Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 42 sur 54

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Virgin mojito

41 - Happy wedding day

 

Maëva

Après toute cette effervescence, j’ai besoin d’un petit moment à moi. La musique bat son plein, les invités s’amusent, sirotent leur café en dégustant une deuxième part du magnifique wedding cake. Je me réfugie sur la terrasse de la grande villa des parents de Léo. Antone est là, seul. J’approche, lui souris. Nous regardons tous deux loin devant nous, là où les arbres rejoignent le ciel, indifférents à nos états d’âme.

– C’était une belle cérémonie, me dit-il.

– C’est vrai. Comment te sens-tu ?

– Ça peut aller.

– Je suis désolée, Antone, je réponds à voix basse.

– Ne le sois pas, Maëva. Ce que tu fais pour lui, c’est très beau. Il a de la chance de t’avoir rencontrée.

– Moi aussi j’ai de la chance, c’est un homme merveilleux, je suppose que je ne t’apprends rien.

– Je sais pourquoi il fait ça, mais toi, Maëva, quelle est ta motivation ?

– Prendre un nouveau départ.

– Tu avais d’autres solutions.

– Tu sais, Antone, au début, Léo m’a proposé de me servir de lui pour faire réagir l’homme que j’aime. Je trouvais ça cruel pour Léo, avant qu’il ne me confie toute la vérité. Ensuite, j’ai voulu lui rendre service, même si je suis révoltée par cette situation. C’est inacceptable de nos jours.

– L’homme que tu aimes ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

– Une histoire compliquée… Elle a commencé dans la douleur, dans la dissimulation, c’est aussi de cette façon qu’elle s’est terminée. Vivre quelques mois mariée à Léo n’est pas un sacrifice. Nous sommes très complices, le lien qui s’est créé entre nous est indéfectible.

– Il t’aime énormément.

– Ça ne change strictement rien, tu sais, lui et moi n’avons pas franchi la limite, nous ne le ferons jamais.

– Je ne doute ni de ton intégrité ni de la sienne.

– Je suis heureuse que tu sois revenu sur ta décision.

– J’ai essayé, j’ai vraiment essayé de l’oublier, Maëva. Je n’y arrive pas. Je ne sais pas comment tu parviens à te remettre de ta rupture. Si tu as la recette miracle, je suis preneur.

– Je n’ai pas le choix, c’est tout.

– Comment allez-vous faire, pour… ce que tu sais ? hésite-t-il.

– Grande question, soupiré-je.

– Tes parents sont au courant, de tout ?

– Oui.

– Ils en pensent quoi ?

– Mes parents sont plus ouverts que je ne l’imaginais. Ils m’ont demandé de bien réfléchir, bien sûr, mais ils me soutiennent. Je risque d’avoir besoin d’eux, alors, c’est heureux qu’ils le prennent ainsi.

– Je rêverais que ceux de Léo soient aussi larges d’esprit, aussi compréhensifs.

– Il leur faut peut-être plus de temps.

– Cinq ans, Maëva, ça fait cinq ans que Léo et moi nous aimons. Pas une seule fois il n’a osé leur parler de son homosexualité. Je vis dans l’ombre. Est-ce que tu imagines ce que ça fait ? Il vivait chez moi, Maëva. Dès que ses parents rappliquaient, il se barrait dans l’autre appartement pour les recevoir.

– Il souffre autant que toi de la situation, Antone.

– Sûrement, mais s’il m’aimait autant qu’il le prétend, il n’aurait pas eu besoin de t’épouser pour prouver à toute sa famille qu’il n’est pas gay. Merde, on dirait que c’est une maladie. De quoi ont-ils peur, tous, de la contagion ? Qu’est-ce que ça a de honteux, dis-moi ?

– Rien, Antone, l’amour n’a ni sexe ni frontière, mais certains d’entre nous sont encore victimes d’un puritanisme excessif. La tolérance est une vertu, ça n’est malheureusement pas donné à tout le monde.

– Le problème, c’est que Léo aime aussi les femmes. Quand il m’a parlé de cette idée de mariage, je t’ai envisagée comme une rivale… jusqu’à ce que je fasse ta connaissance.

– Il est peut-être bi, Antone, mais la personne dont il est éperdument amoureux, c’est toi.

– De toute façon, continue-t-il tristement, qu’est-ce que ça va changer ? Ça va calmer le jeu quelques mois. Quand tu partiras, on en sera toujours au même point. Je ne sais pas combien de temps je peux encore endurer ça. Il se mariera chaque fois que ses parents l’emmerderont avec leurs questions ? C’est ridicule.

– Je ne peux pas vous aider sur ce point, je ne sais pas comment Léo compte gérer la suite.

– Tu peux lui parler, non ?

– Je le ferai, je te le promets.

– Au fait, merci pour cette nuit, tu n’étais vraiment pas obligée.

Je ris, pose ma main sur la sienne.

