Unstable feelings - T2

Ellen Stuart · Chapitre 46 sur 51

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Unstable feelings - T2

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Le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder.

Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle

s'interdit.

Oscar Wilde

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Prologue

 

Qualie

 

Juin 2002

Williamstown, Colorado.

Je parcours la fête en regrettant d’être venue. Le heavy métal fait

vibrer les haut-parleurs d’une voiture et ça crie si fort que je m’entends à peine penser. Près des peupliers, des jeunes boivent de la bière, fument des cigarettes et flirtent outrageusement.

Je n’ai rien à faire ici. Pourquoi ai-je cédé à Madison qui a insisté pour

m’entraîner à cette fête de fin d’année totalement absurde ?

Soudain, j’aperçois entre les arbres mon meilleur ami. Adossé à sa

voiture, il bavarde avec Lucy Carmichael et Kendra Willis. Son tee-shirt noir sculpte ses épaules larges et son jean descend sur ses hanches. Avec ses épais cheveux châtains en broussaille et sa barbe naissante, il a l’air de sortir du lit. Il est plus grand et mieux bâti que les autres garçons, et même si je ne le vois pas de là où je me trouve, je sais que ses yeux sont d’un vert profond. Certainement le plus craquant des lycéens de dernière année. Et accessoirement, le quarterback le plus populaire auquel on prédit un grand avenir.

Je connais Quinn depuis toujours. Nos mères sont meilleures amies

depuis le lycée. Nos pères pratiquent le basket ensemble. Sa petite sœur Leah a appris à marcher dans notre salon. J’ai eu mes règles pour la première fois à la soirée du Nouvel An chez les Collins à mes treize ans. Nos familles sont si liées que notre amitié est solide comme un roc. Il n’est pas seulement mon ami depuis toute petite. C’est le mec le plus canon du lycée et l’objet du fantasme de presque toutes les filles – et même de certains mecs, comme mon frère Greg. Madison également était sous son charme à une époque, elle m’a juré par la suite que cette lubie était due à une infection virale.

Aucune femme de moins de trente ans ne semble immunisée contre le charme insolent de Quinn. Je le taquine avec ça, en le forçant à user plus d’une fois de son sourire ravageur face à la dame aigrie de la cantine afin que l’on puisse extorquer quelques cookies en plus, ou je lui demande de draguer l’hôtesse de caisse bizarre au cinéma pour que l’on ait du popcorn gratuit.

Brillant, il lit les biographies de présidents américains pour le plaisir. Il sait compter jusqu’à cent dans sept langues. Il aime les films de George Lucas et peut réciter de tête les dialogues du Parrain. Il ne manque jamais de rendre visite à ses grands-parents tous les vendredis soir après les cours. Il apporte toujours une barre chocolatée Baby Ruth à sa grand-mère, sa préférée, ainsi qu’un bouquet de fleurs qu’il achète chez le fleuriste au coin de sa rue. Puis, il apporte à son grand-père la dernière cassette de matchs de baseball qu’il a enregistrés pour lui pendant la semaine afin qu’ils les regardent ensemble.

Quinn est tout ce que les autres mecs de notre classe ne sont pas.

Mais depuis quelque temps, il me délaisse pour traîner avec sa bande de potes dont je suis exclue. Je ne suis pas idiote. Il préfère certainement les bonnes vivantes aux intellos qui vivent le nez dans leurs bouquins. Profitant de fêtes déjantées dans sa grande villa avec piscine au lieu de rester avec moi à jouer aux jeux vidéo dans ma petite maison de banlieue. Cela me navre, notre éloignement, parfaitement logique puisque les populaires comme lui ne se mélangent pas aux rats de bibliothèque comme moi, me blesse. Quelque part, je le jalouse de vivre tous ces bons moments, buvant à outrance, baisant toutes les filles du lycée et surtout sa petite amie du moment, cette garce de Lucy Carmichael, la star des pom-pom girls. Oui, un véritable cliché ! Pendant que, moi, je reste sur la touche, me morfondant loin de lui. Heureusement, je peux compter sur Madison, ma meilleure amie, pour me sortir. Comme ce soir.

