War of Hearts (French Edition)
Chapitre 23
Sierra
Nous saluons le reste du groupe avant de regagner l’appartement d’Andrea. Nous avons fait le parcours jusqu’à la porte de l’appartement en nous embrassant, collés l’un à l’autre. Je déverrouille la porte quand la sonnerie de son portable retentit.
— C’est la sonnerie de Luciann, râle-t-il.
— Okay, bah décroche.
Il souffle et se gratte la barbe naissante de son menton.
— Je vais le rappeler en sortant la chienne.
— Pas de problème, je t’attends, ajouté-je avec un clin d’œil qui en dit long sur la suite de la soirée.
— Bordel ouais ! J’en crève d’envie depuis que t’es rentrée… J’en ai pas pour long Bella, lâche-t-il en s’engouffrant à l’intérieur pour récupérer la laisse d’Ixa, prête à sortir avec son maître.
***
— Tu étais magnifique ce soir… comme toujours ma douce.
Face au miroir, je suspends mon coton démaquillant dans les airs en plongeant mon regard dans celui enfiévré de désir de Miro. Son visage se love dans le creux de mon cou me faisant frissonner au contact de sa barbe naissante et piquante. Ses mains se faufilent sous le fin tissu de mon crop top noir et empoignent mes seins, encore pour un court instant prisonniers de la dentelle délicate de mon balconnet. Il pince mes tétons entre ses pouces et index ce qui me fait défaillir. Je cale mon corps contre le sien alors qu’il capture le lobe de mon oreille entre ses lèvres et l’aspire. Il est impossible pour moi de retenir le grognement de plaisir qui m’envahit. Sans relâcher la prise de sa bouche, mon amant défait la fermeture éclair de ma jupe fourreau assortie à mon haut. Ses yeux s’écarquillent à la vision de mon intimité totalement dégagée.
— Pas de culotte…, siffle-t-il avec difficulté.
Je le défie du regard toujours grâce au jeu du miroir. Quand ses mains se font plus rudes sur ma peau en accord avec sa respiration rendue bestiale. Andrea me fait faire un volte-face avant de me hisser sur le meuble vasque de la salle de bain. Excitée et haletante, je l’aide à me débarrasser de mes derniers vêtements tout en dévorant ses lèvres sans relâche. Une fois dans mon plus simple appareil, Miro se dégage de moi, le visage dur, et pas que, il me contemple comme dévoré par un besoin sexuel vital de s’enfouir en moi. Mais c’est une toute autre chose qu’il m’offre. Mon fiancé défait les boutons de sa chemise, puis la fait passer par-dessus sa tête en me laissant devant la toile humaine de son torse recouvert de tracés d’encre. Il s’accroupit devant moi, dépose sa langue contre la chair bouillante de mes jambes en y traçant un chemin humide jusqu’à mes lèvres. Pour enfin glisser, avec délice, sa langue entre elles.
***
Mes jambes sont emmêlées aux siennes à moitié enveloppées du tissu soyeux des draps. Je n’ai pas la force de me relever pour m’en assurer, mais je ne doute pas un instant du spectacle que nous renvoyons : un véritable champ de bataille. Nous nous sommes combattu de la plus délicieuse des façons, une inéluctable guerre des cœurs. Qui est le vainqueur d’après vous ? Personne ! Nous avons tous deux succombé aux affres de volupté, passion et amour à l’état pur que nous déchainons sur notre passage. Ouais, c’est exactement ce que je viens de dire…
— Tu n’as qu’un seul mot à me dire et je confirme notre réservation pour Vegas. Tout est prêt pour notre mariage incognito, annoncé-je d’une voix post-orgasmique.
Mes doigts se baladent sur la peau moite et encore chaude de mon amant en attendant sa réponse quand ce dernier prend à son tour la parole.
