Unstable feelings - T2
ch039
Chapitre 39
Lysandre
J’admire le triangle en coton, qui cache encore son intimité pendant que mes mains relèvent progressivement sa robe, qui par chance, n’a pas de fermeture Éclair dans le dos. Jolie, mais galère à retirer. Peut-être que Sky avait prévu sa tenue en conséquence ? Suis-je si crédule que ça ? Évidemment que non. Pourquoi porterait-elle la guêpière que je lui ai offerte, autrement ? Pour un autre type ? J’en ai d’horribles frissons à cette idée écœurante.
Mon regard contemple avec passion sa fine taille pour s’établir finalement sur sa poitrine mise en valeur dans son corsage en dentelle presque transparent. Le tout est lacé dans le haut du dos pour maintenir ses deux magnifiques seins. J’en ai la bouche sèche tant cette vue est à couper le souffle. La température de mon corps grimpe d’un bon degré, tout à coup.
Quand mes iris retrouvent enfin le chemin vers les siens, je constate qu’elle m’observe en silence, avec douceur et révérence. Ses yeux brillent d’émotion, ses paumes n’ont bougé que lorsque je lui ai retiré sa robe, depuis elles reposent sagement sur mon thorax. Elles peuvent aisément sentir combien mon pouls est déchaîné. Je défie quiconque d’être parfaitement calme devant un tel spectacle. Bien sûr, je l’ai imaginée dedans, des dizaines de fois si ce n’est plus ! Cependant, la réalité est meilleure que mes fantasmes, à tel point que je chavire totalement. Pour dire vrai, je suis si excité que je crains de finir avant de commencer, ce qui serait terrible pour elle.
Mon visage comble la distance entre nous qui en est suffocante et ma
bouche s’écrase sur la sienne sans sommation. Sky s’agrippe à mes épaules, basculant vers l’arrière à cause de mon geste plus brusque que je ne l’envisageais au départ. Un grondement fait vibrer ma poitrine, un gémissement lui échappe en réponse. Une partie de moi voudrait prendre ce que j’ai tant désiré durant toutes ces semaines, là maintenant. Mais je ne suis pas le genre de mec à planquer des capotes dans des pots de fleurs ou dans les tiroirs près des couverts de la salle à manger. Ce serait vachement glauque, pas vrai ?
Aussi, je la maintiens fermement contre moi sans me défaire de sa
délicieuse bouche et nous grimpons ainsi l’escalier. Sky ricane lorsque je lui demande avec le sourire si elle n’a pas un peu grossi en mon absence, car je galère à monter les marches. Heureusement, elle ne s’en offusque pas et me rabat même mon caquet en répliquant plutôt que je me suis laissé aller. Elle veut se soustraire de ma prise pour se rendre à l’étage d’elle-même, néanmoins, je la retiens. Elle attaque mon cou de baisers humides qui me font frémir jusque dans le calbut. En réaction à ce décuplement d’excitation, mes mains la compriment contre mon bassin et mon sexe érigé se presse contre le sien. Elle soupire d’émerveillement. Un gémissement franchit la barrière de ma bouche. À elle également, ça a dû lui peser, cette abstinence. Je ne lui ai pas demandé de m’attendre, mais je sais qu’elle l’a fait. Alors, le moindre petit frottement l’un contre l’autre est aussi vif qu’un craquage d’allumette, impossible d’enrayer la flamme ardente prenant possession de nos corps. Sa langue autour de la mienne me transmet parfaitement le message.
Un regain d’énergie me saisit à bras le corps, je me trouve rapidement
dans la chambre, à l’enfoncer contre le matelas. Elle pouffe contre ma bouche, visiblement folle de joie de m’avoir retrouvé. Je n’arrive pas à croire qu’elle ait pu s’imaginer une seconde que je ne puisse pas revenir. Nous en rediscuterons plus tard, là, j’ai les mains pleines. Au sens littéral même.