Il jette un coup d’œil dans ma direction et me surprend à l’observer. Je lui fais un petit salut de la main et presse le pas. Je scrute les alentours dans l’espoir de repérer Maddy. Peut-être que je réussirai à la convaincre de me prêter son pick-up pour rentrer chez moi ? Ou peut-être qu’un des invités repartira bientôt en ville ?

Mais comment savoir qui a bu ?

Aucun moyen d’en être sûre. Il faut leur faire confiance pour ne pas

conduire en état d’ivresse alors que je ne suis même pas certaine de croire Mad sur ce sujet. Et d’ailleurs, où est-elle encore passée ? Est-ce qu’elle est avec Easton ?

Me résignant à rester coincée dans cette soirée jusqu’à ce que mon

amie refasse surface, je m’éloigne de la foule, piétinant des gobelets à bière en plastique rouge, des sachets de chips et des piquants de figuiers de Barbarie, à la recherche d’un coin tranquille.

Lorsque je longe un groupe de filles, je les entends glousser. — Tiens, voilà la binoclarde ! Je te parie qu’elle passe toutes ses nuits

à bûcher.

— Vous croyez qu’elle a déjà embrassé un garçon ? — Tu veux rire ? Elle est vierge à cent pour cent. Je sens mes joues s’empourprer. Je veux m’enfuir, mais si je me mets

à courir, elles sauront que je les ai entendues, ça serait encore plus humiliant. Je m’efforce de garder le regard rivé droit devant et à marcher lentement.

Je remarque un monticule de rochers et décide d’aller me cacher

derrière pour pleurer à l’abri des regards. Malheureusement, il y a déjà quelqu’un.

— Dégage, connasse !

Un groupe de garçons verse des petits cristaux dans une étrange

pipette. Du crack. Ils prennent de la drogue.

— Fous le camp !

Sans voix, je recule d’un pas.

— Dé-désolée !

L’un des garçons me saisit violemment par le poignet pour m’attirer

vers lui, son visage brûlé par le soleil affichant un sourire mauvais.

— On devrait peut-être la garder pour plus tard. Vous savez que je suis

bouillant quand je prends ce truc.

Le choc se change en peur. Je secoue la tête en tentant de dégager mon

bras.

— Non !

— Mauvaise idée. Comment être sûr qu’elle n’ira pas tout balancer après ? dit l’un d’eux. Et puis, tu sais que tu as du mal à bander quand tu es défoncé.

Une voix grave retentit dans mon dos :

— Lâche-la, Patrick, ou je te fais bouffer tes couilles !

Le garçon me libère si brusquement que je trébuche et j’ai failli m’écrouler.

— Pardon, mec. Je ne savais pas qu’elle était avec toi.

Stupéfaite, je me retourne et vois Quinn derrière moi, toisant le groupe, les dents serrées, la bouche pincée avec sévérité.

Nos regards se croisent et il s’adoucit.

— Viens, Qualie. Rien ne t’oblige à rester avec ces crétins.

Il n’a pas besoin de me le dire deux fois. Je le suis à sa voiture.

Quinn m’observe, assise sur le siège côté passager, avec une étrange tendresse. J’attache ma ceinture de sécurité. Dès l’instant où je monte en voiture, je garde les mains posées à plat sur mes genoux. Mon visage dissimulé, les épaules basses, je renifle, mes yeux bleus en amande à moitié cachés par mes cheveux blond vénitien, ce qui fait plus penser à un elfe qu’à une fille de la race humaine.

— Ça va ?

Il coince une mèche derrière mon oreille pour mieux voir mon visage. Les joues humides de larmes, j’hoche la tête.

— Merci, Bookékette.

Il sourit en entendant son petit surnom, je suis la seule à l’appeler comme ça. À quatorze ans, je l’ai surpris en train de se masturber dans les toilettes devant Playboys. Il met la clé dans le démarreur de sa Chevy 55 Bel Air, la tourne et fait ronronner le moteur pour sentir sa puissance.

— Ce n’est pas vraiment le genre d’endroit où tu aimes aller, hein, Bookinette ?

Je secoue la tête.

— Non.

— Où veux-tu que je te conduise ?