— Tu avais raison quand tu as dit combien Liliane n’aimait qu’elle-même. Quand j’ai perdu ma mère quand j’étais gosse, à quatre ou cinq ans… je ne me souviens pas bien de cette période et je ne désirais qu’une chose : que ma nouvelle « maman » m’aime comme son propre fils…
Pour un hors sujet, c’en est un ! Sa voix est éraillée. Je résiste avec un mal fou à l’envie de rétorquer en lui exposant mon point de vue. Aussi, je m’abstiens et le laisse s’exprimer.
— Au lieu de ça, elle s’est évertuée sans relâche à me haïr et me faire payer ma venue sur cette terre !
Je me crispe et bouillonne littéralement à ses mots. Je fais appel à une puissance divine pour ne pas débouler au domicile de cette garce et lui enfoncer le nez au fond sa gorge. Je déglutis et gigote sur place pour ne pas décamper à la vitesse grand V.
— Jour après jour, Liliane n’a eu de cesse de m’engueuler, me punir, m’humilier et me corriger, comme elle aimait dire ! Sous prétexte que je n’étais qu’un bâtard que personne ne pourrait jamais aimer… — Elle se trompait ! Moi je t’aime, Miro… l’interromps-je, incapable d’en entendre davantage sans répliquer.
Je bondis sur mes jambes, toujours installée sur le lit et plante mes prunelles dans les siennes.
— Cette co… cette bonne femme, commencé-je effarée. Elle est un putain de monstre ! Comment ton père peut-il encore être avec elle en sachant ce qu’elle t’a infligé ?
— Calme-toi Bé…, souffle-t-il tout en m’attrapant la main.
— Que… je me calme !? C’est chaud Miro ce que tu viens de m’apprendre…
Il acquiesce d’un petit hochement de tête comme s’il était embêté de me mettre dans cet état.
— C’était il y a longtemps. À présent, elle ne lève plus la main ou autre chose sur moi…
Je tombe à genoux cette fois-ci ahurie.
— En fait, je ne l’ai jamais dit à Henry. Au début, j’avais peur qu’il ne me croie pas. Liliane avait toujours une bonne excuse pour chacune des marques qu’elle laissait après ses passages à tabac sur mon corps. J’ai vite compris que mon père ne me sauverait pas d’elle.
— Oh…
J’en perds mes mots. À vrai dire, il est préférable que je me taise. Rien, absolument rien de bien, ne sortirait de ma bouche à cet instant. Je me doutais bien que le secret d’Andrea pèserait lourd, mais pas combien il me coûterait de l’entendre. Son aveu est difficile à encaisser et fait frissonner la petite fille maltraitée qui demeurera toujours en moi. Tout comme moi, Andrea est un rescapé, victime d’un cadre « familial » dysfonctionnel. Était-ce ce lien invisible qui nous a guidé l’un à l’autre malgré nous ? Si seulement c’était possible… Je devine que c’est à mon tour de me confier ou tout du moins lui dire quelque chose. Cependant, je bloque et mes pensées se meurent sur ma langue. Me mettre à nue au sens propre du terme n’a jamais été un problème pour moi, contrairement au sens figuré. Et pourtant, si je n’arrive pas à le faire pour l’homme que j’aime… alors, quand y arriverai-je !?
— Je ne sais même pas pourquoi je te parle de ça maintenant ! Laisse tomber tu veux ? Toi tu me parles de notre mariage et moi je chiale comme un gosse sur mon enfance pourrie, balance-t-il.
— Non, ne dis pas ça Miro. Tout ce qui te touche me touche aussi. C’est juste que je ne m’attendais pas à autant de cruauté, c’est pas évident à assimiler. Ça me révolte !
— C’est de l’histoire ancienne, ne te mine pas pour ça. Je vais bien maintenant, enfin la plupart du temps…
— Tu en es sûr ? Notre enfance nous laisse bien plus de traces qu’il y paraît. Notre comportement d’adulte a un lien direct avec notre vécu sans qu’on en ait pour autant véritablement conscience. Les sévices que tu as reçus petit ont fait de toi l’homme que tu es aujourd’hui, avec ses doutes, peurs, manques, convictions et besoins…
— Quand je suis avec toi, je me sens comme l’homme le plus heureux au monde. Ta présence agit sur moi comme un baume bienfaiteur pansant mes écorchures et ecchymoses. Ces précieux instants auprès de toi me donnent l’impression d’être réparable…
— Tu n’es pas cassé Andrea, tu ne l’as jamais été, c’est tout le contraire même. Liliane a un sacré problème. Au lieu de le régler, elle a préféré s’en prendre à un pauvre gamin en mal d’amour. Elle est monstrueuse alors que toi, toi tu es un diamant brut.
