Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 17 sur 54

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Virgin mojito

16 - Aucune promesse !

 

Maëva

J’ai demandé à Benjamin de rendre visite à Lydia à ma place jusqu’à la fin de la semaine. J’ai besoin de prendre un peu de recul. Muriel a l’air déterminée à me mener la vie dure. Je commence à peine dans cette région, je n’ai pas envie d’avoir ou de créer des histoires, même pour les beaux yeux du Sicilien. J’ai tout fait pour éviter Gianni, il m’a envoyé quelques textos auxquels j’ai répondu le plus brièvement possible, très sobrement. Si quelqu’un tombe dessus, ils ne prêteront pas à confusion. Entre le boulot et les préparatifs de ma petite fête, je n’ai de toute façon pas eu une minute à moi. Ce soir, tout le monde arrive. Je me fais une joie de tous les retrouver. Je ne suis pas d’astreinte ; à moins qu’il n’y ait un problème avec Lydia, je suis tranquille. J’ai l’intention d’en profiter un maximum, de retrouver un peu de légèreté et d’insouciance. En quelques semaines, avec tout ce qui est arrivé, j’ai l’impression d’avoir pris dix ans. Je trouvais les années d’internat fatigantes, c’était que dalle à côté de ce que j’ai à assumer aujourd’hui.

 

J’ai fait les dernières courses ; Benjamin s’occupe du buffet, je n’ai eu qu’à gérer la décoration et les boissons. Évidemment, je n’ai oublié ni le rhum ni la menthe ni les citrons verts. Je suis fidèle à ma réputation : la reine des mojitos ! Je me gare à l’aéroport pour récupérer Nath, Laura et Perrine ; les garçons ont préféré faire le trajet en voiture. Une virée entre hommes ! Ils ont tous réservé à l’hôtel qui se situe à l’entrée du village. Je suis surexcitée. Je fonce attendre les filles, trépigne d’impatience. Je les vois enfin derrière la vitre, fais des bonds, comme un cabri. Les gens autour me regardent dédaigneux, comme si j’avais perdu la raison. Je m’en fous, je suis folle, et alors ? La vie est trop courte pour ne pas profiter intensément de chaque instant. Elles ont récupéré leurs valises, courent vers moi en lâchant les bagages. En criant comme des furies, nous nous serrons toutes très fort.

– C’est trop bon de vous voir les filles, vous m’avez tellement manqué.

– C’est pas faute de t’envoyer des tas de messages, ma belle, répond Laura. Ça t’arrive de décrocher ton téléphone ?

– À moins qu’elle n’ait plus de temps à nous consacrer ; je trouve étrange qu’elle ne nous ait pas encore parlé de ses nouvelles conquêtes, continue Perrine.

– Arrêtez avec ça, dis-je en perdant un peu mon sourire.

– Oh oh !!! On nous l’a changée, commente Nath, qu’est-ce qui t’arrive, Maëva ?

– Rien du tout, il n’y a rien à dire, je poursuis en les guidant vers ma voiture.

– Tu veux nous faire passer les vessies pour des lanternes, chérie, on te connaît, insiste Laura, il y a un mec là-dessous, j’en mets ma main au feu !

– Elle rougit, continue Nath en écarquillant les yeux, c’est dingue ! Maëva rougit ! Je ne savais même pas qu’elle était capable de faire ça, rit-elle.

– Vous avez fini, oui ? Je vous dis qu’il n’y a rien, j’ai eu trop de boulot, c’est tout !

– À d’autres, s’insurge Perrine, on va te faire passer à la question7 dame Valence, à coup de mojitos, tu vas avouer, oh oui tu vas cracher le morceau !

Pendant le trajet, je m’efforce de changer de sujet, celui-ci est un peu trop brûlant et risqué à mon goût. Les filles ne comprendraient pas. Je n’ai aucune envie de parlementer. J’apprends que Perrine a finalement choisi de se spécialiser en pédiatrie, elle reste encore quelques années sur Paris. Laura et Romain atterrissent à Lyon, le déménagement est en cours, ils travailleront tous les deux au même endroit. Sev s’est envolée pour la Suisse, elle n’a pas pu se joindre à nous. Quant à Nath, elle a décidé de s’engager pour deux ans dans l’humanitaire. Ça ne m’étonne pas. Elle a toujours eu des envies d’ailleurs, cette fille a un grand cœur, elle est faite pour ce genre de missions.