Il contourne les arbres et les fêtards, se dirige sur le sentier qui mène vers la sortie, puis en direction de la ville.

— J’imagine que je devrais rentrer chez moi, mais…

— Mais quoi ?

— Si ma mère voit que j’ai pleuré, elle va me demander ce qui m’est

arrivé et je serai obligée de tout lui raconter. Et elle va s’inquiéter.

— Dans ce cas, je ne te ramène pas chez toi, du moins pas tout de

suite. Tu es déjà allée au Monument ?

 

***

 

Encore dans la voiture, j’admire les étoiles à travers le pare-brise, le

bras de Quinn enroulé autour de mes épaules. Sa voix grave ronronne agréablement dans mon oreille tandis qu’il m’explique les constellations, l’autoradio jouant une vieille chanson romantique d’Elvis.

— Par-là, c’est le Lion. Tu vois l’astre le plus brillant de tous ? C’est

Regulus.

Je suis son doigt, cherchant à distinguer un lion, mais je ne suis pas

sûre.

— Quelle est ta constellation préférée ?

— Je crois que j’aime beaucoup Orion, mais on ne la voit pas encore.

Elle est facile à repérer, pourtant. Trois étoiles brillantes forment sa ceinture.

J’ai du mal à croire ce qui m’arrive : l’une des pires nuits de ma vie

devient la plus belle. Il m’a emmenée prendre un verre avant de partir vers le Colorado National Monument, où nous sommes descendus de voiture pour admirer au-delà des garde-fous la vaste étendue désertique, le canyon, les falaises et les silhouettes saillantes des rochers qui se découpent dans la nuit. Ensuite, on a repris la voiture pour suivre un chemin touristique jusqu’à trouver un endroit où se garer, où on continue à bavarder. Comme d’habitude, nos conversations dérivent sur le lycée et notre avenir incertain en attendant les réponses des universités. Je souhaite depuis toujours devenir libraire pour voyager à travers les livres et rencontrer des gens. De son côté, il aime les sciences, en particulier l’astronomie et la géologie. Mais venant d’une riche famille, son père étant à la tête d’une entreprise plus que florissante, il se doit de prendre sa succession.

— J’ai longtemps rêvé de devenir astronaute, avoue-t-il en haussant

les épaules, comme si c’était une idée absurde.

— Tu peux encore essayer. Vraiment, essaie. Pourquoi ne pas voir grand ? Viser aussi haut que les étoiles ?

Il rit, secoue la tête et lâche une bombe :

— Je viens d’être reçu à Yale. En septembre prochain, je commence un cursus dans les affaires internationales.

— Tu t’en vas ? Tu déménages ? m’écrié-je.

Sa révélation me sidère et me provoque une terrible douleur dans la poitrine. Je déteste les adieux, vivant mal que l’on me laisse. Surtout venant de lui. Mon frère aîné, Greg, s’est engagé dans l’armée. Maintenant déployé en Afghanistan, il me manque beaucoup.

Il baisse les yeux vers moi en souriant.

— Je vais te manquer, Bookinette ?

Alors qu’il me montre les étoiles, m’ouvrant le ciel, je réalise qu’il va vraiment me manquer. Comme si je perdais ma moitié, mon jumeau. Quinn n'est venu au monde qu’une semaine avant moi. Depuis toujours nous partageons tout, jusqu’au même pot de glace à la fête foraine du quatre juillet. Nous nous confions tous nos plus petits secrets. Inséparables, comme les doigts de la main. Et qu’il ose me balancer comme ça son admission dans l’une des universités les plus prestigieuses du pays, à des milliers de kilomètres, me navre.

— Au-dessus du Lion, c’est la Vierge. Tu la vois, là ?

Je me redresse comme un ressort, bouillonnante alors que lui semble si calme.

— Attends, l’arrêté-je. Tu me balances ça comme ça ? Et puis, c’est tout !?

Se retournant, Quinn plonge son regard vert jade dans le mien, semble lire en moi comme dans un livre ouvert. Je peux y voir toute sa tendresse, son amitié, sa force, mais également quelque chose de plus sombre qui me fait frissonner.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise, Bookinette ?

