War of Hearts (French Edition)
Chapitre 15
Andrea
Bordel ! J’ai une paire de boules de la taille d’une montgolfière ! Je n’en reviens pas que Livia ait pris mon désir de demander Sierra en mariage de cette façon. Elle devrait pourtant se réjouir pour moi. Ma nièce sait plus que quiconque combien la présence de ma nana dans ma vie me fait du bien. Elle m’a assez souvent ramassé dans de sales états à cause de mes pétages de plomb. Dans ces moments-là, je ne suis plus que l’ombre de moi-même, ou devrais-je dire tout simplement le véritable moi, Andrea ! À force de trop vouloir me cacher derrière ce satané masque, ça finit par me péter à la tronche. Livia a bien trop souvent été témoin de mes pathétiques tentatives de suicide à peine dissimulées en sorties de route. Alors, pourquoi ne peut-elle pas juste être heureuse pour moi ? Comme Luciann l’est !
Sa réaction me fait affreusement mal. J’ai conscience qu’à ses yeux Sierra ne représente pas la candidate idéale. Malgré tout, c’est mon choix… Luciann me soutient qu’elle a juste peur pour moi, tout comme lui au final. Simplement, mon ami me comprend, lui. Depuis le début, elle est réticente face à ma relation. Arfff… Si seulement je pouvais faire différemment ! Je suis le premier surpris par ce que j’éprouve pour Sierra. Pour être sincère, je pensais que l’amour ne m’était pas réservé. Et pourtant, me voilà face à ce sentiment nouveau.
Au pire, je risque quoi en me mariant à cette femme ? De me faire prendre pour un con, me faire plumer après un long et ennuyant divorce ? Ou encore, voire sûrement, mon cœur… ouais bah je ne suis plus à ça près ! Et après ? Je procèderai de la même manière, soit garder la face… pour ceux qui m’entourent. Est-ce que j’ai peur ? Évidemment ! Cependant, ma dépendance à l’adrénaline me fait foncer dans le tas, tête baissée sans plus de réflexions.
Mes pensées sont stoppées par les vibrations de mon iPhone. C’est un SMS de Livia. Elle a un sixième sens ma parole ! Elle doit sentir qu’elle occupe une bonne partie de mes pensées depuis son départ précipité de l’appartement.
SMS Livia :
« Le jour où j’arrêterai
d’être honnête avec toi,
sera quand notre lien
fusionnel n’existera plus.
Ce n’est pas ce que je désire.
Je suis désolée… Je t’aime ».
SMS Andrea :
« Je t’aime, mais je l’aime elle aussi…
J’espère qu’un jour tu finiras
par me comprendre ».
Je verrouille l’appareil avant de le glisser dans la poche de mon jeans. Je quitte mon appartement d’un pas décidé le pad de mon AMG en main. La race de ce soir tombe à point nommé. J’ai la rage au ventre et un besoin vital de la laisser s’échapper. Mes adversaires vont avoir toutes les peines du monde à me suivre à la nuit tombée. J’espère que Riviera a bouffé du lion et qu’il est déter à faire enrager sa Type R, sinon ma Nismo ne fera qu’une putain de bouchée de lui ! Je me hisse derrière le volant de la Mercedes, je démarre. Au son du V8, je frissonne d’excitation. L’adrénaline dans mes veines ne demande qu’à se déchaîner, je suis chaud bouillant ! J’ai hâte, de laisser l’ivresse de la vitesse déferler dans mon sang.
J’ai fait un léger détour avant d’arriver au hangar, histoire de me changer les idées avant la race. Quand j’arrive, Luciann est en pleine conversation animée avec un Hispanique qui m’a tout l’air de venir de East Harlem. Il n’est pas rare de voir ce genre de gars ici. Mon meilleur ami fait partie des figures imposantes de Little Italy. Son influence dépasse largement notre quartier de naissance. Luciann est craint et respecté dans toute la grande pomme, il tient à lui seul tout un business de paris illégaux. Il est le big boss de tous les bookmakers de la cité. Pas une mise ne se fait sans son autorisation ni connaissance des gains et recette. Ce qui fait de lui un homme qui ne craint pas de se mouiller les mains et encore moins contrarié.
