Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 33 sur 54

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Virgin mojito

32 - Digestion difficile !

 

Gianni

Je croyais qu’elle s’était barrée. Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Avec ce type ? J’ai l’impression que c’est le nouveau médecin. Elle aussi m’a vu. Putain, je la déteste d’être encore si belle, de faire réagir mon corps quand je n’aspire qu’à la sortir de ma tête. C’est déjà assez difficile de passer la Saint Valentin avec Muriel, à jouer au couple amoureux alors que pour la première fois depuis des années, je passe cette journée spéciale sans Lydia. Me retrouver face à Maëva va bien finir par me rendre cinglé. Je serre les poings. Muriel aussi est folle de rage, ne dit plus un mot. Les deux sont sortis. Je les vois mal de l’endroit où nous sommes. Ça me démange. J’ai besoin de savoir ce qu’il y a entre eux. Je l’ai bien vu poser sa main sur la sienne. Sont-ils ensemble ? Quelle question. Que foutraient-ils sur une péniche décorée de stupides cœurs rouges, à bouffer des plats intitulés : nectar de Cupidon et ses flèches piquantes, mignon filet sur son lit de douceurs affriolantes, orgasme de chocolat et son cœur de framboise. Ils sont en couple, c’est évident. Faut croire qu’elle m’a remplacé. C’est mieux.

 

C’est mieux ?

– Excuse-moi une minute, m’adressé-je à Muriel.

– Gianni, où vas-tu ?

– Une minute, d’accord ? je réponds plus sèchement.

Elle attrape ma manche, me retient.

– Tu veux aller parler à cette pétasse, c’est ça ? Tu en es encore là ? Rappelle-toi, c’est de sa faute pour Lydia. Ne l’oublie pas. Tu ne vois pas qu’elle est passée à autre chose ? Rassieds-toi s’il te plaît, mangeons.

– Pisser, je peux ou il me faut aussi ton autorisation ? Tu veux peut-être venir me la tenir ? fulminé-je.

Les gens autour nous observent, outrés, choqués, mais curieux. Une petite animation gratos, un soir de fête, c’est plutôt cool, non ? C’est cadeau ! Une animation qui leur prouve que d’autres couples vont mal, s’aiment moins, ça les rassure, c’est pas si moche chez eux tout compte fait. Ça ne va pas aussi loin. Du voyeurisme ! Qu’ils aillent se faire foutre. Je ne suis pas d’humeur à contrôler. Muriel ne m’empêchera pas plus de faire ce que je veux.

Rouge de honte, de colère, rouge assorti aux cœurs qui me donnent la nausée, elle ferme sa gueule, baisse la tête. Je file dans la deuxième salle, vers le bar. Je passe ma commande. Je devine que je vais avoir besoin d’un remontant. Une porte latérale mène vers le pont. Il suffit de longer le restaurant par l’extérieur. Pas de problème pour me la jouer discret, les fumeurs sont au rendez-vous dehors, font écran. Muriel ne me voit pas passer. Tout au bout, Maëva est dans les bras de ce type. Je fonce droit sur eux alors qu’il prend son visage dans ses mains, l’embrasse. Ça me vrille les tripes. J’ai envie de les séparer, de le faire basculer par-dessus bord, après lui avoir aligné une bonne droite. Elle, j’aimerais… j’aimerais…

– Bonsoir, m’annoncé-je brutalement.

Le doc collé sur le visage de Miss Tentation daigne la relâcher, m’interroge du regard.

– Depuis quand on se reparle, monsieur Peretti ? ose-t-elle. Je suis désolée, il me semblait que vous m’aviez imposé des mesures d’éloignement.

– C’est toujours le cas, alors qu’est-ce que tu fous ici ? je demande, dangereux.

– Je vis ici, monsieur Peretti, il va falloir t’y faire. Si moi je dépasse l’inconfort de cette proximité, vous devriez être capable de gérer.

– Monsieur Peretti, je passe une soirée avec ma petite amie, intervient Léo. Je sais ce qui s’est passé entre vous, tout ce qui s’est passé. Cependant, tout est bel et bien terminé. Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que cette histoire a pris fin de votre propre initiative. Profitez plutôt de votre amie, elle a l’air de s’impatienter, dit-il en désignant Muriel du menton.

Mon regard s’attarde sur son bras qui resserre la taille de Maëva. Elle lui sourit. Je tourne la tête vers la salle, Muriel s’est levée, cherche autour d’elle. J’avale d’une traite le whisky récupéré au bar, grimace sous la brûlure de l’alcool sec.

– Vous faites un très beau couple, insiste l’autre con, sourire en coin.

 

Maëva baisse la tête, mon poing me démange. Je sais le combat qui se livre en moi. Je ne suis pas stupide, j’en ai toute conscience. Je la déteste pour ce qu’elle a fait, ou n’a pas fait justement, mais je crève de la savoir avec un autre, qu’il pose ses mains sur elle, qu’il la fasse sienne. Je crève de jalousie. Je la désire peut-être encore plus que lorsque je pouvais l’avoir. L’imaginer dans les bras de ce jeune coq me rend malade.

– Autre chose, peut-être, continue-t-il narquois. Vous noterez que nous ne vous avons pas importuné, monsieur Peretti. Je ne voudrais pas insister, mais nous souhaiterions un peu… d’intimité.

Je plaque mon verre vide contre son torse, violemment, il se chargera de le ramener. Il accuse le coup sans rien dire, toujours ce sourire insupportable sur la tronche. Seule Maëva pousse un petit cri.

– Je voulais juste l’avertir, je conclus. Elle est revenue, soit, mais ça ne change rien. Qu’elle se tienne loin de moi !

– Je ne demande que ça, affirme-t-elle en relevant le menton.

Impossible de déchiffrer la lueur qui a traversé son regard. Soit elle a développé un nouveau talent qui brouille les codes, soit j’ai perdu cette capacité à la deviner, à la comprendre. Encore une preuve du fossé qui s’est creusé entre nous.

Au moment où je fais le chemin inverse, Muriel me croise.

– Il a fallu que tu ailles la trouver, c’est dingue ! C’est comme ça que tu me respectes ? Après tout ce que j’ai fait pour toi !

– Arrête ça tout de suite, Muriel, ne pense même pas me faire une scène, je ne supporte pas ça, c’est vraiment pas le moment.

Elle me tire par le bras jusqu’à l’autre bout du bateau, trouve un rare coin isolé.

– Je ne te laisserai pas faire ça, dit-elle. Je ne t’autorise pas à foutre en l’air ce qu’il y a entre nous pour cette fille. C’est une allumeuse, une profiteuse. Elle t’a déjà trouvé un remplaçant, ça n’a pas traîné.

– Parce que t’as attendu longtemps avant de me sauter dessus, toi ? rétorqué-je.

Elle m’envoie une gifle tonitruante. Je serre son poignet :

– T’avise jamais de refaire un truc pareil, Muriel. Comprends une chose : je ne t’aime pas, je ne t’aimerai jamais. Ça ne me coûtera pas de te foutre dehors. Je l’ai fait avec une femme que j’aimais, imagine combien ce serait facile avec toi.

– Tu ne peux pas faire une chose pareille, sourit-elle.

– Si, à n’importe quel moment.

– Non, Gianni, tu ne peux pas virer la mère de ton enfant, sinon, je t’assure que jamais tu ne le verras, jamais tu m’entends, termine-t-elle mielleuse.

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