La colère qui gronde retombe comme un soufflé. Comme d’habitude, je me dégonfle, ne résistant pas bien longtemps à ses yeux envoûtants. À lui seul, il peut me faire ressentir une myriade de sensations en une minute.

— Rien, Bookékette. Je devrais être contente pour toi, je le suis vraiment, mais… je suppose que je suis jalouse, soufflé-je en baissant la tête, un peu honteuse de ma confession.

Pour me rassurer, Quinn resserre ses bras autour de moi. — Qu’est-ce qui t’arrive ? Je serai toujours avec toi. Nous sommes les

inséparables. Tu te rappelles quand on était petits ? Bookinette et Bookékette, ensemble contre le reste du monde.

Je ris en me remémorant ce souvenir. Nous avons construit une cabane

dans les arbres chez lui. Ouverte aux quatre vents, faite de bric et de broc, elle nous semblait immense et adorable. Notre chez-nous. Jusqu’à empêcher Leah, la petite sœur de Quinn, de nous rejoindre.

— Pourquoi serais-tu jalouse ?

Avec fatalisme, je pousse un soupir. Comment lui exprimer ce que je

ressens ? Qu’il va me manquer ? Qu’il est tout mon univers et que sans lui tout va s’écrouler ?

— Je ne sais pas vraiment, esquivé-je. Je suppose que c’est parce que

tu es populaire et riche, que c’est donc normal que tu sois accepté dans l’une des meilleures universités du pays, alors que, moi, je suis simplement la fille de l’épicier qui va se contenter de la fac du Colorado, si ma bourse est acceptée.

— Bookinette, je ne suis pas d’accord avec ton raisonnement. Tu es

une fille géniale, ma meilleure amie, et rien que pour ça, tu mérites d’aller à Yale avec moi. En parlant d’université, tu as postulé à Brown ?

— Oui, mais je n’ai pas eu de réponse.

— Ils vont t’accepter, j’y crois.

Me resserrant plus étroitement dans ses bras, il embrasse le sommet de

mon crâne. Ce qui me provoque un petit frisson, comme toujours quand il me donne des baisers, même fraternels. Sans raison inexplicable, depuis trois mois, des émotions, plus qu’amicales, surviennent dès que je croise Quinn. Comme des ailes de papillons au début, pour devenir de plus en plus intenses au fil du temps. Je commence à le voir différemment et cela m’effraie. Et si ce n’est pas réciproque ? Et si je gâche notre amitié ? J’essaie de les cacher du mieux que je le peux, mais ce soir, maintenant qu’il part, cela va forcément redistribuer les cartes. Et si c’est le moment de mettre mon plan à exécution ?

— Et cette étoile très brillante, c’est Spica. Si tu la suis vers le Sud…

reprend-il.

— Quinn ? murmuré-je.

J’ai peur de lui demander, peur de le dire à voix haute, mais il s’en va

à l’autre bout du pays. Si je ne le dis pas maintenant, je n’aurai probablement pas d’autre occasion. Depuis des mois, je peaufine mon plan qui se résume en une simple phrase : je ne veux pas aller à l’université en étant vierge. Je n’ai connu qu’un petit ami, qui se résume à de tièdes baisers et quelques étreintes maladroites. Je cherche la passion. Pour cela, quoi de mieux que de se confier à un spécialiste qui s’est enfilé la moitié du lycée ? Sans compter que je le connais par cœur, donc il ne peut pas me décevoir.

— Mmm ?

Le cœur battant, je n’ai plus d’autre choix désormais que de m’exprimer :

— Je… j’ai envie que tu m’embrasses.

Silence.

Un peu surpris, il se tourne, m’observant sans un mot, comme s’il cherchait à voir en moi. Sans explication, à croire que lui aussi attend ce moment, il prend ma tête dans sa main gauche, caressant mes lèvres de son pouce et plonge vers ma bouche.

Il frotte longuement ses lèvres contre les miennes, des caresses aussi douces que de la soie, qui m’arrachent un gémissement. Quand il ne tient plus, il m’embrasse, dans un long baiser brûlant.

