Unstable feelings - T2

Ellen Stuart · Chapitre 41 sur 51

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Unstable feelings - T2

ch037

Chapitre 37

 

Lysandre

 

Sky ne s’attendait pas à ce genre de révélations de ma part, et la

couleur déserte son beau visage à mesure que je lui déballe la seule vérité qui soit, celle que l’on a un jour refusé de croire. Elle porte ses doigts tremblants à sa bouche tandis que son regard brille, à deux doigts de fondre en larmes, en état de choc. Je ne voulais pas qu’elle sache, jamais, je préférais qu’elle me pense déviant plutôt que… ça.

— Je vais bien, ne pleure pas, tenté-je de l’apaiser. Outrée par ma façon de minimiser la situation, elle secoue la tête. Ma

paume remonte en douceur sur sa joue. Elle frissonne alors qu’une larme solitaire s’échappe de ses globes oculaires.

— Tu ne vas pas bien, arrête de me mentir ! Cette folle a abusé de toi !

Si je l’avais devant moi… rugit-elle avant de reprendre le contrôle d’elle-même. As-tu porté plainte ?

— Tu te doutes bien que non, on ne m’aurait pas cru. Et puis… je l’ai

cherché.

Choquée par mes propos, elle me dévisage.

— Ne dis plus jamais ce genre de truc.

— Pourtant, tu peux me croire, aussi dur que ce soit à entendre. Je me

suis certes amélioré depuis, mais, à l’époque, je méritais ce qui s’est produit. Je sortais avec Natalia, et ça ne m’a pas empêché d’aller voir ailleurs par amusement. Je suis un salopard. S’il n’y avait qu’à elles que j’avais fait du mal, on est malheureusement loin du compte. Cet… incident, c’est la façon dont le cosmos a voulu me faire payer mes vacheries. Je suis émotionnellement et physiquement instable, Sky. À toi aussi, je pourrais te faire du mal. Si ce n’est pas déjà le cas, l’avertis-je le souffle rompu et affligé par cette cruelle vérité.

À nouveau, elle s’empare de mes joues et plonge durement son regard troublé par les larmes dans le mien.

— Je ne veux plus jamais t’entendre te responsabiliser de ce qui t’est arrivé, Lys ! Rien ne peut excuser cet acte ignoble, compris ? La vengeance ne mène à rien, bon sang ! Aussi répréhensibles qu'ont pu être tes actes, cette fille n’est pas mieux !

Un profond soupir s’extirpe malgré moi de ma gorge.

— Si tu le dis.

— Hé, je sais ce que tu penses là-dedans, me réprimande-t-elle en pointant mon crâne de son index.

— Ce serait bien une première, réponds-je en souriant, espiègle.

— À qui la faute ? Tu es une énigme à toi tout seul, Lysandre Carmichael, rétorque-t-elle sur le même ton. On ne peut rien changer au passé, et je sais que c’est… douloureux, difficile à digérer. Mais, j’ai besoin de savoir une chose, sois honnête avec moi, je ne m’en vexerai pas. C’est important.

Je dodeline de la tête, l’invitant par la même occasion à poursuivre.

— C’est à cause de ça que tu me rejettes tout le temps ? Tu as peur que je te fasse du mal ou quelque chose que tu ne veux pas ?

Sa voix perd toute intensité à mesure que ses questions flottent dans l’air. Comme si la simple pensée qu’elles soient tangibles, l'atteignant à un point que cela lui soit insupportable.

— Ce n’est pas aussi simple que ça…

— Ah non ?

Un soupir d’amertume me saisit, je ne suis en rien en colère contre elle. C’est à moi que j’en veux, d’abord pour les conneries que j’ai faites et qui m’ont conduit dans ce lit d’hôpital, et, enfin, pour toutes les sales idées qui m’effraient davantage que les tourments qui n’ont eu de cesse de tournoyer dans ma tête depuis ce jour-là.

— Qu’est-ce que tu me caches d’autre ? dit-elle en plissant son joli nez en même temps qu’une moue contrariée prend possession de ses traits délicats.

Ma mâchoire se contracte involontairement, son regard me passe aux

rayons X pour contrer mes mensonges. Elle ne lâchera pas l’affaire tant que je ne me serai pas montré honnête avec elle.