L’un de ses seins trône dans ma paume pendant que l’autre subit les
assauts de ma langue. Mon bassin, lui, est toujours niché au chaud entre ses cuisses divines qui me compriment de temps à autre sous le poids du désir incontrôlable qui l’incombe. Haletante, ses phalanges s’égarent dans ma tignasse désordonnée tandis que je me raisonne durant une seconde afin de mettre la main sur un préservatif. Je me débarrasse à la va-vite de mon tee-shirt. Mon cœur déchaîné s’arrête avant de pulser comme un malade dans mes veines, à la vue de cette paire de menottes que je lui ai offerte en même temps que cette lingerie.
Je les avais embarquées par hasard, au chalet dans les Highlands, après qu’elle est partie comme une furie le lendemain, sans m’adresser la parole. J’aurais peut-être dû les foutre à la poubelle ou les brûler quand j’ai délaissé la boîte avec sa dentelle dedans sur le seuil de sa maison, avec son nom dessus. Elle ne s’en est pas débarrassée, ça me fait plaisir de savoir qu’elle a gardé mon cadeau. Sky remarque mon temps d’arrêt trop long et se redresse sur les coudes, jetant un œil au tiroir de ma table de chevet. Elle s’empare des bracelets et le cliquetis de l’un d’eux m’échaude davantage. J’avais oublié ce plaisir que j’avais de dominer, cependant, ce soir, je m’y refuse. Les choses doivent changer. La fourrure noire orne déjà son poignet délicat et je saisis le second afin de m’y enchaîner. Troublée, Sky me toise avec perplexité. Ce n’est pas aussi terrible que je me l’imaginais, sans doute parce que c’est avec elle. Toute sa vulnérabilité, sa fragilité et son coeur, Sky me les a donnés, et ce soir, je suis enfin en mesure de lui en céder un peu.
Elle n’est pas partie quand elle a découvert les taches sombres qui encrassaient mon âme ni même lorsqu’elle a su le mal que j’ai pu faire autour de moi. Elle est restée, elle est revenue après avoir accusé le coup de mes erreurs, des blessures que je lui ai insufflées, alors que la douleur lui colle à la peau.
Si je ne lui fais pas confiance, à qui le ferais-je ?
Je l’aime, c’est la première fois que ça m’arrive depuis que j’ai seize ans, que je m’y autorise. Et c’est bien parce que je l’aime que je suis prêt à affronter les cauchemars qui m’ont davantage plongé en Enfer pendant près d’un an. Megan a été le commencement de mes tourments. Et je crois que jamais je ne pourrai me pardonner de l’avoir brisée comme ce soir-là. Désormais, je suis en mesure de faire évoluer les choses.
Avec bienveillance, Sky me sourit, le pouce de sa main, reliée à la mienne, me caresse le dos de celle-ci. Un courant électrique parcourt délicieusement mon épine dorsale. Nos deux paumes descendent en direction de mon membre durci, mon bas-ventre se contracte violemment en sentant sa chaleur si près de moi. C’est si puissant que ça me picote l’épiderme, les poils de mes bras se dressent.
— Tout va bien ? s’inquiète Sky qui semble encore réticente face à
mon initiative.
— Oui, j’ai juste une trique d’enfer parce que tu es trop excitante pour
mes pauvres yeux. Tu n’y peux rien.
Avec un petit rictus malicieux au coin des lèvres, elle secoue la tête en
la penchant sur le côté. Je descends ma braguette et dirige sa paume vers mon sexe. Son souffle entrecoupé s’arrête sur-le-champ. Mes pupilles s’arriment aux siennes, sa bouche s’entrouvre à la recherche d’un maximum d’oxygène. Mon pouls cogne contre mes tempes.
— Je retire ce que j’ai dit sur le laisser-aller, visiblement tu es très en
forme, ironise-t-elle en sifflant, m’arrachant un rire de gorge. Tu n’étais pas obligé de t’attacher physiquement à moi, confie-t-elle sereinement et émue.