La chaleur de cet échange me stupéfie. Incapable de penser, je l’entends geindre, sens son corps fondre. Je m’accroche à lui, le suivant d’instinct, ouvrant ma bouche à sa langue veloutée pour accueillir la nouveauté de ce geste étrange. Quand il se détache, je tremble. Je pensais que ça allait être bizarre, comme embrasser son frère, avec un goût d’incestueux. Bien au contraire.

— Quinn ?

— Oui, Bookinette ?

Il a le souffle court.

— Recommence.

Il gémit, enfonce sa main dans ma chevelure et me plaque contre lui, sa bouche pillant la mienne, mes lèvres, ma langue et mes dents, jusqu’à me laisser hors d’haleine. Mais trop rapidement à mon goût, il me lâche et se replace droit dans son siège, serrant si fort le volant que ses phalanges blanchissent.

— Je crois qu’il est temps que je te reconduise chez toi, grogne-t-il, d’une étrange voix rauque.

Toujours tremblante, je me love contre lui.

— Non, Bookékette, je t’en prie ! supplié-je.

Quinn semble souffrir. Il me regarde, le front plissé, les lèvres

humides.

— Si je ne te ramène pas tout de suite chez toi, tu ne rentreras pas

avant le matin.

Prenant son visage entre mes mains, j’éprouve la dureté de sa barbe

naissante contre mes paumes, plongeant dans ses yeux verts, caressant ses cheveux châtains.

— Mais c’est ce que je veux ! Je veux… m’écrié-je. — Quoi ?

— Toi, dis-je simplement.

Soupirant profondément, il n’ajoute rien. Je sens qu’une bataille se

livre en lui, qu’au fond, il ne me croit pas.

— J’ai entendu ce que ces filles ont dit sur toi. Tu ne devrais pas être

gênée d’être vierge. C’est une belle chose. Tu devrais te réserver pour un homme qui te traitera correctement. Tu devrais donner ta virginité à…

— À toi.

Je n’ai jamais été plus sûre de moi de toute ma vie. Il se tourne à nouveau vers moi, caresse ma joue de ses doigts repliés. — Mais je suis ton meilleur ami, tu te souviens ? Tu n’as pas peur

pour notre amitié ?

— Non, au contraire. Je ne veux pas aller à l’université et connaître

des garçons qui fuiraient en sachant que je suis débutante. Je souhaite essayer maintenant. Je me fiche de cette importance. Je veux éprouver ça avec toi. Nous avons connu toutes nos premières fois ensemble, pourquoi pas celle-là ? Enfin, même si c’est une première que pour moi.

Quinn a du mal à accepter ce que je veux lui offrir. — Je pars à la fin de l’été, réplique-t-il.

— C’est pour ça que c’est le bon moment. S’il te plaît. Toi seul peux

le faire pour moi, insisté-je.

Il m’observe pendant de longues secondes. J’aperçois plusieurs

émotions passer dans ses yeux dont je ne comprends pas le sens : acceptation, capitulation, résignation et du désir ?

Attrapant mon visage, il m’embrasse avec force, puis posant son front

contre le mien, il souffle.

— Très bien, je vais le faire, Bookinette.

— Pourq…

— Non, laisse-moi parler, me coupe-t-il en posant deux doigts sur mes lèvres gonflées de ses baisers. Depuis quelque temps, je ressens plus que de l’amitié pour toi. Une connexion. Et je crois que c’est réciproque. J’ai bien vu ton regard changer, comment tu m’espionnais au lac le week-end dernier. Moi aussi, je t’observais. Tu étais la plus belle fille de la plage. Te voyant dans ce maillot de bain, je n’avais qu’une hâte, c’était de te l’enlever pour enfin observer à loisir ton joli corps. Ce soir, savoir que tu veux me donner ce que tu as de plus précieux me file une gaule d’enfer.

Il attrape la couverture qu’il range dans son coffre, prend ma main tremblante et m’entraîne à l’écart de la route, sous les pins. Là, il étale le plaid sur le sol chaud et sablonneux. S’il s’attend à me voir me débiner, il se trompe. Dès qu’il se tourne vers moi, je passe les bras autour de son cou, me hisse sur la pointe des pieds et capture sa bouche.

