War of Hearts (French Edition)
Chapitre 25
Andrea
Je me gare avec fureur devant la porte du hangar faisant office de bureau annexe à Luciann. D’ici, mon meilleur ami gère la partie officieuse de son business en toute illégalité et pourtant aux yeux de tous : corrompus. Aurelio, mon frère aîné est son intermédiaire sur le terrain. Il excelle dans l’art de faire fermer les yeux aux personnes bien trop curieuses. Si seulement je le pouvais, je demanderais à Aurelio de se débarrasser de Ferguson pour moi…
Je suis d’une humeur massacrante quand je déboule dans le bâtiment. En temps normal, le trajet en voiture suffit à me calmer. Or, je l’ai passé au téléphone avec mon indicateur qui travaille au commissariat de Ferguson. Cette conversation n’avait rien de plaisant et d’après ce dernier je ne suis pas au bout de mes peines. Franchement, comme si j’avais besoin qu’un connard de flic vienne mettre son nez dans mes affaires !
Je monte les marches de l’escalier trois par trois et prends risque de me ramasser si une se dérobe sous mes pieds. Une fois à l’étage, je pénètre dans le bureau de Luciann sans m’être annoncé. C’est inutile, mon ami m’a vu arriver à des kilomètres, grâce à son système de sécurité digne des services secrets. Cependant, j’attends qu’il m’autorise à m’installer sur le sofa avant de m’y vautrer de tout mon poids. Les bras repliés derrière ma nuque, je contemple la blancheur du plafond tout en écoutant d’une oreille les paroles lointaines de mon ami. Les minutes s’égrènent et me laissent le temps, malgré moi, de cogiter à vive allure. En véritable Drama Queen, je râle et ressasse intérieurement contre cette saleté de journée. Impatient, je tape à toute allure un SMS à Livia.
Des news du côté de Fabian ?
Non, rien… Lucy est injoignable.
Tu penses qu’il lui est
arrivé quelque chose ?
Il serait préférable que non ! Auquel cas, j’ai le sentiment que je serai le suspect numéro 1. Bon Dieu, pourquoi la disparition de cette nana me colle à la peau ? Lucy n’est qu’une de mes employées, je ne comprends pas bien quel rôle j’ai à jouer là-dedans. Je n’ose même pas imaginer la tête que fera Sierra en apprenant que je suis suspecté de… de quoi au juste ?! Bref… je suis sur la sellette et je ne sais même pas pour quelle raison. Journée de merde ! D’un bon, je décolle ma carcasse du sofa pour aller me servir un café. Je regarde mon pote à la dérobée et lui en propose un silencieusement, qu’il valide d’un super de son pouce levé. Du temps que je m’affaire, Luciann met quant à lui fin à son appel. Je dépose la tasse sur son bureau avant de me positionner face à l’immense baie vitrée et contemple la vue, mon précieux à la main.
— Merci vieux ! Ça n’a pas l’air d’être la forme toi, déclare mon ami.
— Perspicace !
— Observateur, plutôt…
Je relâche un soupir moqueur réalisant combien il est impossible de berner ce mec. Inutile de nier, Luciann me connaît bien trop pour user de mon subterfuge avec lui.
— J’ai Ferguson au cul, l’informé-je.
— Pour quelle raison ?
— Lucy visiblement…
— Lucy, notre Lucy ? s’étonne-t-il.
Je fais une volte-face et enchaîne :
— Bien elle ! D’ailleurs, t’aurais pas de ses nouvelles ? Elle n’est pas venue travailler hier soir et personne n’arrive à la joindre sur sa ligne. Tu te l’envoies toujours ?
— Alors, non, oui, elle et d’autres…
Je ricane à sa réponse.
— Tu connais mon penchant pour le plaisir charnel, fanfaronne-t-il.
— Que trop bien même !
— Ne fais pas le blasé, c’est pas de ma faute si t’es au régime, insiste-t-il fière de lui.
— Évidemment ! Avoue, de cette façon ça t’en fait plus pour toi… persiflé-je à mon tour.
— Je ne m’en plains pas !
— Et dire que ce type est marié…
— C’était un mariage arrangé, j’ai épousé ta cousine par omission, gémit-il.
— Certes ! Simplement, aujourd’hui tu possèdes toute la ville au creux de ta main grâce à Cara et son héritage.
— C’était le plan. Si je voulais que Roberto me laisse les rênes du royaume, je devais faire de son trésor une femme respectable. Tu connais la suite.
Ouais, je connais la suite. Ça doit sûrement vous paraître moche, car à vos yeux Luciann n’a fait qu’utiliser une pauvre femme pour arriver à ses fins. Oui, je comprends votre ressenti. Cependant, je vous arrête tout de suite ! Cara n’a absolument rien d’une victime et encore moins d’être pauvre. Quoique de cœur, assurément ! Ma cousine est d’une froideur et d’une cruauté sans limites. Elle est calculatrice et manipulatrice. C’est davantage mon ami que je plains entre les griffes de cette harpie. Bref, ce n’est pas mon combat !
