Virgin mojito
43 - Las Coloradas
Maëva
Un an plus tard…
Benjamin et moi sommes restés en contact, chaque semaine il m’envoie de ses nouvelles. Il y a trois mois, c’est une fiole de sable que j’ai reçue. Il a enfin eu l’accord des médecins pour entamer son voyage hommage. Il est parti avec Catherine qui ne le quitte plus. Il peut réaliser son rêve : emporter avec lui un peu des plus belles plages, pour Sam. J’ai été tellement touchée qu’il pense à moi de cette façon. Mais le plus inattendu des cadeaux, c’est Léo et Antone qui me l’ont offert. Ils ont voulu me remercier à leur façon. Pourquoi ? Parce que j’ai réussi à faire accepter leur couple aux parents de Léo. Il a fallu plusieurs mois, j’y suis allée en douceur, avec diplomatie, sans que Léo ne le sache.
J’avais peur d’échouer, je ne voulais pas perdre l’amitié de Léo. Ces deux-là méritaient de vivre leur histoire au grand jour. La pilule a eu un peu de mal à passer, ses parents ont fini par se faire une raison. Le jour du divorce, j’ai eu droit à une belle surprise : un billet d’avion pour rejoindre Benjamin dans la région du Yucatan, au Mexique.
Quatorze heures cinquante de vol plus tard, direction El Perico Marinero, un hôtel restaurant situé à seize kilomètres d’une des plus incroyables plages de la planète : Las Coloradas. Je suis surexcitée à l’idée de la découvrir. L’hôtel est simple, typique de la région, un toit de paille au-dessus du restaurant. C’est mignon. Je n’ai qu’une envie, récupérer la clé de ma chambre, me doucher, me changer et retrouver Benji. Je l’avais averti de mon heure d’arrivée. Il m’a donné rendez-vous sur la fameuse plage, dans deux heures. Timing parfait. Heureusement, le vol n’a pas été retardé. La chambre est sobre, sans fioritures. Carrelage ocre au sol, tête de lit en bois, draps blancs. Benji n’a pas choisi cet hôtel pour le luxe, mais pour la proximité de Las Coloradas.
Sur la route, une structure surmontée de flamants roses nous annonce en lettrage multicolore : Bienvenidos a Las Coloradas. Le ciel bleu, les palmiers, les bords de route sablonneux, la France est loin, c’est certain ! Le chauffeur me dépose. Tout est prévu pour le retour me dit-il. J’avance vers la plage, époustouflée par cette vision féérique d’une étendue si rose qu’on la croirait peinte par une petite fille. C’est irréel. Je mets la main en visière, des flamants roses pêchent un peu plus loin. Je suis au Paradis, un paradis sur terre. Je marche vers le bord. Sur un bon mètre de distance, l’écume stagne sur le sable si blanc. Je ris en pensant que je suis face à un bain moussant géant. Dommage que la baignade soit interdite, ça fait vraiment rêver.
– Ce sont des micro-organismes marins qui donnent cette pigmentation au lac, m’explique une voix qui me fait frissonner.
Je n’ose plus bouger. J’ai peur de réaliser, de me tromper ou de me réveiller. Ça ne peut pas être vrai, il ne peut pas être là. Je retiens ma respiration, ferme les yeux. Les images affluent sous mes paupières, mon cœur s’affole.
– Tu es le fruit de mon imagination, c’est la fatigue, le décalage horaire… C’est ça, sept heures, c’est beaucoup. Je suis en plein délire, le soleil tape trop fort, je dois être complètement déshydratée. Je n’ai même pas amené de bouteille d’eau. Je dors peu ces derniers temps… Maëva, réveille-toi.
– Si tu es en train de rêver, moi aussi, je peux tout m’autoriser dans ce cas, murmure la voix.
Une douce et chaude pression sur mes lèvres, une décharge foudroyante, un parfum entêtant, le sien. J’ouvre les yeux, mes cils frôlent les siens, mes jambes se dérobent, il me retient en serrant fermement ses bras autour de moi. Il pose son front contre le mien, respire aussi fort que moi.
– Tu n’es pas réel… tu n’es pas réel…
Il rit contre ma bouche, la redessine de sa langue, sensuellement.
