Unstable feelings - T2
ch029
Chapitre 29
Lysandre
J’ai cru que la cousine de Sky ferait sauter le chalet quand elle s’est
mise en tête de s’occuper du dîner. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’elle décide d’allumer le barbecue. Colin l’a empêchée de foutre le feu et s’est chargé de nous cuire quelques grillades sans risque.
Le paysage qui nous entoure sur la terrasse est à couper le souffle. Il
ne fait pas trop froid malgré la neige en arrière-plan. Le ciel est noir, mais dégagé. On peut même y apercevoir quelques étoiles solitaires. Heureusement que ce cher Oliver n’est pas trop dans mon viseur. Il s’est comme isolé après le repas, pour squatter le piano dans la pièce principale, accompagné d’Erin et Jessie. Quel putain de flambeur, celui-là !
Puisque nous sommes tranquilles depuis un petit moment, Sky et moi
avons choisi de nous étendre dans le jacuzzi avant que quelqu’un n'ait la même idée que nous. Je sais que Colin et Rose l’ont pas mal occupé cet après-midi. Ce sont les seuls à être restés au chalet, et il ne faut pas être Einstein pour deviner ce qu’ils ont traficoté tout ce temps. Et je peux le concevoir, j’ai l’impression que cette eau chaude et bulleuse est aphrodisiaque. Nous ne sommes là que depuis quelques minutes, pourtant, impossible de brider les pensées fiévreuses qui m’assaillent.
Et pour cause, je l’ai vue nue et frémissante, je l’ai entendue gémir,
jouir. Je me suis enivré de sa peau, de son odeur, de sa douceur. Enfouie en elle, j’ai même touché son âme lorsqu’elle m’a laissé user de son corps comme je le désirais. C’était il y a plusieurs semaines, et je m’en suis voulu de devoir entraver ses mains pendant qu’elle me livrait ce qu’il y a de plus fragile en elle. Ça s’est ensuite reproduit au phare. Je l’ai touchée à mon anniversaire, et depuis plus rien. Rien à voir avec le manque de désir. J’ai envie d’elle dès que je la vois, et ce n’est pas son bikini bleu roi drapé d’un balconnet fleuri qui m’en dissuadera, bien au contraire. Ses deux globes crémeux sont divinement moulés dedans. Ils se baladent sous mon nez depuis un bon quart d’heure tandis qu’elle barbotte sans avoir la moindre idée de ce qui me traverse l’esprit.
Parfois, quand je la regarde et que je songe que nous n’avons couché ensemble que trois fois en deux mois – si je compte mon anniversaire - je me dis qu’elle a compris que quelque chose n’allait pas chez moi. Perdue dans ses pensées, elle m’observe longuement avec ses petits yeux intenses, durant des heures ou ce qui y ressemble. Elle n’a jamais tenté de me sauter dessus, bien que je sente qu’elle ait autant envie que moi de me toucher, de m’embrasser.
Je brûle littéralement de l’intérieur et je n’ai clairement pas de souci de mécanique, elle non plus. J’essaie de la protéger des ombres qui polluent mon âme, et pourtant, c’est très difficile d’être abstinent avec elle. Depuis que je suis clean, j’y vois plus distinctement. J’ai aussi réalisé que ce que je suis pourrait l’effrayer, quand bien même elle clame le contraire. Je ne suis pour l’heure pas capable de l’aimer de façon dite classique, mes actes la porteront forcément à croire que quelque chose cloche chez moi. Je ne veux pas qu’elle foute le doigt sur le détonateur, qu’elle fasse tout éclater. Je ne suis pas prêt.
Cette après-midi, quand mes iris n’arrivaient plus à décoller de sa chute de reins, j’ai cru qu’on allait craquer tous les deux, dans cette boutique, malgré les risques encourus. Son regard brun m’a brûlé en pleine poitrine. Elle ne s’attendait pas à ce que je passe devant et la voie avec cet ensemble entre les mains.
Sky se fiche de mouiller ses cheveux, elle sourit, le visage tourné vers la nuit noire.
— On se croirait seuls au monde, c’est apaisant, chuchote-t-elle presque. Tu as raté quelque chose d’exceptionnel tout à l’heure, je me suis ramassé la gamelle du siècle. Mon popotin a amorti ma chute. Ah, et Oliver s’est mangé un arbre par ma faute, d’où son début de coquard à l'œil, clarifie-t-elle d’une moue. Le pauvre, je lui ai mis de la glace dessus, mais ça n’a rien changé.
