Unstable feelings - T2
ch008
Chapitre 8
Lysandre
Un tintamarre me fait bondir et sortir du sommeil, je jette un œil à
mon portable pour constater qu’il est 11h48. J’ai bossé tard, hier soir, il devait être deux heures du matin quand je suis parvenu à fermer les yeux. Je grommelle en me redressant sur le matelas. C’est le week-end, et il faut pourtant que quelqu’un vienne m’emmerder alors que je dormais bien. Pire, cette personne s’acharne sur la porte du manoir, je hurle que j’arrive, puis dégringole l’escalier, furax.
— Tu te lèves à cette heure-ci ? me rabroue Kate, sur le palier. Dépité par sa présence, je l’observe. Elle n’est pas avec les enfants,
j’en juge aussitôt qu’Harry ou une baby-sitter les garde. Et qu'elle a oublié sa clef. En voyant qu’elle n’est pas venue seule, je me tends sur-le-champ. Notre père se tient juste derrière elle, il retire la neige qui trône sur son capot de voiture. Je ne la sens pas du tout cette histoire !
Notre paternel arrive dans l’entrée peu après, affichant un teint
presque livide qui m’alerte instantanément.
— À quoi dois-je cette tête d’enterrement ?
Kate semble furieuse, ce qui ne lui ressemble pas. Elle saisit mon bras
et m’entraîne avec elle jusqu’au salon, m’ordonnant de m’asseoir sur le canapé. Dans des gestes rapides et échevelés, elle retire son manteau, tandis que notre père fourrage nerveusement sa tignasse avant de planter ses pupilles sur moi. Un frisson désagréable me pénètre.
— Logan nous a dit pour ton overdose, avoue Kate en fronçant les sourcils.
Mes mâchoires en tombent. C’est quoi ce plan à la con ? De quoi se mêle-t-il ? Depuis quand s’octroie-t-il le droit de contacter ma sœur pour lui raconter mes problèmes ? Et puis, d’ailleurs, j’ignorais même qu’il avait son numéro de téléphone. Je n'aime pas ça.
— Tu te drogues ? s’insurge notre père.
Je me lève d’un bond du canapé, n’appréciant clairement pas me trouver ainsi au pied du mur.
— Putain, mais c’est pour ça que vous êtes là, tous les deux ? Vous n’avez pas mieux à faire ?
— Tu vas te calmer et nous écouter deux minutes, surenchérit le paternel.
Un rire dément s’extirpe de mes lèvres. Quel culot de se pointer l’air de rien, alors qu’il ne vient pratiquement jamais ici. La moitié du temps, je n’existe pas à ses yeux !
— Sinon quoi ? Depuis quand tu t’en fais pour moi au juste ?
— Lys, s’il te plaît, ne le prends pas comme ça, on s’inquiète pour toi, rétorque Kate avec une mine triste.
— Inutile, je vais bien, sœurette. En forme et bien vivant comme vous pouvez, tous les deux, le constater. C’était une fausse alerte, Logan a juste voulu vous faire une mauvaise blague.
— Je n’en crois pas un mot. Tu es étrange depuis un bon moment, fils.
Je secoue la tête, en levant les yeux au ciel. La colère grimpe d’un cran au creux de mes veines. Il titille la corde sensible, et s’il continue sur ce terrain-là, ça pourrait très mal se passer entre nous.
— Je suis étrange, répété-je, en ricanant avec aigreur. Tu te fous de ma gueule ? Comment peux-tu savoir si mon comportement est différent ou non, tu n’es même pas là !
— Tu te renfermes sur toi-même, tu es nerveux et plus exécrable qu’avant, notifie-t-il. C’est vrai que j’ai été très absent, mais je te connais. Et tu as arrêté l’escrime, alors que tu pratiquais depuis plus de dix ans.
— Super ! Il faut croire que j’ai toutes les qualités du monde, en t’écoutant jacasser comme une pie, ironisé-je. Ouais, il se pourrait que j’aie eu un p’tit souci, mais je ne vois pas en quoi ce sont tes oignons. Je suis majeur, je te rappelle, et tu ne vis plus ici, donc fais-moi plaisir, débarrasse le plancher, car je n’ai pas besoin de tes leçons de morale.
Il soupire, Kate m’assène une claque derrière la tête qui m’arrache une
grimace.
— Arrête de jouer les ordures. D’après Papa, tu n’es même pas censé
vivre seul, tu devrais être soit sur le campus, soit chez Jeff.
— Je n'ai pas la nécessité de feindre, JE suis une ordure, il faut juste
que tu ouvres les yeux pour mieux t’en rendre compte. J’ai un deal avec Jeff, abrégé-je.
Ils me rendent fous. Je hais cette putain d’embuscade ! — Ne joue pas au plus malin avec moi ! s’excite Kate en s’approchant
de moi, collant presque son nez au mien. Je suis habituée à ce qu’on me tienne tête, je dois subir les caprices d’un enfant de deux ans et demi, tes grognements ne m’effraieront pas. Et ne parle pas à Papa comme ça, on essaie juste de t’aider parce qu’on t’aime, imbécile ! Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de tes problèmes ?
— Je n’ai pas de problèmes, nié-je.
— C’est ça ! Depuis que ta copine est retournée dans son pays, tu es
différent. Tu files un mauvais coton, et d’après Jeff, ça se reflète dans tes notes depuis plusieurs mois. La drogue, sérieusement, Lys ? C’est quoi ce bordel ?
