Unstable feelings - T2
ch028
Chapitre 28
Sky
Les dernières semaines écoulées se sont avérées plus calmes, sereines. Je n’ai pas eu vent d’un énième complot que ce soit d'Eléonore ou de Terrence, visiblement tous les deux résolus à me laisser tranquille et vivre ma vie sans eux. Je ne suis pas dupe, j’espère seulement que tout ceci ne prendra pas fin par leur faute. Je devrais probablement me sentir mal que ma propre mère ne cherche plus à entrer en contact avec moi, que ce soit par le biais de mes tantes, mais en vérité cela m’indiffère à un tel point que c’en est effrayant. Comme s’ils avaient tous les deux réussi à m’extraire, bien malgré moi, la dernière partie de compassion, d’attachement qu’il me restait. Néanmoins, je sais que je n’éprouve que de la rancœur à leur encontre. Je me soucie de ma cousine, de mes tantes ainsi que de mes amis. Cet amour que je leur voue me permet de m’accrocher à ce lien, ces émotions qui ne sont en rien dévastatrices contrairement à ce que suscitent en moi mes géniteurs.
De son côté, depuis un petit moment à présent, Pénélope travaille chez Lysandre et je peine à m’y habituer. Cependant, il ne fait aucune remarque à ce sujet, nous n’en discutons pas, même s’il a conscience que cela me trouble. Parce que, au fond, je sais pourquoi il l’a engagée. Pour l’heure, nous n’avons pas eu de candidats intéressés à l’idée d’une colocation. L’année scolaire étant bien avancée, cela ne paraît pas si étrange puisque la plupart des étudiants ont déjà un toit au-dessus de leur tête. Nous espérons qu’au courant de l’été d’autres pointeront le bout de leur nez, le loyer étant plus que convenable pour une demeure de cette taille.
Concernant Jessie, elle ne fait toujours pas confiance à Lysandre. Elle
se montre plutôt distante avec lui et il n’a jamais tenté de l’en persuader non plus. Je crois qu’il se moque royalement de son avis, pas surprenant vu son caractère.
Le mois de février est presque terminé, et j’ignore encore ce qui l’a
poussé à sombrer, comme il l’a fait, dans la drogue. Tout comme son accoutumance à se braquer même avec moi. Je suis perdue face à son comportement. Je pensais que c’était la drogue qui le rendait si nerveux, mais désormais, il est sevré. Il ne devrait plus être anxieux, aussi versatile, et pourtant… Je pèse toujours mes mots pour ne pas aller droit au conflit parce que je déteste ça, toutefois, ça me démange. Ne pas connaître les ombres qui le hantent, ne pas savoir comment l’aider me bouffe.
Il ment constamment en me disant qu’il va très bien, c’est faux. Aujourd’hui, nous partons dans les Highlands pour le week-end avec
nos amis, et j’ignore comment cela va se dérouler. Nous prenons notre temps tous les deux, nous ne bousculons pas les étapes, même si nous avons déjà craqué physiquement. Cela n’a en rien changé nos relations parfois tendues. J’ai envie de lui, et lui aussi, néanmoins, ça ne se produit pas de la manière dont je l’envisageais au départ.
Lysandre se met des barrières sans arrêt. Il ne vient pas aisément vers
moi, tandis que l’inverse est tout autre. Je crois que je suis tombée accro au peu de marques de tendresse dont il me gratifie. Ses mots sont durs ; ses gestes, eux, ne le sont jamais avec moi. Et sa façon de me regarder quand il ignore que je l’observe aussi me fait douter des peurs qui m’inondent.
Depuis dix minutes, il tire un peu la tronche en conduisant, mécontent
de la présence d’Oliver pendant nos vacances. Apparemment, il ne souhaitait pas qu’il vienne. Il n’a pas décroché un mot depuis notre départ, et même s'il est rarement bavard, je sais que c’est parce qu’il s’abstient de tout commentaire glacial à son encontre, bien qu’il soit dans sa propre voiture avec les filles.
Mes doigts fourmillent d’envie de saisir les siens qui sont sur le
pommeau de vitesse, la tension dans mes phalanges est atroce. Je veux sentir sa peau contre la mienne. Il est là, et pourtant ses bras me manquent terriblement. Il doit le percevoir, car, soudain, ils les emprisonnent contre sa paume et le levier de vitesse. Je tourne furtivement la tête dans sa direction pour constater qu’il ébauche un petit rictus qui fait palpiter mon cœur.
