Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 31 sur 54

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Virgin mojito

30 - Retour surprise

 

Maëva

Seul Léo est au courant de mon retour. Je voulais faire la surprise à Benjamin. J’ai pris une grande décision, une de plus. Je m’associe à Léo, lui fais une véritable place au cabinet. Nous y alternerons les jours de présence et les visites à domicile. Il est d’accord. Il était très content de savoir que je revenais.

En voyant le panneau qui annonce l’entrée du village, j’éprouve un drôle de sentiment. J’ai l’impression d’être partie depuis une éternité, de retrouver ma place. En même temps, mon cœur se serre, mes pensées s’orientent vers Gianni. Encore plus lorsque j’aperçois la voiture de Muriel devant chez lui. Trois mois, rien n’a changé. Les raisons de mon départ s’affichent devant mes yeux, matérialisées en une Renault Clio orange clinquant.

 

Il faut zapper, cette page doit se tourner. Je sors de ma voiture, fais bien attention de ne pas faire de bruit avec la portière. J’ouvre le portail, toque à la porte d’entrée. Benjamin ouvre, saute dans mes bras, m’entoure en répétant que je lui ai manqué. Il me débarrasse de mon sac, de mon trench, m’entraîne dans le salon. J’entends :

 

– SURPRIIIIIIIIIIIIIISE !

Sidérée, je retrouve Delphy en mode lapin Duracell12 qui fait des bonds si grands qu’elle pourrait enjamber le canapé en une seule fois. À ses côtés, calme, posé, l’œil qui frise : Léo. Il lève ses paumes vers le plafond, me dit :

– Désolé, Maëva, je n’ai pas pu tenir ma langue. Je voulais qu’on célèbre ton retour. Tu ne m’en veux pas trop ?

– Bien sûr que non, je réponds en l’embrassant sur la joue, merci… associé.

– Associé ? reprend Benji, depuis quand ? Pourquoi suis-je toujours le dernier au courant ?

– Léo s’est tellement bien occupé de l’intérim que j’ai décidé de lui faire cette proposition.

– Maëva m’a tellement conquis, continue Léo, charmeur, que j’ai accepté sans la moindre hésitation.

– Nous avons des tas de choses à fêter si je comprends bien, poursuit Benji en s’éloignant vers la cuisine.

– Et voilà, commente Delphy. Moi qui espérais mettre le grappin sur Léo, tu me fais encore de l’ombre, Maëva. Comment je peux encore envisager de te fréquenter ? rit-elle en mettant son bras autour de mes épaules.

 

Gênée, je propose mon aide à Benjamin. Léo me retient par la taille. À voix basse, il me dit :

– Ce soir, tu ne fais rien, on est là pour toi, tu profites, c’est tout.

– OK, murmuré-je.

Benji revient, fier de lui, avec deux verres géants remplis de mojitos. De vrais raviers ! J’éclate de rire. Il pique deux pailles dans chacun, les pose sur la table déjà dressée.

– Si Delphy accepte de partager mon verre, hésite-t-il.

– Je ne vois pas en quoi ça me gênerait, sourit-elle. Santé à tous, et, Maëva, ne t’échappe plus jamais, c’est sinistre ici sans toi.

Pas une seule fois nous n’évoquons nos voisins d’à côté. J’arrive même à ne plus y penser, charmée par l’accueil qu’ils m’ont réservé, la surprise qu’ils m’ont faite. Je me régale des plats raffinés de Benjamin, de la folie douce de Delphy, de la conversation délicieuse de Léo. Vers deux heures du matin, la fatigue se fait sentir chez chacun de nous. Delphy bâille à s’en décrocher la mâchoire. Benji pique du nez derrière ses lunettes. Seul Léo semble lutter pour prolonger la soirée. Delphy décide de partir, nous nous levons pour nous dire au revoir. Je les remercie encore pour ce moment si agréable. Léo propose de me raccompagner jusqu’à ma porte.

– Tu as peur que je me fasse agresser entre celle de Benji et l’arrière de la maison ? me moqué-je.

– On ne sait jamais, répond-il faussement sérieux. On m’a appris à être gentleman.

– S’il s’agit de ne pas trahir ton éducation, alors, j’accepte.

Il me fait un clin d’œil, marche doucement à mes côtés. Il fait frais, nuit, sa voix résonne dans la pénombre.

 

– Ça t’a aidée ? demande-t-il.

– De quoi parles-tu ?