– Quand le rêve devient réalité, susurre-t-il.
– Qu’est-ce que tu fais là, je bégaie.
– Benji…
– Cupidon…
– Il est parti hier, Catherine et lui sont dans un avion en direction de Bali à l’heure qu’il est.
– C’est vrai ? Tu es sérieux ? Tu étais dans le coup toi aussi ?
– Il a gardé le secret jusqu’à la semaine dernière. Il voulait être certain que tu viennes.
– Attends une minute, c’est Léo qui m’a offert le billet.
– Léo et Benji en fait.
– Je n’en reviens pas, pourquoi ?
– Pour que personne ne se mette plus entre nous, pour que tu n’aies plus aucune chance de m’échapper, pour qu’on crée de nouveaux souvenirs, dans un endroit exceptionnel, pour que j’aie le temps de te convaincre d’enfin nous laisser une chance. Je t’attends depuis un an, Maëva, tu as l’art de te faire désirer.
– Gianni, je ne sais même pas où tu en es dans ta vie, je réponds en le repoussant doucement.
Il enfonce ses mains dans ses poches, regarde au loin, là où les flamants prennent leur envol.
– Que veux-tu savoir ? Benji ne t’a rien dit ?
– C’était trop dur d’avoir de tes nouvelles, murmuré-je, je lui ai demandé de ne plus m’en donner il y a bien longtemps. J’avais besoin de tourner la page, Gianni. Il fallait que je t’oublie.
– Tu as réussi ? demande-t-il d’une voix neutre.
– Bien sûr que non, mais j’ai avancé, je n’ai pas eu le choix.
– J’attends tes questions, continue-t-il sur le même ton.
– Muriel ?
– Fini depuis longtemps. Je l’ai virée de chez moi. Elle a trouvé ses valises devant ma porte. Elle a essayé de rentrer. Benji et moi avions changé la serrure, elle était piégée. Elle s’est égosillée en tapant comme une folle pour que j’ouvre, en vain. Pour moi, elle n’existait déjà plus. J’ai fini par appeler un ami à moi. Il est flic, je lui ai expliqué la situation. Il l’a menacée de prendre des mesures, elle a flippé, elle est partie. Après plusieurs tentatives infructueuses pour me récupérer, elle a déménagé, a quitté la ville. Depuis, silence radio.
– C’était quand ?
– Le lendemain de ton mariage, dit-il sans me regarder.
– Et le bébé ?
– Quel bébé ? Il n’y a jamais eu de bébé, sur ça aussi elle a menti.
Je plaque une main sur ma bouche, horrifiée. Je me laisse choir sur le sable blanc, complètement perdue. Tous ces mensonges, tous ces drames, toutes ces larmes. Jamais nous ne pourrons rattraper les mois dont elle nous a privés. Il se pose à mes côtés, si près que sa peau, même à travers les tissus, embrase la mienne. Il m’a tant manqué, mon corps vibre tout entier à ce simple contact. L’espoir renaît, tout semble enfin possible. Je voudrais tout oublier, ou presque, de ce temps où nous nous sommes abîmés, blessés. Notre passé, comme des traces de pas sur le sable, s’effacerait sous la caresse d’une vague teintée de rose.
– Je sais que tu as divorcé, poursuit-il. Benji me l’a annoncé quand il m’a proposé ce voyage. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? demande-t-il en serrant la mâchoire.
– J’imagine que le fait que mon mari préfère les hommes a été pour beaucoup dans notre séparation, je lui réponds en lui donnant un petit coup d’épaule.
Il me regarde, stupéfait.
– Il t’a trompée avec un mec ?
– Non, Gianni, je l’ai épousé pour lui servir d’alibi auprès de sa famille. Notre mariage était un CDD, rien de plus. Il n’y a jamais eu plus qu’une grande et belle amitié entre lui et moi. La plupart du temps, il vivait chez Antone, son ami.
– Merde ! Pourquoi tu ne m’as rien dit, ça m’a rendu malade, Maëva. C’est cruel un truc pareil.
– J’ai voulu nous protéger tous les deux. Je pensais que ce serait plus facile pour toi de passer à autre chose, de te vouer à ton enfant, si tu me croyais définitivement casée.
– Tu devrais savoir que je n’oublie pas si facilement.