Je voudrais tant être en mesure de déceler l'étendue de tes tourments, de les enrayer.
Il ne m’en veut pas. Il me surprend même en posant un baiser sur le dos de ma main, tout près de la bague parsemée d’un diamant vert saphir accrochée à mon index. Mon cœur vacille, je garde les doigts enroulés aux siens tant que possible. Lorsqu'il doit changer ses vitesses, Lysandre s’en défait avant de replacer sa paume sur mon genou qu’il caresse de son pouce. Cela a le don de me faire disjoncter. Ma respiration s’alourdit et le flot de mes pensées prend une tournure bien moins… chaste que je ne le voudrais. J’ai du mal à me reconnaître. Il a engendré un tel sentiment de frustration, de désir en moi, que je suis bien incapable de le maîtriser. Et je crois que je n’avais jamais ressenti quelque chose de similaire un jour.
Nous ne nous sommes pas arrêtés une seule fois sur la route, alors à peine éjectée de la voiture, Jessie fonce au chalet pour aller au petit coin. Son geste précipité amuse Oliver qui passe son bras par-dessus les épaules d’Erin tandis que Lysandre se contente d’ignorer sa présence, en marchant tranquillement vers l’entrée après s’être saisi de nos bagages. Je ne lui ai rien demandé, et pourtant, le voici en train de porter ma valise ainsi que son sac de voyage. Je n’ose rien lui dire de crainte de le mettre de mauvaise humeur. Je ne sais pas pourquoi il déteste Oliver à ce point. Les hommes qui m’entourent ont semble-il tous des secrets, difficile dans ce cas d’émettre des conclusions nullement erronées. Il n’y a que Colin qui paraisse bien dans ses baskets et sans ombre. Loin du cliché que l’on pourrait avoir de lui en découvrant son total look noir.
Je les envie presque, Rose et lui, à les voir se coller amoureusement l’un à l’autre, comme la chose la plus naturelle au monde. Aucun spectre ne gravite autour d’eux, ils sont heureux et respirent le bonheur. Je me contenterais du peu que Lysandre veuille bien me donner, si seulement je pouvais savoir comment me comporter avec lui. Connaître ce qu’il a dans la tête, au risque de le faire complètement vriller. Rien n’est simple avec l’étudiant et un soupir d’amertume s’extrait bien malgré moi de mes lèvres fraîches. L’affubler de je ne sais quels reproches serait vain et surtout puéril. Lysandre n’a rien fait de mal, si ce n’est que je me sente un peu triste d’avoir le sentiment d’être si… peu importante à ses yeux. Quand bien même certains de ses mots ont pu être forts et m’ébranler, ils ne sont pas suffisants et ses actes si rares. Or, je me pose des questions. Hormis cet enlacement dans la voiture, il n’a pas été plus spontané que cela.
Je ne devrais pas chercher la moindre excuse, le détail qui ne va pas
pour nous donner une potentielle raison de nous disputer inutilement. C’est la frustration qui parle. Je ne lui ai même pas fait part de mes sentiments à son encontre, alors peut-être que, en effet, je devrais seulement ronger mon frein et ne pas songer à n’importe quoi. À vouloir des choses vraisemblablement impossibles.
— Vous prenez quelle chambre ? me demande Oliver en posant son
sac par terre dans l’entrée.
Le chalet est spacieux, ne possédant que des murs en bois, un parquet
ciré et de larges poutres pour délimiter les diverses pièces ouvertes sur le séjour. Une immense cheminée placée au milieu m’arrache un petit sourire chaleureux. C’est magnifique, cosy. Un escalier mène à l’étage et donc aux chambres. Logan affiche une drôle de tête quand Erin annonce qu’elle va dormir avec Oliver. Jessie sera avec moi, tandis que Rose et Colin seront naturellement tous les deux. Lysandre et Logan auront des chambres séparées et seuls contrairement à nous autres. J’apprécie que personne ne me fasse la remarque que je dorme avec ma cousine plutôt qu’avec Lysandre. Ils se doutent très bien de notre relation puisque nous sommes constamment fourrés ensemble.