Comme à mon habitude, je préfère rester en retrait de cet aspect de son business. Hormis ses parts minoritaires dans le Panam nous ne mélangeons pas amitié et deal. Quant aux races, je ne suis qu’un coureur lambda. Je n’ai jamais fait ça pour le fric ou la notoriété. Il n’y a que l’adrénaline qui m’intéresse dans cette pratique. Même si l’idée d’organiser des courses sauvages lui est venue par ma faute. Mon ami en a eu marre de me voir risquer ma vie stupidement. Alors, il a construit tout un filet de sécurité autour de mon addiction. Il s’agit de sa manière à lui de me garder à l’œil et de se rassurer en pensant rendre ces courses moins risquées. En vrai le fond reste le même, je peux mourir à chaque virage mal engagé, seulement la forme diverge. Et puis, il faut bien lui reconnaître que Luciann a le sacré talent de faire casquer un paquet d’adeptes de grosses cylindrées propulsées à grande vitesse. De ce fait, nous sommes tous deux gagnant-gagnant !
J’amorce un pas vers mon ami après avoir croisé le regard chocolat du Mex qui me donne un sentiment de déjà-vu.
— C’était qui ?
— Tu veux la vérité ou tu préfères ne pas savoir ? plaisante-t-il.
— La vérité sans trop rentrer dans les détails croustillants, ma poule, rétorqué-je en le suivant dans les escaliers qui mènent à son bureau.
— En gros, ce type a pour projet de prendre ma place tôt ou tard dans l’East Harlem, son quartier et pas seulement. Alors, même si c’est pas demain la veille, je préfère le garder à l’œil et lui rappeler qui commande, encore, dans cette ville.
— Donc, pas de stress ?
— Non, ricane-t-il. Il est simplement ambitieux et prometteur. C’est pourquoi je lui lâche un peu de lest en lui donnant la possibilité de me montrer ce qu’il a dans le bide.
J’acquiesce sans chercher à en savoir davantage. Mon ami en profite pour changer de sujet et me questionne sur l’état d’esprit dans lequel je me trouve en ce début de soirée. Une fois après l’avoir rassuré, je m’éclipse pour appeler Sierra, pendant que Luciann est de nouveau occupé au téléphone. Les affaires ne dorment jamais !
Le départ est dans moins d’une heure, je commence à m’impatienter. Je profite de ce laps de temps pour me mettre en condition mentale et check les derniers réglages avec les deux mécaniciens. Une fois leurs accords, je prends place à l’intérieur et démarre ma précieuse Nissan GT-R. Elle s’éveille au quart de tour, réglée comme une horloge suisse. La mélodie sourde qu’émettent les six cylindres en V dans le hangar est envoutante ! Averti par le ronflement de la R35, mon ami nous rejoint. Luciann s’appuie contre le toit avant de s’avancer vers moi et déclare :
— Pas de connerie ce soir Andrea ! Je compte sur toi pour te tenir à carreau, mec. Les paris sont en ta faveur, pour changer, insiste-t-il.
— Reçu 5 sur 5, frérot !
Il accueille ma réponse avec soulagement d’un hochement de tête.
— Je te rejoins là-bas.
— Pas demain papy ! ricané-je en me foutant de sa poire et des performances de son SUV luxueux, mais lamentablement lent en comparaison à la machine de guerre que je pilote.
— Petit con !
— Au fait, j’aurais pas largué ma montre chez toi ? Impossible de mettre la main dessus depuis quelque temps.
— Ta montre ?
— Ouep !
— Merde… humm, nan pas que je sache. Je demanderai à ma femme de ménage si elle ne l’a pas, déclare-t-il.
— D’ac, tu me tiens au jus !
Je n’attends pas qu’il me réponde et décampe bruyamment.
