Unstable feelings - T2
ch034
Chapitre 34
Sky
Erin n’est pas venue de toute la semaine à la fac, et j’en devine les
raisons. J’ai essayé de prendre des nouvelles par téléphone, mais elle n’a pas répondu, elle s’est contentée d’un texto pour m’informer qu’elle était malade. Bien que je sache au fond que c’était faux, que c’est Logan qui l’a mise dans cet état, je lui ai souhaité un prompt rétablissement.
J’aurais pu passer la mienne à me morfondre, cependant, super Jessie
m’a botté le train pour m’empêcher de tomber dans ce vieux cliché pathos de la fille qui pleure toutes les larmes de son corps après une rupture. Je dois prendre ma vie en main, quand bien même c’est douloureux. Et je suis bien entourée, quand ma cousine ne se tient pas à mes côtés, c’est Oliver qui assure la relève.
D’ailleurs, ce soir, toutes les excuses sont bonnes pour me faire rire.
Au début, cela ne me faisait ni chaud ni froid, ses tentatives de plaisanteries étaient un cuisant échec allant de la fameuse : “Dans quel pays ne bronze-t-on pas ?” Au Népal ! ou encore celle du garagiste.
Puis, c’est la blague de trop.
— C’est un pain au chocolat qui rencontre un croissant et qui lui dit :
“Eh, pourquoi t’es en forme de lune, toi ?”, il lui répond : “Oh, j’en pose des questions, moi ? Est-ce que j’te demande pourquoi t’as de la merde au cul ?”
J’explose en recrachant mon latté, l’éclaboussant sans grâce.
Pour la première fois de la semaine, je ris à en avoir mal au ventre. Cela dure bien dix minutes tant je ne peux plus m’arrêter.
— Enfin ! Je commençais à désespérer ! raille-t-il. Jamais une fille aussi jolie ne devrait pleurer ou être malheureuse, atteste-t-il en jouant avec le morceau de sucre posé près de sa tasse de thé.
Le blond a bien compris que le surplus d’émotions me déglinguait complètement les neurones, il m’a scrutée, craignant que je craque pour de bon.
— Je vais bien, Oliver.
— À d’autres, on ne me la fait pas.
Sans en croire un traître mot, il tique.
— Je l’admets, j’en bave, mais ça ira. Pas le choix. Je m’inquiète surtout pour Erin qui a déserté toute la semaine.
— C’est vrai. Jamais je n’aurais pensé à lui, quand elle parlait de ce gars… Franchement, soupire-t-il. Et dire qu’on a ri de lui, en évoquant un psychopathe, on était finalement bien loin de la réalité.
— Je me sens bête, parce qu’il y avait des signaux évidents, en fait…
— Oh, tu sais, on est tous tombés dans le panneau comme des bleus ! Finalement, ce n’est pas surprenant, aussi dur que cela est. C’est un foutu truc de mecs de fraternité ça, qu’importe le pays où tu vas, ils se prennent pour les rois de l’Univers, à jouer les Casanova. J’espère que la pauvre Rose n’en fera pas les frais, non plus.
Un désagréable frisson me parcourt l’échine. Je n’aime pas la façon dont il s’exprime.
— Ne dis pas ça. Colin est un type bien, il est amoureux de Rose depuis des années, d’après Erin.
— Ils sont à la fac, Sky, assène-t-il avec flagrance.
— Et alors ?
Le trouble envahit son visage, je me sens, tout à coup, paumée face à cette conversation qui m’a tout l’air de tomber dans une impasse.
— On ne peut pas avoir de relation sérieuse à la fac, c’est mathématique, pratiquement improbable. Surtout avec des mecs de fraternité qui sont tentés de manger à tous les râteliers et de tringler tout ce qui bouge.
J’en ai la mâchoire qui se décroche. Un pic glacial me transperce la poitrine de part en part. Un choc brutal. Sans réserve, ses yeux bleus m’étudient. Continuellement, je retourne ses mots dans ma tête, me demandant si pour lui, Erin et moi sommes deux dindes qui se sont fait avoir en beauté. N’importe quoi ! Oliver est notre ami, il n’est pas mesquin, seulement en colère de ce qui a pu se produire, pas vrai ?
