Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 35 sur 54

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Virgin mojito

34 - Le retenir à tout prix

 

Muriel

– Marion, c’est moi, il faut que je te parle, c’est vraiment urgent.

– J’ai tout mon temps, qu’est-ce qui t’arrive ?

– Gianni n’est pas rentré de la nuit.

– Vous vous êtes disputés ? Un soir de Saint Valentin, dis donc, vous avez choisi le moment, rit-elle.

– Oui, je lui ai annoncé que je suis enceinte, il l’a très mal pris.

– Tu es enceinte ? C’est formidable. Il devrait être fou de joie. Pourquoi cette réaction ?

– Je ne sais pas, je suis vraiment inquiète.

– Ça va passer, il a dû avoir un petit moment de panique, ça arrive souvent aux futurs papas, tu sais. Ils se prennent leurs nouvelles responsabilités en pleine face, ils flippent. C’est juste un cap à passer.

– Marion, tu ne comprends pas, il veut la preuve de ma grossesse.

– T’as quand même pas besoin que je t’explique comment on fait, Mumu, tu sais lire une notice, non ? Je te promets que même une gamine de cinq ans saurait se servir de ce truc. Tu ouvres le bouchon, tu pisses dessus, dans les minutes qui suivent, t’as la réponse. C’est tout.

– Il y a un problème, Marion, je lui ai menti.

– T’as fait quoi ? Pourquoi ?

– Parce qu’il a menacé de me quitter, ça m’a foutu la trouille. C’est la première chose qui m’est venue. Je me suis dit, un bébé, ça le retiendra forcément. Si j’arrive à lui prouver que c’est vrai, il restera, je le sais. Il n’abandonnerait pas son enfant. Mais j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je n’ai confiance qu’en toi. Il faut que tu m’aides. Tu peux faire ça pour moi, je t’en supplie.

– Passe au cabinet dans une heure, j’aurai ce qu’il te faut.

– Merci, merci, Marion, t’es vraiment une amie.

– Je sais, mais tu me devras quand même un service.

– Tout ce que tu voudras.

Je raccroche, soulagée. Le premier problème sera bientôt réglé. J’avais l’intention de lui parler enfant progressivement, pas comme ça. Je croyais l’autre salope partie, j’imaginais avoir le temps. Ça fonctionnait, on s’entendait. Tant qu’elle n’était pas là, c’était parfait. Il a fallu qu’elle nous pollue à nouveau l’existence. Un seul regard, une seule seconde, j’ai perdu son attention. Il la fixait comme s’il voulait la dévorer sur place. Il y avait de la colère aussi dans son regard. Encore une chance, il lui en veut ! C’est toujours ça, mais la flamme dans ses iris ne m’a pas échappée. Elle ne s’allume jamais pour moi. Il a bien fallu improviser. J’ai un peu accéléré le processus, c’est pas si grave. Marion va me dépanner. Après je ferai ce qu’il faut pour tomber vraiment enceinte. Plus besoin de contraception de toute façon. Une fois que le bébé sera là, dans ses bras, je suis persuadée qu’il oubliera jusqu’à l’existence de Maëva. Je serai celle qui a porté son premier enfant, ça, personne ne me l’enlèvera.

Une heure plus tard, j’entre dans le cabinet de sage-femme de mon amie Marion. Elle m’entraîne dans son bureau, ferme à clé.

– Il vaut mieux que personne ne nous surprenne, je risque ma place, m’explique-t-elle.

Elle ouvre le tiroir de son bureau.

– Voilà un test de grossesse positif. Je t’en file aussi un neuf, au cas où il te demanderait d’en faire un en sa présence. Du coup, voici aussi un petit flacon d’urine.

– Il ne ferait pas ça, je m’insurge.

– S’il doute, il peut être capable de tout, je t’assure. Autant parer à toutes les éventualités. S’il va jusqu’à exiger que tu utilises le test devant lui, ouvre discrètement le flacon, tiens-le comme ça, dans le creux de ta main.

