War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 41 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 38

 

Sierra

J’ouvre mes paupières et découvre Andrea, étalé de tout son long sur le lit, plongé dans un sommeil de plomb. La vue est tellement belle que je ne me rends pas immédiatement compte qu’il s’est réveillé, jusqu’à ce qu’il me contemple à son tour. L’instant est comme suspendu dans le temps, nous restons parfaitement immobiles à la seule exception de nos poitrines qui s’animent sous nos respirations. 

— Bonjour, mon ange.

— Bonjour, mon amour…

— Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

— Parce que tu es beau et que je t’aime… c’est aussi simple que ça, réponds-je doucement.

— Et toi pourquoi me regardes-tu ainsi ?

Ma question reste un petit moment en suspens et quand je pense qu’il ne répondra plus, la voix d’Andrea vient me transpercer de toute part.

— Lane était présent hier soir.

Je déglutis avec difficulté, la gorge nouée par le stress. Je maintiens, néanmoins, une attitude sereine en total contrôle de mes émotions tout en gardant le silence.

— Tu ne me demandes pas de quoi nous avons bien pu parler ?

— Inutile, je sais que tu vas le faire.

Je quitte notre lit d’un pas léger et me dirige tranquillement vers la cuisine. En réalité, je fuis tellement l’agacement bouillonne en moi.

— C’est comme ça que tu affrontes la discussion ? balance Andrea à travers les mètres carrés de l’appartement.

— Si l’heure est venue pour les aveux, je préfère la commencer avec de la caféine dans le sang ! Ça te pose un problème ? répliqué-je sur le même ton que lui.

De retour quelques minutes plus tard dans la chambre à coucher, je tends de ma main valide, une tasse contenant l’expresso à mon ronchon de fiancé.

— Tiens, ça te rendra aimable, ricané-je avant d’aller chercher mon mug resté sur le plan de travail.

Nous nous regardons, dans le calme, un certain temps en chien de faïence derrière nos tasses à café. Nous savons tous deux que l’avis de tempête est annoncé. Je me prépare mentalement à cette discussion, pied au mur, je n’ai plus le choix à présent que mon frère lui a balancé le fin mot de l’histoire. Il est grand temps de lui raconter ma vérité ! Il y a bien longtemps que j’aurais dû le faire, cependant ce que je m’apprête à révéler à mon fiancé fait partie de la part sombre de mon existence que j’ai toujours autant de mal à assumer. Andrea vient de terminer son expresso, alors je fais de même avec mon café allongé.

— Demande-moi ce que tu veux savoir, annoncé-je en ouvrant les hostilités.

— Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit ?

— T'es sympa, tu commences par une question plutôt simple : parce que j’ai honte de mon passé.

— Honte ?! Mais pourquoi aurais-tu honte ?

— Tu veux vraiment que je te fasse un dessin ?

— Si ça peut m’aider à comprendre, oui.

— Plus de caféine ! lâché-je tout en me relevant d’un bond du lit.

J’attrape au vol la petite tasse que tend dans ma direction Andrea pour que je le ravitaille lui aussi. De nouveau, j’arpente l’appartement en quête de notre Or noir. Inutile de débattre sur le sujet, car oui, c’est une pitoyable tentative de dissimuler mon trouble. Une fois encore de retour dans la chambre, je dépose l’espresso au creux de la main Andrea et repars récupérer mon mug à la cuisine. Puis je prends place dans la chauffeuse cosy de velours bleu nuit, juste en face du king size. Je bois une longue gorgée de café pour me donner du courage. Mon regard se balade sur la plastique de l’homme que j’aime, adossé à la tête de lit. Je suis des yeux le tracé de l’encre qui recouvre sa peau, cette vision me porte vers les doux souvenirs de nos corps enlacés. Je rejette d’un coup ces pensées luxuriantes de mon esprit pour me focaliser sur les attentes de mon compagnon. C’est parti, je me jette à l’eau…

— Tu m’as demandé pourquoi j’avais honte de mon passé. Eh bien, comme toi il a été marqué par de la souffrance, de la tristesse et un sentiment accru d’abandon. Contrairement à ton schéma familial, le mien était totalement dysfonctionnel.

— Tu ne m’as jamais caché le fait que ton frère t’avait élevé seul.

