War of Hearts (French Edition)
Chapitre 19
Andrea
Je ne sais pas de quel fantôme voulait parler Sierra, mais au vu de sa mine désarçonnée, mon envie de la protéger a redoublé de puissance. Ses doigts fermement enlacés aux miens, je la guide vers le parking pour rejoindre ma voiture. Une fois tous deux dans l’habitacle c’est comme si une bulle protectrice nous écartait du reste du monde. Je démarre sans plus tarder, martelant au passage les murs de béton par les vibrations du V 8 enragé.
— Tout va bien Bella ? glissé-je avec douceur.
— À présent, oui.
Malgré ses efforts pour dissimuler son trouble, je ne suis pas dupe, elle a fait une mauvaise rencontre ce soir. Reste à savoir de qui il s’agit. Simplement pas maintenant, Sierra s’est refermée comme une huître et elle ne me lâchera rien. Nous roulons dans un silence réconfortant que ni elle ni moi ne souhaitons rompre. Seule la mélodie envoûtante de Bad Things que diffusent les enceintes évolue entre nous.
— J’adore ce titre, il me fait penser à nous.
Je quitte un instant la route des yeux pour l’admirer rejeter sa tête en arrière contre le siège baquet, les paupières closes tout en fredonnant les paroles de la chanson de MGK. Cette image d’elle est si sensuelle, si sereine, tellement celle pour quoi je suis prêt à sacrifier mon cœur, sonne en moi comme étant le bon moment ! Quand le chemin pour rejoindre notre destination se dessine au loin, je décide de changer de cap. Je donne un coup de volant un peu plus sec que les autres pour rejoindre la voix de gauche tout en écrasant la pédale de l’accélérateur et je déboîte telle une bombe sur l’asphalte.
— Où nous amènes-tu ? m’interroge-t-elle
— Surprise ma belle, la taquiné-je.
Elle se rencogne dans le siège sans se délester de son regard suspicieux à mon égard. Ce qui me fait sourire de plus belle.
— Pourquoi tu te marres comme ça toi ?
À présent, j’éclate littéralement de rire à sa mine renfrognée. Comme une gosse, je la vois croiser les bras sur sa poitrine feignant l’indifférence, alors qu’elle meurt d’envie de savoir où je nous guide.
— Allez, sois patiente nous y sommes presque, déclaré-je tout en déposant ma main sur sa cuisse dénudée.
Sierra s’en empare dans un geste tendre avant de la porter à ses lèvres. Ma respiration se fait courte et mon cœur est à deux doigts d’éclater dans ma poitrine en réaction.
— Je ne devrais pas te le dire, mais, qu’importe… tu me plais vraiment Miro.
Son aveu, tel le saint Graal tant convoité, me conforte sur les événements à suivre et me donne les ailes dont j’ai besoin pour mener à bien ma tâche.
— T’en as d’autres des confessions dans le genre ? la taquiné-je pour détendre l’atmosphère devenue un brin trop sérieuse pour mon âme torturée. Surtout, ne te retiens pas Bella !
— Petit con, va ! raille-t-elle tout autant gênée par la bombe qu’elle vient de prononcer.
Nous arpentons le pavé quand nous arrivons à bon port.
— Tu m’emmènes à la fête foraine ?! jubile-t-elle.
— Ouais, ça te dit ?
— Carrément !
— Ça te rappellera ton enfance… de petite peste à coup sûr, ironisé-je à ses dépens.
Instantanément, son visage s’assombrit et transforme la douceur de ses traits en quelque chose d’amer et douloureux.
— Je n’y suis jamais allée.
Boulette.
— Tu ne t’es pas dit que c’était plutôt à cause de mon enfance que je suis devenue la reine des garces et non l’inverse ? cingle-t-elle d’une voix roque.
— Eh bien, du fait que je ne sais rien ou presque de toi, c’est ce que j’en ai déduit.
— Ne tire pas de conclusion hâtive de par tes impressions… elles sont le plus souvent trompeuses, Miro, rétorque-t-elle en tournant la tête dans ma direction pour me transpercer de son regard endurci.
