War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 4 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 4

 

 Sierra

Quand je quitte le Panam, il est déjà quatre heures du matin. Ella est rentrée à l’appartement depuis plus d’une heure, si j’en crois le SMS qu’elle m’a envoyé. Un infime soupçon de culpabilité m’anime pendant un court instant. La faire sortir de son lit pour la traîner en soirée n’a pas été une mince affaire. Ma colocataire enchaîne les services à la pizzeria où elle travaille depuis deux ans. C’est un métier extrêmement physique et abusivement sous-payé… Cependant, ma meilleure amie est endurante et courageuse. Les filles comme nous, celles qui désirent se sortir du cercle vicieux des quartiers craignos, ont un choix de carrière très limité : prostitution, escroquerie et dévouement au service de ceux qui peuvent se le permettre. J’ai fait le choix de carrière numéro deux quand Ella a préféré rester intègre et respectable aux yeux de Dieu… tissu de connerie ! Je ne comprends pas en quoi être la bonne de service la rend plus respectable que… moi, par exemple.

Il est beaucoup trop tôt ou trop tard pour avoir ce genre de réflexions. Mon cerveau montre des signes limpides de fatigue et mon corps manque vraisemblablement de force pour me conduire jusqu’à mon lit douillet. Puisqu’il en est ainsi, je rends les armes et m’échoue avec perte et fracas sur le divan au milieu de notre petit salon.

***

— Debout la belle au bois dormant !

La voix bien trop enjouée de ma coloc me vrille les tympans. Je proteste et tente de lui balancer mon oreiller en pleine tête tout en gardant les yeux clos. Mais c’est sans surprise que je n’atteins pas mon but. 

— Loupé… chantonne-t-elle. En ayant les yeux ouverts, tu ne sais déjà pas viser, alors là… tu n’espérais pas y arriver, rassure-moi ? 

— La ferme, grogné-je d’agacement. Et sors de ma chambre !

— Je voudrais bien, si seulement tu y étais !

What ?! De quoi parle-t-elle ? 

J’ouvre un œil et découvre qu’en effet je me suis endormie dans notre canapé. Voilà bien une des rares fois où ma petite taille n’est pas un désavantage. Je me redresse avant de m’affaler contre le dossier un peu raide du sofa.

— Dure nuit ? 

Ella me tend un mug rempli de caféine que je saisis avec plaisir. J’en bois un peu tout en rassemblant mes idées.

— Si par dure, tu entends… danser, boire quelques verres avec un bel inconnu et finir à califourchon dessus… Alors oui, ce fut une sacrée soirée ma chère Ella.

Je replonge mon nez dans ma tasse de café attendant que mon amie dise quelque chose. 

— Quoi ?! Vas-y déballe tout, ma cocotte ! Entre tes histoires d’un soir et mes romances coquines, c’est ce qui se rapproche le plus d’une vie sexuelle pour moi, débite-t-elle impatiente.

Je jure d’amusement dans mon mug avant de le vider.

— Que veux-tu savoir ?

— Tout évidemment ! Attends, c’était du business ou perso ? 

Je ne peux m’empêcher de serrer les mâchoires à chaque fois qu’elle me pose cette question-là. 

— Perso.

— Oh punaise ! Dépêche-toi ! 

— OK, voyons voir… 

Après dix bonnes minutes d’interrogatoire, Ella a du contenu pour ses fantasmes nocturnes.

— Ma chérie, tu ne peux pas continuer à vivre une vie à travers moi. Tu as vingt-cinq ans, tu es belle comme un cœur…

— Un cœur bien enrobé, ouais… 

— Qu’est-ce que tu marmonnes ?

— Rien, juste que c’est plus facile pour toi.

Je me décale pour la voir de face, agacée par ses dénigrations habituelles.

— Tu insinues que tu es moins belle que moi ?

— Sois réaliste, regarde-toi et regarde-moi. Je suis une petite boulette !

C’est parti, je mets pour la cent millième fois ma casquette de féministe défenseuse de l’égalité entre femmes. Du moins, juste pour Ella, les autres je m’en balance royalement. Il n’y a que ma meilleure amie qui mérite tant de bienveillance de ma part. 

— Écoute-moi bien Manuella Ramirez, car j’en ai par-dessus la tête de te le répéter. Le dicton dit : « Il est préférable de faire envie que pitié ». Tu as des formes et alors ? Je ne vois pas où est le problème, meuf … Elles sont ultra féminines ! Et crois-moi, beaucoup d’hommes sont appréciateurs de femmes latines. 

— Mouais, mais pas Batista Riviera...

— Qu’est-ce que t’en sais ? rétorqué-je.

— Mon sens de l’observation. Il te bouffe du regard dès qu’il t’aperçoit et ça depuis cette satanée nuit…

— Mouais, admettons…, coupé-je cours de peur qu’elle évoque davantage cette nuit-là.

J’inspire à pleins poumons pour garder mon calme et ne pas perdre pied. Les douloureux souvenirs ressurgissant de ce foutu passé tentent avec vigueur de m’emporter avec eux. Inlassablement ! Je me relève d’un bon, comme si les braises de mes ténèbres venaient de me brûler. Je refoule la bile qui gagne du terrain dans ma trachée. Non, j’ai passé une trop bonne soirée pour me laisser emporter dans cette spirale néfaste. 

— Tu travailles aujourd’hui ? 

— Je commence mon service dans deux heures, pourquoi ?

— Ça te dit qu’on se fasse une gaufre ? Je t’invite.

— Si tu m’invites, je ne peux pas refuser. 

— Parfait ! Je file sous la douche et on décampe, bombasse.

J’aimerais dire que je me dirige dans le grand couloir qui dessert la salle de bain, mais notre appartement est aussi grand qu’un placard à balai. En trois enjambées, vous avez fait le tour du propriétaire… 

— Et pour Riviera, surprends-le.

— Comment ça ? bredouille-t-elle.

— J’sais pas, commence par lui montrer que t’aimes les bagnoles au moins autant que lui… même si je ne comprends pas trop votre délire avec. Bref, affirme-toi Ella. 

 

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