Après l’attribution, nous nous organisons pour les diverses activités de
la journée. Jessie est excitée à l’idée d’apprendre à skier, Oliver est confiant du fait que nous puissions y parvenir, alors nous nous inscrivons auprès d’un moniteur, bien qu’Erin et Oliver sachent parfaitement skier tous les deux. Lysandre m’informe qu’ils nous rejoindront au restaurant après notre après-midi tous les quatre.
Nous nous réunirons tous pour aller dîner en bas de la station. D’après
Logan, il y a un fabuleux Fish & Chips, à se damner. Rose s’en lèche les babines en clamant qu’elle meurt de faim d’avance, Colin rit en l’embarquant dans la direction opposée. Ils ont un petit programme prévu de leur côté, je ne peux que les comprendre, ils se voient si peu tous les deux. Ils ont raison d’en profiter. Je me sens presque le cul entre deux chaises, à devoir choisir entre Lysandre et mes nouveaux amis. Cependant, ils ont déjà décidé pour moi, et visiblement ça ne le dérange pas, alors pourquoi me tourmenter de la sorte s’il s’en fiche ?
— Bonjour, les jeunes, nous salue un homme souriant de tout juste la trentaine, habillé dans une combinaison de ski bleu marine.
Il est brun, a des jambes plutôt longues et une barbe entretenue. Ses pupilles noisette nous étudient les uns après les autres tandis que Jessie se tient à mon bras comme une moule à son rocher. Pour plaisanter, elle est la première, mais pas pour se ramasser une gamelle apparemment. Je me retiens de rire face à la trouille qui l’assaille, je ne la pensais pas si peureuse.
— Oh, my God ! Je crois que je n’avais pas bien réfléchi aux conséquences de mes idées de merde, siffle-t-elle entre ses dents près de mon oreille.
— Ça va bien se passer, tu fais exactement ce qu’il te demande. C’est son job, il n’est pas là pour faire en sorte qu’on se pète les deux jambes, pas vrai ?
Elle me scrute à présent horrifiée, j’aurais dû me taire, tiens !
— J’aurais l’air de quoi si je devais me présenter aux examens avec des béquilles ? Cette histoire de photo est à peine oubliée que je deviendrai la risée du lycée, panique-t-elle. Et si je vous rejoignais au restau et que je barbotais dans le jacuzzi en attendant ? tente-t-elle de se défiler.
— Hors de question ! On est dans la merde ensemble, ma cocotte ! Si je dois me bouffer de la neige jusque dans la culotte tellement je me serais ramassée, alors tu as intérêt à être là !
— Tu sais que les combinaisons sont suffisamment épaisses pour qu’on ne soit pas mouillées ? précise-t-elle, moqueuse. Regarde-nous, ricane-t-elle, on dirait deux poissons en dehors de leur bocal. Voilà tout, si le mono est aussi beau gosse, ça ne peut que bien se passer ? relativise-t-elle, enfin, en se redressant tout en bombant sa poitrine cachée dans sa combi violette.
Ma Jessie est de retour, prête à conquérir la piste. On peut y arriver !
Le type nous explique avant tout de bien nous échauffer, Jessie rigole doucement en se permettant une petite blague douteuse qu’il ne relève pas. Erin et Oliver sont près de nous à s’exécuter, le rictus aux lèvres. Finalement, sa boutade n’a pas totalement échoué. Elle joue avec le feu, alors je m’abstiens de lui faire la morale, ce n’est pas mon rôle. Cependant, je garde à l'œil le fameux Nicolas que l’on ne connaît absolument pas. C’est peut-être le meilleur dans l’enseignement de la pratique du ski, mais rien ne me garantit que c’est un homme droit dans ses bottes. Je ne voudrais pas que les petites blagues de Jessie se retournent contre elle. Je ne compte pas la lâcher d’une semelle tant que l’on ne sera pas rentrés au chalet.