Il m’allonge à côté de lui, m’embrasse jusqu’à en avoir les lèvres brûlantes, jusqu’à avoir exploré chaque recoin de toutes les manières possibles, jusqu’à être hors d’haleine alors que j’enfonce mes doigts dans ses épaules.

— Mon Dieu, Qualie, tu es si douce !

Lentement, il déboutonne mon chemisier pour révéler un soutien-gorge en dentelle blanche et deux petits seins. Timidement, je baisse la tête, croisant mes bras sur ma poitrine tandis que mon cœur bat la chamade, colorant mes joues d’une teinte rouge.

— Je… je suis plate, m’excusé-je bêtement.

— Qui t’a dit ça ? Je te trouve parfaite.

Incapable de retenir un râle affamé, il dégrafe le sous-vêtement, saisit mon téton rose entre ses lèvres et le suce. Je m’arc-boute dans un cri, plonge mes doigts dans sa chevelure, me tortille sous lui, balançant ma tête de droite à gauche dans une cascade de cheveux soyeux. Cela fait douloureusement durcir son sexe. Il sait qu’il doit y aller doucement, mais il se sent incapable de patienter. Caressant la peau satinée de mon ventre, il déboutonne ma jupe, puis l’enlève en même temps que ma culotte, exposant les boucles d’or de ma toison et mes jambes fuselées.

— J’ai envie de te toucher, murmuré-je dans un soupir en me débattant avec sa braguette.

— Oh oui, gémit-il en me laissant baisser son pantalon.

Aussi impatient que moi, fiévreux, il enlève son tee-shirt d’un geste rapide, puis guide mes doigts hésitants qui s’enhardissent quand je passe les mains sur ses fesses nues pour repousser son jean et son caleçon.

— Je peux voir ? demandé-je.

— Voir ? me demande-t-il, surpris.

Alors, il comprend.

Je n’ai jamais vu un sexe d’homme en érection. Roulant sur le côté, il prend ma main et m’entraîne vers son membre

dressé. Quinn se raidit tout entier lorsque mes doigts se referment sur sa queue. Je suis surprise de constater qu’un pénis est si gros, si dur et lisse à la fois.

— Je croyais que ça ressemblait à un hot dog, me moqué-je, mi-

sérieuse.

Il glousse, puis éclate d’un rire plus franc.

— Un hot dog ?

Le caressant, je passe le pouce sur son extrémité humide, sens son

corps se crisper, son rire se coincer dans sa gorge, et se transformer en râle. Avide de lui, je l’explore, parcours son érection des doigts, son ventre, son torse glabre.

Se penchant de nouveau sur moi, Quinn recommence à m’embrasser,

ses lèvres traçant un chemin enflammé sur ma bouche, le long de ma gorge, vers ma poitrine, ses doigts se perdant entre mes cuisses, tourmentant cette partie secrète de mon coquillage jusqu’à ce que je sois moite d’impatience.

— Je veux te goûter ! s’impatiente-t-il.

Son souffle frais contre mes seins chauds, tandis que sa main s’attarde

entre mes jambes.

Il ne va quand même pas…

Oh, mais si !

Profondément choquée, j’essaie de l’arrêter.

— Quinn, non ! Tu n’as pas besoin de…

— J’en ai envie.

Sa cuisse dure se fraie un chemin entre mes jambes pour les écarter.

Alors, il m’embrasse en descendant le long de mon corps, la chaleur de sa bouche et l’imminence du plaisir provoquant des frissons sur ma peau.

Quand, enfin, il m’embrasse là, il m’accorde la même attention qu’à

ma bouche. La chaleur de ses lèvres devient intolérable et la pression de sa langue si intense que je lâche un petit cri. Me mordant la lèvre, retenant ma respiration, je lutte pour ne pas exploser. Troublée, perdue, je me laisse faire comme une poupée de chiffon. Est-ce bien mon meilleur ami qui me fait l’amour avec sa langue ? Comment est-ce seulement possible ? Quinn ressent la même chose, je n’ai pas imaginé notre connexion. Prenant sa tête, je l’appuie plus fort contre ma chatte pendant qu’il approfondit le baiser.

Oh, mon Dieu ! Où a-t-il appris à faire tout cela ?

