Unstable feelings - T2
ch016
Chapitre 16
Lysandre
Le souffle déchaîné, mes doigts cadenassent ses poignets, je l’étudie
avec attention. Me hissant sur mes coudes pour lui délivrer un peu d’espace afin de reprendre un semblant d'accalmie. Je n’ai pas envie de lui provoquer un malaise. Ses joues sont roses, diamétralement opposées à la teinte porcelaine qui recouvre la peau douce de son corps parfait. Il l’est à mes yeux, avec ses imperfections, ses petites taches de rousseur, ses vergetures discrètes. Ses prunelles brillent, elle me met dans un état plutôt affolant. Je relâche ses mains pour me défaire de ma chemise ainsi que mon débardeur. Avec curiosité, elle me fixe, s’attardant de temps à autre sur les muscles en mouvement face à elle. Sky bloque sur mes obliques encore très marqués bien que j’ai arrêté les activités sportives.
— Est-ce que j’ai ta confiance, Sky ? marmonné-je. J’ai besoin qu’elle me confie son corps pour les minutes à venir,
qu’elle soit en adéquation avec mes actes, avec ce que je vais lui suggérer. Je ne souhaite pas l’effrayer ou la choquer.
Ses iris lumineux plantés dans les miens, elle me sonde avec
appréhension avant de divaguer sur mon débardeur que je viens de récupérer sur le sommier. Je n’ai rien d’autre pour lui attacher les poignets, ça fera l’affaire.
— Tu veux me bander les yeux ? hésite-t-elle. — Pas tout à fait. Tes mains.
Sa bouche s’arrondit pendant qu’un air paniqué déforme les traits de son visage. J’imagine les idées sordides qui pullulent dans son esprit, elle a tout faux et je compte bien lui prouver que je ne cherche pas à la blesser ou l’humilier. Sky se pince la lèvre avec nervosité, je ne peux m’empêcher de loucher sur sa sublime poitrine qui me nargue. Mes deux mains se placent avec délicatesse de chaque côté de sa figure. La pulpe de mon pouce caresse sa joue, son regard se tranquillise un peu. Ma bouche rencontre furtivement la sienne, la tension qui régnait entre nous est toujours palpable, presque étouffante. L’un comme l’autre avons besoin de relâcher la pression, de laisser le désir nous consumer pour de bon, ensemble.
— Je ne te veux aucun mal, c’est juré. Si ça ne va pas, je te relâcherai aussitôt.
Je tente de me convaincre que sa "soumission" suffira à m'apaiser, à me permettre d'aller jusqu'au bout sans me retrouver enseveli par de sombres pensées. Je la désire tellement que j'en ai mal aux testicules.
— Je… ne sais pas trop, ânonne-t-elle. Je n’ai jamais fait ça, je ne me sens pas très à l’aise. Ce n’est pas malsain ? bredouille-t-elle, un peu hagarde.
— Vois-le plutôt comme une sorte de jeu qui t’empêchera de bouger les mains, alors que je te rendrai folle de désir, déclaré-je, impudique.
D’embarras, elle ricane. Ses joues rougissent davantage.
— Tu es plus présomptueux que je le pensais. C’est très vilain de se vanter, tu ne le sais pas ? persifle-t-elle, probablement en vue d’effacer son trouble.
Elle réussit à m’extorquer un sourire alors que, au fond, je suis encore plus nerveux qu’elle.
— Peut-être bien, admets-je.
— Pourquoi as-tu envie de faire ça ? J’veux dire… on n’a jamais couché ensemble et tu souhaites directement sauter à l’élastique.
— Peut-être parce que je suis un détraqué, un type instable, exprimé-je avec un soupçon de vérité.
… Qui a besoin de se sentir en sécurité, même avec toi.
