War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 22 sur 52

Pages du PDF

War of Hearts (French Edition)

Vingt ans auparavant…

 

Andrea

Papa rentre tard tous les soirs depuis pas mal de temps maintenant. Ce qui contrarie beaucoup Liliane, si bien qu’elle ne veut même plus me préparer le repas du soir. Pour elle, ça ne sert à rien puisqu’il ne rentre jamais à temps pour le partager avec elle. Ça fait trois soirs où j’attends minuit passé pour aller me servir à manger dans le frigo. La faim me tord le ventre, m’empêchant de trouver le sommeil. Par chance le matin mon père est présent, donc j’ai le droit à mon petit petit-déjeuner. Cependant il n’a rien de copieux et ne me tient pas longtemps au corps. Je devrais en informer mon père, mais ce dernier ne me croirait pas, de plus les conséquences avec ma belle-mère seraient atroces. Je n’ai pas d’autre solution, je dois me débrouiller par moi-même.

Comme tous les soirs, je mets mon plan casse-croûte à exécution. Seulement ce soir, j’ai un mauvais pressentiment. Quelque chose ne colle pas. Liliane est allée au lit trop tôt et de trop bonne humeur. Ce qui ne lui ressemble absolument pas. En règle générale, elle ne regagne pas sa chambre avant 23 heures laissant derrière elle des verres renversés ou encore des bouteilles vides. C’est donc le cœur au bord des lèvres et les mains moites que je me dirige vers la cuisine. Je dois emprunter un long couloir avant d’atteindre les escaliers. Seule lumière pour me guider, celle des réverbères éclairant notre quartier huppé. Une fois arrivée au rez-de-chaussée, il ne me reste plus qu’une faible distance entre le hall d’entrée et mon festin. À cette idée, mon ventre gargouille bruyamment. Je commence à baisser ma garde me sachant tout près de mon but.

Quand je glisse un orteil dans l’encadrement de la porte de la cuisine, je reçois une gifle si forte que mes oreilles se mettent à siffler. Une douleur vive provenant de mon nez me fait suffoquer. Je porte ma petite main de gamin de neuf ans à mon visage en même temps que mes yeux distinguent de grosses gouttes foncées sur le carrelage immaculé à mes pieds. Je regarde avec terreur mes doigts et manque de tomber dans les pommes quand je me rends compte que mon sang la recouvre. Je crie d’affolement en verrouillant mon regard sur mon agresseur. Sans surprise, Liliane se tient devant moi, un sourire pervers de satisfaction.

— Tu croyais que je n’avais rien remarqué peut-être sale petit bâtard ?!

— J’ai faim ! je ne fais rien de mal, tu ne me prépares rien, pas même un bout de pain… craché-je furieux entre mes sanglots.

— Parle-moi sur un autre ton, merdeux ! Rien à foutre que t’aies faim ou non, c’est moi qui décide ! Tu mangeras demain matin avec ton cher papa.

Mes larmes redoublent quand je comprends combien mon plan vient de tomber à l’eau. Liliane est une sale pourriture. À cet instant, je fais la promesse de la crever quand j’en aurais enfin la capacité.

— Je te déteste sale folle ! je vais tout dire à mon père et il te jettera à la rue… hurlé-je utilisant le peu de force en ma possession.

Cette mégère éclate de rire en me regardant droit dans les yeux.

— Tu n’oseras pas, tu es faible, un bon à rien, un sale petit bâtard comme toute ta putain de famille ! Réfléchis un peu, qui croira ton cher papa entre son boulet de gosse de neuf ans et sa femme chérie et dévouée ? Crois ce que tu veux, je m’en balance, car ton père te hait !

C’en est trop, pris d’un élan de courage je me jette, mains en avant vers son visage. Étant donné ma petite taille, je n’arrive pas à grand-chose, mais j’arrive tout de même à lui griffer le cou. Elle se dégage rapidement de moi, me propulse au sol avant de me fouetter avec un torchon encore humide. Je crie à chacun de ses coups, résigné et effroyablement triste.

 

OceanofPDF.com