— Ouais, elle m’a fait des choses horribles que j’essaie par tous les moyens de refouler au fond de ma mémoire. Mais j’avoue qu’elle revient régulièrement me hanter.
— Tes cauchemars ?
— Entre autres, si ce n’était que ça, soupire-t-il.
— Les races… soupiré-je à mon tour.
D’un hochement de tête Andrea confirme mes mots.
— C’est la seule façon que j’ai trouvée pour évacuer la rage qui bouillonne en moi au quotidien.
— Tu risques ta vie à chaque course Miro !
— Et alors ! Ça a le mérite d’être un constant rappel !
— Un rappel ? Mais de quoi, enfin ?!
Ses prunelles noires comme les ténèbres me percutent et m’enivrent d’un seul coup.
— Que je suis vivant !
J’ai un temps d’arrêt, sous le choc de sa tirade avant de reprendre pied et lui donner le fond de ma pensée.
— C’est ridicule ! Tu en as conscience au moins ? m’insurgé-je.
J’ai ma réponse... non, Andrea ne va pas bien du tout ! Le traumatisme de son enfance est ancré bien plus profondément qu’il ne croit. Il est complètement dans le déni… Dit la meuf qui agit exactement de la même façon, les races en moins… Oh, la ferme sale petite voix dans ma tête ! Peut-être bien que cette fichue conscience a raison, simplement il n’est pas question de moi, mais bien d’Andrea !
— Nan, vraiment, tu ne peux pas te réfugier dans cette hérésie. Tu crois franchement que s’est en t’explosant la tronche dans un accident que les choses s’amélioreront ou que tu te sentiras mieux ? Non, parce que tu seras MORT Andrea !
— Je ne crains pas la mort Bella, elle est pour moi synonyme de paix et tranquillité. En revanche, la souffrance de mes souvenirs me terrifie et creuse ma tombe à petit feu.
— Non, ce n’est pas comme ça que ça marche, c’est trop facile sinon. Tu fuis…
— Peut-être pour toi Sierra, appelle ça comme bon te chante. Pour ma part, il n’existe que deux choses dans ce bas monde qui me permettent de ne pas le quitter une bonne fois pour toutes. Seulement deux putains de choses qui me font ressentir assez de sensations pour me donner l’envie d’avancer jour après jour, rétorque-t-il avec vigueur, ses iris obsidiennes toujours plantés dans les miens.
— Vas-y balance, le défié-je d’un soupir arrogant et totalement excédé.
— L’adrénaline que me procure la vitesse et la passion enivrante des sentiments que j’ai pour toi.
À terre, voilà ce qu’Andrea vient de me faire. La puissance de ses mots me met littéralement à terre et se répercute dans ma poitrine. L’organe vital qui y a élu domicile en loupe un battement pour reprendre sa cadence à un rythme inhumain. Je souffre pour lui et je l’aime tellement que les larmes, si rares habituellement que je pensais en être dépourvue, picotent la frange de mes cils, menaçantes.
Je prends alors son beau visage en coupe avant de recouvrir ses lèvres d’un baiser amoureux.
— Merci de me donner tant d’importance. Je ne suis pas le remède à tous tes maux Miro, car l’amour rend aveugle. Tu dois trouver la motivation de te sortir de cette spirale qui te ramène inlassablement vers le bas afin de t’en libérer définitivement. Si j’étais toi, je ne parierais pas sur moi.
— Pourquoi tu ne le serais pas, insiste-t-il.
— Eh bien, parce que je me bats déjà avec mes propres démons. Je suis loin d’être parfaite.
— Tu es parfaite pour moi.