— Je ne voulais juste pas que tu comprennes. Parce que mon

comportement est étrange et…

— Il est légitime, m’interrompt-elle.

— J’ai besoin de tout contrôler, Sky. Je craignais de te faire du mal

physiquement et psychologiquement. Je ne souhaitais pas que tu penses que je suis un dégénéré, un pervers ou un…

— Arrête, jamais je n’aurais songé un truc pareil, contre-t-elle. Quelque peu ébranlés, tous les deux, nos pupilles se rencontrent une

fois de plus et les siennes me transmettent la tangibilité de ses paroles qui me laissent perplexe, un instant.

— Tu ne m’as jamais fait de mal physiquement, met-elle au clair. Tu

m’as attachée. Et alors ? Cela ne signifie pas que tu ne me respectes pas, enfin, je l’espère. Tu as besoin d’un filet de sécurité, je n’ai rien contre, du moment que tu communiques. On peut établir des règles, mais ne me repousse pas, parce que c’est ça qui me fait souffrir, pas le reste. Je n’ai eu de cesse de me demander si j’avais fait quelque chose pour que tu m’aies genre en horreur. Je ne dis pas que j’ai envie que tu me sautes dessus tous les matins, hein, confie-t-elle en se pinçant les lèvres, un peu gênée, seulement moi aussi, j’ai besoin d’être… rassurée. Tu ne veux pas que je te touche de cette façon, je ferai avec, du moment que tu me laisses être auprès de toi. On a tous les deux des problèmes à régler. On fera en sorte d’apprivoiser tout ça, non ?

Elle est si compréhensive et sensible que j’en reste stupéfait une

seconde.

— Je pourrais te faire mal, serrer les liens trop forts ou me montrer

plus… brutal, signalé-je pour qu’elle réalise ce que tout ça induit.

— Tant que tu laisses mon postérieur en dehors de tout ça, je crois que

j’y survivrai. Tu ne me parles pas de… bébé, et tu contrôles mon corps dans ces moments-là.

Je n’ai pas le temps d’émettre quoi que ce soit, que nous sommes

interrompus. Quelqu’un frappe à la porte de ma chambre, Sky m’adresse un œil intrigué. J’en tombe presque à la renverse quand j’aperçois une grande brune que je n’ai pas vue depuis de longs mois. Ma mère. Qu’est-ce qu’elle fiche ici ? Elle me scrute avec tristesse, ça m’énerve, je serre les poings et manque de bondir de ma place. Elle n’est pas seule, mon père est avec elle. Putain de traître qui m’avait pourtant juré de ne rien lui dire, hier soir !

Je me tends aussitôt et Sky comprend que quelque chose cloche, mon père la salue l’air de rien, ignorant le regard noir dont je le gratifie. Ma mère – Liliane Roy – s’approche telle une tempête afin de m'étreindre entre ses bras, comme si je lui avais fait la peur de sa vie, et c’est d’une ironie sans nom quand on sait qu’elle n’est pas venue lors de mon overdose. Certes, je ne suis pas allé à l’hôpital, mais tout de même. Chacun ses priorités…

— Mon bébé, comment as-tu pu me faire un coup pareil ? vilipende-t-elle un peu trop exagérément à mon goût.

Je roule des yeux tandis que mon père secoue le visage en me faisant les gros yeux pour que je m’abstienne de la blesser. Pourquoi continue-t-il à vouloir la protéger, alors qu’ils ont divorcé, qu’elle s’est tirée à l’autre bout du monde ?

— La drogue, Lysandre ! Qu’as-tu derrière la tête ? On n’a eu de cesse de t’avertir sur le sujet, en rajoute-t-elle.

— Ben oui, que peut-il bien y avoir dans cette tête ? marmonné-je pour moi-même, en serrant les dents.

Vivement qu’elle parte, elle me gonfle déjà avec ses pseudos leçons de morale. Elle reporte son attention sur Sky qui se tient près de moi, droite comme un I, et pas très à l’aise. Elle doit se sentir de trop. La pauvre. Ma mère la jauge de la tête aux pieds, l'œil critique comme elle l’a toujours fait. Je sais ce qu’elle pense avec son air hautain. Mais elle est rousse ! Beau comme tu es, tu peux te dégoter bien mieux que ça !