Je les présente à Benjamin qui les accueille avec des macarons faits maison, aux couleurs acidulées qui donnent envie de croquer à pleines dents. Sa merveilleuse citronnade accompagne agréablement la dégustation des mignardises, la conversation est facile. Les filles se mettent direct à le tutoyer. Je n’ai encore jamais osé.

– Il est temps que vous preniez exemple sur vos amies, Maëva, si on mettait fin à ce protocole ridicule.

– Avec joie, Benjamin, je lui réponds en souriant.

Après ce petit goûter, j’invite les filles dans ma maisonnette, on doit se préparer. Pour l’occasion, j’ai investi dans une robe pour laquelle j’ai eu un véritable coup de foudre. Noire, bustier droit, près du corps, elle s’arrête à mi-cuisse. Le tissu est incroyable, entre soie et satin, il scintille discrètement à la lumière. J’ondule mes cheveux que je laisse flotter sur mes épaules. Pour la première fois depuis une éternité, je sors mon maquillage. J’applique un fard sombre sur mes yeux pour les rendre charbonneux, du mascara pour des cils interminables, un peu de rose sur les joues pour l’effet bonne mine, du brillant à lèvres. Je sème de la poudre pailletée qui sent bon le talc et la vanille sur mes bras, mes épaules, mes jambes, chausse mes escarpins, je suis prête.

Mes amies rivalisent de beauté. Elles aussi ont voulu marquer le coup. Une somptueuse robe carmin pour Laura, violette pour Nath, un lamé or pour Perrine. J’ai hâte de voir la tête des garçons ; ils vont tomber à la renverse.

Je ne me suis pas trompée, ils écarquillent les yeux et sifflent à peine le portail passé. Bart me serre dans ses bras, un peu plus longtemps qu’il ne devrait. Je suis si heureuse de les retrouver que je ne refuse pas son étreinte. Eux aussi trouvent vite leur place chez Benjamin qui, en parfait maître de maison, les accueille à bras ouverts.

J’avais, dans la journée, pris le temps d’installer des guirlandes de lampions, éparpillé quelques pétales de roses autour de la piscine. J’ai disposé des bougies flottantes à LED qui changent de couleur sur l’eau. Tout est parfait. Mais lorsque je découvre les deux grandes tables sur lesquelles Benji a disposé le buffet, j’ai le souffle coupé. Il nous avait promis un barbecue, j’ai l’impression d’assister à un repas de mariage. C’est incroyable. Quand a-t-il fait tout ça ? Comment a-t-il réussi à me le cacher ? Sur des nappes blanches parfaitement repassées, une farandole de sauces accompagne des crudités appétissantes, une déclinaison de feuilletés, des toasts garnis, des wraps, des salades composées, un grand plateau de charcuterie en forme de papillon. Un peu plus loin, le charbon embaume en chauffant pour cuire les grillades. Je saute dans ses bras.

– Benjamin, vous êtes épatant !

– Tu, Maëva, il faut me dire tu !

– Pardon, tu es fou, tu en as fait pour un régiment, c’est trop beau !

– Tu le vaux bien, Maëva, ça me fait plaisir.

Mes amies viennent m’aider à préparer les mojitos pendant que les garçons tiennent compagnie à Benjamin.

Deux heures plus tard, la soirée bat son plein. J’ai déjà abusé des mojitos, la terrasse devant la piscine s’est transformée en piste de danse. Notre petit groupe s’éclate en musique. Delphy n’a pas pu venir, la miss avait un rencart. Bart, excellent danseur, m’entraîne dans une salsa renversante. Il en profite un peu, je ne me formalise pas. Notre histoire passée nous a rendus complices, je suis très à l’aise avec lui. Je ne souhaite rien de plus, je l’arrêterai s’il va trop loin. Lorsqu’il me fait tourner, mon cœur s’arrête. Je ne peux plus bouger. Bart m’interroge, suit mon regard. Contre la façade de la maison, Gianni, en tee-shirt noir col en V, jean assorti, me fixe. Les filles, surprises, s’interrompent elles aussi, se collent à moi.

– Qui est ce type, il est à tomber, demande Perrine.

– C’est lui, affirme Laura, celui qu’elle nous cachait.

Je leur demande de m’excuser, rejoins Gianni, hésitante.

– Bonsoir, qu’est-ce que tu fais ici ? je lui demande.

– Benji m’a invité, dit-il en désignant l’intéressé d’un mouvement de menton.