— Je… je crois que je vais rentrer, il commence à se faire tard,
bafouillé-je.
— Merde… C’est à cause de ce que j’ai dit ? s’inquiète-t-il. J’arbore aussitôt un sourire faux pour tenter d’enrayer le malaise, mais
il n’est pas dupe. Je ne peux en rien lui reprocher son honnêteté, quand bien même je ne suis pas prête à l’entendre de manière si frontale.
Je n’ai pas le temps d'éclaircir les choses que mon téléphone effectue
un boucan sans nom dans mon sac. Je mets la main dessus en ayant la sensation de descendre subitement du troisième étage. Un appel de Lysandre. Ma poitrine me brûle, d’autant plus après tous ces jours à l’éviter, à le fuir. Cette conversation avec Oliver me fait douter de moi plus que jamais. Et s’il avait raison dans le fond ? Non, il y avait des moments bien réels, je ne veux pas les voir autrement !
L’appel redirigé sur ma messagerie, Oliver fronce les sourcils en me
demandant si je vais bien. Un message vocal ne tarde pas à me parvenir. Mon cœur bat si fort dans mes tempes que je ne discerne plus ce qui se déroule autour. Il ne m’a rien laissé jusqu’ici, et cette fois… mon instinct me pousse à écouter ce foutu message, même s’il pourrait me mettre davantage en miettes.
Ma respiration se coupe dès que j’entends sa voix grave et légèrement
traînante qui me signale que quelque chose cloche. Il… n’est pas dans son état normal.
“Tu as disparu pour de bon cette fois, hein ? J’ai encore tout gâché ?
Combien de fois je devrais payer pour mes conneries, Sky ? À quoi ça sert tout ça si t’es même pas là ? J’aurais beau tout faire pour me racheter, ça me poursuivra jusque dans la tombe, pas vrai ?”
Flippée que l’appel s'arrête ainsi, je donne un coup contre mon
téléphone, un instant, persuadée qu’il déconne alors que, en réalité, Lysandre a dû dépasser le temps imparti pour son message.
— Il faut que j’aille le voir.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ? m’interroge-t-il, tendu. — Il est ivre, déclaré-je avec angoisse.
— Raison de plus pour ne pas y aller. Dieu seul sait ce qu’il pourrait te
faire, contre-attaque-t-il, mortifié.
Effarée, je le dévisage en secouant la tête. Je ne comprends pas son attitude. Ne voit-il pas les dangers de cette situation ?
— Ce n’est pas un jeu, Oliver. Il pourrait être en danger. Lysandre a des problèmes, il n’est pas censé consommer de stupéfiants ni d'alcool. Ça me fiche la trouille. S’il te plaît, emmène-moi là-bas au plus vite, m’entêté-je, si nerveuse que mes mains se mettent à trembler.
— Très bien, je t’y conduis ! rend-il les armes.
☆☆☆
J’aperçois une masse se déplaçant en haut du balcon et mon cœur effectue un triple salto. Oh, non ! Pas ça !
Paniquée, je me rue à l’intérieur avec Oliver sur les talons, en envoyant un “S.O.S. chez Lys” à ses amis. J’espère qu’ils entendront mon appel, qu’ils se bougeront sans poser de questions pour m’aider à le tirer de là. Je gravis les marches et finis sur la terrasse de sa chambre, grande ouverte, le rythme cardiaque déchaîné, le souffle court.
— Lysandre, je t’en prie, descends, m’affolé-je.
Il tourne le visage aussitôt pour m’aviser d’un œil honteux, dilaté. Il a bel et bien pris quelque chose.
— Tu es venue. Pourquoi ? émet-il avec une once de réprobation et d’effarement.
Dépitée, je secoue la tête. Il se trouve dans un tel état que je crains de formuler le mot qui le pousserait vers le vide. Terrifiée de le voir glisser du balcon, mon palpitant est douloureux. Ma respiration filante me donne le vertige, l’air glacial de cette soirée me brûle les poumons, pire que tout, c’est cette image de lui au bord du précipice qui me torture. Il a bu, et peut-être pas seulement. Il réussissait à tenir bon jusqu’ici. La culpabilité m’assaille, parce que ce matin, dans un couloir, j’ai refusé de lui parler. Et le voici debout sur le balcon. Coïncidence ? Je ne crois pas. J’ai voulu me protéger du mal qu’il aurait pu me faire avec la vérité, sans penser qu’elle lui permettrait peut-être de se libérer des chaînes qui l’emprisonnent, le bouffent de l’intérieur.