Ma génitrice a tout d’une gorgone. Elle est égoïste, méchante, et se donne le droit de juger chacun pour ses actes, bien qu’elle soit loin d’être la mère de l’année. C’est une fichue arriviste !

Elle n’aimait pas Natalia à cause de son accent, elle trouvait Megan pathétique parce qu’elle était, je cite, blonde et boulotte. Que des conneries !

— Tu es ? l’interroge-t-elle sans même faire l’effort de se montrer agréable.

— Sky, déglutit-elle.

Je dévisage ma mère, prêt à la mordre si nécessaire, bien que je sache que Sky n’a besoin de personne pour se défendre. Mon père s’y met également, il la reluque cependant avec beaucoup plus de finesse puisqu'il la connaît un peu. Et contrairement à ma déserteuse de génitrice, il ne porte pas de jugement, je crois même qu’elle lui plaît.

Pas trop quand même, le vieux, garde tes distances, elle est à moi ! — Tu n’es pas d’ici, je me trompe ?

— Liliane, s’insurge mon père.

— Eh bien, non, c’est vrai. Je suis née à Philadelphie. Sky ne se laisse pas débiner et garde le menton droit tandis que Liliane

continue à la scanner sans honte.

— Elle paraît un peu jeune pour toi, ose-t-elle dire. Sky ne peut s’empêcher de pouffer, mais s’interrompt d’une main

devant la bouche, je sens que ça va dégénérer. Je soupire longuement, agacé par ce petit numéro ridicule.

— Tu exagères, la rabroue mon père. D’après Jeff, tu es une

musicienne talentueuse ? intervient-il.

— Je suppose, bredouille Sky.

— Elle suppose, surenchérit avec dédain ma mère. — Parle-lui sur un autre ton, grommellé-je.

— J’ai vingt-et-un ans, et je préférerais que vous vous adressiez à moi

directement si vous avez quelque chose à me dire. Cessez de me regarder comme si j’étais une sorte de déchet, incompatible avec votre fils qui est un grand garçon. Je ne suis pas responsable de son mal-être, vous, en revanche, c’est une autre histoire, Madame, clarifie Sky, la tête haute.

La mâchoire de ma mère se décroche. Si la situation n’était pas aussi

merdique, j’aurais ri de son impertinence. Cette nana me rend dingue.

— Je ne te permets pas, petite morveuse ! cingle ma mère. — Eh bien, moi, si. J’ai passé plus de temps avec Lysandre ces six

derniers mois que vous ! Je m’y connais en parents incompétents, j’ai eu les mêmes à la maison. Si vous êtes ici pour nous en mettre plein les dents, il vaut mieux que vous preniez le premier avion pour partir à l’autre bout du monde, puisque vous aimez tant le faire, déclare-t-elle avec hargne.

Je dois sans doute être malade, car la voir si énervée m’excite. Elle se

tient debout près de moi, la main posée sur la mienne, comme si elle marquait son territoire ou me signalait son soutien, sa protection. Mon cœur flanche devant les flammes qui semblent sortir de ses yeux.

Mon père ne fait pas le fier. Il ne répliquera pas contrairement à ma mère bien trop suffisante pour se taire. Il sait combien ils ont merdé tous les deux.

— Alors, tu es responsable de ça ? Que faisais-tu pendant que mon fils se droguait ? l’accuse-t-elle injustement.

— Je… bredouille la jolie rouquine, ce qui me tord le bide.

Sky blêmit. Je pars au quart de tour :

— La ferme, bon sang ! Je suis le seul à blâmer. Sky n’a rien à voir avec tout ça ! Et à bien des égards, elle m’a même sauvé la vie.

Liliane secoue la tête, ne croyant pas un traître mot de ce que je lui raconte. Elle peut bien penser ce qu’elle veut, elle a perdu il y a longtemps le droit de nous juger. Je ne tolérerai pas une minute de plus l’irrespect dont elle fait preuve à l’égard de Sky.

— Je ne m’en irai pas tant que je ne me serai pas assurée que tu pars en cure de désintoxication, Lysandre !

— Vous croyez qu’il va se défiler à cause de moi, c’est ça ? suppose Sky, d’une voix faible.

