Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 34 sur 54

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Virgin mojito

33 - Cadeau empoisonné !

 

Gianni

Il me faut quelques secondes pour atterrir. Je la regarde sans comprendre. Ses iris suivent les miens, elle attend. J’ai du mal à déglutir, il me faut un remontant, un autre. Ou un bon coup sur la tête, un truc qui m’assomme définitivement. C’est un cauchemar, un putain de cauchemar. Ça ne peut pas être vrai.

– Qu’est-ce que tu viens de dire ? je demande dans un souffle.

J’ai peur que le fait de prononcer les mots plus fort ne me viole un peu plus les neurones. Un enfant avec elle, maintenant ! Non seulement je n’en ai aucune envie, mais je réalise encore plus à quel point je ne l’aime pas. Elle caresse son ventre archi plat, prend ma main pour la poser dessus.

– J’attends ton enfant.

– C’est impossible ! tranché-je en retirant ma main comme si elle brûlait.

– Je n’invente rien, s’offusque-t-elle.

– Tu prends la pilule, je mets des capotes, ça fait pas mal de barrages à traverser, Muriel. Alors à moins que mon sperme ne soit dopé à l’EPO ou à quelque autre substance miraculeuse, cette grossesse tiendrait vraiment à l’Immaculée Conception.

– J’ai arrêté la pilule il y a plusieurs semaines, quant aux préservatifs…

– QUOI ? m’inquiété-je.

– Je me suis arrangée pour les rendre moins efficaces. Une aiguille à travers le sachet, c’est facile, discret.

– Pourquoi ? Pourquoi aurais-tu fais un truc pareil ? Je n’y crois pas, faudrait que tu sois complètement tarée !

– Ou que je t’aime plus que tout. Je veux te rendre heureux, un enfant c’est la vie, la joie, des rires. C’est tout ce qui te manque depuis des années. Ça ne peut que te faire du bien, ça nous soudera encore plus.

– Un gosse n’est ni un pansement ni un tube de colle. Tu me fais un bébé dans le dos, tu penses que je vais sauter de joie ? T’es sérieuse ? Je te le répète, au cas où t’aurais mal compris : je ne t’aime pas.

Elle s’écarte, s’appuie sur le bastingage en regardant les lumières de la ville qui défile sous nos yeux. Ses cheveux bouclés volent au vent. Pour la première fois depuis que je la connais, je vois un autre visage : celui d’une femme déterminée, calculatrice. Exit la gentille et dévouée Muriel. Benji, encore une fois, avait raison. Elle m’a eu. Si vraiment elle attend mon gamin, je ne peux pas faire machine arrière. Je ne suis pas ce genre de mec. Je ne laisserai pas mon enfant grandir sans connaître son père. Je suis piégé, elle le sait. Elle sourit, satisfaite.

– Je veux une preuve, j’exige.

– De ma grossesse ?

– De la grossesse et plus tard, de ma paternité.

– Tu auras tout ça, aucun problème. Le dessert a dû être servi. Il serait grand temps de rentrer mon chéri, tu ne crois pas.

Confus, je regagne l’intérieur, notre table, ma place, sans me préoccuper d’elle. Je ne lui adresse plus la parole, ne l’écoute plus. J’ose un regard vers Maëva. Elle et le coq ont inversé leurs places. Il me surprend en flag, étire ses lèvres en levant son verre vers moi.

CONNARD !

À peine la péniche à quai, je me rue vers la sortie, oubliant galanterie et politesse. J’appelle un taxi. Muriel arrive, agacée, mais victorieuse. Elle voit la voiture s’arrêter.

– Je ne comprends pas, dit-elle.

– T’es enceinte, alors pas de moto. Salut.

Elle peste, claque la portière. Ce n’est plus elle qui me préoccupe, c’est le couple qui s’éloigne main dans la main, c’est la complicité qu’ils affichent, le baiser qu’il lui donne en attendant que le feu piéton passe au vert.

De rage, je balance le casque de Muriel dans la première poubelle, ajuste le mien, fonce droit en direction du Lounge.

Dès mon arrivée, je passe un coup de fil à Benji.

– Il est tard, tu as un problème, fiston ?

– Elle est revenue, elle est revenue et tu ne m’as rien dit !

– Tu ne veux plus que j’évoque son nom, je respecte, mon petit.

– Te fous pas de ma gueule, Benji. Tu ne t’es pas privé de me parler de son départ la dernière fois. Tu voulais juste me cacher qu’elle avait quelqu’un. Tu t’es imaginé que ce serait plus drôle que je tombe sur eux par hasard ? Tu vas être satisfait, ça vient d’arriver.

– Tu vas baisser d’un ton, Gianni. Je ne suis pas si tordu. Tu l’as laissée tomber. Tu es seul responsable de la situation. Si tu es en colère, c’est contre toi, tu sais que tu as fait la pire connerie de ta vie en la larguant comme une malpropre. Défoule-toi sur quelqu’un d’autre, Gianni, pas sur moi. Je ne sais pas ce qui s’est passé ni où tu l’as croisée. J’imagine qu’elle était avec Léo. C’est un gentil garçon. J’aurais préféré que ça marche entre vous, de tout mon cœur. C’est peut-être trop tard, je le regrette.

– Pour être trop tard, ça l’est.

– Pourquoi ?

– Muriel est enceinte.

– Nom de Dieu ! Tu pouvais pas faire attention ! me reproche-t-il.

– Je n’ai fait que ça, attention. Elle a fait ce qu’il fallait pour que ça marche.

– Je t’avais prévenu, Gianni.

– Je sais…

– Tu vas faire quoi ?

– Que veux-tu que je fasse ? Si c’est bien mon gosse, j’assumerai. Je suis peut-être con, je ne serai plus lâche.

– Réfléchis, réfléchis bien, il y a toujours une issue.

– Dans le noir, c’est pas facile de trouver la sortie, Benji. Je vais me coucher, désolé de t’avoir si mal parlé. Je ne suis pas dans mon assiette.

– Ce n’est rien, tu as de quoi être déboussolé.

Je raccroche. Muriel s’affiche sur mon écran à maintes reprises. Elle s’acharne, m’appelle sans relâche. Je ne rentrerai pas ce soir. J’ai besoin de m’isoler pour encaisser, encore ! Un gamin… Un gamin avec Muriel. Et Maëva, si sublime ce soir, avec un autre. J’ai tout foiré, et j’ai pas fait semblant.

 

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