Virgin mojito

Chrys Galia · Chapitre 18 sur 54

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Virgin mojito

17 - Au feu !

 

 

Gianni

C’est arrivé… J’ai passé six années à ne penser qu’à Lydia, ne vivre que pour elle, ça ne m’a pas coûté plus que ça de l’attendre. Je suis un homme, j’ai des envies, des besoins, mais je n’ai jamais été tenté d’aller voir ailleurs, jamais… jusqu’à Maëva. Je ne sais plus trop quoi penser ni ce que je ressens vraiment. C’est déstabilisant. Une double culpabilité : celle d’avoir trahi la femme que j’aime, et celle d’imposer à Maëva une relation totalement bancale. Ça fait de moi quel genre de mec ? Un salaud ? Un lâche ? Un indécis ? Certainement un mélange de tout ça.

D’autres se poseraient moins de questions, Benjamin ne cesse de me le répéter, ça me libère, un peu, pas complètement. J’aimerais ôter ce poids qui pèse sur mes épaules. Je ne regrette pas ce qui s’est passé avec Maëva, c’était… exceptionnel. Mais lorsque je suis entré dans sa chambre, qu’elle a commencé à se dévêtir, un instant j’ai flanché. Lydia était dans ma tête, au départ, c’est elle que je voyais. Je fermais les yeux, son visage me hantait. J’ai failli me barrer, faire demi-tour, laisser Maëva sur le carreau. J’aurais peut-être dû. La logique, la morale, le contrôle auraient dû me permettre de fuir. J’ai savouré quelques instants l’afflux de souvenirs, me suis rappelé les caresses de Lydia, son parfum fleuri, sa gestuelle ensorcelante. Maëva m’a touché, c’était différent. Elles ne fonctionnent pas de la même façon. Heureusement ! Lydia était plus féline, plus timide aussi. Pouvoir les dissocier m’a aidé.

Ça ne fait pas de moi quelqu’un de moins fautif, peut-être simplement plus humain. Tout le monde a ses failles, peut commettre des erreurs, s’écarter du droit chemin. Suis-je condamnable d’avoir fait l’amour à une femme alors que j’en aime une autre ? Certainement. Suis-je le seul à un jour avoir péché, sûrement pas. Ce n’est pas une excuse, ça adoucit simplement la colère que je ressens envers moi-même, envers cette partie de moi qui a perdu la force de résister. J’ai été faible ; après ce corps à corps avec Maëva, je sais que je le serai encore, demain, après-demain et tous les jours suivants. Goûter à ce plaisir, c’est con, mais c’est comme si j’avais été privé de sucre pendant des années et que d’un coup on m’enfermait dans une usine de bonbons.

Maëva n’est pas qu’une friandise, ce serait bien trop réducteur. Mais elle m’apporte ce peps, une nouvelle énergie, elle me ranime, redonne vie à une part de moi que je croyais définitivement enterrée. J’étais devenu un mec triste, limite sinistre. Je ne m’intéressais plus aux autres, tout ce qui comptait, c’était Lydia et l’attente de la retrouver enfin comme avant. Mon existence ne tournait plus qu’autour de ça. J’ai trente-quatre ans, six ans d’un passé médicalisé, aseptisé, terne, froid. Est-ce que je n’ai pas droit à un peu de bonheur, même si la société le considère immoral ?

Maintenant, je dois assumer, en toute discrétion bien entendu, mais assumer quand même. Je dois avancer en traitant Maëva avec le maximum de respect, ne pas lui donner de faux espoirs, mettre fin à cette relation si elle venait à en attendre plus. Je dois déjà réfléchir à tout ça, m’y préparer parce que je veux faire le moins de dégâts possible. Ça ne sera pas évident, mais quitte à enfreindre les règles, autant le faire élégamment, en protégeant mes arrières et les personnes qui pourraient souffrir de la situation.

Dans les bras de Maëva, j’ai fini par ouvrir les yeux. C’est la première fois que je fais l’amour à une femme sans la quitter une seconde du regard. Je voulais avoir conscience, tout le temps, que c’était elle, seulement elle. J’avais peur que les souvenirs viennent parasiter notre première fois, que ça me bouleverse. C’était bouleversant, pour une autre raison. Ça l’était parce que tout a été plus intense. J’ai lu toutes ses émotions dans ses iris, goûté à chaque expression de son visage lorsque je lui donnais du plaisir. Une expérience incroyable, unique, une exacerbation des sens, véritable fusion. Je n’imaginais pas que ce puisse être si émouvant. J’ai fait la distinction entre ces deux femmes : celle à qui mon cœur appartient, celle à qui j’offre aujourd’hui mon corps.

