War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 1 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 1

Andrea 

— Comme d’hab’ Andrea ? me questionne Fabian, un des barmans.

J'acquiesce d'un hochement de tête. Regarde ce dernier me préparer mon verre de Maximo avant de le déposer, avec une grande délicatesse, devant moi sur le bar de chêne massif. Je m'en empare et fais tourner le liquide ambré dans son écrin de cristal, admirant la robe subtile du rhum. Je le porte à mon nez, hume la fragrance de cet alcool charismatique et hors de prix, puis le porte à mes lèvres. Je prends une petite gorgée que je n’avale pas immédiatement afin de laisser tous les épices et aromates enivrer mes papilles gustatives pour finir par m’en délecter. Un verre de Maximo, ça se déguste et s’apprécie à sa juste valeur, comme le spiritueux noble qu’il est. 

La journée a été éprouvante, et ce ne sont pas les deux interminables heures passées au commissariat qui me diront le contraire. J’ai, me semble-t-il, bien mérité un petit moment de lâcher prise. L'alcool enflamme ma trachée sur son passage, comme une punition divine. J’ai bien l'intention de me casser la tête cette nuit et de me faire sucer aussi… ouais, excellente idée ça ! Pour se faire, il ne me reste plus qu'à faire mon choix dans cette marée humaine se déhanchant à un rythme effréné sur le dancefloor du Panam. Les propositions ne manquent pas ni les tentations d’ailleurs. Qu'elles soient blondes, rousse, brune, rouge, rose, bleu, violette, bref… vous l’aurez compris, je n’aurais aucun mal à mener à bien mes projets pour cette soirée.

L'ivresse du rhum commence à se faire sentir. Je me détends peu à peu en sirotant mon verre. Je fais signe à Fabian de me resservir en lui tendant le contenant en cristal. Mon barman l’attrape avec un sourire en coin avant de saisir la bouteille.

—Tu es chaud, patron, ce soir ! clame-t-il assez fort pour passer au-dessus de la mélodie entraînante d’Hangover de Dynoro que crachent les enceintes.

Je souris à mon tour en lui lançant un regard approbateur.

— Besoin de relâcher la pression, Fabian !

— Ce n’est pas moi qui vais t’en empêcher ! ricane-t-il.

— Ce serait regrettable pour ta fiche de salaire, en effet ! raillé-je.

Fabian lève les bras au ciel en signe de reddition. Ouais, il fait bien de ne pas me contrarier. C’est plutôt un bon élément, ça me ferait chier de le lourder, je dois bien l’avouer. Je le suis du regard virevolter d’un client à l’autre derrière son bar avec l’aisance et le professionnalisme pour lesquelles je l’ai embauché quelques mois plus tôt. OK, je vous l'accorde : sa belle gueule n’y est pas pour rien, of course. C’est prouvé, avoir du personnel au physique avantageux accroît les ventes. Fabian plaît à notre clientèle. Ces dames se l’arrachent. Le sexe est le moteur de notre existence et ce dernier fait vendre. Ce n’est rien de plus que la base du business et dans ce domaine j’excelle ! De ce fait, le virer n’est pas une option dans un futur proche. 

Quand je croise le regard de ce dernier, je lui indique que je monte. Je slalome entre les fêtards, frôle au passage Anita, une de mes hôtesses. Je n’aime pas le terme de serveuse, il me fait penser à un bouge. Et le Panam n’a rien avoir avec un bar mal famé. C'est un Club huppé et branché où la jeunesse dorée de New York aime se déhancher. 