— Je n’ai peut-être pas été très présente dans sa vie dernièrement, malgré tout, je connais mon fils. Il se donne des airs durs, mais au fond, c’est un sensible. Il serait bien capable de déjouer notre autorité pour rester auprès de toi ! atteste-t-elle.

— Putain, mais arrête, Maman ! sifflé-je.

— Lys ! s’offusque-t-elle que je me permette encore de hausser le ton avec elle.

— Liliane, souffle son ex-mari. J’ai déjà réglé la question avec lui avant ton arrivée. Inutile de revenir là-dessus, il a besoin de repos, alors cesse de le stresser.

— Notre fils se drogue, Jack ! Pas des pétards, de la drogue dure !

— Je sais. Lysandre va se soigner, tempère-t-il. Il a vingt-deux ans, Liliane, il a choisi d’y aller de son plein gré, fais-lui confiance.

Elle lève les yeux au ciel, peu convaincue. Merci de croire en moi, Maman, c’est touchant de ta part !

— Il nous baratine peut-être et s’enfuira dans une semaine.

— Tu entends les conneries que tu dis parfois ? bronché-je.

Elle m’assassine presque du regard pour le simple fait d’oser lui répondre. Elle a sûrement dû s’imaginer dans sa tête que j’avais encore quinze ans. Si tel est le cas, alors pourquoi s’est-elle barrée ? J’avais besoin d’elle à cette époque, aujourd’hui, il est trop tard pour jouer les mères paniquées et pseudo-protectrices avec moi.

— Je l’admets sans bobards, j’ai besoin d’aide. T’es contente, tu vas

me foutre la paix et partir, maintenant ?

Elle en reste bouche bée.

— Tu… tu veux que je m’en aille ? balbutie-t-elle, touchée par mon

aigreur.

— Tu souhaites m’aider, peut-être ? osé-je, sardonique. Où étais-tu il y

a quatre mois lors de mon overdose ? Voyons, soyons honnêtes cinq minutes l’un envers l’autre, tu n’es ici que parce que Diego ou Pablo t’as laissé tomber, pas vrai ?

— Tu te trompes sur toute la ligne. Oui, nous avons rompu, mais

c’était il y a des semaines, et je ne savais pas comment revenir dans ta vie, dit-elle, soufflée. Je suis désolée d’être une mère lamentable, ajoute-t-elle, la lèvre tremblante.

Oh pas ça, pas les larmes de crocodile, ce n’est pas le moment ni le

bon jour.

— Liliane, reprends-toi, sérine mon père à son oreille. Elle s’écarte vivement, probablement vexée par mon rejet. — Je… je t’appellerai, annonce-t-elle avant de quitter la pièce. Ses talons claquent au sein du corridor et nous l’entendons s’éloigner. — On ira chercher tes affaires demain dès que tu seras sorti et je te

conduirai à la clinique ? me propose mon père en fourrant ses mains dans ses poches.

C’est drôle, car au boulot, c’est un homme sûr de lui, mais maintenant,

face à moi, il semble souhaiter rentrer dans une coquille invisible pour cesser tout conflits, malaises. Il ne sait pas comment se comporter depuis que j’ai fait mon overdose. Avant hier soir, il était constamment sur mon dos ou à m'appeler, parce qu’il s’inquiétait malgré la présence de Pénélope. Désormais, il a seulement l’air désarmé et vulnérable. Il me fait presque de la peine. Je le concède, il a fourni des efforts depuis l’accouchement de Kate. Lui, au moins, avait une raison pour ne pas être là, il bossait. Ma mère, elle, se dorait la pilule au soleil avec son mec.

— Oui, si tu veux.

— Repose-toi, mon grand, déclare-t-il avant de saluer Sky et de s’en

aller à son tour.

Si je m’attendais à une telle scène, je lui aurais dit d’aller se chercher un café, le temps de calmer mon hystérique de mère.

— Je te croyais terrible, mais ta mère, elle, c’est un vrai pitbull, persifle Sky en affaissant ses épaules jusque-là tendues.

— Je te défends de me dire que j’ai quelque chose de commun avec elle, la préviens-je, fallacieux.

— Alors, je ne le dirais pas, toutefois, ça ne m’interdit pas de le penser, raille-t-elle en haussant un sourcil, moqueur.

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