Est-ce que je pourrais tomber amoureux de Maëva ? Dieu m’en préserve. J’espère que non ! C’est déjà assez dur comme ça, je n’imagine pas me partager entre deux femmes. Comment aimer autant une autre que Lydia, je ne le conçois même pas. Je ne crois pas que Maëva soit non plus dans cet état d’esprit. Elle est belle, pétillante, semble vouloir mordre dans la vie à pleines dents, sans se prendre la tête. Une jeune femme libre, indépendante. Je serais surpris de la voir s’attacher à moi plus que de raison. On se plaît, c’est indéniable, mais nous nous accordons sur le fait de séparer relation physique et sentiments.

C’est peut-être ce qui a fait pencher la balance. Si j’avais perçu autre chose, si j’avais senti qu’elle envisageait de me séduire pour construire, j’aurais sûrement tenu la distance. C’est arrivé avec d’autres, notamment avec Muriel. Cette dernière est une très jolie femme, mais je sais qu’elle ne me voit pas comme un simple type à mettre dans son lit. Elle veut se faire une vraie place dans le mien. Je n’en ai pas la moindre envie.

 

Je ne suis pas resté longtemps dans les bras de Maëva. Après quelques caresses, quelques baisers, je l’ai quittée pour rejoindre la maison. Je me suis douché, changé ; après seulement, je suis allé voir Lydia. L’aide à domicile lisait tranquillement un roman sur le fauteuil que j’ai mis à disposition dans la pièce. J’ai regardé, de loin, le titre de son livre :

Sateene8. Elle m’a expliqué, à voix basse, qu’il s’agissait d’une histoire de reconstruction, de retour à la vie, de retour des envies. Un thème qui me parle, un signe, et un pincement au cœur lorsque mes yeux se sont enfin posés sur ma femme. Elle dormait. Je me suis approché. J’ai caressé sa joue doucement, pour ne pas la réveiller. J’ai essayé d’occulter le fait que quelques minutes plus tôt, mes doigts touchaient la peau d’une autre, aussi douce, aussi chaude, plus réactive. Pendant son sommeil, si je fais abstraction du lit médicalisé, des odeurs de désinfectant, des bruits des machines, du corps trop frêle, je retrouve ma Lydia. Sa blondeur, la soie de ses cheveux, ses cils interminables, son nez fin et droit, sa bouche parfaitement ourlée qui m’a délivré tant de plaisir et de plaisirs… Pendant son sommeil, ses traits sont détendus, comme si le drame s’effaçait, n’avait jamais existé.

 

Pendant son sommeil seulement…

 

Parce que dès qu’elle se réveille, il faut tout recommencer : les aspirations, les soins, les médications, tout ce qui rend l’horreur concrète. Dès qu’elle se réveille, elle me rappelle qu’elle veut fermer les yeux à jamais. Les mots de Lydia aujourd’hui ne sont plus que torture pour moi. C’est dur, je l’accepte. C’est une manière pour moi de partager sa souffrance ; elle pique là où ça fait mal, touche la corde sensible, je prends un peu de sa douleur. Est-ce plus facile pour moi que pour elle ? Qui oserait penser le contraire ? Ça n’en reste pas moins abominable à supporter.

Dans mon lit, ce soir, je fais un petit bilan. J’aime une femme à la folie, je couche avec une autre. Peut-on faire l’amour sans aimer ? Oui. Le faire avec une autre partenaire que celle qu’on aime, est-ce tromper ? Évidemment ! Est-ce toujours tromper si celle qu’on aime n’est plus en état de partager ce lien charnel ? Oui. Est-ce excusable dans ce cas précis ? Je ne sais pas, probablement pas, j’espère que oui. Avais-je vraiment besoin que Benjamin m’invite à céder ? D’aucuns diraient que non, que c’est ridicule, que j’ai saisi la balle au bond. Qu’attendre sa permission fait de moi un gosse immature ou un lâche qui a besoin d’une autorisation pour faire ce qu’il sait être une connerie. Je les emmerde ! J’avais besoin d’être rassuré, point barre, un peu déculpabilisé aussi.

