War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 30 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 28

 

Sierra

— Hé Sierra ! Viens, ça va commencer ! m’interpelle Ella.

De surprise, je fais une volte-face en direction de mon amie.

— Oui, c’est bon, calme-toi, je suis là…

C’est à peine si je termine ma phrase que voilà que mon attention se dérobe vers l’objet de mon trouble. L’interruption de ma colocataire n’a duré que quelques secondes cependant, quand je me retourne, Andrea a déjà disparu. C’est une véritable avalanche qui s’abat sur moi immédiatement. Un mélange de tristesse, de frustration, et de colère m’envahit. Très franchement, je n’en ai plus rien à cirer de cette course ridicule. Je ne désire qu’une seule chose : avoir une discussion avec mon fiancé ! Or, il semblerait que ce dernier ne soit pas enclin à me l’accorder. Je tâche néanmoins de faire bonne figure auprès de ceux qui m’entourent. Alors qu’habituellement cette pratique est automatique, à cet instant précis cacher mes émotions étouffantes me coûte grandement.

La main de ma meilleure amie vient tapoter mon bras en quête d’attention de ma part. À contrecœur, je lâche l’horizon désormais vide d’intérêt pour m’accrocher à la vue que Ella me suggère. En une poignée de minutes, la foule autour de nous s’est intensifiée et redouble d’effervescence. L’ambiance est bon enfant, chaleureuse et enjouée. Pourtant, elle est aux antipodes de ce que je ressens au fond de moi. Comme, paralysée, je suis incapable d’émettre le moindre mouvement. Pour la première fois depuis de nombreuses années, je perds mes moyens face au rejet de celui que j’aime. C’est alors qu’une vérité s’impose à moi, je prends pleinement conscience de l’ascendance que représente Andrea sur mon être. De l’importance capitale que cet homme représente pour le bon fonctionnement de mon cœur. D’ailleurs, ce traître bat lourdement dans ma poitrine, tel un métronome guidant ma chute, inévitable !

Le top départ de la course éclate en pleine obscurité mettant, par la même occasion, fin à mes élucubrations pathétiques de fiancée éconduite. Les hurlements de joie et d’excitation de la foule me font sursauter, me rappelant combien j’ai faim et mal aux pieds. La bonne humeur de toutes ces personnes à proximité de moi ne m’atteint pas. Au contraire elle m’agace même, me rappelant combien je me sens mal et absolument pas à ma place ici et maintenant. Les doutes ne font plus partie de mon vocabulaire depuis longtemps, malgré tout si je pouvais me faufiler dans un trou de souris j’irais à toute vitesse pour m’y cacher. Je ne comprends pas pourquoi je ressens une telle chose. Je ne saisis pas pourquoi, j’agis ainsi ou devrais-je dire, je manque cruellement de réaction. Néanmoins, je comprends qu’Andrea me met sur la touche pour une raison que j’ignore… OK… Ressaisis-toi, tu ne vas pas faire comme toutes ses greluches à deux balles ?! NON, tu vas te remuer les fesses et découvrir cette putain de raison !!! Ouais, voilà ce qui est digne de Sierra Faming !

La course prend fin après plusieurs minutes qui m’ont semblé interminables. Sans grande surprise la victoire est attribuée à Andrea. Le vainqueur ameute toute la foule en délire sur son passage ne manquant pas de faire rugir de fureur son bolide. Une petite flamme de fierté réchauffe ma silhouette menue et frigorifiée, emmitouflée dans mon manteau de laine. Inévitablement, un essaim de gonzesses en chaleur court en direction du pilote, telles des folles furieuses. Je contemple au loin ce désastreux spectacle qui, de manière générale, m’indiffère ou tout du mieux m’amuse. Cependant ce soir, ces petites connes me tapent sur les nerfs ! Je sens les flammes de ma jalousie brûler ma peau au point de ne plus accepter ce qui se joue devant mes yeux.

Deux options s’offrent à moi. La première, ronger mon frein en quittant les lieux comme si de rien n’était. La seconde, foncer dans le tas et éjecter ces mouches à merdes. Clairement, ni l’une ni l’autre ne me convient. Ça ne me ressemble pas de subir en silence. Et encore moins de m’abaisser au rang de petite amie jalouse qui se sent en danger. Tout simplement parce que je suis le danger, je suis celle qu’on jalouse et j’ai une réputation à entretenir. Si Andrea désire jouer à ce jeu avec moi, il risque fort de perdre. Mon fiancé semble oublier combien je suis tenace et déterminée, pour ne pas dire têtue comme une mule à la fierté mal placée.

Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué, ni même dans quelle espèce de délire il croit être ? Néanmoins, ça sera sans moi ! Je n’ai ni l’envie, ni la force, ni le temps pour ce genre de provocation futile sans oublier que j’ai passé l’âge pour ces conneries. De plus mon humeur massacrante grandit de minute en minute. Tout ce cirque ne m’indique pas la bonne façon pour agir. Si je ne dis rien ou bien fais un scandale, d’une façon ou d’une autre, je passerai pour une pauvre fille. Et ça je ne peux pas me le permettre. Je ne remettrai plus jamais un pied dans ce camp-là, qu’il s’agisse d’Andrea ou non. Les garces ont un avantage sur les pauvres filles : elles les dévorent…

Pour l’occasion, Luciann a organisé une soirée au hangar. Ça a davantage les allures d’une rave party plutôt que d'une Soirée clubbing classique. Ce type de fête doit certainement trouver grâce aux yeux de la population présente ce soir. Il faut dire que je suis peu habituée à errer dans ce genre de party. Mon goût pour le luxe et le dresscode m’imposent une certaine rigueur que j’affectionne tout particulièrement. Or, ici j’ai davantage le sentiment de me débattre au milieu d’une foule d'étudiants attardés et de surcroît totalement fauchés. Absolument pas ma came ! Je me demande bien ce qu’Andrea trouve de si gratifiant dans de pareilles soirées ? Néanmoins, pour l’heure je vais mettre mon ressentiment de côté pour chercher un minimum de réconfort en compagnie d’un bon verre d’alcool. Ce dernier m’éclairera sur l’argument pour confronter Andrea. Ou encore, la sagesse afin de passer au-dessus de son défi en gardant la tête haute. Qu’elle sera la tournure de cette soirée ? Seul l’avenir me le dira...

Mes pieds me font un mal de chien, ils me guident cependant jusqu’à l’intérieur du bâtiment à la suite de la joyeuse troupe. Je me fraye un chemin jusqu’au bar improvisé en rythme avec la mélodie envoutante de Girl Like You, que crachent les enceintes. Je n’ai pas besoin d’attendre bien longtemps avant d’être servie par le guignol qui se tient derrière le comptoir. Je porte le verre qu’il vient de me tendre à mes lèvres avant de sentir la morsure qu’inflige l’alcool en dévalant ma trachée. Comme si ma vie en dépendait, je vide le contenant d’une traite.

— Quelle descente !

Je grogne d’agacement pour toute réponse avant de faire signe au barman de me resservir de nouveau.

— Vas-y mollo, ce n’est pas de la flotte !

Je réitère mon geste et vide mon deuxième verre de la même manière.

— Sérieux, tu vas être malade...

— Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Tu es mon frère ?

— Perso, que dalle ! En revanche, si ton frangin venait à savoir que je n’ai rien fait pour t’en empêcher, c’est bien ma tête que je risquerais, crache-t-il.

— Mon cher Riviera, combien de fois t’ai-je dit ne pas avoir besoin de toi ? Un paquet… J’ai encore moins besoin d’être fliquée par l’un de ses chiens de garde. Tu n’as absolument aucun droit sur moi, Lane non plus d’ailleurs ! Je suis une grande fille et je sais ce que je fais, donc inutile de venir me casser la tête. Je ne suis pas d’humeur !

D’un geste de la main, je hèle une nouvelle fois le barman. Mon troisième remontant en main, je le vide aussi sec tout en narguant et provocant du regard par-dessus mon gobelet le jeune homme face à moi. Ses narines se dilatent et ses iris de glace me fusillent de mécontentement. On dirait bien que j’ai épuisé sa patience. Parfait ! Il va enfin me lâcher les escarpins. Mais, alors que je ne m’y attends pas, Riviera tape dans mon verre, me l’arrachant par la même occasion de la main.

— Putain, tu me fais royalement chier Riviera ! vociféré-je.

Je prends mes jambes à mon cou, le laissant derrière moi, pour me diriger telle une furie aux toilettes. Je pousse les personnes sur mon passage qui me séparent des escaliers. Arrivée au point de chute, je m’engouffre dans la petite pièce d’eau afin d’éponger l’alcool renversé jusque dans mes chaussures. Je peste et marmonne dans ma barbe. Cette soirée est définitivement pourrie. La fatigue intensifiée par les boissons ingurgitées à la va-vite commence à se faire sentir. J’ai de plus en plus de mal à me contenir, à rester calme et à garder les idées claires. Brillante idée de picoler le ventre vide, meuf !

Une fois le désastre épongé, je prends la décision d’en rester là pour ce soir. C’était décidément une mauvaise idée de venir. Il y a des jours où il vaudrait mieux rester au lit. Et bien sûr, sur ces belles paroles, c’est ce dernier que je m’apprête à rejoindre. Il paraît qu’une bonne nuit de sommeil porte conseil, pour une fois dans ma vie je devrais l’écouter. Il fera jour à nouveau demain et incontestablement je serai plus à même de me débattre avec les délires d’Andrea. D’un pas décidé et quelque peu chancelant, je quitte la petite pièce pour battre en retraite et me réfugier à l’appartement. C’est alors que, perdue quelque part dans mes réflexions alcoolisées, je percute un corps massif de plein fouet. Comme aimanté, le mien frémit à son contact. Des effluves masculins mêlés de parfum, d’alcool et tabac s’échappent de cet homme pour venir immédiatement électriser mes sens. Deux mains me rattrapent et me repoussent avec rudesse avant d’être foudroyée par des prunelles obsidiennes.

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