Ici le droit d’entrée est très strict, ne rentre pas qui veut. Pour plusieurs raisons : la principale est l’espace. Le club n’a pas une grande capacité d’accueil, ce qui le rend davantage convoité. Dites à un enfant de bourge « peut-être... », et vous deviendrez son obsession. Ces gamins n’ont pas l’habitude d’essuyer des refus. C’est un peu comme l’interdit, il vous pousse à l’enfreindre. Et la seconde raison : son prix. Si vous souhaitez passer le pas de la porte du Panam, il vous faudra débourser la coquette somme de cent dollars par tête. Je sais ce que vous vous dites, c’est horriblement cher pour une boîte de nuit ! Je vous arrête tout de suite, ici ce n’est pas juste un night-club comme un autre…

Les alcools, vins et spiritueux sont du très haut de gamme. On ne vous servira pas une Budweiser à la Homer Simpson, coupé à la flotte. Nan, c’est mort. Chaque famille d’alcool est puisée dans son pays d’origine. La bière est soit Belge, Irlandaise, etc. Les vins sont français, italiens ou californiens. La vodka est Russe, le rhum vient des Antilles et ainsi de suite, plus quelques exceptions, pour sûr. 

Mais surtout, c’est l’ambiance des lieux qui fait toute la différence avec d’autres endroits. Dean, notre DJ résident est un véritable artiste, à la pointe de la technologie et des tendances musicales. Sur les quatre soirées d’ouverture, deux sont réservées à des DJ guests, mondialement connus. Ça me coûte un max de blé, mais c’est un retour sur investissement. Ces nuits-là, le fric coule à flots. La sécurité refuse au bas mot des centaines de personnes, tant le Panam est réputé. Le pied ! Je vous entends vous demander comment un petit con, rital polonais de vingt-

Premièrement : mon sens inné des affaires. Deuxièmement : mon ADN d’enfant de mafieux, très certainement, plus les contacts de mes frères, assurément. Troisièmement : Luciann, mon associé et meilleur ami dans la vie de tous les jours. 

J’ai tout pour être le plus heureux des hommes ? En effet, mais vous êtes loin, même très loin du compte. Néanmoins, attendons d’être un peu plus intimes avant d’en arriver aux confidences.

Je me dirige donc vers mon spot attitré, le coin VIP. C’est une mezzanine surplombant le club. Ici, les prestations y sont un peu différentes. Le service se fait en salle et non au bar comme au rez-de-chaussée et les hôtesses sont dévouées à nos riches clients. Bah oui, encore une fois c’est une question de sélection. Seuls certains clients, les plus gros consommateurs, sont les bienvenus à l’étage. Mon coin à moi est au centre. Trois banquettes en velours noirs, type baroque, forment un petit salon cosy. D’ici, j’ai une vue à quasi trois cent soixante degrés. C’est l’endroit idéal pour observer qui rentre ou sort de mon établissement sans bouger d’un pouce. À l’étage au-dessus se trouve mon penthouse, ma tanière, comme j’aime l’appeler. 

La porte du hall d’accès est astucieusement dissimulée dans le mur. Peu de personnes y ont accès libre, enfin presque libre. Luciann, Livia, ma nièce plus mes deux frères Aurelio et Luca. Les autres et mon personnel n’y mettent pas les pieds, jamais.

Il est à peine 0h10 et pourtant le Panam est presque complet. Dean envoie du lourd niveau son et ça m’aide à me détendre légèrement. Je me vautre sur la banquette de velours tout en continuant ma dégustation. Je ne fais pas partie de ceux aimant fouler le dancefloor. Quand j’y mets un pied, c’est pour une raison bien précise : choper ma proie ! Et ce soir je ne suis absolument pas d’humeur à faire le moindre effort pour trouver de la compagnie. Elles viendront à moi, comme à l’accoutumée, dans l’ombre ! Vous trouvez que je me la raconte ? Alors, attendez de voir le déroulement de la soirée.

Je suis simplement réaliste ; les nanas me tombent dans les bras sans avoir à bouger le petit doigt. Je suis loin d’être un de ces cons s’affichant dans les magazines de mode, mais je me défends sans problème. Mon regard d’onyx, énigmatique, et mon sourire ravageur les envoûtent. Ah oui, j’allais oublier, mon blé et mon club les font grimper dans mon lit à la vitesse de la lumière ! Ouais, j’aurais dû commencer par-là !

Je ne fais que profiter de cette attention, toute relative certes, mais m’assurant néanmoins de bonnes parties de jambe en l’air. À mon âge, ça serait dommage de ne pas profiter de ces délices à profusion… Un salopard moi… ? Peut-être bien… Peu importe, l’essentiel est de prendre son pied. Alerté par ses vibrations, je sors mon smartphone de la poche arrière de mon jeans.