Savoir que Benjamin voit d’autres femmes alors qu’il n’a le cœur rempli que de Sam me fait me sentir moins minable. Sam est décédée, alors que Lydia est bien vivante, c’est vrai. C’est toute la différence, mais ça revient au même, ça reste une trahison. C’est toujours plus facile d’assumer une connerie quand on est deux. Benji est un père de substitution. Chaque fois que j’ai besoin de conseils, dans ma vie privée ou pour le boulot, il est là. Il a repris le flambeau dès l’accident. Alors même qu’il avait à gérer son propre deuil, il n’a jamais failli. Il m’a soutenu, guidé, aimé, il le fait encore chaque jour. Je me suis confié à lui comme un fils le ferait avec son propre père, comme je l’aurais fait avec le mien s’il était encore de ce monde. Lequel d’entre nous n’a jamais eu besoin de s’épancher auprès de ses parents, lequel n’a jamais recueilli et suivi leurs conseils ?

Moralité : je suis un être imparfait, un peu plus aujourd’hui, je le serai toujours.

 

Je prends mon téléphone, souris, envoie un texto à Maëva : 

 

[Tu dors ?]

[Non, je n’y arrive pas]

[Pourquoi ?]

[Je brûle encore ]

 

La température remonte ici aussi, en flèche. Mon sourire s’élargit.

 

[Tu as un avantage, Benji a une piscine ]

[Je m’attendais à une autre réponse]

[Du genre ?]

[Je ne sais pas, un truc du style : j’ai de quoi éteindre le feu]

[Tu es une petite dévergondée, Maëva]

[Je l’assume totalement. Pourquoi tu ne dors pas ?]

[Je pense trop]

[À moi ?]

[Entre autres]

[La natation, ça aide à se vider l’esprit…]

[Ne me tente pas]

[Tentation est mon deuxième prénom]

[Tentation est ta définition !]

[C’est très joli, tu as l’intention de te reconvertir en poète ?]

[Poète maudit alors]

[La souffrance est une source d’inspiration]

[La tentation aussi ]

[À ton service…]

[Je t’ai dit d’arrêter de me tenter]

[C’est indépendant de ma volonté… quoique]

[Tu vas dormir ?]

[Non, je vais me baigner, le feu se propage, je voudrais l’éteindre

avant de voir débarquer une horde de pompiers sauvages, sexys et

musclés prêts à tout pour me sauver]

[Ne seriez-vous pas en train de m’allumer, miss Tentation ?]

[Moi ? Je ne cherche qu’à faire descendre la température au

contraire ]

[J’aurais dû vivre dans une caserne]

[L’uniforme t’irait bien]

[Un fantasme peut-être ?]

[Pas besoin… monsieur Fantasme]

[Moi ?]

[Qui d’autre ?]

 

C’est pas possible, je ne peux pas rester dans ce lit. Je me lève, enfile un jean à même la peau, un tee-shirt. Je passe la tête dans le chambranle de la porte de Lydia. Mon estomac se serre, mais j’ose, je mens :

– Marina, venez, dis-je à voix basse.

L’aide à domicile pose son bouquin, me rejoint dans le couloir.

– Mon téléphone n’arrête pas de biper, il y a un souci au bar, Je dois y passer vite fait. Vous m’appelez sur mon portable en cas de problème ?

– Bien sûr, monsieur Peretti, prenez votre temps, je veille.

– Merci beaucoup.

Elle regagne sa place, un dernier coup d’œil à Lydia, un nouveau pincement au cœur… Je regarde mon mobile, encore un message :

[Ne me dis pas que tu t’es endormi !]

[Je croyais que tu étais dans l’eau]

[J’y suis]

[Tu n’as pas peur de réveiller Benjamin ?]

[Benjamin a filé en douce, sa voiture n’est plus là. À mon avis, il en a pour un moment]

[Petit cachotier !]

[Il faut que je nage, monsieur Fantasme, je brûle tellement que je trouve l’eau gelée ]

 

Je la vois déjà. Au bord de la piscine, de l’eau jusqu’aux épaules elle sourit en pianotant sur son téléphone posé sur la margelle. Le garage est ouvert, la BMW de Benji a disparu. On a le champ libre. Je vérifie que je n’ai pas oublié l’élément indispensable : j’ai bien un préservatif dans ma poche. Parfait ! Je suis comme un gosse qui a goûté un carré de chocolat et qui veut dévorer la tablette entière.

