War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 18 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 17

 

Sierra

— C’est tout ce que tu as dégoté ?! s’insurge Lane.

Évidemment, ce con trouve encore le moyen de la ramener ! 

— Tu te fous de moi ? Entre le cash et les bijoux, tu dois même en avoir pour plus de 100000 dols là !

Je le fusille du regard en attendant sa pathétique réponse, quand enfin il balance :

— C’est juste que j’aurais préféré que tu me rapportes uniquement du cash. La montre passe encore, mais les boutons de manchettes ça va être chaud à dealer.

Mais qu’il est bête ! J’inspire fortement pour réfréner mon agacement naissant.

— Tu sembles oublier que c’est un prêt et non un don. Ça devrait faire patienter ton bookie le temps que tu récupères la somme que tu lui dois.

— Hum hum,

— Rassure-moi, tu vas bien récupérer ce que je te confie ? 

— Ouais ! J’ai simplement un retard de livraison.

— Un retard de combien de temps ?

— T’inquiète pas sœurette, mes gars et moi, on s’en charge, rétorque-t-il face à mon air sceptique. 

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne la sens pas cette histoire. Lane est beaucoup de choses, mais à ma connaissance il n’est pas un menteur. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi a-t-il eu besoin que je le dépanne ? Quand je sais combien il brasse du fric avec son business de magouilleur. 

— Je ne pige pas, où est passé ton pognon ? T’as bien plus de 100000 en fonds de roulement, alors tu m’expliques.

— Comment tu sais ça, gamine ?

— Au cas où tu ne t’en serais pas encore aperçue, je ne suis pas conne et je suis plutôt douée en matière de trouver des ressources financières… donc.

Un sourire empli de fierté mange son visage anguleux.

— Vrai, petite sœur. J’ai dû les mobiliser pour un gros coup, un très gros coup même !

— OK, ne m’en dis pas plus, je ne désire pas tomber pour complicité quand les flics te mettront le grappin dessus, le coupé-je pressée d’en finir.

J’attrape mon sac à main, quand la notification d’un SMS retentit. Je glisse la main à l’intérieur et farfouille avant de mettre la main sur l’appareil. 

— Putain ! Il ne m’avait pas manqué celui-là… marmonné-je en découvrant de qui il s’agit sous le regard appuyé de Lane.

Ou devrais-je plutôt dire, du numéro dont j’ignore tout, mais qui s’obstine à me contacter.

— C’est qui ?! 

— Aucune idée… ça fait plusieurs semaines que je reçois le même genre de message. Bonjour Dahlia noir ou bonsoir dahlia noir. Et aujourd’hui c’est : « Passe le bonjour à un vieil ami de ma part, mon Dahlia noir », réponds-je. 

— Depuis combien de temps tu dis recevoir ça ?

— Je ne sais pas, deux ou trois mois en fait…

— Et il fait toujours référence au Dahlia noir ?

Je confirme d’un hochement de tête sans comprendre ce qui l’intrigue tant.

— Tu connais cette histoire, frangine ?

— Nope, je devrais ?

— Évidemment, inculte !

Je ne me fatigue pas à répondre et renfrogne. 

— Il s’agit du surnom qu’avait été donné à une jeune femme brune dans une enquête non élucidée pour un meurtre assez violent, d’ailleurs, déclare-t-il.

— OK, mais je ne vois toujours pas en quoi ça me concerne…

— C’est forcément un mec que t’as connu, la réf est trop grande pour être un simple hasard. 

— Si tu le dis… 

— Un amour éconduit sœurette…

— Ah merde, j’ai balancé pas mal de râteaux au cours de ma vie de femme fatale, me marré-je.

— Plus sérieusement, fais attention. Je ne le sens pas ce mec.

— Comme toujours, mais ne t’inquiète pas, ce ne sont que des SMS inoffensifs, tenté-je de le rassurer.

— Très bien, mais tient moi au jus s’il recommence…

— Oui chef !

Cinq minutes plus tard et je suis enfin libre. Je déteste au plus haut point remettre les pieds dans cette cité crasseuse. De nombreux bâtiments semblables forment une macabre forteresse où ne résident que de vils et abjects souvenirs. C’est ici que mon frère a élu domicile à sa majorité avec ma garde en prime. J’ai malheureusement grandi entre ses tours de béton délabré. Je dirais bien les pires années de mon existence, mais ça serait totalement faux. Je ne suis pas une pleurnicheuse, la vie m’a appris à ravaler mes larmes et me battre coûte que coûte ! Mes premières années sont devenues floues à force de me convaincre qu’elles n’avaient jamais existé. Les bribes de souvenirs se composent de violence, saleté et faim. Je n’ai jamais eu aussi faim de toute ma vie. Je crevais littéralement la dalle quand Lane m’a sauvée de nos cassos de parents. Mon frangin ne roulait pas sur l’or, néanmoins je n’ai manqué de rien. Nous avions peu de choses, juste l’essentiel. Puis, Lane s’est donné les moyens de ses ambitions et en peu d’années il est devenu le caïd de la cité. Une petite victoire pour un porto- italien dans un quartier où la majorité de la population est afro-américaine. 

Pour ma part, il a fallu que je m’endurcisse davantage. Lane était trop occupé à gravir les échelons de la contrebande pour se soucier d’une gamine de 16 ans. De plus, j’étais inlassablement mise au défi étant donné la notoriété de mon frère. La plupart des filles de mon quartier étaient horribles avec moi et ne me faisaient pas vraiment de cadeau. Et les autres étaient sympas avec moi simplement pour que je leur présente mon illustre frangin. Dans mon monde se taper le Big Boss de la bande représente le saint Graal ! Après avoir fait un passage éclair dans le plumard de Lane, ses bécasses bénéficiaient de protection et convoitise de la bande. Et pour les plus « chanceuses » : un mari.

Je m’en suis sorti sans trop d’accros en jouant des miens comme une lionne enragée. Je me suis battu, mais avec autre chose que de mes poings : mon cerveau. Il est inutile d’être un génie. J’ai très rapidement compris que ma meilleure arme face à mes détracteurs potentiels que connaître leurs faiblesses était identique à de l’or en barre ! À force de plans vicieux et diaboliques, je me suis autoproclamée Reine des garces. Ceux se frottant à moi d’un peu trop prêt s’en souviennent encore et font enfler ma réputation de sorcière. 

Alors, pourquoi quitter mon royaume, vous demandez-vous. La lassitude. L’ambition, assurément. Ici, entre ses tours, les choses sont devenues trop faciles, trop ennuyeuses, trop pour moi en fait. Les mecs sont de pauvres types qui resteront éternellement dans l’ombre de mon frangin. Et moi, je ne veux pas un sous-fifre comme partenaire de jeux. Il me faut un Roi ! Et seul un homme de l’envergure d’Andrea était taillé pour ce rôle, précieux à mes yeux de Reine infernale. Bien tenté n’est-ce pas ?! Malgré cette parenthèse intime, je suis toujours autant détestable à vos yeux. Qu’importe, faire l’unanimité n’a jamais fait partie de mes désirs.

 

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