Ma voix est si ronde, pour le coup, que je crains de trahir l’une des parties sombres de mon âme. Sky ne me prend pas au sérieux, le ton un peu grave et intimiste qui ne me ressemble pas lui déclenche un petit rire nerveux. Elle ne mesure pas combien ce que je dis peut être vrai.
Je sais que je suis détraqué. Je suis instable, inconvenant, et parfois
sauvage à la limite du contrôle.
— Attends, es-tu réellement sérieux ? Tu ne te joues pas de moi, là ?
déclare-t-elle. Tu ne vas rien faire de brutal, pas vrai ?
— Pas du tout ! Je serai lent et très doux.
Comment peut-elle imaginer un truc pareil ? Je n’ai même jamais eu
dans l’idée de pratiquer quoi que ce soit de ce genre avec elle. Je ne suis pas sexuellement violent, du moins, quand je ne suis pas sous l’emprise de quoi que ce soit. Une image tordue me vient à l’esprit et tressaillir d’horreur. Cette fois-là… Avec Erika, j’ai été tout sauf doux. Pour le peu de fois où j’ai dû y penser, je m’en suis voulu à mort. J’ai peut-être – bon, oui, c’est une certitude – un caractère de merde, mais jamais je n’ai contraint qui que ce soit à faire ce qu’elle ne désirait pas. Ce genre de choses me donnent la gerbe, je les refoule au plus loin pour ne pas gâcher ce moment.
Ses pupilles brunes, jusqu’alors troublées, s’éclaircissent et j'y décèle
le changement avant même qu’elle n’émette son consentement.
— Bon, pas trop lent non plus, hein, tente-t-elle de cacher un petit
rictus qui lui mange les lèvres.
Elle m’offre ses poignets, sa confiance m’émeut. Une seconde, je cille
avant de lui rabattre les mains à la tête de lit qui, par chance, a une barre en travers en bois, me permettant de passer le tissu de mon tee-shirt de chaque côté. L’accrocher n’est pas une tâche aisée, mais après trois minutes tout juste, c’est chose faite. Un souffle bruyant s’extrait de sa gorge, elle déglutit, les yeux rivés sur la bosse au sein de mon jean.
Devant son expression curieuse, je retire le reste de rempart qui nous
éloigne encore trop à mon goût. Moi qui la pensais plutôt prude, je me fourrais le doigt dans l'œil et profond. Je la vois le regard braqué sur mes fesses dès que je me redresse après avoir mis la main sur un préservatif au sein de ma table de chevet. Ce qui ne me déplaît pas. Elle semble être confortable sur ce matelas avec les mains attachées. Ma queue tressaute, en signe d’impatience. J’inspire profondément pour me retenir de ne pas lui sauter dessus tel un affamé.
Je compte bien m’arranger pour que cette première ne la répugne pas.
Elle n’a pas fait l’amour depuis quatre ans. Et quand j’y pense, ma conscience crie au scandale. C’est du gâchis, un pur sacrilège, même si j’entends dans ses silences les raisons de cette longue abstinence. Durant des années, elle a trop aimé un mec qui ne la méritait pas. Un accouchement traumatique a marqué son corps et son âme. Elle n’avait pas le cœur à s’adonner à une partie de galipettes avec qui que ce soit, je la comprends fort bien. Mais ce soir, sa libido est hors de contrôle, tout comme la mienne. Elles ne réclament que la libération.
Aussi, le regard ancré dans le sien, j’enfile le préservatif autour de mon érection et pose mes mains de chaque côté de ses hanches divines. Elle tremble d’impatience, et sans doute également d’appréhension. Ses yeux suivent chacun de mes mouvements, elle gémit sans attendre lorsque ma bouche trouve le chemin de son intimité qui m’a durant de longues semaines, donnée des pensées peu chastes. Elle gesticule, perturbée par cette montée de plaisir qu’elle n’avait pas présumée.