Quand j’arrive sur le lieu de rendez-vous, je remarque en premier Riviera accoudé à sa caisse, encerclé par son fan-club. J’accélère et je fais rugir ma Nissan. Une multitude de regards se lèvent à l’unisson vers moi et c’est à cet instant-là que mes fervents spectateurs scandent mon nom dans une entrée des plus remarquée. Je me gare donc en face de mon adversaire pour donner le change au show. Riviera me salue d’un geste de la main. Entre nous il n’est question d’aucune réelle rivalité si ce n’est sur l’asphalte. Nous ne sommes pas proches pour autant, cependant c’est un mec réglo et plutôt sympa. Ça fait quelque temps que nous nous affrontons et nous rapports ont toujours été cléments et civilisés. Si je n’étais pas si méfiant, une amitié entre nous aurait pu être envisageable. Je sors à mon tour de mon véhicule et commence par saluer les visages familiers de mes supporters. Rapidement, tous les autres participants à la race font leur entrée. Une fois que l’euphorie autour de moi se dissipe, je croise le regard du type aperçu quelques heures plus tôt au hangar, qui discute avec Riviera. Ces deux-là semblent se connaître. Ce sentiment de déjà-vu s’accentue, je décide donc de les rejoindre. Quand j’arrive à leur hauteur, ce dernier s’adresse à moi :
— Belle caisse, mec !
J’ai tout juste le temps de grogner un merci en réponse qu’il a déjà disparu dans la foule de spectateurs.
— Alors Miro, prêt à ce que je te mette un mistral gagnant ?
— Dans tes rêves Riviera ! Prépare-toi plutôt à mater mes feux loin devant toi, raillé-je.
— Ça c’est ce qu’on verra le rital…
Il se marre carrément avant de poursuivre :
— Alors, comme ça toi et Sierra c’est officiel…
— Et ça te pose un problème ? rétorqué-je suspicieux.
— Non, pas le moins du monde.
— Alors, pourquoi tu me demandes ça ?
— Pour rien en particulier… je suis curieux, rien de plus, mec.
Ses arguments ne me plaisent qu’à moitié, mais c’est un autre sujet qui m’interpelle.
— C’est qui ton pote, balancé-je en faisant un signe vers l’endroit où il s’est évaporé.
Le Mex me fixe à son tour avec attention, comme s’il cherchait ce qu’il allait me répondre.
— Demande à celle avec qui tu passes tes nuits…
Je fronce les sourcils et serre mes mâchoires, à deux doigts de lui coller une droite. Il s’en rend compte et poursuit.
— Ah je vois, nous n’êtes pas encore à l’étape où vous parler de vous ouvertement ! En fait, tu ne la connais même pas…
Je bous intérieurement, je ne sais vraiment pas pourquoi je ne suis pas encore en train de lui refaire le portrait.
— Sais-tu au moins qui est Sierra Faming, Miroslaw ?
Je m’apprête à lui tomber dessus pour lui donner le fond de ma pensée quand nous sommes interrompus par Luciann qui nous annonce l’imminence du départ. Le regard de mon meilleur ami se veut autoritaire, comme s’il pressentait ce que je m’apprêtais à faire. De sa main sur mon épaule, il m’invite à me calmer et le suivre. Je m’exécute malgré le feu encore brûlant en moi.
— Regarde-moi !
Je lui obéis.
— Il t’a mis la rage là !
— T’imagine pas à quel point, sifflé-je entre mes dents serrer.
— Détrompe-toi, je te connais par cœur, frère ! Écoute-moi bien, commence-t-il en tapotant du bout des doigts mon torse. Cette rage que tu retiens en ce moment, sers-t’en pour l’éclater sur l’asphalte plutôt que de lui casser la gueule.
— C’est chaud, j’ai tellement envie de le défoncer pour avoir prononcé son nom ! aboyé-je en serrant et desserrant mes poings à l’idée de refaire le portrait de Riviera.
L’air sévère de Luciann disparaît pour laisser place à un sourire narquois.
— Tu l’as dans la peau cette meuf, mec ! se marre-t-il.
— Mais grave, ça aussi c’est chaud !
Bouillant même !
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