillère. Il va falloir qu’il endosse ses responsabilités s’il a des torts à se reprocher. Saisissant mon téléphone planqué au chaud dans ma poche de jean, je fouine dans mon répertoire avant de me dégonfler. Les sonneries se multiplient, il tarde à me répondre pour cause d’être au travail.

— Lysandre ? Comment vas-tu ? m’interroge-t-il avec surprise. — Bien, mais j’aimerais savoir ce que tu fous ? grommellé-je entre

mes dents, en ne passant pas par trente-six chemins.

— Comment ça ? bredouille-t-il.

J’entends une voix près de lui, ne parvenant cependant pas à

l’identifier avec exactitude. J’ignore s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Il donne des directives de son côté et fait part à cette personne de son besoin d’intimité au sein de son bureau.

Lassé de ses conneries, je soupire, mon poing me démange

sévèrement. Il ne voit pas le mal qu’il cause à ma sœur. Je ne sais pas tout de leurs histoires, mais si elle se réfugie ici, il y a forcément une raison valable à cela, ce qui me suffit. Si conflit il y a, je serai toujours de son côté, même si elle a le mauvais rôle. Avec des parents comme les nôtres, on ne peut compter que l’un sur l’autre pour se soutenir, s’épauler dans les difficultés, bien que j’aie constamment fait cavalier seul pour la préserver.

— Je vais te poser une question et tu n’as pas intérêt à me mentir,

Harry, ou je débarque chez toi pour te refaire le portrait. Je suis plus costaud que toi, donc ne me cherche pas, l’avertis-je enfin. Est-ce que t’as trahi, ou trompes-tu actuellement ma sœur ?

— Pardon ? s’étrangle-t-il.

— Tu m’as parfaitement compris, ducon. Sois honnête avec moi, je

détecte facilement les menteurs, McLaren.

— Mais pas du tout ! Qu’est-ce qui te prend, Lys ?

— Alors, pourquoi ta femme dort sur mon canapé ? Pourquoi chuchotes-tu quand tu es au téléphone ?

— Elle est chez toi ? réplique-t-il, stupéfait.

— Exactement, Einstein, réponds-je, amer. Qu’as-tu fait ou ne pas fait ?

Un faible soupir me provenant de son côté m’indique clairement qu’il se sent coupable de quelque chose. La colère fourmille dans mes veines, l’envie de boire une bonne bouteille également, mais il n’est que 14h30 et je me suis juré de me tenir.

— Je suis devenu associé au cabinet, je rentre très tard à la maison. Si je chuchote, c’est pour ne pas les déranger, m’informe-t-il.

Inutile d’entrer dans les détails, je comprends facilement le problème. Kate est seule avec deux enfants, toute la journée. Et lui, il les passe à aider des gens dans son costard d’avocat friqué, sans être présent pour sa famille. Elle a besoin de soutien, surtout en ce moment. Moralement, ç’a été difficile pour elle la première fois, à présent, la charge de travail qui lui incombe demeure plus pesante, stressante. Je ne souhaite pas la voir faire une dépression, elle a déjà eu un baby blues qui a duré près d’un mois, après la naissance de leur fils.

— Prends tes responsabilités, McLaren. Il ne suffit pas de vouloir des gosses, il faut aussi les élever !

— Lysandre, ne me parle pas comme ça. Tu n’as aucune idée de ce qu’implique la paternité, me rabroue-t-il.

— Pas plus que toi visiblement, craché-je. Tu dois faire des choix pour être plus présent à la maison. S’il arrive un truc à ma sœur, je viendrai te pulvériser, pigé ?

— Que veux-tu que je fasse ? J’ai envie qu’elle n’ait pas à se soucier de nos factures, des études des petits. Je le fais pour nous, me confie-t-il, désemparé.

— Tu peux me croire, les parents absents, je connais bien ça, et ce n’est en rien profitable à tes gosses. L’argent n’achète pas le bonheur. Occupe-toi d’eux, de Kate aussi. Elle a besoin de toi, alors ouvre les yeux avant que votre mariage ne vire à l’échec. Elle s'imagine que tu te tapes une autre nana !

— C’est ridicule, siffle-t-il.

— Je te suggère de vous payer une baby-sitter et de passer du bon

temps avec ta femme plutôt que de privilégier des inconnus.

Mes propos sont tranchants, sûrement agressifs, néanmoins, je veux

que le message soit percutant.

— Je vais venir les chercher chez toi et je prendrai le reste de ma

semaine pour m’occuper d’eux, déclare-t-il sans plus attendre.

— Parfait !

Je raccroche, me fais couler un café avant de retourner au salon

vérifier que tout se déroule au mieux. Le thé ne sera pas suffisant pour moi. Kate roupille toujours, la petite respire bien et j’entends du bruit dans la chambre de Naël, ce qui m’annonce qu’il est déjà réveillé. Je vais m’occuper de lui le temps qu’elle se repose un peu, en espérant qu’Enéa sera coopérative.

Harry a débarqué à la maison aux alentours de dix-sept heures pour

ramener Kate et les enfants. Surprise, j’ai cru qu’elle allait m’écharper, finalement, ça lui a fait plaisir. Elle avait l’air heureuse de le voir tandis que Naël était tout excité à l’idée de pouvoir jouer avec son père en rentrant. La journée n’a pas été de tout repos, cela dit, ça en valait la peine, ma sœur est repartie avec le sourire.

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