— Nan, c’est faux. J’ai fait pas mal de choses par le passé dont je ne suis pas fière. Je dois apprendre à vivre avec et ce n’est pas facile tous les jours malgré ce que je laisse paraître, annoncé-je faiblement le sourire triste accroché aux lèvres, tout en levant les sourcils au ciel.
— Tu développes ?
Sa main protectrice glisse sur ma cuisse dénudée en guise de réconfort. J’y noue mes doigts, heureuse de pouvoir m’y raccrocher avec ce que je m’apprête à faire : me mettre à nue au sens figuré.
Je dirige mon visage en direction du plafond et m’éclaircis la gorge avant de me jeter dans le vide, peu certaine de me dévoiler entièrement.
— Mon frère est ma seule famille. Nos parents ont perdu nos gardes quand j’avais une dizaine d’années. Lane était tout juste majeur et parce que je refusais d’être séparé de lui, les services sociaux ont fait l’exception de lui donner ma garde. Je n’ai pas vécu tes épreuves, j’en ai enduré des similaires, à la différence que mes vieux étaient des toxicos fauchés, ne se donnant pas la peine de s’occuper de moi ou même de me nourrir.
— J’en suis absolument navré Bella, murmure-t-il dans ma chevelure à présent lovée contre lui.
— Tu n’y es pour rien si nos géniteurs ou assimilés sont des sacs à merde ! sifflé-je.
— Comme quoi beau quartier ou malfamé, une fois les portes d’entrée fermées, nulle ne sait ce qui s’y passe vraiment. À nous deux nous formons une belle équipe de canard boiteux !
— Tu ne crois pas si bien dire. Mis à part qu’au sein de beaux quartiers tu ne risques pas ta vie à chaque coin de villas embourgeoisées.
— Touché ! Tu as dû te battre pour te faire une place au sommet ?
— Bec et ongles, ouais, et m’autoproclamer reine des garces.
— Une vraie tigresse, j’adore mon amour… susurre-t-il contre ma mâchoire.
— Ne dis pas ça ! C’était il y a longtemps et pourtant, encore aujourd’hui, je suis loin de faire l’unanimité tant ma façon de m’imposer était chirurgicale. Être la sœur de ne m’a pas toujours été bénéfique, même si mon titre m’a ouvert bien des portes y compris certaines que j’aurais préféré ne pas connaître. Ils m’ont testée pour voir où se trouvaient mes limites, ainsi que ma loyauté envers mon propre frère puis jalousée et convoitée.
— Tu es bien énigmatique sur ton passé Bella. Tu n’es obligée de rien, si tu ne te sens pas de m’en parler ce soir ça ne fait aucun problème, okay ?
— Tout ce que je peux te dire c’est que je suis loin d’être fière de ce que j’ai fait pour en survivre, dans mon monde c’est marche ou crève. Il n’y a pas de demi-mesure et chaque faiblesse est exploitée sans exception. Ça fait de moi celle que je suis à présent. J’ai au moins réussi à accepter cette facette de ma personnalité ; pour le reste, seul le temps m’aidera à arpenter ce douloureux chemin.
— Tu peux être fière de toi Bella car, malgré les épreuves qui t’ont fait plier tu ne t’es pas rompue et avances aujourd’hui vers un avenir la tête haute.
Si seulement Andrea avait une idée du « jusqu’où je suis allée » pour en arriver là, je suis persuadée que son discours serait tout autre…
— Je me fous pas mal du caniveau dans lequel tu as dû te débattre avant aujourd’hui, je t’aime, et ce même si tu étais la veuve noire en personne, ironise-t-il en quête de légèreté.
Mon fiancé me fait rouler sur le côté en m’entraîne dans une bataille d’oreiller effrénée. Chalengeuse, je me bats comme une lionne, malgré ma défaite évidente ! Mais qu’importe, j’accueille cette douce parenthèse avec bonheur tant que nous le pouvons encore et mon instinct me dit qu’Andrea en fait de même.
Tu ne fais pas si bien dire mon beau Miro, au jeu du chaud-froid, tu brûles presque !
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