Je jette un œil à Benjamin qui sourit en levant son mojito en mode : santé les enfants !

 

Encore un coup fourré !

 

– Tu danses comme ça avec tout le monde ? me reproche-t-il en fusillant Bart du regard.

– Je danse, c’est tout.

– Qui est ce type, ton petit ami ?

– En quoi ça te concerne, Gianni ?

– Réponds-moi s’il te plaît.

– Il ne l’est plus depuis longtemps.

Ses yeux s’animent, une nouvelle lumière y brille, une lueur de… soulagement. Mon cœur s’emballe.

– Parfait, danse avec moi, ordonne-t-il d’une voix rauque.

Il me prend par la main, m’attire au milieu des autres qui ont repris leurs chorégraphies endiablées. Seul Bart s’est éloigné ; vexé, il s’est assis à côté de Benjamin. Gianni pose délicatement une de ses mains sur ma hanche, effleure le tissu jusqu’à ma taille qu’il contourne pour se caler sur ma chute de reins. Je ferme les yeux, frissonne. De l’autre main, il prend la mienne, me fait faire un tour sur moi-même. Je me retrouve le dos collé contre son torse, ses bras m’encerclent, m’emprisonnent complètement. Je sens son corps partout contre le mien, son parfum envoûtant. Il ondule tout contre moi, m’obligeant à calquer ses mouvements au rythme de la musique. Au bout de quelques secondes, ses lèvres trouvent mon cou, une décharge électrique me traverse. Violente, elle me fait oublier que nous ne sommes pas seuls. Il ne fait rien de choquant, pourtant, c’est si sensuel que je rougis encore. Je brûle de l’intérieur, ce n’est pas à cause de l’alcool, c’est lui, sa présence, sa force.

Normalement, je suis celle qui séduit, décide, choisit. Cette fois, Gianni me prend au piège, fait de moi une petite chose fragile, incapable de dire stop. J’ouvre les yeux, aperçois Bart se lever, changer la musique. Il opte pour un morceau de Heavy Metal qui a le don de refroidir tout le monde. Je comprends le message, pourtant, je suis toujours dans les bras de Gianni. En réaction, les filles se jettent sur Bart, le poussent tout habillé dans la piscine en éclatant de rire. Profitant de la diversion, Gianni me tire par la main, court de l’autre côté de la maison. En talons, imbibée de rhum à la menthe, j’ai beaucoup de mal à le suivre.

Il entre chez Benji, nous enferme dans le bureau de ce dernier. Il n’allume pas, me bloque contre le mur.

– Gianni, qu’est-ce que tu fais ?

– Je n’ai pas aimé te voir avec ce mec.

– Arrête ça, tu veux, je t’ai expliqué qu’il n’y a plus rien. Entre toi et moi non plus, d’ailleurs.

– Tu crois ça, Maëva, tu le penses vraiment ?

– C’est impossible, tu le sais aussi bien que moi.

– Rien n’est impossible… J’ai beaucoup réfléchi cette semaine. Tu m’as manqué. Je sais que tu m’évites, tu as peur toi aussi, c’est tout. Je ne te propose rien de plus que quelques moments tous les deux, pas de promesses, pas d’engagement, juste comme ça.

– En cachette, commenté-je.

– Oui, murmure-t-il, pas d’après, pas de questions, pas de projets. On se plaît, on se fait du bien, rien d’autre.

– Charmant, je réponds.

– Je ne peux rien t’offrir de plus. Tu as le choix, ça peut fonctionner.

– Si on s’attache l’un à l’autre, si l’un de nous veut plus…

– Ça n’arrivera pas.

Quelqu’un toque à la porte, je sursaute, prise en faute comme une gamine.

 

– Maëva, t’es là ? demande Perrine. On te cherche partout, les garçons veulent aller se coucher.

– Ne bouge pas d’ici, s’il te plaît, je ne veux pas que mes amis s’imaginent des trucs, chuchoté-je à Gianni. Je règle ça.

Je sors, referme derrière moi. Perrine me regarde en souriant, m’offre une danse des sourcils.

– Je n’interromps rien d’important, j’espère, dit-elle trop fort.

– Non, Gianni était venu me remettre un document, je le rangeais dans le bureau de Benjamin, c’est tout.

– C’est ça, rit-elle.

– Vous partez déjà ?

– Il est une heure du matin, ma chérie, on rentre demain, les garçons sont crevés. Bart est un peu déçu aussi, j’imagine qu’il se remettra.

