Virgin mojito
14 - Cupidon
Benjamin
Maëva est partie travailler. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec Gianni hier soir, mais elle n’a pas décroché un mot au petit-déjeuner. J’ai tenté d’ouvrir la discussion, elle ne m’a répondu que par des oui, des non. Impossible de percer le mystère. Je dois en avoir le cœur net, discuter avec Gianni. Il lui plaît, je le sais, je m’en suis même aperçu avant eux. Ces deux-là sont faits pour s’entendre. Si les circonstances n’étaient pas ce qu’elles sont, ils auraient déjà concrétisé, c’est plus que certain. Je veux les aider, mais la situation est délicate. La morale est en jeu, cette foutue morale qui freine les âmes pures. J’en connais qui auraient eu moins de scrupules, j’aurais eu moins de scrupules ! C’était une erreur de permettre à Lydia de vivre ici. Ce n’est bon ni pour elle ni pour Gianni. J’avais essayé de les dissuader de prendre cette décision, je n’ai compris que bien plus tard l’insistance de Lydia. Elle n’est pas restée pour les bonnes raisons. Je l’aime, mais je lui en veux d’attendre de Gianni une telle chose. Elle lui met la pression, en permanence, comme elle me l’a mise aussi. Ni lui ni moi n’accèderons à cette fatale requête.
Devant le portail de Gianni, je sonne, il se précipite pour m’ouvrir.
– Bonjour, Benji, tu viens voir Lydia ?
– C’est toi que je viens voir, fiston, tu m’offres un café ?
– Avec plaisir, installe-toi, je reviens avec tout ce qu’il faut.
Il vient de tondre la pelouse, ça sent bon l’herbe fraîche. Malgré les épreuves, il a toujours parfaitement entretenu les lieux. Il veut que tout soit beau pour Lydia. Il a planté des fleurs, des roses, des gerberas, des primevères, des jonquilles ; multicolores, elles bordent le jardin, longent le bougainvillier qui fait office de clôture sur tout le pourtour. Quand il sort Lydia quelques heures pour qu’elle profite un peu de l’extérieur, il s’allonge sur un transat à ses côtés, lui lit des livres, des tas de livres. Il a épuisé leur bibliothèque, s’est même attaqué à la mienne. C’est un garçon prévenant, attentionné, émouvant. J’assiste à sa jeunesse qui se fane au gré des souffrances, au milieu de ces fleurs, impuissant. Je suis médecin, mais jamais je n’ai trouvé le moyen de sauver Lydia, de la guérir. On ne peut pas briser une vitre avec une aiguille.
– Voilà, dit-il en me tendant un mug.
– Ça s’est passé comment avec Maëva hier soir ?
– C’est ce qui s’appelle entrer dans le vif du sujet !
– Je suis pressé de savoir, je réponds en souriant.
– Je dois y aller en douceur, je lui ai proposé de dîner avec moi, elle n’est pas prête.
– C’est bien que tu essaies, j’en suis heureux. À quelle heure arrive l’aide à domicile, celle de fin de journée ?
– Vingt heures.
– Parfait, alors mange avec nous. Je m’éclipserai après le dessert, vous aurez tout le temps de discuter.
– Je ne suis pas sûr, Benji.
– Moi si ! Arrange-toi pour te rendre disponible aussi samedi soir.
– Pourquoi ?
– Elle fait une petite fête à la maison, il y aura tous ses anciens amis.
– Je ne vais pas m’imposer, Benji, elle ne m’a pas convié.
– Ça se passe chez moi, j’invite qui je veux, tu viens un point c’est tout. Il faut que tu avances, Gianni, il est temps.
Après quelques minutes de rudes négociations, il finit par accepter. S’ils n’arrivent pas à se réunir tous les deux, je vais provoquer les choses, jouer au Cupidon. Dieu m’est témoin que je fais ça pour la bonne cause, pour le bien de Gianni.
Je l’abandonne pour aller faire quelques courses. Je vais leur préparer un bon petit dîner, allumer des chandelles, créer une ambiance feutrée favorable à un rapprochement. À la nuit tombée, je déserterai la villa pour rejoindre une amie avec qui je vais passer la nuit. Ils auront le champ libre, j’espère qu’ils briseront leurs chaînes. Je ne vois aucun mal à cette relation. Qui aurait le droit de les condamner ? Qui ? Personne ne peut douter de l’intégrité et de la dévotion de Gianni. Je le défendrai toujours !
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