Je m’enivre de l’odeur de son excitation qui me monte clairement à la tête. Je suis si dur que ça me fait mal, mais c’est une bonne chose. Son orgasme ne tarde pas à venir, il explose au sein de la pièce en un couinement long et mélodieux qui fait vibrer mon sexe, me mettant le feu à l’aine.
Ses yeux voilés par la volupté, Sky peine à reprendre son souffle lorsque je trouve refuge au creux de ses reins. Une poussée lente, ferme, qui me bloque la respiration. L’antre des délices est si brûlant et humide que je lutte comme un damné pour ne pas obéir à mes instincts qui me hurlent d’y aller franchement jusqu’à l’éjaculation. Mes lèvres titillent le bout de ses tétons durs, elle frémit quand mes mains saisissent en coupe sa poitrine que je lèche et suçote. Je bouge à peine en elle, elle bascule son bassin contre le mien.
— Lys, me réclame-t-elle, pantelante.
Sa voix m’émoustille, je vais et viens lentement. C’est si bon qu’un râle fait vibrer ma cage thoracique. Ses iris enflammés me jettent des ordres désarticulés que je ne comprends qu’à moitié, mais son corps sait parfaitement me transmettre le message. Son vagin me serre tel un poing et je dois déployer une maîtrise incroyable pour ne pas la baiser sauvagement.
Je ne veux la ravager que d’une seule manière, et ce n’est pas de celle-ci, même si la part animale qui vit en moi en meurt d’envie. Je désire la marquer au point qu’elle se souvienne de ce qu’elle a ressenti quand j’étais en elle et que nos regards se sont croisés pour nous clamer des vérités qui nous effraient, que nous ne sommes pas prêts à déclarer à voix haute.
Ses lèvres humides de nos baisers me donnent faim d’elle, plus
encore. Des images salaces s’imposent à mon esprit et me mettent derechef au supplice. Sa bouche autour de mon gland ferait des merveilles, j’en suis convaincu. Ce n’est pas à l’ordre du jour. Je ne me souviens pas de ma dernière fellation, tout comme j’ai occulté en partie mon précédent rapport. Ce soir, Sky me fait comprendre, sans le savoir, que je suis capable de laisser à nouveau mon corps s'enflammer dans la luxure, sans stupéfiants m’embrumant le cerveau.
J’y entrevois un espoir de retrouver celui que j’étais… Si seulement je
n’étais pas si effrayé à l’idée de me confronter à la vérité, sans mensonge et artifice, aussi brute et sale soit-elle.
La pression trop intense, je finis par augmenter la cadence et la force
de mes coups de boutoir. Les ténèbres, vicieux et trop imposants reviennent me court-circuiter d'images dérangeantes, glaçantes. Sky halète pour mon plus grand plaisir. Je les repousse le plus loin possible pour ne former qu'un avec ma belle rouquine. Elle n’arrive pas à avoir d’autre orgasme, sans doute parce que, tout comme moi, elle n’est pas en mesure de les enchaîner, mais je suis soulagé de la savoir épanouie. Mon exhalation fouette sa joue, je me retire. Cependant, je reste allongé contre elle et m’empare du tee-shirt noué autour de ses poignets histoire de l’extraire de cette prison de tissu. Sa respiration est autant désordonnée que la mienne, ses bras encerclent mon dos sur-le-champ. Sa bouche se pose contre ma tempe, je trouve asile dans son cou. Ses mains s’accrochent dans mes cheveux et son contact m’ôte un soupir d’aise. Ça me fait plus de bien que je ne le pensais.
Sans même qu’elle n’en prenne conscience, Sky a découvert l’une de
mes parts de vulnérabilité. Elle m’a confié son corps pour le choyer et m’en délecter jusqu’à la folie. J’ai encore envie d’elle, mais il me faudra quelques minutes pour recharger mes batteries, et surtout, le risque est trop grand. Mon comportement l’alarmerait sûrement. Je ne veux pas qu’elle s’interroge davantage. Ni qu'elle décèle ces ombres qui tapissent le fond de mon âme. Il ne faut surtout pas qu’elle me pose de questions.