– C’est passé tellement vite, je réponds, plaintive.

– C’est vrai, mais ta soirée est loin d’être terminée à mon avis, me provoque-t-elle alors que je pensais avoir habilement détourné la conversation. Toi et le mystérieux homme en noir avez encore des choses à vous dire ou… à vous faire. Il vaut mieux qu’on vous laisse tranquilles.

– Ne dis pas de bêtises, Perrine.

– OK OK, je me tais. Entre nous, il est sublime, ne le laisse pas filer celui-là.

Je retourne sur la terrasse, abandonne Gianni dans le bureau. Mes amis ont déjà rassemblé leurs affaires, récupéré les valises des filles. Ils sont en train de remercier et saluer Benjamin. C’est le moment des adieux, j’ai horreur de ça. Je ne les reverrai pas avant plusieurs mois. Je ne peux même pas leur confier ce qui m’arrive. Je déteste leur mentir, mais j’ai trop peur d’entendre ce qu’ils auraient à me dire. Je les raccompagne jusqu’au Ford Galaxy de Romain. Émue aux larmes, je retiens les filles un peu plus longtemps, sous les moqueries des mecs. Bart fait clairement la gueule, il est encore trempé jusqu’aux os. Ça lui passera, j’ai déjà tourné la page. Sur la terrasse, Gianni est en pleine discussion avec Benjamin qui entreprend de tout ranger.

Gênée après notre dernier échange, je n’ose plus croiser le regard de Gianni. Il attend une réponse, un geste, je ne suis sûre de rien. Pour me donner une contenance, je rassemble quelques verres, avec l’intention d’aider notre hôte. Ce dernier m’arrête, pose ses mains sur mes épaules. Derrière ses grosses lunettes, son regard doux m’implore de l’écouter.

– Maëva, Gianni n’osait pas venir ce soir. J’ai dû l’appeler au moins trois fois au cours de la soirée pour le convaincre. Fais-moi plaisir, ne t’occupe pas de la vaisselle, laisse-lui une chance, il le mérite.

Il me pousse vers lui comme si j’étais une poupée de chiffon, sous les yeux attendris du beau sicilien. Gianni me prend par la main, entrelace ses doigts aux miens, me conduit vers l’atelier de Sam. Comme une marionnette, j’ouvre, le précède, ferme derrière nous.

– Aucune promesse, aucune attache, aucun engagement ? je lui demande d’une voix sourde.

Il hoche la tête en signe d’approbation. Je passe le bras dans mon dos, fais coulisser la fermeture Éclair de ma robe. Elle glisse sur mon corps dans un bruit de froissement de tissu. J’enlève un à un mes escarpins, recule jusqu’à la chambre. Animal, décidé, conquérant, pas après pas il me rejoint. Les mains dans les poches, il prend une grande inspiration, ferme les yeux un instant.

J’aimerais savoir ce qui se passe dans sa tête. Est-ce qu’encore une fois mon image se confond avec celle de Lydia ? L’imaginer est éprouvant. Va-t-il me considérer simplement comme un corps de substitution ? Est-ce à elle qu’il pensera lorsqu’il me fera l’amour ? Est-ce vraiment ce que je souhaite ?

Trop tard pour faire machine arrière. Moi aussi j’ai envie de lui. Sans rouvrir les yeux, il enlève son tee-shirt, déboutonne son jean, lentement, comme s’il avait besoin de plus de temps pour se préparer à franchir la limite. Nous savons tous les deux que ce qui va se produire est immoral, nous en avons pourtant autant besoin l’un que l’autre. Lui pour se raccrocher à quelque chose, moi… parce qu’il me plaît, parce que mon corps le réclame.

Comment gérer l’après ? Comment ?

 

Je découvre son torse parfait, taillé dans le roc, ses longues jambes musclées. Je peux voir son désir, il amplifie le mien. Je n’attends pas que ses paupières s’ouvrent à nouveau. Je veux le toucher, enfin. Mes doigts tremblent en se posant sur son cou, prennent un peu d’assurance au contact de sa peau dorée. Il frissonne, c’est contagieux… Encore distant, il est tout en retenue. Je ressens son combat intérieur. Une de mes paumes s’attarde sur son cœur, il cogne si fort, c’est étourdissant. Il retient sa respiration.

