Unstable feelings - T2

Ellen Stuart · Chapitre 24 sur 51

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Unstable feelings - T2

ch021

Chapitre 21

 

Sky

 

Il est pratiquement dix-sept heures lorsque j’arrive devant chez Lysandre, après les cours. J’ai prévenu mes tantes que je rentrerai plus tard que d’habitude. Un peu en avance, j’espère que ça ne le dérangera pas. Je n’ai pas envie de m’imposer, cependant, je ne souhaite pas non plus attendre que mes doigts finissent congelés parce que j’ai oublié mes gants ce matin en partant. J’ai déjà froid aux oreilles, cela me suffit.

Je frappe à la porte, personne ne répond. Peut-être que Lysandre n’est pas chez lui ? Un instant, mon palpitant s’affole lorsque mon cerveau m’impose des visions de lui, inconscient dans sa chambre avec une aiguille dans le bras. Je frémis de trouille. Paniquée, j’actionne la poignée et m’immisce dans le manoir qui s’avère ouvert. Je me précipite dans le couloir, me sentant immédiatement soulagée en le découvrant au milieu de son salon.

La scène se jouant devant moi demeure cependant étrange. Lysandre, qui a les cheveux en bataille, extirpe ce qui ressemble à une broche de l’un des coussins de son canapé. Je l’observe en fronçant les sourcils. C’est quoi ce bazar ? Il a complètement désossé le meuble pour visiblement mettre la main sur ce bijou. Je crains de comprendre des choses auxquelles je ne désire surtout pas me confronter. Une suée perle sui ma nuque nue, je frissonne. Lysandre relève les yeux en souriant, en me découvrant, néanmoins, son rictus s’estompe bien rapidement quand il percute ce qu’il tient entre ses doigts, en ma présence. Il constate sans difficulté que je ne suis pas d’humeur aussi joyeuse que lui, pour le coup.

— Ce n’est pas ce que tu t’imagines, OK ? On m’a demandé de la

retrouver et il se trouve qu’elle était bien ici depuis tout ce temps. J’aurais dû songer à retourner le canapé entièrement plus tôt vu toutes les cochonneries que j’y ai découvertes. Ça fait un bail que ça n’a pas été nettoyé là-dessous.

N’est-ce pas la réponse de tout mec qui se ferait prendre la main dans

le sac, en train de cacher des preuves de son adultère ? Bon sang ! C’est ridicule, je parle comme une femme mariée. On a déjà suffisamment de problèmes tous les deux pour en rajouter, non ? 

D’un autre côté, si un homme ne couche pas avec vous, il doit

sûrement le faire ailleurs, non ? Je suis en train de devenir cinglée, ma parole ! Rien depuis le Nouvel An.

Je me racle discrètement la gorge pour atténuer ce malaise qui

m’enserre la trachée, puis effectue un pas dans la pièce afin de lui montrer que je ne compte pas me barrer en courant. Je vais rester là pour discuter, on va se comporter en adultes, et tant pis, si ce que j’entends dans les minutes qui viennent ne me plaît pas. Ce n’est pas comme si on ne m’avait pas annoncé la couleur. Je ne pourrai pas jouer les choquées, même si ça me blesserait énormément.

J’ignore comment continuer cette conversation, je saisis l’un des

coussins du canapé pour le remettre à sa place. Je range, m’activer m’aide à me calmer. J’entends le bruit d’un sac plastique que l’on déplace, puis pose quelque part. Lysandre se débarrasse probablement de déchets, ce qui ne dure pas. Peu après, ses phalanges encerclent l’un de mes poignets, m’obligeant à arrêter tout geste. Mes yeux se lèvent machinalement dans sa direction.

— Tu ne me crois pas ?

Son regard perçant me contemple avec insistance, et soudain, je ne

parviens plus à réfléchir. Son pouce caresse la peau fine de l’intérieur de mon poignet. Lysandre se met face à moi et s’empare de mon second poignet pour répéter la même action. Des frissons me parcourent de la tête aux pieds. Je ne sais pas s’il s’agit d’une piètre tentative pour endormir ma raison qui me hurle de me méfier, parce qu’après tout, il m’a dit de ne pas lui faire confiance, encore une fois. Et je lui en ai déjà octroyé aveuglément.