La lumière des spots de la piscine éclaire son visage. Elle fronce les sourcils, attend ma réponse. Je la fais mijoter. La petite brise soulève quelques pétales de roses, vestiges de la soirée, les fait virevolter jusque dans la piscine. La vision de cette fille à la peau dorée dans l’étendue d’eau bleu fluo, des pétales rouges qui flottent, est tout simplement féérique. J’attends qu’elle abandonne, s’impatiente et file nager, pour la surprendre. J’enlève déjà mes fringues. Lorsqu’enfin, en grimaçant, elle s’éloigne pour amorcer un crawl, je fonce vers l’interrupteur pour éteindre la piscine. Je l’entends pester. Il fait nuit, on ne voit plus grand-chose. J’entre sans bruit dans l’eau, me positionne au niveau de son GSM. Elle pousse un cri quand son corps heurte le mien.

– N’aie pas peur, c’est moi, il paraît que tu as sollicité une intervention, lui dis-je d’une voix rauque. Mais j’ai perdu l’uniforme en route.

– Tu es complètement cinglé, rit-elle en se jetant sur ma bouche.

Plus besoin d’éclairage, je sais que les jambes qui s’enroulent autour de ma taille sont les siennes. Sa langue danse avec la mienne, un slow, une valse, un tango, un rock. Mes doigts l’imitent sous son maillot. De l’autre main, je détache son bikini, le haut, le bas. Ces petits lacets sont si pratiques, vite trouvés, vite ôtés. Elle s’accroche à mon cou, prolonge ce baiser qui n’en finit plus. Je la retiens lorsqu’elle tente d’y mettre fin. Elle soupire, gémit, je profite, savoure. Je cherche à tâtons la capote posée sur la margelle, garde le sachet au creux de ma paume. Dans l’eau, j’entraîne Maëva jusqu’à la large banquette semi-immergée de la piscine, l’y allonge. Des dents, je déchire le petit carré d’alu. J’enfile la protection, me couche sur mon amante.

Le clapotis de l’eau, le silence, les étoiles et ce corps qui s’offre à moi sans rien attendre en retour, c’est interdit et merveilleux. Elle s’ouvre à moi, m’accueille, me serre. Je m’enfonce en elle dans la fraîcheur de la nuit, glisse voluptueusement dans son cocon chaleureux. Les vagues formées par la joute de notre union charnelle se meurent sur les margelles, excitent les skimmers qui battent au rythme de mes assauts.

Comment ai-je tenu si longtemps, comment suis-je parvenu à me priver de ce plaisir animal ? Cette fois je ne prends plus mon temps, poussé par une intensité qui me dépasse, j’en deviens presque bestial. Maëva me surprend, je ne la choque pas ; au contraire, elle en redemande, son bassin me stimule plus encore, ses hanches exigent, guident. Je ne me reconnais pas, je suis presque brutal, comme si toute la frustration, toute la colère emmagasinées toutes ces années se muaient en énergie sexuelle impossible à contenir. Je ne parviens pas à réfréner mes ardeurs, je me fais presque peur. Est-ce que Maëva comprend ce qui se passe, ce qui m’arrive ? Elle joue de son corps si parfaitement, me suit avec une telle passion, c’est complètement dingue. Elle a du plaisir, je le sens, est-elle aussi tordue que moi ? Sa respiration s’accélère, elle mord ma lèvre inférieure, mon épaule, presque jusqu’au sang. C’est douloureux, mais délicieux. Je vais virer maso ! Elle griffe mon dos, juste assez pour que ça brûle, pas assez pour laisser de trace. Je bascule sur la banquette, l’assieds sur moi. Si près, à la lueur de la lune, je peux voir ses yeux, incandescents. C’est presque irréel. Peut-être suis-je en train de fantasmer tout ça. Peut-être suis-je encore dans ma chambre à rêver d’une femme imaginaire qui, tel un adorable démon, m’entraîne dans la luxure. Je me surprends à espérer que ce ne soit pas le cas, prie pour que Maëva existe vraiment…

Lorsque le plaisir devient impossible à contenir, que celui de Maëva comprime la partie la plus traître de mon corps, je n’ai plus le moindre doute, c’est trop bon pour n’être pas réel. La tentation existe, et la tentation vient de m’arracher un orgasme inoubliable.

 

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