De mon autre main, je baisse mon jean ainsi que mon boxer, laissant
nos dextres sur ma longueur. Sky me caresse au rythme sur lequel je la guide. Ce geste me paraît plus intime encore. Je la laisse réellement me toucher, yeux dans les yeux. J’ai les neurones qui commencent à partir en sucette, tellement c’est bon. Sa petite culotte fait difficilement le saut avec nos poignets emprisonnés. Nous ressemblons tous deux à des manchots excités, or cela ne nous empêche en rien de parvenir à nos fins.
— Tu sais ce qu’on dit ? Il n’y a que les batailles qu’on ne livre pas
qui sont perdues d’avance, et je ne sais pas toi, mais, moi, je hais perdre !
Amusée par ma réplique, Sky se pince les lèvres. Si cette fichue
culotte n’avait pas bougé de là, je l’aurais arrachée, quand bien même celle-ci était l’un de mes cadeaux. Il ne faut pas, non plus, pousser ma patience à bout !
— Cela ne m’étonne pas de toi. Il y a toujours ce chevalier qui
sommeille en toi et qui ne demande qu'à sortir à tout moment.
Elle chuchote, en souriant finement, avant d’emprisonner ma nuque
pour me délivrer un baiser bien trop gentillet à mon goût.
Je grogne presque contre sa bouche, un rictus encore plus facétieux
déforme cette dernière. Je place sa culotte sur l’oreiller à côté d’elle, puis ne perds plus l’occasion de goûter au délice de ses chairs déjà humides. Elle gigote, je m’empresse de la réprimander à ma façon, elle rigole. Je touche un point trop sensible, nos mains ligotées ensemble s’abattent sur le haut de mon crâne. Rapidement, elle chancelle. J’enfile un préservatif d’une seule main sans même comprendre comment j’y suis parvenu. Il faut croire que quand on veut, on peut !
Sky n’a pas le temps de se remettre de son orgasme que je suis en elle en une poussée vive qui la fait doublement crier de plaisir. Ses doigts libres s’enfoncent dans la peau de mon épaule, ses dents titillent mon épiderme.
— Je t’aime, exhale-t-elle, les larmes aux yeux.
Moi aussi. Tu m’as tant manqué.
J’emprisonne fougueusement sa bouche en même temps que nos poignets enchaînés agrippent le drap-housse. Ses chairs se contractent autour de ma protubérance qui gonfle de plus belle sous l’excitation de nos va-et-vient. Son dos s'arc-boute, j’accède davantage à l’antre de sa féminité. Mon sexe débouche sur un angle différent de son corps, j’ai l’impression de toucher le paradis malgré le latex qui nous sépare encore. Elle est brûlante, tremble presque sous moi. Ses yeux se révulsent, elle quitte la réalité et je l’y rejoins peu après, le front couvert d’une épaisse couche de sueur, à l’instar de ma peau échaudée.
— Tu vas rire, mais j’ai faim, confesse-t-elle comme si elle était en train de commettre un crime.
Je lui adresse un regard encore hagard, alors que je me débarrasse du préservatif usagé. Je vérifie toujours s’il ne craque pas, simple précaution. Je sais que je n’ai pas forcément dû le faire quand j’étais défoncé, et fort heureusement, je n’ai pas chopé de cochonnerie durant mes absences. J’ai vraiment joué avec le feu, je ne recommencerai plus ! Et je sais que cela pourrait la rassurer.
— T’as envie de quoi ? rétorqué-je l’air de rien, la voix rauque due à nos ébats.
Sky remet ses habits sous mon œil fasciné. Elle pourrait manger dans cette tenue que cela ne me dérangerait aucunement, pensez-vous !
— En fait, je n'imaginais pas que ta sœur allait préparer des cupcakes. C’est malpoli de venir les mains vides chez quelqu’un, donc j’ai ramené des macarons.
— J’avais bien deviné que tu avais apporté le dessert, c’était… délicieux, la taquiné-je, un peu salace, tout en posant ma paume sur son genou toujours nu.