Un bref soupir s’extirpe de mes poumons toujours douloureux du froid de l’extérieur. Les iris de l’étudiant se baissent vers le sud, il porte mon poignet devant son visage et je comprends alors ce qu’il regarde ainsi avec perplexité, curiosité. Aussitôt, mal à l’aise, un peu déroutée par la situation, je retire mes mains des siennes en reculant d’un pas.

— Est-ce important pour toi de savoir si, oui ou non, je te crois ?

— Évidemment que ça en a.

Un souffle lourd lui échappe et ma raison me trahit. Ma réponse semble être annonciatrice d’une potentielle dispute entre nous. L’air qu’il affiche induit l’idée qu’un espoir insidieux lui ronge les veines. J’en ai mal au bide tant ça me rend nerveuse. Je ne peux pas me montrer malhonnête, je ne l’ai jamais été. Pour moi, il n’y a que deux moyens pour qu’une relation fonctionne : la franchise et la communication.

— Je ne peux pas te dire si c’est le cas ou non, débité-je à mi-voix. Tu m’as avertie de ne jamais t’accorder ma confiance, Lysandre. J’ai déjà dérogé à ta demande une fois, mais ça n’indique pas que je ne t’ai pas écouté. Résultat des courses, je suis perdue, incapable de savoir si tout ceci est une mise en scène pour occulter cette broche que tu viens de planquer dans ta poche l’air de rien, ou si c’est une…

Sans crier gare, sa bouche me désarçonne en rencontrant la mienne. Il me fait taire sur-le-champ et toutes mes synapses ont un brutal court-circuit. Mes pupilles s’écarquillent avant qu’il ne redresse pleinement les épaules pour me surplomber d’une tête ou presque.

— C’est juste la broche de Natalia. Mon ex. Elle m’a appelé parce qu’elle ne la retrouvait plus, elle craignait de l’avoir égarée pour toujours. Je l'enverrai par la poste. Ce bibelot compte beaucoup pour elle, apparemment, alors c’est la moindre des choses que je puisse faire.

Un petit sourire ourle le coin de ses lèvres. Je n’ose pas le lancer sur ce terrain sinueux.

Ses infidélités envers elle…

— On t’a déjà parlé d’elle, pas vrai ?

— Oui, et ce n’était pas très reluisant, avoué-je.

Je coupe notre contact visuel durant une seconde pour retirer mon manteau, même si j’ai toujours froid. Je sais pertinemment que si je reste couverte à l’intérieur, je vais attraper la mort tout à l’heure en partant du manoir. Je le dépose sur une chaise au niveau de la table de la salle à manger. Nous nous tenons encore à une certaine distance, tous les deux, peut-être parce que ce qu’il pourrait me dire me fiche une peur bleue. Je fais mine de regarder l’heure sur mon téléphone en attendant de reprendre mes esprits.

— Notre histoire n’a rien à voir avec Natalia, murmure-t-il près de

mon oreille.

Je tressaute et frissonne, ne l’ayant pas senti s’approcher de moi. Je

reconnais qu’il a raison. Sa paume s’aventure du haut de mon épaule pour descendre jusqu’en haut de ma main dont il caresse l’épiderme. Mes paupières clignent frénétiquement. Perturbée par son contact, je me retourne, me confrontant à ses pupilles azurées et translucides remplies d’une émotion qui me désoriente : la tristesse. Mon cœur se comprime au même titre que mes entrailles. Mes phalanges fourmillent d’envie de le toucher, de l’étreindre.

— Je n’avais pas prêté attention à cette cicatrice que tu as sur le bras,

marmonne-t-il, l’air déçu de lui.

Pour se fustiger de quelque chose dont j’ignore tout, il secoue la tête. — Euh, ouais. J’ai rarement les bras nus, c’est l’hiver, alors… — Que s’est-il passé ? me demande-t-il avec douceur en posant les

fesses sur une chaise. Tu n’es pas obligé de me raconter.

J’ai déjà employé cette méthode avec lui. Tenter de gagner la

confiance de l’autre pour le pousser à se confesser, sans brusqueries. Et je suis touchée qu’il ne me contraigne pas à parler de ce dont je ne souhaite pas discuter. Lui, qui d’ordinaire fonce dans le tas. Je crois néanmoins qu’il est nécessaire de mettre cela au clair étant donné les yeux qu’il a fait en se rendant compte de l’existence de cette vilaine cicatrice. Je suis persuadée qu’il s’imagine des trucs à ce sujet !