— Je m’excuse ma belle, je ne voulais pas être blessant. Peut-être que si tu me parlais davantage de toi, je laisserais mes impressions au placard. Qu’en dis-tu ?
Elle relâche un soupir narquois et incline la tête en inspectant mes traits, puis déclare :
— Seulement si tu te mets à table également…
Quelque chose se coince dans ma trachée à ses mots sonnant comme un défi. Je déglutis péniblement en passant ma main dans les cheveux pour me trouver une consistance et une réponse, accessoirement. Clairement, je ne suis pas encore prêt à aborder le sujet. Mon passé, mon enfance, m’a laissé une pléiade de blessures qui, j’ai bien l’impression, ne cicatriseront jamais. Je me bats et me débats au quotidien avec. Je m’efforce à me persuader que rien n’est réellement arrivé, pourtant j’en trimballe toutes les séquelles. Alors, non, je ne suis pas prêt pour ça. Je crains fort ne jamais l’être. Si Sierra ne souhaite pas évoquer cette période de sa vie, je n’ai pas le droit de l’exiger et encore moins de l’en obliger. Et ce, même si je crève d’envie de savoir par où elle est passée. Ses ténèbres ne m’effraient pas, j’ai connu pire, car je demeurerai éternellement en enfer.
L’habitacle de la Mercedes me parait tout à coup exigu. J’étouffe ! J’ouvre la portière comme si ma vie en dépendait. Une fois à l’extérieur, j’inspire à pleins poumons l’air légèrement rafraîchi de la nuit. Je respire enfin et retrouve mon calme par la même occasion. Je suis venu ici dans un but bien précis, ce n’est pas le moment de foirer. Mes idées de nouveau en phases, je tape un coup sec sur le toit du coupé avant de passer ma tête à l’intérieur.
— Bon, on y va ? La grande roue ne t’attendra pas toute la nuit Bella ! lâché-je d’un ton enjoué à l’attention de ma belle brune.
La tension entre nous n’aura pas duré bien longtemps. Il nous a suffi d’arpenter les allées de la fête et nous arrêter à plusieurs stands pour faire comme si de rien n’était. Sierra à la faculté, tout comme moi, de vite rebondir sur autre chose sans jamais laisser paraître son trouble. Bonne ou une mauvaise habitude, qu’en sais-je. Ça fait tellement années que je dissimule mes émotions, alors, je ne suis plus capable d’être rationnel sur le sujet. Visiblement, je ne suis pas le seul. J’ai l’intime conviction que Sierra a elle aussi vécu des moments éprouvants. Et ce sentiment grandit plus nous avançons côte à côte dans notre relation de couple. Elle et moi ne sommes pas si différents que ça.
J’ai sa paume contre la mienne et ça réchauffe mon âme. Je la contemple s’extasier, un grand sourire étalé sur son visage, à tout ce qui l’entoure. Qui aurait cru qu’une femme comme Sierra serait émerveillée devant une simple fête foraine ? J’aime ce que je lis dans son regard quand il s’unit au mien. Elle semble heureuse, je la rends heureuse. Tout du moins ça en a tout l’air.
— Oh ! Regarde, il y’a un stand de confiserie là-bas !
Je pivote sur moi-même et capte la baraque à bombecs qui la met dans tous ses états. Je souris, encore, à son enthousiasme.
— Tu veux une barbe à papa ? Une pomme d’amour ? Ou des churros ?
Sierra ouvre de grands yeux avant de froncer les sourcils en pleine réflexion, puis déclare :
— J’ai aucune idée du goût que tous ces trucs peuvent avoir… Je veux goûter à tous ! s’écrie-t-elle.
Un rire franc éclate de ma poitrine.
— Non ma belle, tu ne pourras jamais avaler tout ça, crois-moi, gloussé-je.
Son petit nez fin se retrousse en trompette accompagné de sa sempiternelle moue désapprobatrice.
— Pourquoi tu dis ça Bé, ça m’a l’air petit…
— Non tu te trompes, c’est bourrer de sucre et de gras, ton estomac ne va pas kiffer du tout !