— Mmm, gémit-il en mordillant l’intérieur de mes cuisses sensibles. Mon Dieu, tu as bon goût.

Il me reprend à pleine bouche, mais cette fois, en glissant un doigt en moi, puis deux, avant de m’étirer en effectuant des mouvements qui m’embrasent de la tête aux pieds. L’air quitte mes poumons lorsque je pousse un petit cri et la chaleur qui grandit explose. De l’or en fusion se répand dans mon être, c’est aussi torride que doux. Quand le plaisir décline, il s’arrête, ses lèvres remontant le long de mon ventre, vers mes seins, ma bouche. Il a un goût sauvage et musqué, je prends conscience que c’est le mien qu’il porte sur ses lèvres.

— Tu es bien sûre de vouloir le faire, Bookinette ? On peut s’arrêter là, si tu veux, et tu resteras vierge. Je ne t’en voudrai pas, murmure-t-il dans une tendresse passionnée.

Je vois qu’il lui en coûte de dire cela et je suis touchée qu’il m’offre la possibilité de faire machine arrière. La plupart des garçons ne se donnent probablement pas autant de peine. Mais il n’est pas comme les autres. Ne l’ai-je pas toujours su ? Notre union semble si belle, naturelle, tellement juste.

Je pose un doigt sur ses lèvres pour le faire taire. Ma décision a été prise dès qu’il m’a embrassée.

— Je veux que ce soit toi, Quinn. Ensemble, pour toujours.

— Ouf, merci ! laisse-t-il échapper avec soulagement. J’ai envie de toi comme je n’ai jamais désiré aucune autre fille ! Mais je dois te dire quelque chose.

Il s’allonge sur moi, relève l’une de mes jambes élancées et l’enroule autour de sa taille. Je fais remonter mes mains tremblantes sur son torse musclé.

— Quoi ? demandé-je curieuse.

— Je n’ai jamais fait ça avec une vierge. En fait, je n’ai jamais fait ça avec une fille. Je vais peut-être te faire mal.

Je me redresse un peu, ébahie par la révélation.

— Mais tu es sorti avec la moitié des filles du lycée ! m’écrié-je, les

yeux écarquillés, le souffle court.

— Je sais, j’ai fait des choses avec elles, mais jamais je n’ai été plus

loin. Ça sera aussi ma première fois.

D’un coup, il s’arrête, s’écartant de mes bras.

— Putain, je n’ai pas de capote ! s’écrie-t-il.

— Je prends la pilule, réponds-je en rougissant. Ses yeux de jade me scrutent, indécis.

— Tu es sûre ?

— Oui, viens… je t’en prie… supplié-je.

Alors, il s’enfonce lentement, sifflant entre ses dents, sans jamais me

quitter des yeux, le corps tendu.

La douleur me surprend. Aussitôt après, je le sens se retirer. Lui ai-je fait peur ?

Je le rapproche de moi.

— Ne t’arrête pas ! Ça ne fait pas mal. Pas trop. Il me sourit, le front et le torse recouverts de sueur. — Je n’ai pas l’intention d’arrêter, Bookinette. C’est juste pour te

laisser le temps de t’habituer à moi.

Sentant ses hanches changer de position avant qu’il ne revienne

lentement, détendant ma chair jusqu’à ce que je n’aie plus mal, me bouleversant de sa présence perçante et chaude.

— Oh, oh, Quinn, oui ! balbutié-je, pendant que le plaisir remplace la

douleur.

Les yeux fermés, il gémit.

— Mon Dieu, Qualie ! C’est tellement bon ! Tu es si mouillée, si

serrée ! Je crois que ça ne va pas durer très longtemps.

Alors, il ondule du bassin, ses mouvements relancent le feu en moi. Le

plaisir grandit à chaque coup de reins, jusqu’à ce que Quinn explose dans un geyser de semence, aspiré avec avidité par mon orgasme. Les étoiles éclatent pour retomber en pluie autour de nous, nos cris de jouissance roulent sous la voûte étoilée, nous laissant l’un comme l’autre à bout de souffle, en nage, dans la fraîcheur de cette nuit d’été magique.

Quinn me caresse les cheveux, le regard perdu dans le ciel parsemé

d’étoiles, tout son être à l’écoute.

