War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 34 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 32

 

Sierra

Je fais mine de ne pas l’avoir entendu et je continue sur ma lancée.

— Allez, grimpe, tu me fais vraiment pitié.

— Il n’y a pas à dire, tu sais vraiment parler aux femmes toi ! rétorqué-je le visage braquer face à moi.

— Vu la façon dont tu viens de torpiller ta relation avec mon meilleur ami, je ne pense pas que tu sois la mieux placée pour me donner des conseils.

— Fous-moi la paix, Luciann !

— Tu devrais y réfléchir à deux fois avant de m’envoyer paître, y a pas grand monde qui t’a à la bonne ici. Arrête de te faire prier et grimpe dans cette caisse, Sierra.

— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?

— Disons que je me sens d’humeur charitable et que t’as l’air d’être dans la dèche… maintenant, je ne vais pas te supplier non plus miss. J’ai pas toute la nuit, je suis attendu.

— Tu sais où tu peux te la mettre ta charité, grogné-je.

— OK, comme tu voudras. Tu ne pourras pas dire que je ne t’ai pas tendu la main… mais visiblement t’es trop conne pour la saisir ! Ciao ragazza…

Le SUV grogne en signe de dernière chance avant d’augmenter légèrement le pas de façon à me dépasser

— Attends !

Le véhicule se stoppe, m’éblouissant de ses feux arrière rouges sang. J’active mon pas avant d’ouvrir la portière passagère.

— Merci.

Sans un mot, Luciann me jauge du regard avant de redonner son attention à la route. Je dois bien avouer que recevoir l’aide de cet homme était la dernière chose à laquelle je me serais attendue. Il n’y a aucune réelle animosité entre lui et moi. Néanmoins, il m’étonnerait fortement que je fasse partie de son top ten des personnes qu’il apprécie le plus. Il semblerait que la leçon commence à entrer dans mon crâne et je me félicite d’avoir baissé les armes le temps de saisir cette main tendue. Je ne connais pas la raison de cet élan de générosité dont Luciann fait preuve à mon égard. Cependant, elle est la bienvenue et ce n’est pas mon corps gelé blotti contre le siège chauffant qui dira le contraire. Pour un court moment dans cette maudite journée, je m’autorise enfin à lâcher prise. Le ronronnement du moteur mêlé à la douce mélodie qui s’échappe des enceintes m’apaisent. Le silence qui s’est imposé entre Luciann et moi n’a rien de dérangeant ou de pesant. Bien au contraire, je l’accueille avec bonheur et espère qu’il insufflera un soupçon d’ordre à mon esprit tortueux.

— Pourquoi tu m’aides ?

— Pourquoi pas ?

— Oh ! Eh bien, peut-être parce qu’il y a une dizaine de raisons. On ne peut pas dire que nous soyons proches toi et moi ? Alors, dis-moi ?

— Tu n’as pas tort. Il n’y a qu’un petit cercle de personnes que je peux qualifier de proche. En revanche, je vois une bonne raison : Andrea.

Je déglutis difficilement avant de reprendre la parole.

— Dans ce cas tu arrives trop tard. Andrea vient de me larguer…

— Je suis déjà au courant.

— Il n’a pas traîné pour annoncer la nouvelle, bougonné-je.

— Nan, ce n’est pas lui.

Je le fixe avec insistance ne comprenant pas par quel biais il aurait eu vent de notre rupture.

— Ne me regarde pas comme ça ! se marre-t-il. Le hangar est à moi et j’aime savoir tout ce qui s’y passe et s’y dit… H 24, insiste-t-il sur ses derniers mots.

Je ferme et fronce instinctivement mes paupières comprenant que notre ébat ainsi que mon placage lamentable ont été immortalisés par le système de sécurité du businessman.

— Je vois… Tu auras du contenu pour tes soirées ceintures !

Luciann explose littéralement de rire à ma tirade. Son rire est franc et réconfortant. Je crois que jusqu’alors je ne m’étais jamais rendu compte que ce mec pouvait être humain.

— Merci de penser à moi, mais ça ne sera pas nécessaire…

—Tu n’as qu’à claquer des doigts pour qu’elles se jettent à tes pieds, hein…

— En quelque sorte, je ne t’apprends rien, glisse-t-il tout en fixant la route du regard.

Il ne sait pas si bien dire, car oui, je connais à la perfection le système du sexe à la demande.