Je me retiens de rire pour qu’elle ne se vexe pas. Sky redresse son
corps à la verticale et me jauge avec précaution.
— Tu n’es pas très causant, ce soir. Quelque chose ne va pas ? — Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu ne savais pas skier ? Je serais
resté avec toi, l’interrogé-je sans aigreur.
— Parce que je n’aime pas être un boulet, et surtout pas pour toi. Je plisse les yeux, en relevant l’un de mes bras planqués sous l’eau
pour lui saisir le poignet et l’attirer contre moi.
— C’est quoi ces conneries ?
Haussant faiblement les épaules, son souffle chaud caresse ma lèvre
humide. Ses iris s’arriment aux miens et prennent une couleur plus sombre, me laissant deviner que la suite de cette conversation me déplaira probablement. Les muscles de ma mâchoire se tendent, j’attends avec appréhension.
— J’avais envie que tu passes un bon moment avec tes amis. Je ne
voulais pas gâcher ton séjour, que tu te sentes obligé d’être à mes côtés. Je n’étais pas seule, c’était sympa même sans toi, temporise-t-elle en souriant.
Mon menton posé sur son épaule dénudée, je serpente sa taille de mon
bras. Elle souffle d’aise.
— J’aurais pu t’apprendre à skier. La prochaine fois, dis-moi si tu ne
sais pas faire quelque chose ou si tu as besoin d’aide. Ne doute pas du fait que je veuille être avec toi en toute circonstance. Je ne t’aurais pas demandé de venir autrement, d’accord ?
Elle opine. Sa poitrine pressée contre mon thorax, je l’étreins
davantage en frôlant sa fine nuque de mon pouce, sous ses cheveux trempés. J’enroule ses hanches de mes bras après hésitation, elle est si légère dans l’eau bouillante qui vibre autour de nous et contre nos peaux. Sa respiration se coupe en même temps que la mienne au moment où son bassin se frotte au mien.
Échaudée par mon geste, Sky redresse le visage et me fixe avec
surprise. C’est physiologique, quand elle se trouve si près, mon corps se réveille et hurle famine, ça m’effraie, ça me tourmente.
Mon nez effleure l’arête du sien, ses lèvres se décrochent l’une de
l’autre pour se pincer ensuite légèrement. La tension augmente au creux de mon estomac. Ses pupilles se dilatent tandis que sa respiration s’accélère, je détruis le peu de millimètres qui nous séparent et scelle nos enveloppes corporelles en un baiser charnel qui me vrille littéralement le cerveau.
En sentant sur quel terrain glissant nous nous engageons, je pivote nos corps dans le jacuzzi. Son dos bloqué à la bordure, mes mains s'aventurent le long de ses hanches délicieuses.
— Lysandre, couine-t-elle tout aussi déphasée que moi par les émotions qui nous animent.
— Shttt, je sais, murmuré-je au coin de ses lèvres en fourrant mon index sur ces dernières.
Mes phalanges trouvent le chemin de son fessier ferme toujours enseveli sous l’eau pour envelopper mes hanches de ses jambes. Je malaxe ses sublimes sphères qui se pressent dans le même mouvement contre mon érection qui s’enflamme dans mon maillot de bain. Mon front repose contre celui de Sky, le bout de mes doigts me démange d’aller la découvrir, là-dessous. Pas une bonne idée.
Putain que non ! Et si elle s'apercevait de tout ?
Pantelante, Sky me dévore du regard, à la fois impatiente et anxieuse que l’on nous voit ici. Je pourrais lui faire du bien dans ce jacuzzi. Me contenter que de ça. Alors que je m’apprête à écarter le bas de sa culotte, elle se crispe violemment en braquant un œil étrange dans mon dos. Immédiatement, je recule, nous ne sommes pas seuls. Le contraire aurait été trop beau !
— Chouette, cet après-midi ? l’interroge Logan qui s’est incrusté discrètement dans le bain à bulles.
— Ouais, pourquoi ? répond-elle, tendue.
Elle se méfie de lui également.
— D’après Oliver et Erin, vous avez fait des emplettes et acheté des soutiens-gorge, sourit-il, malicieux.
— Et alors ? Tu trouves tes boxers au rayon des fruits et légumes, peut-être ? le vanne-t-elle.
Logan pouffe de rire, je le dévisage à moitié, gonflé par son interruption alors que nous passions un bon moment tous les deux. Je suis surpris qu’il soit venu seul ce week-end. Il semble avoir réussi à se débarrasser d’Erika, mais j’imagine que ce n’était pas sans heurts.