J’ai déjà entendu ça par le passé, de la bouche de Colin.
On toque à la porte et je grommelle, la tête encore dans le cirage, je
planque mon visage dans mon oreiller tandis que quelqu’un fait irruption dans ma piaule. Une lumière vive s’échappe des rideaux, je grogne immédiatement.
— Allez, Lys, debout, m’interpelle Colin.
Afin qu'il comprenne que je n’ai pas envie de bouger, ce matin, je lui
adresse mon majeur.
— Lysandre, tu déconnes sec, en ce moment. Hier soir, tu étais
tellement déchiré que j’ai dû te ramener avec Rose. Tu lui as fait peur. Qu’est-ce qui te prend ? C’est le départ de Natalia qui te met dans cet état ?
J’entends à sa voix l’inquiétude qui le mine, je soupire en lui
balançant l’oreiller, bien que je ne sois pas certain d’atteindre mon objectif puisque je ne le regarde même pas. Le matelas s’affaisse à mes côtés, me laissant deviner que mon pote s’est installé sur mon pieu pour continuer à me bassiner les oreilles avec mon ex.
Mon ex…
Cela me fait encore tout drôle d’y penser, de la nommer ainsi. Je m’étais habitué à sa présence, attaché à elle, à son sourire. Même si dernièrement, elle ne souriait plus du tout. J’ai l’impression qu’une chape de plomb me tombe sur le thorax à ce constat. Je lui ai brisé le cœur.
— Arrête de me faire chier avec ça, marmonné-je en lui tournant le dos.
— Il n’y a pas de honte à avouer que ça te fait chier qu’elle soit partie, et qu’elle te manque. Tu sais, j’ai déjà chialé comme un bébé parce que Rose ne pouvait pas venir un week-end, je ne me foutrai pas de toi.
— OK, elle me manque. Content ?
Je lui balance ce qu’il veut entendre histoire qu’il me fiche la paix. La vérité serait une peine trop lourde à porter, inimaginable pour des mecs tels que nous. Pourtant, je sais qu’il est le seul qui pourrait me croire envers et contre tout, mais l’infime possibilité qu’il me regarde différemment, qu’il me prenne en pitié me terrifie, je garde la bouche close. Ce n’est jamais arrivé, voilà ce dont j’essaie de me persuader depuis des semaines.
— On va te trouver un centre pour te soigner, argumente notre père. J’en ai discuté avec ta mère, et elle est d’accord.
Les propos de mon paternel me ramènent au présent.
De mieux en mieux...
— Ma mère d’accord avec ça, tiens donc ! Depuis quand se soucie-t-elle suffisamment de moi pour que sa conscience la pousse à prendre une telle décision ? Elle qui n’est pas du même côté de la planète que nous !
— Lysandre, cesse ce petit numéro avec moi, gronde mon père. C’est puéril, et ça prouve bien que tu as besoin d’aide, qu’on s’occupe de toi.
— Pour ça, il aurait fallu t’en inquiéter cinq ans plus tôt lors du divorce, quand tu l’as laissé se barrer à l’autre bout du monde. Ce n’est pas comme si tu n’avais pas mieux à faire de toute manière, pas vrai, Papa ? Une femme de moins à gérer dans ta vie si bien remplie, débité-je avec sarcasme.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, bafouille-t-il nerveusement.
— Tu as quelqu’un dans ta vie ? s’étonne Kate.
— Évidemment. Il est si fier que jamais il n’aurait laissé une femme le quitter, voyons ! Il avait déjà les mains occupées ailleurs, et lui a simplement donné une raison de se barrer de la maison. Mais peut-on lui en vouloir ? Il était cocu aussi.
L’air furieux, il grappille l’espace entre nous. Ses sourcils sont si
froncés qu’ils se rejoignent presque. J’ai visiblement été trop loin.
— Tu es en colère et tu cherches à me punir pour le départ de ta mère,
bien, mais ça ne change rien au fait que tu iras en désintox, Lysandre. Je ne te laisserai pas te détruire, qu’importent les horreurs que tu me balanceras ! Je suis ton père, pas le meilleur, certes, mais je suis là. Eliott gère l’entreprise seul. J’ai annulé tous mes rendez-vous pour toi, pour m’occuper de toi.
Son ton est grave. S’il espère m’amadouer ou me toucher en me
révélant ces choses, il se trompe.
— Il ne fallait pas te donner cette peine, c’est inutile. Je gère. Puis,
franchement, je ne vois pas en quoi un avocat saurait se charger de ta précieuse boîte de pub, ajouté-je avec sarcasme.
— Tu gères quoi ? me rabroue Kate. Il faut que tu arrêtes ça tout de
suite.
— Mais ça fait déjà deux semaines, bordel ! Je suis clean, et si vous
ne me croyez pas, faites-moi pisser dans un gobelet !
Le regard de ma sœur s’assombrit avant de se troubler de larmes. Elle
s’inquiète véritablement pour moi, je le sais, et je ne lui en veux pas. C’est à Logan que j’en veux à mort. Il fout le bazar dans ma tête avec ses foutus messages qu’il m’envoie de façon anonyme, puis leur balance que j’ai fait une overdose. J’ignore ce qui se trame dans son cerveau ni quel est son plan, mais je hais ça. C’est forcément lui qui joue avec mes nerfs. Qui d’autre autrement ?
— Bien, nous le ferons ! assure mon père.
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