War of Hearts (French Edition)
Chapitre 18
Sierra
Je claque mon verre sur la table basse interrompant la conversation entre les deux brins.
— Je vais me dégourdir les gambettes, un de vous se porte volontaire pour m’accompagner ?
Leurs mines à la limite du dégoût me font ricaner.
— Cachez votre joie les beaux gosses ! Tant pis pour vous, déclaré-je en faisant claquer un baiser sur le bout de mes doigts avant de l’envoyer vers les vieillards.
Comme pratiquement tous les week-ends depuis un mois, je profite des avantages d’être officiellement la compagne du patron des lieux. Le night-club d’Andrea est véritablement the place to be ! Je me sens ici chez moi, en même temps, il faudrait être difficile pour ne pas apprécier cet endroit. Mes pas sont guidés par l’instrumentalisation du morceau de Fatboy Slim. Ce titre commence langoureusement avant d’avoir un rythme entêtant et séducteur. Je me défoule sur les notes, expulsant le trop-plein d’une semaine de travail. Je ferme les yeux, abandonnant mon corps sur la musique. Je sens son regard sur moi malgré mes yeux clos. Évidemment, il veille sur moi. Quand je lève la tête pour confirmer mon ressenti, je tape dans le mille. Mon homme et son associé sont accoudés à la balustrade de la mezzanine ne perdant pas une miette du spectacle que j’offre. Je souris à pleines dents, heureuse d’avoir l’emprise escomptée sur cet Adonis. Car je l’aime un peu trop, contrairement à mes dires officieux. Le morceau suivant est davantage langoureux, mes courbes ondulent à merveille en rythme avec.
Cependant mon beau brun n’est plus aux premières loges pour m’admirer. L’exercice vient de perdre tout son attrait. Je stoppe mes mouvements, mettant fin aux fantasmes à peine dissimulés des quelques hommes autour de moi. Je fais un crochet aux WC avant de regagner la mezzanine. Une fois mon affaire faite, je me lave les mains et inspecte mon reflet, impeccable dans le miroir. En gravissant les marches de l’escalier, je croise la petite blondinette, Lucy, je crois, ou un truc comme ça. Je lui fais un clin d’œil en signe de provocation. Elle blêmit instantanément. C’est fou combien j’aime déstabiliser les gentilles jeunes filles.
Une vraie garce ! Yes, c’est bien ce que je suis et ne m’en cache pas comme la plupart des femmes. J’aperçois au loin les gars quand une main râpeuse enserre mon poignet avec vigueur. Je tire dessus avec force par réflexe d’autodéfense avant de découvrir l’auteur de cette erreur. Mon souffle se bloque dans ma cage thoracique, le cœur au bord des lèvres tant la surprise me sèche sur place. Comme un fantôme du passé venu hanter mon présent, les flashbacks de mon passé me frappent de plein fouet.
— On ne dit plus bonjour à un vieil ami, siffle la voix rauque.
— Je te croyais
— Mort ?
Je hoquette de plus belle.
— Oui, c’était le plan de ton frère. Mais il faut croire que ses hommes ne lui sont pas autant dévoués qu’il aimerait le croire.
— Tu n’as jamais été mon ami Steven ! craché-je avec dégoût, au visage de ce dernier.
— Que fais-tu ici ? articulé-je faiblement.
— Oh, mon divin Dahlia noir, ne te fais pas passer pour plus sotte que tu ne l’es, je t’ai mieux façonnée que ça !
Quoi ? La nausée s’empare de moi à ce funeste souvenir additionné de ce stupide surnom. Je repousse des haut-le-cœur en même temps que j’arrive à me dégager de sa poigne.
— C’était toi depuis tout ce temps !
—Bingo…
—Va au diable !
— C’était l’idée, mais il faut croire que cet enfoiré ne veut pas encore de moi. Tu n’as rien perdu de ton mordant, petite sauvageonne. J’ai toujours aimé cette facette de toi, surtout au lit, ricane-t-il en léchant sa lèvre inférieure comme souvenir du bon vieux temps.
À bout de souffle, je prends mes jambes à mon cou pour rejoindre mon homme. L’envie de me blottir dans ses bras comme la petite fille brisée que je suis prend le dessus sur mon assurance. En un claquement de doigts, ce fils de pute m’a replongée dans un flot de souvenirs gardés loin au fond de moi. Je me sens tellement sale et vulnérable ! Je ne suis plus qu’à quelques mètres du spot d’Andrea, alors j’active le pas pour m’affaler de tout mon poids sur la banquette de velours noir. Luciann me regarde l’air inquiet.
— Tout va comme tu veux Sierra ? On dirait que tu viens de voir un fantôme, m’interroge-t-il.
— Tu ne crois pas si bien dire, balbutié-je.
Au même instant Andrea porte son attention sur moi. Son regard me sonde curieusement alors qu’il s’adresse à moi.
— Sierra, Bella je te présente Luca, mon frère aîné.
Parfait, je ne pouvais pas tomber plus bas qu’à cet instant précis.
— Douce Sierra, enfin je pose un visage sur un nom. Je suis ravi de faire ta connaissance. Moins de savoir que tu es déjà prise et avec mon frangin qui plus est.
Il n’a de cesse de me parler de toi. Tu dois être très spéciale mon petit, me glisse-t-il à l’oreille après m’avoir enlacée chaleureusement comme si j’avais toujours fait partie de leur famille.
— Je suis enchantée de faire ta connaissance, peiné-je à articuler toujours enfouie sous un tas de merde que m’inflige ma mémoire.
— Dis-moi, tu ne serais pas l’assistante de Roger ? demande l’homme brun aux yeux vert émeraude.
— Comment sais-tu qu’elle est son assistante ?
Mon cerveau fait tilt en comprenant où le frère d’Andrea veut en venir quand je sens la main de Luciann se poser dans mon dos en signe d’encouragement ou quelque chose dans le genre.
— Luca comme le « dieu du paradis blanc and Co » ? répliqué-je.
Le frère esquisse un sourire ravageur semblable à celui qui fait chavirer mon cœur.
— Lui-même beauté !
— J’ignorais que vous vous connaissiez tous les deux ? insiste Andrea.
— Déstresse frangin, c’est seulement professionnel. Je fournis son boss, rien de plus. En tout cas, belle prise, gamin, le rassure-t-il.
Les traits du visage de mon homme se détendent instantanément, comme soulagés.
— Ça n’a pas l’air d’aller ma belle, tu veux qu’on s’échappe ? s’inquiète-t-il.
— La fatigue sans doute, mens-je, si tu n’y vois pas d’inconvénients j’aimerais assez.
Comme une évidence, Andrea se lève et fait un pas vers moi en me tendant sa main pour que je l’attrape. Je la saisis et me lève à mon tour.
— Si on me cherche, je serais au loft du hangar, histoire de changer d’air, annonce-t-il à l’attention des deux bruns avant de quitter le spot.
Nous quittons le Panam sous les regards entendus de Luciann et Luca.
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