Je ne la rejette pas, nous tentons de retrouver un rythme cardiaque plus
en adéquation qu’à l’accoutumée. Elle ne le sait pas, mais pour moi, c’est une foutue victoire de me tenir ainsi contre elle juste après…
☆☆☆
Je n’ai pas bougé de la position dans laquelle je me trouve, affalé contre Sky, la tête dans son cou, à renifler son parfum comme un psychopathe tandis qu’elle trace de petits cercles invisibles sur mon omoplate. L’odeur de sa peau est un délicieux rappel aux minutes précédentes et brûlantes qui se sont écoulées. Son souffle est paisible, elle me tient chaud. Elle ne dit rien, moi non plus. Elle ne m’interroge pas sur mon penchant pour le bondage et j’aime autant. Je préfère ne pas avoir à discuter de ça. Désormais, je ne peux plus me cacher derrière la drogue, occulter durant des heures ce que je ressens. Chacun de mes actes s’imprègne dans mon cerveau et y reste. Ce que nous avons fait lui a plu et c’est tout ce qui m’intéresse. Nous n’avons pas besoin d’épiloguer sur de la psychologie à deux balles et les sous-entendus que peut bien avoir mon comportement.
Son téléphone sonne, elle met la main sur ses affaires pour décrocher avant que la personne à l’autre bout du fil ne raccroche. J’aperçois le prénom de sa cousine sur son écran, celle-ci lui scande un “bonne année” aux oreilles. Elles échangent leurs meilleurs vœux pour l’année à venir, puis nous nous retrouvons à nouveau tranquilles.
Il va falloir qu’elle parte, je le sais, et pourtant, je n’ai pas envie qu’elle se tire. Non, pour la première fois depuis longtemps, je ne souhaite pas qu’une femme fuie comme si elle ne m’avait jamais connu après m’avoir ouvert ses cuisses.
Une angoisse fallacieuse se profile sous ma peau pour m’extirper malgré moi une chair de poule qui n’échappe pas à Sky. Elle saisit le drap comme elle le peut pour me recouvrir de ce dernier et l’égard dont elle me gratifie me parasite tous les signaux d’alerte. Cette douceur que je ne mérite pas pourrait bien me rendre dépendant.
Peut-être même que c’est déjà le cas…
Comme un phare dans la nuit, dépourvu de sa lumière, je me retrouverais perdu, déboussolé. Abandonné.
Mon corps tremble. Il n’en supporte pas l’idée. Elle ne serait pas la première à disparaître pour ne plus avoir à me tolérer dans son sillage.
Elle m'achèvera avant que je ne le fasse.
— Tout va bien ? m’interroge-t-elle avec une inquiétude palpable dans
la voix.
— Je suis juste fatigué, mens-je.
Foutue habitude qui ne me quitte jamais, n’est-ce pas ? — Oh, émet-elle, confuse. Je… je vais y aller, il se fait tard. Mon corps suit le mouvement lorsqu’elle essaie de se redresser.
L’étendue de ses billes brunes rencontre la froideur des miennes. Ma main l’arrête en se posant délicatement sur le haut de sa cuisse. La confusion envahit ses beaux yeux qui me rendent dingue.
— Je ne te chasse pas, rétablis-je la vérité.
— Je sais, sourit-elle faiblement, me transmettant ainsi qu’elle n’est
pas fâchée. Tu… veux bien me ramener ?
— Je ne comptais pas te laisser repartir… seule, ajouté-je finalement,
le regard toujours braqué dans le sien.
Non, c’est pire… Une part de moi, probablement un peu trop grosse,
d’ailleurs, ne désire pas la voir s’en aller. Je suis foutu. Si elle part, je crains de cogiter et laisser mes démons me narguer comme ils l'ont tant déjà fait.
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