— Un stupide accident, c’est en partie à cause de ça que j’ai arrêté

durant tout ce temps de jouer du violoncelle. J’étais trop submergée par mes souffrances. Un soir, j’ai pété un câble. J’ai fait une crise de panique et jeté mon instrument contre une fenêtre. La vitre s’est brisée, ce qui m’a laissé cette cicatrice. J’ai eu peur, mes tantes aussi. Ce n’était rien de grave. Regarde…

Je lui tends mon bras pour qu’il voie bien comment la cicatrice dévie

sur le côté. De cette façon, j'espère qu’il me croira. Je n’ai jamais attenté à ma vie. Cette blessure prouve bien que si je l’avais voulu, elle ne partirait pas de travers. Lysandre l’observe durant une longue seconde en traçant le tour de celle-ci de son pouce chaud.

 — Après ce soir-là, je n’ai pas joué pendant plus de deux ans. J’avais des bouffées d’angoisse dès que je voyais mon violoncelle, alors j’ai abandonné. Et ton oncle a proposé ce gala, ça m’a surprise. J’ai accepté, je me voyais mal faire autrement et lui parler de mes faiblesses. En y repensant, je me dis que j’ai eu de la chance de ne pas craquer devant tout le monde parce qu’ils auraient eu un sacré spectacle et le Doyen m’aurait prise pour une véritable tarée. Depuis cet incident, on a changé mes médicaments. Je suis suivie par un thérapeute. Moins souvent qu’avant, mais je continue quand même les séances. Je me sens moins stressée, donc je suppose que c’est utile. Ce n’était pas gagné pourtant…

Lysandre fouille dans ses poches pour sortir un paquet de cigarettes. Je le vois très peu fumer. Il inspire longuement avant de le ranger à nouveau, ce qui m’étonne.

— Ça va ?

— Ouais… T’inquiète pas, sourit-il finalement, me laissant perplexe.

— M’inquiéter est une seconde nature, brocardé-je. Si quelque chose te turlupine, on peut en parler, tu sais…

En réponse, il se contente de jouer avec l’une des mèches de cheveux reposant sur mon épaule. Ce qui a pour conséquence d’augmenter ma température corporelle lorsqu’il glisse son autre main sur ma hanche afin de me rapprocher de lui. Sa tête bascule en arrière pour mieux me voir. Il est toujours assis, et moi, debout face à lui.

— N’oublie pas qu’aux prochaines vacances, je t’embarque avec moi dans les Highlands.

Sa réflexion m’arrache un petit sourire mutin.

— Tu as peur que je change d’avis ? le taquiné-je.

— On ne sait jamais, répond-il sur le même ton.

— Je ne jouerai pas à ça avec toi, du moins… pas de cette façon, déclaré-je en me pinçant les lèvres.

Ses yeux brillent de malice et me donnent des fourmis dans le bas-ventre. Face à son regard si intense, braqué sur moi, mes jambes flageolent. Je me retiens en posant les avant-bras sur ses larges épaules. Mon souffle se coupe avant de se déchaîner.

— Tes pensées m’intéressent, même si elles s’avèrent impures, jeune fille.

Un hoquet me prend. Il ricane faiblement. La chair de poule me saisit. Il n’en rate pas une miette et sourit face aux réactions de mon propre corps.

— Arrête, riposté-je un peu embarrassée, en sentant le rouge me

monter aux joues.

— Tu me rends vraiment dingue. Mademoiselle sait être déterminée

quand elle est en manque, mais n’assume pas ses désirs, chuchote-t-il d’une voix grave.

Ma main s’écrase sur sa bouche pour lui rabattre le caquet. Sa tête part

en arrière en même temps que son rire vibre contre ma paume. Son bras encercle ma taille et je me retrouve bloquée contre lui, à califourchon alors que je n’imaginais jamais l’être. Souffle contre souffle, yeux dans les yeux. Intimité, emmitouflées dans nos vêtements, contre intimité. Mon corps en tremble tant la connexion est fiévreuse. Ses iris déambulent des miens à ma bouche. Mon pouls se déchaîne au sein de mes veines. 

