Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 43 sur 54

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Virgin mojito

42 - Coupable ?

 

 

Gianni

– Gianni, il faut que tu viennes, dépêche-toi, Muriel a eu un accident, elle m’a appelé, m’annonce Benji.

– Où est-elle ? je réponds, inquiet.

– À l’entrée du village, j’y suis, je t’attends.

– C’est grave ?

– Elle refuse que je l’ausculte ou que j’appelle les secours, viens m’aider, elle est ingérable, complètement hystérique.

Je fonce le rejoindre. Il essaie d’approcher Muriel qui hurle en se tenant le ventre. Dans la lumière des lampadaires, je vois sa robe inondée de sang. Le mien se glace dans mes veines. Le bébé ! La voiture est crashée contre un arbre, l’avant complètement défoncé, l’airbag déclenché. Ça a dû être violent. Vu la quantité de sang, il y a peu de chance que l’enfant survive. C’est ma faute ! Je l’ai jetée dehors si violemment. Est-ce qu’elle a perdu le contrôle du véhicule ou a-t-elle tenté de mettre fin à ses jours ? Elle me voit, crispe ses mains sur le tissu souillé. Les yeux exorbités, elle geint.

– Gianni, je saigne, je saigne, le bébé, mon Dieu, je suis tellement désolée.

J’approche, elle me laisse faire. Je la prends dans mes bras. Elle se réfugie contre mon torse en pleurant.

– C’est ma faute, Muriel, je te demande pardon, je n’aurais pas dû m’emporter.

– Gianni, si je l’ai perdu, je ne m’en remettrai pas.

– Ça va s’arranger, tout va s’arranger.

Je fais signe à Benjamin d’appeler les secours. Elle me repousse violemment.

– NON ! NON ! Je veux Marion, elle est sage-femme, elle me dira, elle m’aidera. Personne d’autre tu m’entends !

– Comme tu voudras. Mais en fonction de ce qu’elle constatera, je te conduirai à l’hôpital, OK ?

– Pas d’hôpital ! Juste Marion, insiste-t-elle.

– Nous verrons ça.

J’appelle sa copine. En cinq minutes, elle est là, comme si elle se tenait prête à intervenir, tout ça me paraît un peu gros, ça semble orchestré.

– Je l’amène au cabinet, dit-elle inquiète. Je n’ai pas besoin de vous, poursuit-elle en s’adressant à Benjamin et moi. Je vous tiens au courant.

– Très bien, je m’occupe de la voiture, je réponds, méfiant.

Je les regarde s’éloigner.

– Ça t’intrigue toi aussi ? demande Benjamin.

– Tu ne trouves pas étrange qu’elle refuse les secours, elle tient tellement à l’avoir ce bébé. Bizarrement, c’est sa fameuse copine la seule qu’elle tolère pour l’ausculter. Ça ne sent pas bon, Benji.

– À quoi tu penses ?

– Je ne sais pas. Sur le moment, j’ai eu très peur. Plus j’y réfléchis, plus je crois à une arnaque. Si ça se trouve, elle n’est même pas enceinte.

– Quoi ? Mais… le sang !

– Elle est infirmière, Benji, si elle a pu injecter du potassium à Lydia, quelle difficulté aurait-elle à se procurer du sang ? Ça se recoupe… Il y a quelques jours, elle m’a demandé de lui acheter des tampons. J’ai tiqué, elle a botté en touche. Je suis sûr qu’elle avait gaffé. Elle ne montre aucun signe de grossesse, ni nausée ni fatigue, rien ! Je ne la touche plus depuis des semaines, comment pourrait-elle justifier que son ventre ne s’arrondisse pas. Tu paries que Marion va m’annoncer qu’elle a fait une fausse-couche, qu’elle s’est occupée de tout, qu’on n’a pas besoin de la faire hospitaliser.

– Ce serait complètement dingue !

– Pas plus que de tuer Lydia ! Cette femme est dérangée, je la crois capable de tout. Le seul truc, c’est ce résultat de prise de sang, j’ai bien vu son nom sur le papier. Même ça, elle a dû le falsifier. Putain, elle m’aura piégé jusqu’au bout !

– Attendons les nouvelles avant de nous faire des films, tu veux bien.

– Une minute…

– Quoi ?

J’entre dans la voiture de Muriel, fouille. Je ne trouve rien de suspect si ce n’est que :

– Sa robe était remplie de sang, elle en avait même sur les jambes, les chevilles, les chaussures.

– Et alors ?

– Alors ? Il n’y a pas une seule goutte sur le siège ni sur le tapis de sol.

– Étrange en effet.

J’ouvre le coffre, sans plus de succès. J’enclenche la lampe torche de mon téléphone, cherche dans les fourrages alentour. Enragé, décidé à ce que la chance tourne enfin, je ne ménage pas ma peine. Enfin, à quelques mètres du véhicule, enfouies dans un buisson sauvage, je découvre deux poches plastiques semblables à celles des perfusions de Lydia. Elles ont contenu du sang. Je les lève comme des trophées devant les yeux de Benjamin, il est sidéré.

– Qu’est-ce que tu vas faire ? me demande-t-il.

– Ce que je vais faire ? C’est simple : la foutre dehors. Elle se démerdera avec sa caisse. Tu viens m’aider à faire ses valises ?

– Et comment ! se réjouit-il.

À deux, nous sommes efficaces, galvanisés par l’idée que je retrouve enfin ma liberté. Quand je pense que Maëva est partie parce qu’elle ne voulait pas se mettre entre moi et ce bébé fantôme.

 

Maëva !

 

– Benji ?

– Oui, fiston ?

– Où est Maëva ?

Il baisse les yeux, ne répond pas.

– Benji, il serait temps de lever l’embargo, il faut que je lui dise. Si elle sait, elle reviendra. Ça urge, dis-le-moi.

– C’est trop tard, mon garçon, elle s’est mariée hier. Je suis désolé, vraiment désolé.

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