— Avec toi, c’est différent, dit-il en brisant le silence.

Je relève la tête de son torse, le regarde de mes yeux mi-clos, mes petits seins pointant outrageusement dans l’air du soir.

— Qu’est-ce qui est différent ?

— Tout.

Me resserrant contre lui, je pose ma tête sur son torse, encore essoufflée. Machinalement, il prend l’une de mes mèches dorées, l’entortillant entre ses doigts. Le silence s’installe lentement. Confortable, doux, pas du tout gênant bien que nous venons de faire l’amour. Moi, Qualie Matthews, petite intellectuelle, je viens de me donner à Quinn Collins, le quaterback le plus populaire du lycée. Pouffant à cette pensée, on se croirait dans un cliché de romance à dix balles. Et si je n’ai pas été à la hauteur ? Non, me rassuré-je. Quinn me l’a confié, il était aussi vierge que moi, ce qui me semble encore complètement fou, et il m’a choisie moi pour ne plus l’être, ce qui me flatte. Dans ma bulle de béatitude, un léger doute persiste : maintenant, il va se passer quoi ? Allons-nous redevenir simplement amis ou amants ?

On reste allongés sur la couverture, somnolant, parlant, riant. Il me refait deux fois l’amour, nous faisant crier et voir de plus en plus le firmament. Il me garde dans ses bras jusqu’au lever du soleil qui rosit les parois rocheuses des canyons. Ensuite, il me rhabille en chantonnant un vieil air des années 50, la bouche perdue dans mes cheveux :

Par une nuit étoilée, j’ai embrassé tes lèvres.

Par une nuit étoilée, je t’ai serrée dans mes bras.

Toi et moi sous le ciel étoilé.

Mais le bonheur que j’ai connu au cours de cette nuit semble se dissiper à la lumière du jour naissant. Trop rapidement, je me retrouve assise dans la voiture, dans la rue de mes parents, ravalant les larmes qui menacent de me submerger dans le silence de l’habitacle.

— Tu vas dire quoi à ta mère ?

— Je ne sais pas. Que je viens de donner ma virginité au garçon contre lequel elle m'a mise en garde.

Je ris, malgré le poids qui m’écrase la poitrine, et prends conscience que quelque chose a changé. Ce que pense ma mère ne m’importe plus.

Quinn fronce les sourcils.

— Elle t'a mise en garde contre moi ?

— Oui. Sortir avec le quaterback le plus sexy du lycée, le plus populaire avec une petite intello comme moi, ça ne le fait pas trop. En plus, tu connais la situation entre nos parents.

— Ouais, je la connais, soupire-t-il. Bah, elle avait raison, non ? Je secoue la tête, serre sa grande main dans la mienne. — Non, elle avait complètement tort. Tout ça n’a rien à voir avec

nous.

Le silence s'installe de nouveau.

— Et maintenant, on fait quoi ?

Quinn se tourne vers moi, me scrute sans comprendre, nos doigts

toujours entrelacés.

— Comment ça ? me demande-t-il.

— Bah, nous deux, réponds-je en haussant les épaules, sans le

regarder en bonne trouillarde que je suis. Qu'en est-il de nous ?

Doucement, Quinn relève mon menton avec son index, m’observant

avec des yeux doux et chaleureux. Sous ce regard, je fonds.

— Écoute-moi, Qualie. Je ne sais pas où cette histoire va nous mener.

Mais je sais une chose.

Silence.

— C’est quoi ? m’impatienté-je.

— Je n’ai jamais rien ressenti de ce que je ressens pour toi avec une

autre fille. En fait, pour personne. Tu me fais vibrer. Avec toi, j’ai envie de tout découvrir, je n’ai pas envie que ça s’arrête. Je veux que tu sois ma petite amie, rien d’autre, et toi aussi tu le veux ?

Émue, je hoche la tête.

— Oui.

Doucement, il se penche pour m’embrasser dans le soleil qui se lève.

Je suis baignée dans une douce torpeur, follement heureuse et amoureuse, mais un doute au fond de moi persiste.

Et si cette belle histoire d’amour ne pouvait-elle pas durer ?

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