— Je viendrai toujours si tu en as besoin, couiné-je, la gorge nouée.
Ses pupilles élargies se braquent sur moi avec mélancolie. Il agite mollement la tête, il ne me croit pas, pourtant, c’est la vérité. Je m’inquiète pour lui, ne peux pas faire autrement.
— Tu mens. Tu me fuis depuis qu’on est partis des Highlands, me reproche-t-il.
Je tressaille. Il n’est clairement pas dans son état normal. Sa voix est
rauque, ses mots ont du mal à franchir la frontière de ses lèvres, signe qu’il est bien trop alcoolisé pour ça. Tout pourrait dégénérer d’une seconde à l’autre, je tremble comme une feuille. Mes yeux vont et viennent de la bordure à Oliver qui se tient debout à deux mètres de moi, l’air trop calme. Quelque chose d’étrange me submerge tout à coup. Pourquoi n’a-t-il pas peur, lui aussi ? Pourquoi semble-t-il si apaisé à cet instant ? Le contrecoup me fait certainement divaguer.
— Mais je suis là, ce soir. Descends. Parlons, rien que tous les deux. Il effectue un quart de rotation et manque de basculer vers l’avant,
l’oxygène quitte mon corps. Mon coeur cogne violemment sous mes côtes, je bondis de peur en criant son nom :
— Je t’en prie ! Lysandre, descends !
Une larme roule sur ma joue. Je lui adresse une main chancelante. — Quelle que soit la raison qui t’a poussé à monter là-dessus, elle ne
peut pas être la solution, tu le sais.
— C’est pourtant ce qu’il y aurait de mieux à faire, rétorque-t-il, en
jetant un œil au vide derrière lui. Quoi que je fasse, tout part de travers, Sky. Même toi, tu ne veux plus de moi. Je t’ai fait du mal, alors que tu es la dernière à qui je désire en faire. Ne vois-tu pas que c’est inévitable ? L’obscurité attire l’obscurité.
— C’est faux ! Je t’aime, Lysandre. Si ce n’était pas le cas, je ne serais
pas ici. J’ai besoin… de toi, que tu me rejoignes, qu’on se sorte de cette crise qui n’est finalement rien à côté de ce qu’on a déjà traversé. Je t’en prie, regarde-moi, ne fais pas ça ! Ne m’abandonne pas.
Un rire sans joie me surprend, il me scrute cette fois avec colère,
tristesse, je frissonne, redoutant le pire. Que va-t-il prononcer pour asséner le coup fatal, maintenant que je lui ai révélé mes sentiments dans un pareil moment ?
— Ce sont des conneries, ma douce, et tu le sais aussi bien que moi.
C’est la pitié qui te pousse à me balancer ça, rien d’autre. Tu es en colère, moi aussi je le suis, tu n’imagines pas à quel point. J’ai essayé de renier ce que je suis, mais on ne change jamais vraiment, pas vrai ?
— Arrête, articulé-je, déstabilisée.
— Tu veux savoir ce qui s’est passé pendant cette foutue vidéo ? Je rejette sa proposition d’un vif mouvement de la tête. Mais le
Lysandre alcoolisé est tout autant brutal et perdu que celui qui est drogué. Il se fiche de combien ce qu’il va dire pourrait me blesser, il désire que je le haïsse au point de lui donner raison, de lui clamer de sauter pour nous libérer, tous les deux, du poison qui circule dans ses veines. Je ne me laisserai pas avoir ni faire.
— J’ai baisé avec Erika. Et Logan aussi. On était tous les trois dans la même pièce, et chacun notre tour, on a couché avec elle. J’ai aimé ça, j’ai aimé sa soumission, le fait qu’elle ne dise “non” à rien, qu’elle ne pose aucune question. Ce n’était pas la première fois qu’on faisait ça. Oh, non… ricane-t-il, amer, en replongeant dans les vestiges de son passé de fêtard.
— Ferme ta gueule, putain ! s’énerve Oliver, pourtant si calme jusqu’ici.