Nicolas évoque les différentes pistes sur lesquelles on peut pratiquer :
la bleue, la rouge et la noire. Nous nous contenterons de la bleue en tant que novices, et à la fin de ce cours, nous dégoterons notre premier flocon. Je suggère à Erin et Oliver d’aller s’amuser un peu de leur côté sur des pistes comportant plus de défi pour eux. Je n’ai pas envie qu’ils s’ennuient. Nous ne sommes pas les seules dans ce cours, il y a des enfants autour des six ou huit ans. Par chance, il y a également un couple d’adultes n’ayant jamais chaussé de skis de leur vie non plus.
— On va parcourir la piste rouge en attendant que votre cours se
termine et ensuite on ira se boire un café et faire du shopping, ça vous va ? suggère Erin en mettant ses lunettes de ski.
S’il y a bien une chose qu’il ne faut pas proposer à Jessie, c’est bien
d’aller chiner dans les magasins. Elle adore ça, même si mes tantes doivent sans arrêt lui rappeler qu’elles ne roulent pas sur l’or contrairement à Terrence. Elles gagnent bien leur vie, plus que la majorité des gens, néanmoins, l’entretien d’une maison coûte cher et les études également. Elles sont prévoyantes, surtout ces derniers temps avec nos soucis financiers évidents. Je culpabilise constamment à ce sujet. J’ignore encore ce que je ferai dans cinq ans, et parfois, ça m’effraie quand je me laisse aller à ces songes sur mon avenir plus que trouble désormais. Ce qui est clair, en revanche, c’est que je désire profiter de mes proches chaque jour, qu’ils soient en bonne santé et heureux. C’est tout ce qui compte.
☆☆☆
Nous avons passé un super après-midi chargé, après moults gamelles,
Jessie et moi avons saisi le concept des skis et beaucoup progressé. Durant la dernière demi-heure, nous ne sommes plus tombées et y avons même pris du plaisir. À la sueur de nos jambes, nous avons dégoté ces fameux flocons qu’elle a brandis telles des épées venant de remporter la plus méritée des victoires. Ses joues rouges de froid et son sourire triomphant m’ont arraché un ricanement communicatif. Elle s’est empressée de me sauter dans les bras et nous nous sommes vautrées dans la neige avant de faire l’étoile de mer.
Avec le cœur léger, ainsi qu’une petite douleur aux fesses, nous sommes allées, avec nos amis, boire un chocolat chaud et un café pour ma part. Une fois réchauffée, Jessie était toujours d’attaque pour faire des emplettes, ce simple mot a eu le don de lui redonner de l’adrénaline tout comme le chocolat bourré de chantilly qu’elle s’est enfilé avant.
Malgré les températures négatives, elle s’est prise à rêver à l’été et a eu l’envie de s'acheter un nouveau maillot de bain, puisque, d’après elle, “ses roploplos” ne rentrent plus dans l’autre. Mensonge ou vérité ? Peu importe ! On n’a jamais trop de bikinis, ni même de sous-vêtements, d’ailleurs. Je ne suis pas la seule à y avoir songé, Erin louche également sur un ensemble bleu roi qui se marierait parfaitement avec ses yeux. Elle ronchonne entre ses dents parce qu’il n’y a pas sa taille. Oliver grimace en sortant la main d’un des bacs où se trouvent des fringues soldées. L’index levé devant le nez de Jessie, un string léopard trône au bout de celui-ci. Hilare, ma cousine le lui arrache.
— Peut-être pas tout à fait adapté à ton paquet, mon cher, badine-t-elle tandis qu’il rougit telle une écrevisse.
Si on m’avait dit il y a une semaine que nous serions toutes les trois avec un mec dans une boutique de lingerie - maillots de bain, je n’y aurais pas cru. Pourtant, tout arrive ! Il se sent aussi à l’aise qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, le pauvre. Erin et Jessie ont parfois de drôles d’idées ! Être homo ne signifie pas que l’on a le goût du shopping, et encore moins l’envie de se retrouver coincé entre les strings au rabais et les porte-jarretelles. Je m’efforce au maximum de ne pas rire pendant qu’il scrute ses Stan Smith après s’être affalé dans un fauteuil réservé à la clientèle. Il secoue nerveusement les jambes. Laissons-le gérer comme il l’entend.
— Mon Dieu, quelle tête tu tires, mon pauvre choupinou ! le taquine Jessie en s’asseyant sur ses genoux l’air de rien, tout en lui ébouriffant les cheveux. Heureusement que ce ne sont que des vêtements et pas des sextoys, car tu nous vomirais dessus aussitôt.
