Virgin mojito
40 - Catastrophe
Muriel
Une catastrophe, une véritable catastrophe ! Je voulais le présenter à mes parents, qu’on aborde habilement l’idée d’un mariage. Malheureusement, mon père a encore fait des siennes. C’est tout lui, bourru, insortable. Il dit ce qu’il pense sans réfléchir. J’aurais dû les prévenir que mon petit ami n’était autre que cet homme dont je leur ai tant rebattu les oreilles. Idiote, j’aurais dû deviner qu’il trouverait un moyen de mettre les pieds dans le plat. J’ai assez entendu combien j’étais stupide de faire une fixette sur lui, je ne voulais pas qu’il m’emmerde avec ça. Je leur ai fait croire que j’avais rencontré Gianni dans un dîner, que nous avions eu un véritable coup de foudre, que tout s’était précipité. Comment imaginer qu’il parlerait comme il l’a fait ? Quel père parle des autres hommes devant le nouveau petit copain ? C’est totalement inapproprié.
Gianni est déjà d’une humeur massacrante, comment rattraper le coup ? La bonne nouvelle, c’est que le docteur Valence ne fait plus partie de l’équation. Bon débarras ! Un problème en moins, pas le moindre. Gianni est enfin tout à moi, il ne reste plus qu’à le reprendre dans mes filets. La douceur ne fonctionne pas, pas plus que le chantage au bébé. Il reste, c’est vrai, pour cette raison, mais ne me touche plus, refuse tout contact physique. Je ne suis toujours pas enceinte. Je n’ai pas du tout envie de coucher avec n’importe qui juste pour me faire engrosser. Si ça ne marchait pas du premier coup, il faudrait recommencer ? Non, merci, ça me débecte. Je ne peux pas, mais le temps presse. Je n’ai plus qu’une solution : la culpabilité.
C’est peut-être affreux, mais à la guerre comme à la guerre ; je me battrai bec et ongles pour le récupérer. Je prépare mon coup depuis quelques jours. Je prélève des petites quantités de mon sang que je cache dans le réfrigérateur de mon ancien appartement. J’en ai réuni assez pour passer à la suite de mon plan. Maintenant, le déclencheur. Je suis devenue experte dans l’art de le faire sortir de ses gonds. Pas difficile d’imaginer sa réaction lorsqu’il découvrira ma surprise. Le plus dur, c’est encore de le croiser. Depuis des semaines, c’est un véritable fantôme. Je lui ai fait le coup du bébé pour mes parents, ça ne fonctionnerait pas deux fois de suite. C’est l’histoire de la petite fille qui criait au loup…
L’autre jour, j’ai eu une sacrée frousse. Il devait faire des courses. Toujours aussi glacial, il me demande si j’ai besoin d’autre chose que ce qui était inscrit sur la liste. En plein entretien téléphonique avec une patiente, je me suis laissé distraire et surprendre ! J’ai parlé sans réfléchir :
– Oui, des tampons, merci.
Il est parti, est revenu sur ses pas.
– Je te demande pardon, m’a-t-il demandé, suspicieux.
– Oui, des tampons à récurer, on est à cours, ai-je répondu précipitamment.
– Muriel, tu es vraiment enceinte ?
– Tu veux que je te ressorte la prise de sang ? je lui ai rétorqué sur un ton brusque.
Il s’est tu, mais ce soir-là, il est rentré plus tôt. Sans un mot, regard mauvais, il a commencé à se dévêtir.
– Qu’est-ce que tu fais ? je l’ai interrogé, inquiète.
– Tu voulais qu’on baise, non ? T’attends ça depuis un moment. Je suis d’accord, et c’est tout de suite.