– T’as fait ça toute ta vie ou quoi ? m’étonné-je.

– Il m’arrive de rendre service. C’est pas la question, OK ? Le Graal : une

analyse de sang. Dosage bêta hCG13 à ton nom. Avec tout ça, tu pourras le

conduire direct chez Aubert14, ma belle.

– Tu assures, Marion, merci.

– N’oublie pas un léger détail, Mumu.

– Lequel ?

– T’as peu de temps pour transformer l’essai.

– Je sais, j’en suis consciente. Je vais y arriver, il n’y a pas de raison.

– Si tu le dis. Fais bien attention, tu risques de tout perdre dans cette histoire.

– J’attends depuis trop longtemps Marion, je ne vais pas me laisser abattre quand je suis si près du but.

Je remercie mon amie, range les trésors dans mon sac, quitte Marion en l’assurant de ma plus grande discrétion. Comme si j’allais ébruiter une telle démarche ! Après avoir honoré mes quelques rendez-vous, je fonce chez mon esthéticienne. Je veux être parfaite pour le retour de Gianni. Il va forcément revenir à la maison ce soir. Il ne peut pas me laisser comme ça. Il a eu besoin de réfléchir, de se faire à l’idée d’être père, c’est tout. Il va réaliser que je suis ce qu’il y a de mieux pour lui. Avec moi, il sera comblé. Je ferai tout pour, tout, y compris cette grossesse alors que je déteste l’idée de voir mon corps se déformer, de partager Gianni avec un autre, même si cet autre est issu de nous. Je n’ai pas le choix. Sa réaction immédiate, fulgurante, lorsqu’il a vu Maëva au dîner, n’était pas feinte. À peine l’avait-il aperçue qu’il a changé d’attitude envers moi. Plus distant, et même agressif, il suffirait qu’elle insiste un peu pour le convaincre. Il lâcherait tout. Je sais qu’il aime encore cette conne. Le meilleur moyen de le garder, c’est ce fichu ventre qui doit s’arrondir.

La séance d’épilation finie, direction le magasin de lingerie fine. Je vais lui sortir de grand jeu : guêpière en dentelle noire, porte-jarretelles, bas.

Vingt heures trente, il ne devrait plus tarder. Sur mes dessous affriolants, j’enfile une robe portefeuille, facile à enlever. Je discipline mes cheveux, corrige mon maquillage, chausse mes talons aiguille. J’ai oublié de jeter la poubelle. S’il y trouve les cartons du traiteur, le mythe de la super cuisinière va tomber. C’est encore une chose qu’il va falloir que j’apprenne maintenant que nous vivons ensemble. Jusqu’ici, je me suis toujours arrangée pour qu’il soit fermement convaincu que je faisais tout moi-même. À part les pâtes et les salades, je ne sais pas faire grand-chose. C’est pas si compliqué de passer vite fait chez moi, dans mon ancien appart, transvaser les mets du traiteur dans des boîtes en plastique, déposer le tout chez lui. Aujourd’hui, je n’ai pas eu le temps de faire un détour, je dois planquer les preuves. Je ne suis pas une femme factice ni superficielle. Je suis une femme amoureuse.

Je n’ai aucune limite s’il s’agit d’agir pour son bien-être. J’ai juste le temps de plier les emballages au fond de la poubelle verte, de recouvrir le tout d’autres déchets recyclables, il arrive. Je vérifie mon apparence dans la psyché. C’est bon, je suis parfaite. Je le rejoins dans le salon. Il a enlevé ses chaussures, sa veste ; affalé dans le canapé, il zappe. Je me place entre le poste et lui. Il lève les yeux :

– T’es pas transparente, Muriel, m’assène-t-il.

– Tu n’es pas rentré, cette nuit, lui reproché-je d’un ton aguicheur en laissant mes mains remonter sur mes hanches. Je me suis fait un sang d’encre.

– T’es observatrice, marmonne-t-il.

Mes paumes glissent sur ma taille, détachent le ruban. D’un mouvement d’épaules, je fais tomber la robe. Mes doigts remontent sur mes seins, sensuellement.