Sa hargne m’étonne, je sursaute, néanmoins, je suis encore plus perturbée par les propos de Lysandre. Je disais qu’il ne réussirait pas à m’atteindre, seulement, je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour le maintenir à flot. J’essaierai tant que je le peux, et je l'obligerai à se relever, même si ce n’est pas ce qu’il souhaite. Hors de question que je le perde lui aussi.
— Je m’en fiche ! maintiens-je vivement.
— Comment peux-tu te laisser traiter de la sorte ? peste mon ami.
J’ouvre la bouche, et rien ne sort. Qu’est-ce qui lui prend ? Ne voit-il pas que Lysandre cherche simplement à me provoquer pour que j’abandonne ?
— Ah, voilà, le preux chevalier a parlé ! se moque Lysandre avec une pointe de dégoût bien palpable. Je savais que, un jour ou l’autre, tu montrerais ton vrai visage.
— Tu parles de vrai visage, alors que tu n’es même pas fichu d’assumer tes putains d’actes ! Si tu sautais, je serais le premier à rire et à pisser sur ta tombe, espèce d’enfoiré ! vocifère Oliver qui pète les plombs.
Je frémis d’horreur.
— Comment tu peux dire ça ?
— Oh, Lysandre ! C’est quoi ce bordel ? me parvient la voix de Logan, en bas du manoir.
Durant une infime seconde, je clos les paupières avec un bref soulagement, bien que je n’aie pas toujours été encline à lui accorder ma confiance. Il réussira à le faire descendre de là, et si ce n’est pas grâce à des mots, ce sera par la force.
Logan débarque en courant dans la chambre de Lysandre, il dérape,
ses chaussures couinent sous l’impulsion de ses pas précipités. D’effroi, il constate que la situation est plus critique que d’en bas. J’ai si peur que mon coeur se débat comme un fou dans ma cage thoracique, cette sensation est insupportable.
— Putain ! grince-t-il des dents. Descends, Lysandre, sérieusement, tu
me fiches les jetons, dit-il en s’approchant. Qu’est-ce qu'il s’est passé ? m’interroge-t-il. Qu’est-ce que tu fous là, toi ? s’adresse-t-il enfin à Oliver, plus venimeux, alors qu’ils avaient l’air de bien s’entendre avant.
Mais avant quoi, d’ailleurs… ?
J’ai l’impression d’avoir raté quelque chose de primordial entre eux.
Je n’aime pas les regards qu’ils se lancent, tous les trois. Comme s’ils étaient encore une fois détenteurs de secrets dont j’ignore tout. J’en ai assez d’être sur le carreau, de ne pas pouvoir aider Lysandre, qui s’accroche avec hargne à ses tourments. De me faire rouler dans la farine.
— C’est toi qui es responsable de ça ? récrimine-t-il Oliver, l’air
sombre.
Étrangement, ce dernier ne dément pas. Je suis complètement paumée. — Non, il est venu parce que nous étions tous les deux quand
Lysandre a appelé, clarifié-je.
— Évidemment, siffle Lys, maladivement jaloux. Il a tort de l’être.
— Allons, j’suis sûr que toi aussi tu rêverais de le voir s’écraser la tête
la première, là en bas, surenchérit Oliver, en fixant Logan.
— Arrête de dire des horreurs pareilles ! l’imploré-je, paniquée à
l’idée qu’il fasse grimper la pression du côté de Lysandre.
Il m’ignore sciemment pour braquer ses pupilles bleues, noires de
colère, sur Lysandre qui le scrute avec autant de hargne.
— Putain… Je crois que je me souviens de toi, marmonne Lys. — T’en as mis du temps, petite merde. C’est sûr qu’avec toute la
drogue que tu t’enfiles et ton égoïsme sans nom, ça ne devait pas être évident pour toi. Tu as peut-être réussi à vivre avec le mal que tu as causé, mais moi, je n’ai rien oublié.
Soudain, Lysandre semble se confronter à un fantôme, il chancelle, et
rien ne compte plus que lui, je me précipite vers la bordure dès que je le vois glisser. De justesse, j’attrape sa main, mon corps bascule avec le sien. Le muret m'écrase l’estomac, je hurle de douleur.