— Plus sérieusement, de quoi t’accuse Ferguson ?
— Rien encore, mais ça ne saurait tarder.
— Tu as mis Bradley sur le coup ?
— Ouais, il creuse et revient vers moi dès qu’il a une info. Il m’a quand même dit que Ferguson m’avait dans le nez et qu’il veut me faire tomber, grincé-je entre mes mâchoires serrées.
Si seulement, les problèmes pouvaient disparaître d’un bon coup de pelle ! J’aurais un cimetière en guise de jardin verdoyant…
— La bonne blague ! Ce trou duc a la rancune tenace. Il ne digèrera jamais que tu te sois créé un nom dans le domaine de la nuit alors que lui n’est qu’un simple inspecteur de commissariat miteux.
Sans vouloir être arrogant, Luciann n’a pas tort. Déjà adolescent, Mike Ferguson avait une dent contre moi. Je n’ai jamais su pourquoi, de plus je n’en avais rien à faire, je tentais de garder la face en public afin que nul ne découvre mon secret. Ce mec était le cadet de mes soucis, j’étais populaire malgré moi contrairement à lui qui faisait tout pour rester le number 1.
— Depuis ta première accusation, il rêve de te coffrer. Ça a dû être difficile à encaisser que tu aies simplement été condamné à trois mois de sursis et une amende de 15000 dollars.
D’humeur renfrognée, je regagne le sofa en reprenant la même position qu’à mon arrivée dans le bureau de Luciann tout en ronchonnant dans ma barbe.
— OK, j’oubliais ton casier judiciaire…
Je tourne juste assez la tête pour fixer mon regard noir, plus que d’ordinaire, dans le sien. Je distingue son sourire de roi des connards naître sur ses lèvres fines. Instinctivement, mon bras droit se tend dans sa direction et ma main lui balance un fuck dans ses dents. Comme je m’en doutais, mon ex meilleur ami se met à rire à gorge déployée ! De rage, je balance dans sa direction un des coussins qui décore le sofa et touche ma cible en pleine tête, ce qui lui coupe le sifflet. Prends-toi ça, face de rat ! BOOM ! Andrea 1 – Luciann 0.
— Quelle maturité frangin, j’adore ! continue-t-il.
— Bah au moins, ça a le mérite que tu fermes ta gueule, crevard !
— OK, j’avoue que si les rôles étaient inversés la pilule aurait du mal à passer… Mec, on n’en a rien à cirer de ton casier, c’est des conneries tout ça !
— Bah dis ça à Allie Parks… grogné-je.
Cette menteuse m’a fait vivre un véritable enfer en m’accusant d’avoir profité d’elle lors d’une soirée.
— Cette petite conne n’a eu de cesse de te traîner dans la boue. T’accuser de l’avoir violée parce que tu l’as éconduite, c’est une vengeance vieille comme le monde !
Grave. Ça n’empêche que je suis fiché délinquant sexuel par sa faute.
— Où que j’aille et quoi que je fasse, si je me fais arrêter, je ne serai rien de plus qu’un connard de bourge, violeur de gamine qui s’est payé un bon avocat ! Nous le savons tous les deux… Qu’est-ce que Sierra penserait de moi si ça venait à se savoir ?
— Les étiquettes sont souvent trompeuses Andrea ! Je doute que ta douce Sierra soit assez dupe pour gober ça. Je parierais même mon SQ8 qu’elle a déjà fait pire que Parks…, souligne-t-il.
—Peut-être qu’elle ferait la part des choses, néanmoins, je refuse de parier là-dessus. Nan, Sierra n’a rien à voir avec ce type de femmes, avancé-je.
— Pas ce type de femmes ?! En es-tu certain, mon ami ? insiste Luciann.
Je connais assez bien mon ami pour comprendre que je dois lire entre les lignes.
— Tu insinues quoi… tu crois que je suis aveugle dès qu’il s’agit d’elle ?
Mon regard s’accroche à ses prunelles brillantes de défi. Sans rien ajouter de plus, j’observe Luciann se diriger vers son coffre-fort. Il le déverrouille et en sort une enveloppe kraft bombée. Toujours silencieux, il la dépose sur son bureau avant de me fixer de nouveau. Je l’interroge du regard quand, d’un signe du menton, il m’encourage à porter mon attention sur le paquet. Puis, une fois les yeux rivés de nouveau sur le plateau de bois, mon ami y déverse son contenu. Je reconnais immédiatement ma Jaeger et mes boutons de manchettes que je croyais avoir égarés il y a de ça plusieurs semaines, entourés de nombreuses liasses de billets verts. Un frisson glaçant lèche ma nuque, accompagné de violents coups bastonnant contre ma poitrine. Je ressens le besoin impérieux de m’asseoir un moment afin de démêler le nœud qui vient de se nouer autour de ma gorge.
— O… où les as-tu trouvés ? arrivé-je à articuler péniblement.
— La question n’est pas où, mais plutôt comment je les ai retrouvés Andrea ?
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