SMS Luciann : 

« Je couche Perla et j’arrive,

j’ai besoin de décompresser ! »

SMS Andrea :

« OK » 

Je verrouille mon iPhone et le pose sans délicatesse sur la table basse face à moi à côté de mes pieds croisés. J’inspire fortement, chasse les souvenirs pesants de la j ournée, puis arbore mon sourire de façade. Ce dernier, couplé à mon humour à toute épreuve, est mon arme ultime. J’ai très vite compris combien les gens étaient plus à leur aise face à une personne soi-disant joyeuse, avenante et souriante. Contrairement à une âme torturée et mélancolique. De ce fait, je noie le poisson en souriant comme un con à tout bout de champ. Finalement, j’ai beaucoup de connaissances et je fréquente énormément de monde. Pourtant je me sens perpétuellement seul et incompris. Putain, je crois bien que je pars en mélo là ! Hors de question d’être en bad ce soir. Je hèle Lucy quand elle passe à proximité de moi. Elle me fait signe d’arriver une fois sa tâche exécutée.

— Bonsoir Andrea ! lâche-t-elle de sa voix suave.

Lucy est une petite brunette aux yeux bleus pétillants de malice et aux courbes tentatrices. Cette nana est un bonbon pour les rétines, mais un supplice pour mon entrejambe ! Pour cause, je ne mélange jamais business et baise… trop de problèmes. Je n’aurai jamais l’honneur de goûter la chair de cette divine créature. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie. Moi je veux du fric, de la puissance, et être envié.

— Maximo, Boss ?

— C’est ça Chérie, acquiescé-je suivi d’un clin d’œil charmeur.

La jeune femme tourne des talons, me laissant une vue dégagée sur son fessier rebondi. D’un geste rapide, je replace ma demi-érection dans mon boxer. Il va vraiment falloir que je tire mon coup avant de commettre une connerie en prenant cette gamine sur le bar. Cette tentatrice revient presque aussi sec avec mon verre de spiritueux en main, le sourire taquin aux lèvres. Nos regards s’accrochent plus longtemps qu’ils ne devraient, faisant bien passer le message, pour enfin prendre fin à l’arrivée de Livia. Ma nièce se jette sur moi comme un boulet de canon, pour m’enlacer.

— Toujours à dragouiller le personnel tonton ?! me questionne-t-elle sans aucun tact.

— N’importe quoi ! riposté-je faisant mine d’être offusqué. Lucy m’apportait mon verre ! me justifié-je.

— Mouaif… et à moi elle ne me demande pas si je veux quelque chose ! poursuit-elle dubitative.

Je hausse les épaules en signe d’incompréhension, mais Lia n’est pas dupe, elle me connaît presque par cœur. Presque… Peu de temps après et servie à son tour, ma nièce se lance dans une conversation “boulot”. Livia travaille pour moi, elle est responsable du PBD, Panam By Day, quand ce dernier n’est encore qu’un piano-bar. Elle excelle à ce poste et cerise sur le gâteau, j’ai une confiance aveugle en elle. C’est une employée hors pair, mais surtout une énorme artiste. Sa voix fait déplacer des foules d’amoureux de la musique. Trois soirs sur six, Lia chante accompagnée de son piano. Son talent est évident, ce ne sont pas les recettes de ces trois soirées qui diront le contraire. Donc ma nièce préférée, en même temps Lia est la seule femme de la famille après sa mère, me fait un petit topo de la journée. Même si j’en ai déjà pris connaissance, je ne lui gâche pas sa joie de me l’annoncer en personne. 

Ce soir, mon prodige n’a pas enflammé la scène par une de ses performances. Elle a engagé un groupe qu’elle avait repéré il y a quelques semaines lors de son séjour au fin fond de la Louisiane. Pari relevé, les Loui’s Band ont fait un carton au Panam Bar avec leur style Folk Blues ! Elle échange quelques commérages avant de me laisser, exténuée par sa journée bien remplie.

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