— Andrea n’est pas comme nous. Ce sont ses émotions qui dictent ses actes. Il a beaucoup souffert étant plus jeune, déclare-t-il.

— Tu ne m’apprends rien ! Je sais avec qui je partage ma vie depuis plusieurs mois.

— Et le contraire ? Il serait bon qu’Andrea en sache un peu plus sur toi. Tu ne crois pas ?

— Qu’en sais-tu ? Tu ne sais rien de moi !

— Ma chère Sierra, tu te trompes lourdement. Je sais beaucoup de choses sur toi. Mais, c’est de ta bouche que je veux les entendre.

Intriguée par ce qu’il vient de me dire, je marque un temps d’arrêt en pesant le pour et le contre. Puis, je comprends rapidement son allusion un peu plus plutôt. De nombreuses questions se bousculent dans mon esprit. Pourquoi aurait-il fait des recherches sur moi ? Connaît-il mon frère ? Sait-il comment je gagnais ma vie jusqu’à ma rencontre avec son meilleur ami ? Et la plus importante, suis-je prête à écouter mon instinct et à faire confiance à cet homme ? Je ne l’explique pas, j’ai le sentiment que Luciann n’est pas devenu le business-man, puissant et respecté, sans se salir les mains. Voyons voir ce que ce beau brun prétend savoir sur moi. Je suis curieuse de découvrir ce qui se cache derrière ce costume toujours impeccable.

— Je suis tout ouïe, dis-moi qui suis-je, Luciann ! susurré-je le mettant au défi.

— Tu te fais appeler Sierra Faming alors que ton véritable nom est Morani comme : Lane Morani, commence-t-il d’une voix blanche. Ton frère et moi sommes en business depuis de nombreuses années et nous venons tout récemment de sceller un nouveau deal. Jusqu’alors je n’avais aucune raison de faire le rapprochement entre vous deux… Je continue ?

— Fais-toi plais’…, articulé-je faisant signe de l’encourager.

J’ai une idée assez claire de la suite de son récit.

— L’apport de Lane était composé de fric et…

— Des bijoux d’Andrea. J’en conclus que c’est à ce moment que tu t’es dit : « mais comment a-t-il eu cette foutue montre ? », le coupé-je sur le ton de la moquerie.

— Quelle petite maligne tu fais !

— Mouais, pas tant que ça…

— C’était sarcastique.

— J’avais saisi ! T’as fini ?! me renfrogné-je.

— Nan, j’ai gardé le croustillant pour la fin !

Génial ! Je m’enfonce davantage dans le siège ne cachant pas l’ennui que me provoque son récit. Je porte mon attention sur le paysage nocturne défilant à vive allure sous mes yeux afin de dissimuler mon malaise.

— Lane t’a recueillie alors que t’étais encore gosse quand ta toxico de mère a perdu ta garde pour mauvais traitements. Il est rapidement devenu le roi d’East Harlem, pendant que toi tu t’es battue bec et ongles pour te faire une place à ses côtés, pour finir par t’autoproclamer : reine des garces.

— Reconnais qu’elle me va à la perfection, non ? ironisé-je avec amertume.

— J’aime assez, en effet. Je te prierais de ne plus m’interrompre, la partie croustillante, et de loin ma préférée, commence… tu n’as reculé devant rien et n’a pas hésité à arnaquer des mecs en mal de sensations, en usant de tes charmes. Je dois dire qu’avec un physique et un bagout pareil, ça aurait été du gâchis de ne pas s’en servir ! Franchement, peu de femmes ont l’audace de vendre leur corps. Avec l’aperçu de ta performance de ce soir, je suis convaincu que tes prestations étaient de grande qualité. Tu es…

— Une pute ?! le coupé-je en colère.

— Surprenante était ce que j’allais ajouter.

— Bah voyons ! Je dois faire semblant de te croire en plus ?

— Crois ce que tu veux. Je ne te juge pas, je suis extrêmement mal placé pour… Je dis simplement que la fin justifie les moyens. Toi et moi sommes faits du même bois.

— Tu développes ? l’invité-je, curieuse.

Luciann rit à nouveau et à sa façon de le faire, je comprends qu’il ne m’en dira pas plus sur lui. Tant pis, j’aurais au moins tenté.

— Gardons ce chapitre pour un hypothétique spin-off, rétorque-t-il en me faisant un clin d’œil furtif.

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