Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 32 sur 54

Pages du PDF

Virgin mojito

31 - La fête des amoureux

 

 

Maëva

Quelques jours plus tard, notre organisation est parfaite. Travailler avec lui me permet de caler mes heures en fonction de celles de mon voisin que je ne veux surtout pas croiser. Notre cabinet n’est pas d’astreinte ce week-end. Léo m’a proposé de visiter une exposition interactive sur l’Égypte. J’ai sauté sur l’occasion. L’histoire de ce pays me passionne. Comme d’habitude, il est adorable, prévenant, jamais un mot plus haut que l’autre. C’est quasiment l’homme idéal. Pourquoi seulement quasiment ? Parce que juste avant lui, j’ai eu le malheur de goûter au tumulte des sens en effervescence, aux décharges foudroyantes, aux frissons incontrôlables. Là, c’est bien, mais ce n’est pas Gianni. Je secoue la tête pour en chasser ce dernier. Léo s’arrête.

– Tout va bien ? s’inquiète-t-il.

– Oui, un petit vertige, c’est tout.

Il sourit, il n’est pas dupe. Comme il me l’a déjà dit, il est bien élevé. Il a beaucoup d’élégance, si je ne veux pas parler, il ne me forcera pas.

 

– Allez viens, je t’invite à dîner, me rassure-t-il en passant un bras autour de mes épaules.

Nous marchons jusqu’au bistrot Le Gabriel où il a réservé une table pour deux. C’est à l’étage qu’on nous conduit.

– Le gastronomique ? m’étonné-je.

– C’est mon anniversaire aujourd’hui, murmure-t-il tristement. J’avais envie de le fêter avec toi.

– Je sais, dis-je en laissant le serveur avancer ma chaise. J’ai un cadeau pour toi. Je suis étonnée que tu ne le passes pas avec tes amis ou ta famille. Toulouse, c’est pas si loin, tu avais tout le week-end de libre.

Il laisse son regard errer par la fenêtre qui donne sur la superbe Place de la Bourse. Le serveur nous amène les menus. Il attend que ce dernier s’en aille.

– C’est compliqué en ce moment avec tout le monde. C’est aussi une des raisons de mon départ de Toulouse. C’est pour ça que je te demandais l’autre jour si ta fuite t’avait aidée.

– Je suis désolée, Léo. J’espère que tu pourras y vois plus clair toi aussi.

– Ça s’éclaircit doucement, murmure-t-il en me fixant intensément.

De retour chez moi, pour la première fois, il m’entoure de ses bras, très tendre. Je sais qu’il me laisse du temps, celui de m’habituer à lui, de le repousser si je le souhaite. J’ai envie de laisser l’ancienne Maëva refaire surface, celle qui souhaitait juste profiter de la vie et de ses plaisirs. Laisser l’ancienne Maëva guérir la nouvelle. Son visage n’est plus qu’à quelques millimètres, ses lèvres caressent les miennes, s’éloignent à peine, recommencent. Sa langue encore sucrée d’un dessert aux agrumes, joue avec la mienne un slow acidulé. C’est bon, très bon, pas aussi bon qu’avec Gianni.

Merde, il s’est refait une place dans ma tête, il gâche tout, même ma tentative de résurrection. Je récupère ma langue, ma bouche, m’excuse auprès de Léo.

– Pardon, je souffle.

– Ça va, miss Mojito, je ne t’en veux pas, on a tout le temps.

– Ce serait peut-être mieux si…

– Si tu n’allais pas au bout de ta phrase, dit-il en posant un index sur mes lèvres. Je te l’ai dit, je suis un homme très patient. Bonne nuit.

– Attends, je ne t’ai pas donné ton cadeau, dis-je en ouvrant précipitamment mon sac.

Il ouvre le papier doré. Ravi, il me vole un baiser papillon.

– Ma plaque, dit-il. Merci, j’adore ce présent. C’est vraiment une excellente idée. Je t’appelle demain, OK ?

– Oui, dors bien, encore merci pour cette belle soirée.

Il s’éloigne en me faisant une révérence théâtrale. Je ris, secoue la tête, ferme derrière moi.

 

 

OceanofPDF.com

14 février, Saint Valentin

 

Léo m’a invitée pour la Saint Valentin. Cet idiot avait glissé une carte entre deux dossiers sur mon bureau. Je n’ai pas résisté à l’envie d’ouvrir. Une carte animée ! Une musique horripilante. Mon patient a éclaté de rire, moi aussi. Le : Dis oui, dis oui, dis oui… avait quelque chose d’étrangement persuasif.

Après mes rendez-vous, je suis rentrée, j’ai enfilé une élégante robe noire bustier, style vintage, attaché mes cheveux en un chignon déstructuré. J’ai choisi un maquillage soutenu, des perles et des talons hauts. Chic, sobre, élégant, comme l’homme qui m’accompagne.

Il a opté pour une péniche restaurant. Excellente idée. Je suis ravie. Très beau dans un costume gris, chemise blanche sans cravate, je me sens flattée d’être à son bras. Nous choisissons notre menu en papotant de tout et de rien. Le bateau démarre, entame sa traversée. Mes yeux s’égarent au fond de la salle, mon sourire s’efface. Je bloque. Plus rien n’existe, le monde s’effondre autour de moi.

– Maëva ? Qu’est-ce que… demande-t-il en se retournant.

Attristé, son regard se rive à nouveau au mien. Il prend ma main sur la table. Mes iris dérivent sur ces doigts qui couvrent les miens, cherchent à me rassurer. Tout remonte, les souvenirs, la chaleur de ses bras, les frissons, les soupirs, nos corps enlacés, ce je t’aime que je n’espérais jamais entendre. Et puis la blessure, immense. Je manque d’air, d’espace et je suis confinée sur une putain de péniche. Une péniche qui a mis les voiles pour deux heures encore. Deux heures à supporter de voir Gianni dîner un soir de Saint Valentin avec Muriel. Je voudrais arracher les yeux de cette fille. Lui, je voudrais le… le… Je voudrais pouvoir le détester, mieux… l’oublier.

– Maëva, viens avec moi, allons sur le pont deux minutes, insiste Léo. Viens, bouge !

Il me tire presque par la main. En me levant, j’aperçois Gianni, il me fixe. Il semble sous le choc, comme moi il y a quelques minutes. Ses mâchoires se crispent, ses yeux me foudroient. De la même manière que Léo avant elle, Mumu trou du cul se retourne à son tour. Ses yeux sont des mitraillettes. Je lui ferais bien un geste diplomatique de circonstance, mais j’ai trop de respect pour Léo pour manquer d’élégance.

Sur le pont, il me prend par les épaules :

– Sers-toi de moi ! m’assène-t-il.

– QUOI ?

– Tu as très bien compris, Maëva, ne m’oblige pas à répéter, sourit-il. Je viens de voir comme toi sa réaction. Ce type est loin d’être indifférent.

– Il n’est pas indifférent, il me hait !

– De la haine à l’amour… tu sais bien.

– Je ne te ferai pas une chose pareille.

– C’est moi qui te le propose, OK ?

– Tu y gagnerais quoi ? Tu veux souffrir ?

– Qui te dit que tu ne finiras pas par m’épouser, reprend-il très sérieusement. Le voilà, laisse-moi faire, dit-il en m’attirant à lui.

 

OceanofPDF.com