– Tout quitter, même quelques mois seulement, est-ce que ça t’a apporté quelque chose, Maëva ?

– Pourquoi me demandes-tu ça ? m’étonné-je.

– J’ai besoin de savoir, c’est tout.

– Je suppose que tu es au courant de toute l’histoire, n’est-ce pas ?

– Les gens parlent.

– Oui, les gens… Les gens parlent, pensent, jugent, refusent pourtant d’écouter. Ils avalent les ragots, choisissent la version qui les arrange sans attendre de les avoir toutes. Ils ne laissent aucune chance. C’est le jeu, c’est la vie.

– Je sens beaucoup d’amertume…

– Tout ça est encore très récent, soupiré-je.

Nous approchons de la piscine. Pas certaine d’avoir envie de mettre fin à la conversation, surprise de m’épancher si facilement, je l’invite à s’installer sur la balancelle.

– Donne-moi une minute, tu veux bien ?

J’allume la piscine, rentre chez moi récupérer deux plaids. Je lui en tends un, m’assieds à ses côtés.

– Tu disais que tout ça était très récent, m’encourage-t-il.

– M’éloigner était la seule solution. Du moins était-ce ce que je croyais il y a trois mois.

– Qu’est-ce qui a changé ?

– Je me suis rappelé qui je suis : une battante, une femme qui aime la vie. Je refuse de tout plaquer parce que l’homme que j’aime me déconsidère. Une rupture, c’est déjà dur à avaler, il n’a pas pris le temps de m’écouter. Je lui en veux énormément. Mais j’aime cette ville, ce cabinet, mes patients. Je me suis donnée corps et âme pour faire ma place. Je ne vais pas tout abandonner pour lui, à cause de lui. Je m’y refuse !

– Tu l’aimes encore, dit-il en regardant la piscine.

– Je crois que je l’aimerai toujours, mais tout est fini.

– Je suis désolé pour lui. C’est un con ! Je ne vois pas d’autre explication. J’ai appris à te connaître Maëva, nous avons longuement et souvent parlé ces derniers mois. Tu es une femme sincère, tu ne méritais pas un tel traitement.

Je hausse les épaules, fataliste.

– Ce n’est pas un con, il n’est pas tout à fait responsable. C’est un homme blessé, brisé. C’est ma faute, j’aurais dû éviter de m’engager dans cette relation. C’était tordu dès le départ. Je le savais, j’ai foncé tête baissée, c’est le retour de bâton, voilà tout !

– Je ne suis pas d’accord. Ce qu’il a vécu n’excuse pas tout. Ça aurait dû se passer autrement.

– Tu prêches une convaincue, Léo.

 

J’observe son profil viril, ses traits délicats, un joli nez, une belle bouche, un menton affirmé. Ses yeux noisette pétillent tout le temps. Environ un mètre quatre-vingt-cinq, il a de larges épaules, un dos en V. Il n’est pas aussi animal, aussi beau que Gianni. Moins puissant, moins envoûtant, il a tout de même beaucoup de charme.

– C’est quoi ton histoire, Léo ? Trente ans, encore célibataire, prêt à quitter ton hôpital toulousain pour ce petit cabinet, ici. À ton tour de te mettre un peu à nu.

Il sourit… malicieux.

– Je pourrais te prendre au mot, Maëva, méfie-toi.

Je passe ma main à travers le plaid pour lui donner une petite tape sur la cuisse. Il la retient, emprisonne mes doigts dans les siens, rive son regard au mien.

– Je n’ai pas encore trouvé la bonne personne, c’est tout, souffle-t-il. Je suis prêt à poursuivre la route jusqu’à ce que ça arrive.

– Je ne suis pas cette femme-là, Léo, je ne le serai jamais. Si tu dois poursuivre ta route, il vaudrait mieux reconsidérer la question, à moins que je ne me méprenne sur tes intentions.

Il pose ses lèvres sur ma main avant de replacer nos doigts entremêlés sur sa cuisse. Il regarde à nouveau l’étendue d’eau éclairée.

– Je suis un homme patient, Maëva, très patient.

Nous discutons encore un long moment. Je ne vois pas le temps passer. Il ne tente rien de plus, ça me soulage, me rassure. Devant ma porte, il embrasse ma joue du bout des lèvres :

– Bonne nuit, miss Mojito !

– Oh, ma réputation me poursuit encore.

– J’adore les mojitos, conclut-il avec un clin d’œil.

 

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