— Merde !
Logan se joint à moi, il agrippe le bras de Lysandre qui pèse son poids. Trop lourd pour que je parvienne à le remonter.
— Tiens bon, je t’en prie, ne lâche pas ma main ! ordonné-je, en larmes.
Le blond le tire comme il peut pour le hisser jusqu’au balcon. Mon poignet va se détacher tant je sens mes tendons s’étendre pour réussir à le garder avec moi. Ma mâchoire se contracte de douleur. J’essaie de mettre ma seconde paume sur le haut de son autre épaule, hélas, il se trouve trop bas pour que j’y parvienne. Mes larmes coulent, je supplie Oliver de nous aider, toutefois, aucun mouvement ne se produit de son côté. Il ne peut pas le haïr au point de souhaiter sa mort, impossible.
— Je le tiens, c’est bon, tu peux le lâcher, Sky.
— Non. Je ne peux pas, jamais, reniflé-je.
Logan étend le corps de Lysandre par-dessus bord et je l’entraîne avec moi jusqu’à chuter sur le sol bétonné du balcon. Je le serre littéralement contre moi tandis que tous mes membres tremblent comme une feuille. Mon souffle désordonné s’abat sur le sommet de son crâne, envoyant valser les mèches de ses cheveux. Je sens son cœur affolé cogner contre ma poitrine. Logan se redresse en soupirant de soulagement, avant de bondir sur Oliver qu’il attrape par le col de sa veste.
— T’as failli le tuer, connard ! C’est toi qui l’as mis dans cet état, pas vrai ? gronde-t-il.
Il n’a plus rien à voir avec le type loufoque et à côté de ses pompes auquel j’ai l’habitude. Logan est fou furieux, prêt à frapper Oliver, alors qu’il semblait se plaire à jouer avec les nerfs de son meilleur ami. Je ne lâche toujours pas Lysandre qui essaie de se remettre de la frayeur qu’il vient de m’infliger. Je crois que malgré les horreurs qu’il m’a dites, il est soulagé de retrouver un peu mes bras après des jours de séparation. Nous réglerons le reste plus tard…
— Pourquoi ? couiné-je, chamboulée. Je pensais que tu étais mon ami ?
Je m’adresse à Oliver, en le dévisageant stupéfaite de la tournure cauchemardesque de la situation. J’ai besoin de réponses. Sans Logan, je ne serais jamais parvenue à remonter Lysandre par-dessus bord. Il se serait écrasé par terre. Des soubresauts s’emparent de mon corps tant cette idée est atroce.
— Ma sœur est morte à cause de ce salopard, alors… désolé de te le
dire, Sky, l’amitié ne soigne pas tous les maux. Tu te fourvoies sur son compte, tu finiras comme elle, si tu t’obstines à lui pardonner la moindre erreur. On ne répare pas les gens qui sont aussi néfastes pour les autres, c’est impossible !
Une fois sa colère déversée, Oliver s’enfuit lâchement sans me laisser
le temps de lui répondre quoi que ce soit. Ses mots ont fait leur chemin jusqu’à mon encéphale. Je ne parviens pas à les accepter.
Logan s’accroupit près de moi pour déposer une main rassurante sur
mon épaule, affichant un air sombre qui ne lui ressemble pourtant en rien. Et je me rends compte que ce mec est probablement en totale contradiction avec ce qu’il laisse paraître.
— Je vais appeler les secours, reste avec lui. Ne le punis pas trop pour
ce que vient de dire Oliver. Il y a toujours plusieurs points de vue à une histoire, et depuis que tu es là, il a changé, j’en suis témoin.
Mon regard parcourt frénétiquement le sol bétonné sur lequel nous
sommes échoués. J’ai eu si peur qu’il saute, de ne pas réussir à le retenir. Mon bras me fait souffrir, ce n’est rien en comparaison du chaos qui sévit à l'intérieur de moi. J’ai failli le perdre pour de bon. Cette pensée est si violente que je frissonne d’effroi. Je plisse les yeux en découvrant près du muret une vieille photo jonchée dans la pénombre et que je n’avais jamais vue avant ce soir. Tout a probablement commencé à partir de ce cliché figé dans le temps, emportant avec lui les plus incurables maux.
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