– C’est vrai… murmuré-je.
– Je t’aime toujours, Maëva. Je veux que tu reviennes, qu’on vive ensemble, qu’on recommence tout. J’ai vendu la maison, j’habite chez Benji pour le moment, mais on pourrait trouver un endroit juste pour nous. Je t’en prie, accepte. Je ne veux plus vivre sans toi, on a perdu assez de temps.
– Tu loges à l’hôtel Perico ?
Il sourit.
– Benji n’a réservé qu’une chambre. J’ai planqué mes bagages à la réception tout à l’heure.
– Il était sûr du succès de son plan, commenté-je.
– J’espère qu’il a eu raison.
– Rentrons, tu veux bien ?
Il se lève, prend ma main. Ses doigts entrelacent les miens. Nous sommes un peu empruntés. Pour la première fois libres, totalement, nous avons du mal à savoir comment nous comporter, quoi dire, quoi faire. En silence, nous entrons dans la voiture qu’il a louée. Sans un mot, nous regagnons l’hôtel. Il récupère sa valise, son sac à dos, nous avançons jusqu’à notre chambre.
À peine la porte franchie, il lâche les bagages, se rue sur moi comme si nous allions faire l’amour une dernière fois avant de mourir. Sa main sur ma nuque me presse contre ses lèvres. Il fait chaud, très chaud, nos corps s’embrasent. Plus de maîtrise, perte totale de contrôle. Sa langue affole déjà la mienne dans une valse étourdissante. Je relève son tee-shirt, je suis en manque, en manque de sa peau, de ses muscles saillants, des battements de son cœur qui rythment les miens. Ça ne va pas assez vite, toutes ces nuits à le rêver, à lui rester fidèle, à le désirer, tous ces mois sans ce contact grisant. Il déboutonne ma robe, pressé, fougueux. Sa bouche fait des merveilles sur mon cou, ma poitrine dévoilée. Il me pousse sur le lit, reprend le cours de ses baisers sensuels. J’ai besoin de le toucher, le palper, le respirer. Il descend toujours plus bas, passe ses doigts sous l’élastique de mon string, s’apprête à le faire glisser le long de mes jambes, s’interrompt.
– Qu’est-ce que… qu’est-ce qui t’est arrivé, s’inquiète-t-il en caressant ma cicatrice encore rose.
Nouvelle angoisse… Je ne réponds pas. Il s’allonge sur moi. Son visage à quelques millimètres du mien, je lis la peur dans ses yeux. C’est le moment où tout peut encore basculer. Je caresse sa joue, il essuie une larme sur la mienne.
– C’est le plus beau cadeau que la vie m’ait fait, Gianni, le plus beau cadeau que tu m’aies fait.
– Qu’est-ce que tu racontes ? demande-t-il, haletant.
– Elle s’appelle Lydia, parce que c’est grâce à elle que nous nous sommes rencontrés, que nous nous sommes aimés. Parce que je sais que tu l’aimes encore, parce qu’on ne l’oubliera jamais, parce que moi aussi je l’ai aimée. Lydia, c’était ton premier grand amour, aujourd’hui, ta fille porte son prénom.
– Quoi ? Je… Quoi ? souffle-t-il. Comment ? Quand ?
– Un joli souvenir de notre dernière nuit.
– Mon Dieu, j’ai oublié de me protéger. Lydia, tu l’as appelée Lydia, je n’en reviens pas que tu aies fait ça, qu’on ait un enfant, que tu aies vécu ça sans moi. Où est-elle ?
– En France, avec mes parents.
– Tu as une photo ? Je peux la voir ?
– Dans mon portefeuille, dans mon sac.
Il se précipite. Je me couvre du drap, émue, un peu stressée aussi.
– Ouvre, lui intimé-je en le voyant hésiter.
Il s’assied sur le lit, découvre les deux photos de notre fille. Elle a ses yeux et ma bouche, très peu de cheveux, juste un petit duvet blond doré. Je lui demande de récupérer aussi mon téléphone. Je fais défiler toutes les autres photos, lui montre deux petits films sur lesquels on l’entend gazouiller.
– Elle a cinq mois, elle est adorable, mais refuse de faire ses nuits. Elle a déjà un sacré caractère.