— Mais… geint-elle.
— C’est impossible, fais-moi confiance, insisté-je connaissant mon sujet sur le bout des doigts.
Sa moue se volatilise pour devenir un tantinet moqueuse, quand elle déclare :
— Bordel, t’as essayé et t’as tout dégobillé ! C’est ça ?
— Affirmatif…
Sierra fait mine d’être choqué pour enfin se foutre franchement de ma poire, n’y allant pas de main morte.
— Mais c’est qu’on a un petit estomac fragile permis nous… Oh, mon p’tit poussin, tu pousses des bagnoles à plus de 300 kilomètre-heure et tu ne digères pas deux trois minuscules friandises de rien du tout ! Vraiment, je suis déçue… le mythe en a pris un coup, j’te jure, ricane-t-elle en bonne peste qu’elle est.
— Fais-toi donc plaisir, Saleté… mais je te préviens : interdiction de dégueuler dans ma Merco, dis-je en lui indiquant des bras le chemin vers le fruit de sa convoitise.
— Juste pour remettre l’église au milieu du village : j’ai vomi juste après avoir fait un manège dans le genre de celui-ci, précisé-je en montrant du doigt ladite attraction.
J’entends ma copine déglutir avant de se diriger vers le stand à churros en me tournant le dos.
— Je vais commencer par une barbe à papa !
Sage décision. J’en profite pour souffler un bon coup et prendre nos tickets pour la grande roue. Quand elle me rejoint en possession de son précieux rose pastel, nous embarquons guidés par le propriétaire de la géante de fer.
— Pas trop stressée ?
— Si un peu et toi ? lâche-t-elle entre deux bouchées de nuage sucre.
Carrément, mais pas pour les mêmes raisons de ma belle. D’un signe de la tête je lui réponds que non avant de fondre mes lèvres sur les siennes au goût acidulé.
— Tu me fais confiance ?
— Évidemment, les yeux fermés Miro.
Pour la centième fois de la soirée, je souris de bonheur. La grande roue fait son ascension pour enfin se stabiliser à plus d’une centaine de mètres du sol. Je referme ma prise autour de sa taille afin qu’elle se sente le plus en sécurité possible. Son regard s’électrise d’émerveillement face au spectacle qu’offre NY by night. Toute cette architecture, la nature et les lumières enveloppent la grande pomme d’un voile mystérieux et magique à la fois. Je crois bien que c’est la première fois que je contemple cette immense ville sous cet angle-là.
— C’est magnifique, souffle Sierra totalement sous le charme.
Ses prunelles chocolat viennent s’ancrer aux miennes pour appuyer ses mots. Et moi, je ne vois plus qu’elle, je ne sens plus qu’elle, je ne veux plus qu’elle et je n’aime plus qu’elle à l’infini. Je l’embrasse pour reprendre possession de mon être et me noie dans une mer de délectation aux effluves envoûtants de Sierra. Je mets fin à notre baiser malgré moi pour attraper ce que je cherche dans le fond de ma poche. Je profite que ma belle soit de nouveau happée par le décor pour me préparer.
— Quand tu dis me faire confiance aveuglément… es-tu réellement prête à embarquer avec moi dans cette nouvelle aventure ?
Curieuse, Sierra tourne la tête dans ma direction avant de sonder mon regard. Elle ne comprend pas immédiatement ma requête. Aussi, ses yeux sont attirés par l’éclat s’émanant de l’écrin que je tiens au creux de ma main.
— Tu… tu… Miro, tu ?
— Épouse-moi Sierra Faming !
Bouche bée, elle n’en revient toujours pas. Alors, impatient d’entendre sa réponse, je lui retire des mains sa sucrerie et la balance par-dessus bord. Là, Sierra percute enfin. Un cri hystérique sort d’entre ses lèvres avant qu’elle capture mon visage pour me rouler la pelle du siècle. Je crois que ça vaut pour un oui ça, nan ? Nous reprenons avec force nos souffles, quand elle prononce enfin les mots tant attendus.
— Oui ! Ouiiii, je veux t’épouser !
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