Dès que ses propos entrent en collision avec mes oreilles, je me tourne dans leur direction, complètement décontenancée. Erin qui tient des tongs serties de petits diamants se met à pouffer de rire.
— C’est moi ou elle se “dévergonde” un chouia, ta cousine ? me
siffle-t-elle discrètement, le sourire aux lèvres.
— Quoi ? s’offusque la brunette.
— Tu vas souvent au sex-shop ? m’étonné-je, un peu ahurie. Tu n’es
même pas censée pouvoir y entrer, tu es mineure, je te rappelle.
J’ai l’air d’une cruche à lui poser de telles questions ! De quoi je me
mêle ? Je suis sa cousine, pas sa mère, bordel !
— Oh, ça va, j’y suis allée une fois par curiosité. Ce n’est pas ma
faute si le mec qui le tient ne m’a pas demandé mes papiers d’identité, se dédouane-t-elle. Tu savais que les préservatifs à la banane, ça existait, toi ?
Oliver a les épaules qui tressautent, puis il se marre de façon
incontrôlable. Erin se retient de toutes ses forces. Ses iris divaguent de ma cousine jusqu’à moi qui ne peux m’empêcher de hausser les sourcils. Si je m’attendais à ça ! Que suis-je censée répondre ?
— J’adore cette meuf ! déclare Erin avec ferveur. Jamais je n’aurais
osé y poser un orteil, et toi, tu y entres l’air de rien par “curiosité”.
— C’est important de se préparer pour ne pas passer pour une débile. — Pourquoi voudrais-tu être prise pour une débile ? intervient Oliver,
la mine un peu rembrunie.
— Oh, je ne sais pas. Peut-être parce que les mecs de dix-huit ans
pensent que les nanas font tous ces trucs qu’il y a dans les pornos !
— Si les ados se mettaient moins la pression entre eux, les rapports
amoureux se dérouleraient bien mieux, tu ne crois pas ? soupire-t-il avec une sagesse qui me laisse coite.
Il a tellement raison. Et si nous pouvions être nous-mêmes sans honte,
et ce, quelle que soit la situation ? La sexualité est un cap suffisamment angoissant, pourquoi se moquer de l’inexpérience de l’autre ou tout tenir pour acquis ? Pourquoi ne pas accepter que toutes les combinaisons soient possibles, mais pas pour autant compatibles ? Il y a autant de sexualités que d’individus, il suffit juste de se respecter et de trouver la personne qui saura nous rassurer. Qu’il s’agisse d’amour ou d’un simple accomplissement charnel, cela n’en reste pas moins un accord mutuel dans la confiance.
— Tu es sûr que tu es vraiment gay, toi ? débite-t-elle avec une moue
contrariée. Parce que sinon, tu as tout du Prince charmant.
Oliver sourit, amusé par la réflexion de ma cousine. Nous sommes interrompus par le hoquet de stupeur d’Erin qui se tend près de moi pendant que je lorgne sur un ensemble que je n’oserai JAMAIS acheter, et j’ignore même pourquoi.
Stupide humaine qui est un frein à sa propre liberté, et son bonheur en pensant trop !
J’entends ma mère me houspiller que cette tenue n’est ni plus ni moins que pour une catin et je repose aussitôt le cintre d’où il vient. Lorsque je me retourne, j’aperçois Lysandre qui nous fixe derrière la vitrine pendant qu’il se grille une cigarette en compagnie de Rose et Colin. Il aspire la nicotine du filtre, celle-ci ressort en un nuage de fumée hypnotisant par ses narines. Il ne dévie pas une seule seconde le regard de moi, intense, presque stoïque, j’en ai la chair de poule. Rose entre dans la boutique en nous demandant où nous en sommes pour que nous puissions tous aller manger. Je reporte mon attention sur elle, en lui affirmant qu’on a juste à encaisser le maillot de bain de Jessie et nous les suivons.
Pourquoi me sens-je embarrassée d’avoir craqué sur de la lingerie que je n’ai même pas prise, alors qu’il était sur le trottoir à nous épier en fumant une clope ? Parfois, j’ai envie de me mettre des claques tellement je suis coincée !
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