– Elle est magnifique, murmure-t-il. Pourquoi ce silence, Maëva ? Benji savait ?
– Je ne lui ai encore rien dit. J’avais trop peur qu’il t’en parle. Je comptais le faire aujourd’hui. Tu dois me détester. Je pensais bien faire, je t’imaginais déjà papa, dans une situation suffisamment complexe pour que je ne vienne pas en rajouter.
– C’est mon enfant, Maëva, j’avais le droit de savoir. Tu n’avais pas à me cacher une chose pareille, me reproche-t-il.
– J’ai cru que c’était la meilleure décision à prendre, je te demande pardon.
– Si j’avais eu ce gamin avec Muriel, si je n’étais pas là aujourd’hui, tu te tairais encore ?
– J’attendais que ta situation s’éclaircisse, que tu sois sûr d’avoir des droits sur ton enfant. Alors, je t’aurais tout avoué.
– C’est dingue, dit-il d’une voix presque inaudible, c’est complètement dingue.
Il fixe les photos, les caresse comme si sa fille pouvait se matérialiser sous ses doigts. Tout doucement, il les pose sur la table de nuit, se retourne vers moi.
Je ne sais pas ce qu’il va dire ou faire, si ça remet en question sa récente déclaration. Il tire le drap avec lenteur. Le contact du tissu qui frôle ma peau me fait frissonner. Son regard sur mon corps me brûle. Il effleure ma cicatrice. Je retiens ma respiration. Il se penche, ses lèvres prennent le relais, avec une tendresse et une sensualité renversantes. Il me pardonne… Il m’aime et me pardonne. Sans détacher sa peau de la mienne, il remonte jusqu’à ce que ses mots meurent sur ma bouche :
– Le plus beau cadeau que Lydia m’ait fait, c’est toi, miss Tentation. Tu es une femme incroyable, mais plus jamais, tu m’entends, plus jamais je ne te laisserai partir. Plus jamais je ne manquerai le moindre moment avec toi, avec notre fille. Je ne te demande plus si tu veux me rejoindre, je l’exige. Je t’aime, je ne laisserai plus personne nous séparer.
Il n’attend pas ma réponse, il m’impose un nouveau baiser, aussi passionné que punitif. Notre relation est née dans l’intensité, elle reprend de la même façon. Il m’ôte le dernier rempart de tissu qui nous sépare, roule sur le dos, me fait basculer sur lui. Il me serre à m’en faire mal. Ses mains voguent sur mon dos, mes reins, mes fesses. Je soupire en respirant son cou, glisse une main dans ses cheveux, l’autre s’aventure plus bas, jusqu’à trouver enfin l’objet de mon désir. Je le prends entre mes doigts, caresse, cajole, serre, relâche. Il part à la conquête de mes cuisses, suit mes courbes jusqu’à mon intimité qui n’attend plus que lui. Je gémis contre ses lèvres sous cette exquise torture. Il s’interrompt pour attraper son jean au sol. Il sort un préservatif de son portefeuille. Je le lui prends des mains, le lui applique en prenant bien soin d’en profiter et de le faire languir. Impatient, il me soulève, m’installe sur lui. J’ondule, ferme les yeux, le ressens, intensément, si dur, si fort. Ses mains sur mes hanches donnent le tempo, je cède au rythme qu’il impose.
– Regarde-moi, Maëva, m’ordonne-t-il.
J’obéis, sa paume se pose sur ma joue. Il se redresse, m’entoure de ses bras, se lève sans se détacher de moi. Il me plaque contre le mur, prend définitivement le pouvoir. Il va et vient en moi avec une toute nouvelle force. Il ne me quitte pas des yeux, comme la première fois que nous avons fait l’amour. Ce que je lis aujourd’hui dans ses iris est différent. C’est de l’amour, du soulagement, du bonheur. Nous sommes libres, totalement. À l’unisson, nos cœurs s’emballent, nos respirations saccadées font voler quelques mèches de nos cheveux. Des perles de sueur dégoulinent sur nos corps. Je glisse contre le mur. Il me retient, me soutient, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce qu’une vague, un tsunami de plaisir nous emporte en même temps.
– Je t’aime, susurré-je contre sa joue.
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