– Tu imaginais que j’allais passer la nuit de noces avec mon mari ?

– T’es complètement dingue, tu le sais ça ? Je vais me chercher un truc à boire, tu veux que je te ramène quelque chose ?

– Un mojito, virgin, s’il te plaît.

 

Et voilà ! Je suis madame Guillon, pour quelques mois en tout cas. Benji m’a téléphoné pour me dire combien il regrettait de ne pas être présent. Il m’a fait livrer un énorme bouquet de fleurs chez les parents de Léo ce matin. Un petit mot l’accompagnait :

 

Ma petite Maëva, tu as bien fait de tout me raconter, je comprends mieux

ta décision. Je suis avec toi par le cœur et la pensée. Tu es une jeune femme

remarquable, d’une incroyable générosité. J’espère te revoir bien vite, dès

que tout sera terminé. Gianni est dévasté par ton départ, mais comme tu

l’as souhaité, je me tais. Ça me coûte, mais je respecte ton choix. Je prie

chaque jour pour que la vie vous offre une nouvelle chance. Si tu refuses d’y

croire, j’y croirai pour toi. Je te souhaite tout le bonheur que tu mérites.

N’oublie pas que je suis là.

Avec toute mon amitié,

Benjamin

 

Après le départ de tous les convives, je remercie chaleureusement les parents de Léo pour la magnifique réception qu’ils ont pris la peine d’organiser dans leur villa. Mon mari et moi partons en direction de l’hôtel.

– Tu es sûre, Maëva, ça m’ennuie de te laisser seule ce soir.

– Léo, ta place n’est pas dans mon lit, quel que soit le jour. Je vais dormir, je suis épuisée. Demain, l’avion décolle tôt, tu ne verras pas Antone pendant deux semaines. Profite, OK ?

– Tu es un amour. Dans une autre vie, j’aurais sûrement craqué pour toi.

– Dans une autre vie alors, commenté-je en riant.

 

Ces quinze jours en Sicile ont eu le mérite de me changer agréablement les idées. Bien que l’Italie me rappelle évidemment Gianni, la beauté de cette île, la gentillesse des locaux, la délicieuse compagnie de Léo m’ont fait un bien fou. J’ai dévoré des poissons grillés dans de magnifiques petits ports de pêche, dégusté des antipasti, des cannoli, des glaces artisanales. Une pure merveille. Nous avons parcouru toute l’île pour visiter tous ses trésors, même l’Etna. Je me suis sentie toute petite devant cette nature indomptable. Je n’ai pas du tout envie de rentrer. Gianni continue de m’envoyer des messages, des mails, que je laisse sans réponse. Il finira bien par abandonner.

C’est à Toulouse que nous allons vivre, dans l’ancien appartement de Léo. Quand je dis « nous », c’est un bien grand mot. Il partagera son quotidien avec son cher Antone, ne me rejoindra que lorsque ses parents nous rendront visite. Il reprend ses anciennes habitudes. J’ai trouvé un CDD dans un hôpital de la ville. Pour la première fois de ma vie, je vais me retrouver seule, pour la première fois de ma vie, ça me fait vraiment peur. Mes dîners sans Benji vont me paraître bien fades. Je continuerai à voir régulièrement Léo et Antone, nous passerons du temps ensemble, mais ce n’est pas la même chose.

Je me suis embarquée dans une aventure totalement ubuesque, mais la situation de Léo m’a rappelé la mienne. Il vit son histoire caché, en souffre terriblement. L’épouser ne règle pas les choses, ça lui donne juste un peu de répit. Ses parents sont très pratiquants, l’homosexualité n’est pas bien acceptée dans cette famille. Il les aime profondément. Il voudrait assumer au grand jour, pour lui, pour Antone. Il craint de les décevoir. J’ai abordé le sujet avec lui, plusieurs fois, il recule l’échéance, chaque fois un peu plus.

– Je ne veux pas lire le rejet dans leurs yeux, Maëva.

– Ils t’aiment, ils accepteront !

– Tu ne les connais pas. Tu n’entends pas leur discours, ils sont butés, c’est quasiment un sujet tabou.

– Ils apprécient Antone pourtant, ils savent qu’il aime les hommes.

– Oui, mais pas qu’il m’aime moi ! Encore moins que c’est réciproque. Je le leur ai toujours présenté comme mon meilleur ami.

– Depuis que vous êtes ensemble, ils ne t’ont vu avec aucune femme, tu ne crois pas qu’ils doivent se douter de quelque chose, cinq ans, c’est long !

– C’est bien pour ça que tu es là, Maëva. Tu es mon alibi.

– Jusqu’à quand ça fonctionnera, Léo, sois réaliste, un jour ou l’autre, tu ne pourras plus garder ton secret. Je vais partir, tu le sais.

– C’est toujours ça de pris. J’ai la trouille, Maëva.

– C’est comme quand on arrache un pansement, Léo, plus tu agis lentement, plus c’est douloureux.

 

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