— Ah, ma chère Sky, si tu me connaissais mieux, tu saurais que je ne
porte pas de boxer, mais des caleçons. Je n’aime pas que mes bijoux de famille soient à l’étroit, enfin, tu peux comprendre.
Sky se racle la gorge, elle ne s’attendait pas à une réflexion si détaillée
de sa part. Un grognement sourd fait vibrer la mienne, mon poing me démange. Je ne suis pas certain que l’on réussisse à tous cohabiter ici sans qu’un dérapage ne se produise.
— Et toi ? Tu préfères quoi ? String, tanga ou culotte ? Coton ou
dentelle ?
— J’ai une préférence pour : CE NE SONT PAS TES OIGNONS, ça
te va ? crache-t-elle avec un sourire hypocrite qui lui traduit combien il dérange.
Un rire cristallin lui échappe.
— Ne tire pas cette tête, Lys, je ne dis rien de mal. Une simple
curiosité mal placée, je le reconnais. Certains hommes préfèrent les femmes nues ; moi, je les préfère emmitouflées dans de la belle lingerie. Elles deviennent ainsi de belles œuvres d’Art qu’on a envie de bichonner et de déballer avec finesse.
L’atmosphère s’alourdit. Gênée, Sky s’empourpre et s’enfonce
davantage dans l’eau brûlante du jacuzzi.
— Et si tu fermais ta grande gueule et que tu allais voir ailleurs si j’y
suis ? bougonné-je.
Il attrape la serviette de Sky sur le parquet en bois et jette un œil à son
portable sur lequel il pianote. Le mien vibre peu après, je fronce les sourcils aussitôt. Je m’attends à tout de sa part. Je l’ignore, même si je ne peux m’empêcher de lui adresser un regard noir. Amusé par ma réaction, il sourit avant de reporter son attention durant une demi-seconde sur Sky.
— Je vais vous laisser profiter du jacuzzi, les enfants, mais je vous en
serai reconnaissant de le nettoyer après votre passage.
Un petit clin d'œil lascif décoché à notre encontre, il s’extirpe du
bassin, je soupire.
— Je crois qu’il a été bercé trop près du mur quand il était bébé celui-
là, murmure-t-elle, ce qui me fait aussitôt rire. Et il m’a volé ma serviette, ce con !
Le ton qu’elle emprunte est si sérieux, que je ne m’attendais pas à ce
qu’elle me balance ça. Mon bras entoure ses épaules, je plaque mes lèvres sur le sommet de son crâne, en frissonnant.
— Merci, je suppose, pour avoir gardé ton sang-froid. L’ignorer est la meilleure solution, déclare-t-elle en se rapprochant de moi.
— Avec toi, je m'étonne à faire preuve de retenue sur des tas de choses, réponds-je, surpris par mes propres pensées.
Si elle savait combien je meurs d’envie de l’étaler au bord de ce bassin. De lui retirer son bikini et de lui attacher les mains dans le dos pendant que je la prendrais dans l’eau chaude. Mes lèvres embrasseraient le moindre millimètre de la peau de sa colonne vertébrale jusqu’à sa fine nuque. Elle gémirait sûrement sous l’impulsion de cette volupté incontrôlable. Ses reins se cambreraient vers l’arrière me suppliant d’aller plus vite, de lui donner plus.
Ma queue tremble de plaisir à cette idée, je la pince sur-le-champ discrètement pour calmer mes putains d’ardeurs. Sky me rend complètement dingue et j’ignore combien de temps je vais encore parvenir à maîtriser mes démons, à les cacher.
Sa bouche frôle ma mâchoire. Je frémis en papillonnant des paupières. Ses petits bras enlacent ma nuque pendant qu’elle chuchote :
— Ne prête pas attention à lui. Ce sont les vacances. Les premières que l’on passe ensemble. Je ne sais pas si ça t’est déjà arrivé, mais c’était inespéré à mes yeux. Je ne le laisserai pas gâcher ça. Je pourrais bien l’enterrer dans la neige à ta place, s’il ose !
Pris au dépourvu par sa menace, je ricane.
— Prends garde, je pourrais te laisser faire.
— Tu m’aiderais quand même à cacher le corps ? plaisante-t-elle.
— Pour toi ? J’irais jusqu’à m’accuser pour te couvrir.
Sky sourit, ses beaux yeux brillent, amusée par ma répartie qu’elle ne juge aucunement sérieuse un seul instant. Et pourtant… Ma paume dégage certaines mèches mouillées collant à son visage et son cou, puis je lui propose de rentrer pour regarder un film au chaud.
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