Sa main descend sur mes reins, j’ai l’impression que ma peau brûle au

contact de ses doigts qu’il presse légèrement contre moi. Voraces et affamées, ses lèvres fondent sur les miennes entrouvertes, cherchant davantage d’oxygène. J’en ai le tournis quand nos langues louvoient ensemble en parfaite symbiose. Ses dents me mordillent, je suffoque. Mes hanches se balancent sensuellement provoquant les siennes. Si bon qu’un grondement naît dans sa poitrine et je déchante. 

— Je vais te dévorer. Repousse-moi, Sky, semble-t-il m’implorer. — Non, c’est trop bon, haleté-je contre ses lèvres. La chute est dure. L’étudiant se lève et mes pieds regagnent le sol en

moins d’une seconde. Son corps raidit s’éloigne et mon cœur se brise tant l’étreinte de ses bras me manque déjà. Comme un rêve interrompu, retour brutal à la réalité. Je n’ai pas l’occasion de lui demander ce qui ne va pas que je suis coupée dans mon élan par la survenue d’un homme en costume qui lui ressemble énormément. Je rougis en le voyant poser un sac de voyage sur le sol tandis qu’il se racle doucement la gorge. Étant donné le regard qu’il a, je parie qu’il nous a vus nous bécoter.

Inutile de se présenter pour que je comprenne qu’il s’agit de son père.

Ils ont beaucoup de ressemblances.

— Je… je crois que je vais y aller, murmuré-je à l’attention de

Lysandre.

— Pourquoi partir si vite ? intervient le quinquagénaire. Tu dois être

Sky ? exprime-t-il en me tendant une poigne sûre et nullement gênée.

Ma voix est comparable à un cri de souris lorsque je lui confirme son interrogation. Surprise qu’il sache qui je suis, mon cœur s’emballe. Il leur a parlé de moi…

— Enchanté, sourit-il. Je suis Jack Carmichael. Je me demandais si j’allais, un jour, te rencontrer puisque mon fils est si secret, rétorque-t-il avec sarcasme. 

— Que viens-tu foutre ici ? baragouine Lysandre, mécontent, entre ses dents. Tu ne vas pas me lâcher la grappe, sérieux !

— Puisque tu ne souhaites pas faire de désintox, il est de mon devoir de veiller à ce que tu respires encore, cher fils. Alors, garde ta mauvaise humeur pour quelqu’un d’autre et va faire cet échantillon dès que tu en ressens l’envie.

Mes yeux s’écarquillent légèrement quand je le distingue se pencher pour saisir un sachet plastique à l’intérieur de son bagage. Celui-ci contient un petit flacon de laboratoire et je comprends sa demande. Il s’assure que son fils est clean en testant ses urines. Intrusif comme méthode, mais c’est bienveillant de sa part. Comme Lysandre me l’a dit, son père n’est pas parfait, toutefois, il se soucie suffisamment de lui pour s’être déplacé. Ce qui en fait une personne bien meilleure que sa mère.

— Tu m’emmerdes. Je suis clean, tu comptes me soûler avec ça combien de temps ? grogne Lysandre en lui arrachant des mains.

— Le temps qu’il faudra, répond-il en souriant, faisant fi de la mauvaise humeur de son fils. Je vais trouver quelqu’un pour s’occuper de la maison et qui gardera un œil sur toi, quand je ne suis pas en mesure de revenir. Je sais que tu ne le voulais pas, mais c’est la meilleure solution.

— Je vais pisser dans ce flacon pour te faire plaisir, c’est déjà pas mal.

— J’ai conscience des efforts que tu fournis. Hélas, personne n’est infaillible, même pas toi, décrète-t-il. Je préfère jouer la double sécurité. Je n’ai pas envie de perdre mon fils…

La voix de monsieur Carmichael bredouille et le malaise qu’ils ressentent tous les deux face à cette déclaration m’extorque un sourire.

— Joue pas dans le larmoyant avec moi, le vieux, maugrée Lysandre. C’est moi qui choisirai qui parce que je devrai la supporter, compris ? On réglera ça plus tard, soupire-t-il en abdiquant.

Lysandre s’éclipse après m’avoir certifié qu’il ferait vite. Son père m’invite pour le dîner, mais au vu du regard paniqué de son fils, je décline gentiment. Un peu tôt pour passer davantage de temps avec sa famille. Ils ont des choses à régler. Ça leur fera du bien d'être un moment entre père et fils.

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