– Tu fais quoi au juste ? demande-t-il.

– Tu vois, je t’accueille, comme une femme doit accueillir son mari. Tu m’as manqué, je veux te faire plaisir.

– Nous ne sommes pas mariés. Tu veux me faire plaisir, gronde-t-il, amène-moi le test !

Je souris, toujours à moitié à poil. Je me retourne, lui laisse apprécier mon fessier rebondi. Je me penche vers la table basse, récupère mon sac. J’en retire le test que je lui lance.

– Ça te convient ? je l’interroge.

Il n’ose même pas le toucher. Il regarde l’objet et ses deux bandes colorées qui annoncent ma victoire. Il s’y fera, il va rester. Ça va marcher, il le faut. Sans attendre qu’il ne le demande, juste histoire d’enfoncer le clou, je lui balance la prise de sang.

– Tiens, au cas où tu aurais encore un doute. Maintenant, on peut fêter ça dignement, s’il te plaît, minaudé-je en dégrafant ma guêpière.

Il se lève, le test tombe au sol, il balance les résultats d’analyse, s’approche de moi.

– Parfait, tu m’as piégé une fois, tu ne m’auras pas deux.

– Que veux-tu dire ?

– J’assumerai ce gosse, mais plus jamais je ne te toucherai.

Mon cœur s’affole, c’est impossible, pas ça ! Je dois rattraper le coup, à tout prix.

– Tu ne peux pas faire ça, tu ne tiendras jamais, susurré-je tout contre sa bouche.

Je prends ses mains pour les placer sur ma poitrine.

– Tu refuserais ça, vraiment ?

– Sans aucun problème, m’assomme-t-il avec un sourire narquois et un regard glacial. Tu devrais te rhabiller, tu risques de prendre froid. Il faut faire attention au bébé, continue-t-il en me laissant en plan.

J’attrape le cendrier en cristal sur la table, le jette de toutes mes forces contre le mur qu’il vient de franchir. Il se brise en mille morceaux scintillants dans un bruit terrible. Ça ne fait pas revenir Gianni !

Ce n’est pas ce que je voulais. Ça ne devrait pas se passer ainsi. C’est de la faute de l’autre conne, cette Maëva de malheur. Elle l’a ensorcelé. Comment vais-je faire s’il ne veut plus me faire l’amour, comment ?

– Fais-toi faire un gosse par un autre, me dit Marion au téléphone. Je ne vois plus que ça.

– Je ne peux pas faire ça, Marion, c’est affreux. Il faudrait que je couche avec un étranger, c’est impensable. Imagine qu’il demande un test de paternité, ce serait pire. Il me virerait de chez lui, je me retrouverais mère célibataire d’un gamin non désiré, conçu avec un parfait inconnu.

– C’est pourtant la seule chose qui pourrait régler le problème. Sauf s’il se calme et revient à de meilleurs sentiments.

– Ce n’est pas si facile. Il est très têtu. Quant à l’autre éventualité, de toute façon, je ne vois pas bien qui pourrait me rendre un tel service. Dommage que tu ne sois pas un mec, ça m’aurait simplifié la tâche.

– Mais enfin, Mumu, t’es débile ? Tu vas dans un bar, tu choisis un type pas trop moche, tu couches avec, basta.

– Tu penses aux MST ?

– Tu as raison, réfléchit-elle. Un de tes patients ? Il y en a bien un ou deux qui doivent remplir toutes les conditions, non ?

– Peut-être, mais c’est aussi immoral que contraire à l’éthique.

Elle éclate de rire.

– Le prends pas mal, Mumu, mais depuis quelque temps, tu ne fais plus rien de moral. Tu m’appelles pour avoir des solutions, je t’en donne, à toi de voir. C’est ça ou tu lui avoues tout.

– T’est dingue ! Je ne peux plus reculer. Mais je viens d’avoir une bien meilleure idée. Un plan imparable, Marion !

 

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