Paniquée, j’ai cherché une issue de secours, comment m’extraire du piège. Si je cédais, il se rendrait compte de la supercherie. Si je refusais, il comprendrait aussi. J’étais coincée, foutue, au pied du mur. J’y suis allée au culot. J’ai sauté sur ses lèvres, enlevé mon pull, mon soutien-gorge. Il me hait tant qu’il a lui-même fait machine arrière. J’espère, non, je sais que j’ai été convaincante, qu’il m’a crue. Il n’a plus jamais fait allusion à tout ça. Dans les sacs de courses, j’ai trouvé des tampons à récurer. J’ai souri, victorieuse. C’était moins une ! J’ai parié, j’ai joué, j’ai gagné. Ça ne fonctionnera peut-être pas à tous les coups. Je dois me montrer plus prudente. Je n’ai toujours pas ma place dans son lit, je ne déclare pas forfait.
Je fais un pas en arrière, tourne autour de moi pour observer le résultat. C’est parfait, vraiment magnifique ! J’ouvre le dernier carton, la petite touche finale. Il est presque deux heures du matin, monsieur se fait désirer, comme toujours. Cette fois, je ne me laisserai pas surprendre par le sommeil. J’ai avalé cinq ou six cafés serrés, je suis une pile. La porte s’ouvre. Je me précipite dans le couloir. J’allume. Surpris de me trouver réveillée, habillée, il souffle.
– Qu’est-ce que tu fais debout à cette heure-ci ? demande-t-il, las.
– J’ai une surprise pour toi, je ne tiens plus en place depuis que j’ai terminé. C’était un travail de titan, surtout dans mon état, dis-je en caressant mon ventre. J’espère que tu apprécieras le résultat.
– Je suis crevé, Muriel, je me fous de ce que tu as à me montrer, tu peux te la garder ta surprise.
– J’insiste ! Je me suis donné trop de mal.
Je l’attrape par la manche, l’arrête devant la porte de l’ancienne chambre de Lydia.
– Je ne comprends pas, murmure-t-il en serrant les dents.
– Ouvre, dis-je en battant des cils.
Tremblant, il actionne la poignée, prend une grande inspiration, appuie sur l’interrupteur.
– Tadaaa ! crié-je en tournant au centre de la pièce. Alors, qu’en penses-tu ?
Des mitraillettes ne tardent pas à remplacer ses iris, ses poings s’ouvrent, se ferment. Il respire plus fort. La rage l’envahit. Il est ferré, je dois me préparer à la suite.
– T’as osé toucher à sa chambre, tu as osé…
Je m’attendais à des hurlements, une scène violente, c’est pire que ça, il est tout en contrôle, froid, fermé, menaçant. Sa voix gronde, résonne dans ma tête sans qu’il ne hausse le ton. Le timbre est sombre, sourd, terrible. Je commence vraiment à flipper. Il avance lentement, l’air d’un psychopathe.
– T’aurais jamais, jamais dû faire ça, Muriel. Sors de chez moi, sors d’ici tout de suite.
– Il est deux heures du matin ! m’affolé-je.
– C’est ton problème !
Il n’est plus qu’à quelques millimètres. Je ne sais pas s’il va exploser ou m’étrangler. Une chose est certaine, il me fout la trouille et ne fait pas ce que j’attends de lui. Il faut que je le provoque, que je déclenche la crise. Je lui envoie une gifle qui l’oblige à tourner la tête.
– C’est comme ça que tu me remercies, l’incendié-je, te rends-tu compte du mal que je me suis donné pour transformer ce mouroir en chambre de bébé.
Il lève son poing, on y est presque, il faut qu’il me frappe, il le faut ! Je suis sa main serrée du regard, elle s’abat sur le mur, juste à côté de ma tête. Il pousse un cri de rage, de bête féroce qui me retourne l’estomac.
– DÉGAGE ! hurle-t-il, dégage avant que je te fasse vraiment mal.
Il sort en trombe pour s’enfermer dans sa chambre. Encore loupé ! Il fallait qu’il me bouscule, il suffisait d’une fois, une toute petite fois. Merde !
Plan B
J’attrape les clés de la voiture, sors, prends la route. Pas besoin d’aller trop loin. À la sortie du village, je précipite le véhicule sur le premier arbre qui croise ma route.
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