C’est en train d’arriver… Pour la première fois en six ans, il faute. Il faute avec le médecin de sa femme, il faute avec moi. Mes lèvres remplacent ma main, tracent un chemin de baisers délicats sur ses pectoraux, ses abdominaux saillants, je reprends le pouvoir. Je redeviens cette Maëva séductrice qui n’a peur de rien. J’invente une nouvelle route sur le tissu qui le sépare encore de moi, lève les yeux pour apprécier sa réaction. Les siens sont toujours clos. Je prends l’initiative, l’aide à passer le cap. Je le libère doucement de ce caleçon qui ne cache rien de son envie de plus. Sa main dans mes cheveux m’invite à me relever. J’obéis. Mes iris enfin rivés aux siens, nous restons paralysés une longue minute, respirations saccadées, yeux légèrement embués.

Une émotion intense, réciproque, un dialogue silencieux, l’acceptation et la peur. Il me soulève, me porte jusqu’au lit. Tout doucement, il s’allonge sur moi. Les draps sont frais, son corps brûlant. Il souligne de sa langue mes lèvres avant d’en forcer le passage. Cette fois il me regarde. Il caresse mes épaules, mes bras, mes côtes, remonte sur ma poitrine, s’y attarde. Je lis tant de choses dans ses yeux, il me bouleverse… du désir, du plaisir, de la souffrance aussi. Ses doigts cheminent jusqu’à mes cuisses, sûrs, habiles. Ils s’offrent un voyage plus intime ; experts, ils me font gémir sur ses lèvres. À mon tour je veux le redessiner, saisis son sexe dressé, caresse, serre, cajole. Il murmure des mots tendres, mon cœur se fendille à l’idée qu’ils ne me sont peut-être pas destinés. Ce n’est pas grave, ça ne compte pas. Nous ne sommes pas là pour nous aimer, juste pour nous faire du bien. Je tends la main vers ma table de nuit, récupère un préservatif que je lui applique sans qu’il ne me quitte des yeux. J’entoure ses hanches de mes jambes pour l’inviter au creux de moi.

En douceur, sans précipitation, il se fait une place entre mes reins. C’est aussi intimidant qu’une vraie première fois, aussi troublant. Il vogue en moi avec délicatesse, comme s’il avait peur de me faire mal. J’aimerais plus de fougue, je crains de le brusquer. Je suis ses mouvements, mon corps épouse le sien. Lorsque mon souffle se fait court, il sourit, m’embrasse passionnément, accélère enfin la cadence, continue jusqu’à m’arracher un cri qui meurt entre ses lèvres. Alors, seulement, il se libère du plaisir qu’il retenait. Sa tête retombe contre mon cou, sa peau contre ma peau, il ne se détache toujours pas de moi.

Sonnée, la culpabilité se refait une place dans ma tête, dans mon cœur, me glace le sang. Comment vit-il ce moment ? Va-t-il fuir sans un mot, m’abandonner avec toutes mes questions ? L’angoisse refait surface, grandissante. Il se retourne, m’entraîne avec lui, sur lui. Il me serre dans ses bras, très fort, rassurant.

– Tu veux qu’on en parle ? je lui demande timidement.

Sa bouche s’étire en un sourire délicieux.

– Non, Maëva, nous n’avons pas besoin de parler, il faut savourer, c’est tout. Je sais ce qui se passe là-dedans, dit-il en tapotant mon front de son index.

– Ah oui ?

– Je vais te répondre… Dans mes bras, ce soir, c’était toi, seulement toi, tu n’as pas à douter. Je ne regrette rien, d’accord, c’était merveilleux.

– Tu ne regrettes rien, je répète, pas très sûre de moi.

– Rien du tout.

– Mais ? Je sens qu’il y a un, mais.

– Mais je ne peux pas rester toute la nuit, avoue-t-il en replaçant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

– Je sais, soufflé-je en posant ma tête sur son torse. Ton cœur bat si fort, soupiré-je.

– Le tien aussi, rit-il tendrement.

Nous restons de longues minutes dans un silence plus du tout pesant, chacun dans son monde, le temps que nos corps s’apaisent, que notre rythme cardiaque revienne à la normale. Pour la première fois depuis longtemps, j’aimerais qu’un homme reste avec moi jusqu’au petit matin. Avec Gianni, ça ne sera jamais possible. Les moments que nous passerons ensemble seront toujours volés, les réveils toujours solitaires. On veut toujours ce dont on nous prive. C’est le propre de l’homme, intolérant à la frustration.

 

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