Elle rougit instantanément dès que mes propos lui parviennent aux
oreilles. Tapotant mes phalanges des siennes, elle claque sa langue contre son palais, levant ainsi les yeux vers le plafond. Assise sur le matelas, entièrement vêtue de sa lingerie, j’en ai encore l’eau à la bouche, mais je dois aller me débarrasser de cette sueur qui me dérange. Et elle a faim !
— J’aime bien te savoir aussi détendu, me confie-t-elle en me fixant
avec douceur avant de remettre la main sur sa robe.
— J’essaie de l’être, réponds-je sincèrement. Je vais aller me doucher,
tu n’as qu’à commencer à déguster tes macarons, je me dépêche. Fais comme chez toi.
Lui dire de faire comme chez elle ne me dérange absolument pas. Si
j’avais en horreur quand des femmes cherchaient à investir ma maison, avec elle, c’est bien différent. Sky pourra venir autant qu’elle le souhaite, et je suppose qu’à l’avenir, nous y passerons beaucoup de temps tous les deux. Elle n’a d’ailleurs pas de crainte de croiser ma mère ici ni de se prendre la tête avec elle comme à l’hôpital, puisque je lui ai demandé de ne pas revenir. Liliane m’a appelé une fois quand j’étais au centre. J’ai eu envie de m’enfiler un rail de cocaïne aussitôt après. Encore. J’ai saisi qu’elle ne serait jamais la mère que je désirais, qu’elle demeure une menace à mon sevrage.
Si durant ma désintox, j’ai fait le vide et tenté d’éradiquer le mal qui
me rongeait, par le biais d’une thérapie avec ce psy que j’ai – en premier lieu – eu du mal à supporter, discuter avec lui m’a beaucoup apporté. J’ai réalisé que rien ne m’obligeait à avoir des relations avec ma mère, surtout si c’était néfaste pour mon équilibre émotionnel. J’ai trop souffert de son indifférence, j’ai été un gosse abandonné, ce qui a eu des conséquences désastreuses sur moi-même, ma propre estime ainsi que mon lien avec les femmes.
Megan, Natalia et toutes les autres que j’ai fait souffrir à cause de cette
peur de l’abandon qui me poursuivait, cette violence qui me rongeait de l’intérieur. Je leur ai fait payer mon mal-être.
Parler de mes failles, exorciser tout ça n’a pas été une mince affaire.
Avouer que j’avais un réel problème, des peurs profondes impactant inéluctablement la personne que je suis. Sans Sky, je n’y serais jamais parvenu. Là-bas, chaque fois que je franchissais le bureau du psychologue, c’est à elle que je pensais, à ce que je voulais pour elle, pour nous. Je me faisais violence, mettant mon ego de côté, pour tenter de reconstruire une meilleure version de moi-même. Une plus solide qui vaille la peine d’être à ses côtés.
Aujourd’hui, je ne suis pas guéri, je serai sans doute constamment sur la pente savonneuse, mais je me sens assez fort pour lutter, jour après jour, en étant bien entouré et aimé. Je suis chanceux et je me le rappellerai au quotidien en fréquentant mes amis ainsi que cette femme qui a, elle aussi, bouleversé ma vie. Et cette fois, uniquement dans le bon sens.
Je quitte la douche pour revenir dans la chambre. Sky, installée sur le lit, enfourne un macaron, probablement à la pistache, avant de lever les yeux vers moi. Ses iris profonds me clouent sur place, mon cœur se comprime pour ensuite danser comme un diable dans mon thorax. Elle me gratifie d’un sourire à tomber par terre. La tentation étant trop forte, ses prunelles dévient le long de mon torse nu, pour se stopper sur la serviette autour de mes hanches. Elle garde le silence, mais ses yeux, eux, me traduisent l’ampleur de son désir pour moi. Je plongerai avec délice, avec elle, je n’ai plus aussi peur. Nos ombres s’apprivoisent et ne se jugent pas, c’est tout ce dont j’ai toujours eu besoin.
Oh oui, j’ai une chance de veinard !
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