— En effet, Lane a eu ma garde parce que notre mère était une toxico. Georgia se droguait tellement qu’elle n’a jamais su qui étaient nos pères respectifs, poursuis-je, la rage d’elle au ventre. Nous manquions perpétuellement de nourriture, d’électricité et d’amour maternel. Ça s’est gâté pour moi vers mes huit ans, quand Georgia s'est mise à enchaîner les mecs. Évidemment, aucun d’entre eux ne ressemblait de près ou de loin à des princes charmants ! Cette salope a vite compris qu’elle pouvait tirer profit de ses propres enfants et surtout de moi.

Je fais une pause pour respirer et refréner la crise d’angoisse qui gagne du terrain dans ma tête. Jusqu’alors, je n’avais révélé ma maltraitance à haute voix à quiconque, pas même à mon frère et aux services sociaux.

— J’ai très peu de souvenirs de ces sales années, je les ai effacées de ma mémoire par autodéfense. En revanche, Lane avait seize ans et n’en a pas perdu une miette. Notre génitrice laissait ses compagnons de débauche jouer avec moi en échange de quelques grammes de poudre.

J’ai débité mon récit le regard perdu dans le vague, incapable d’affronter celui d’Andrea. Je me risque alors à m’y accrocher en quête d’un quelconque réconfort de sa part. Et ce que j’y lis est bouleversant ! Andrea vit chaque mot sortant de ma bouche, comme s’il avait été à ma place dans ces ténèbres.

— Nous avons tous deux vécu l’enfer très jeune, articule-t-il avec amertume.

— Quel magnifique point en commun, ironisé-je afin d’alléger l’atmosphère plombée par mes révélations.

— Qui est Flores ?

Je souris en réponse à cette dernière question. Nous savons lui comme moi de qui il s’agit, merci frangin…

— Un revenant extrêmement dérangeant…

— On sait tous les deux que tu peux faire mieux, mon ange. Accouche !

— Flores a rapidement compris que j’étais une petite fille en mal d’attention. Il m’a d’abord prise sous son aile avant de me recruter pour faire prospérer son business de proxénète. Le job était assez simple et plutôt bien payé. Il flairait les proies et je m’occupais avec brio de les dépouiller !

— Raconte-moi comment tu t’y prenais ? J’en mets ma main à couper que tu devais être grandiose en croqueuse de diamants ! quémande-t-il avec amusement.

Je fais mine d’y réfléchir tandis qu’Andrea fait le pitre en imitant avec médiocrité la moue que je fais à cet instant.

— Voyons voir… Premièrement, j’étais sa meilleure fille ! Deuxièmement, je prenais un plaisir non dissimulé à dépouiller les hommes mariés que j’avais pour cible. Mon mode opératoire était rodé, j’accostais le type en me faisant passer pour une touriste venant d’un trou paumé des States, je le faisais boire et parler de sa vie. Puis rapidement nous finissions dans ma chambre d’hôtel, enfin c’est ce que je lui faisais gober avant de le droguer et le lui faire les poches.

— Bonjour le réveil ! 

— Je ne te le fais pas dire…

— Les profits ont vite été insuffisants pour Flores.

Je soupire tout en haussant des sourcils à son analyse édulcorée.

— Entre autres, mais ce n’est pas la véritable raison. Steven a d’abord voulu que je flaire de plus gros poissons.

— Laisse-moi deviner, des hommes de l’envergure de Luciann ou…

— Toi ? Exactement. Mais c’était une clientèle avec des exigences qui imposaient de se désaper.

Andrea soupire à son tour tout en passant sa main sur son visage pour accuser le coup avant de me faire signe de poursuivre.

— C’était il y a longtemps, bien avant que j’aie eu vent de ton existence, Miro, l’imploré-je.

Ses traits se raffermissent, je décide alors de passer au résumé succinct de la fin de mon histoire.

—Bref… Flores a fait partie des nombreux compagnons de route de ma génitrice, plus précisément son dealer.

Je vois Andrea tiquer à cette révélation. J’en conclus que Lane ne lui a pas raconté toute l’histoire me concernant.

— Un soir, alors que j’étais venue plaider ma cause sur mon désaccord de faire la pute pour lui, Steven m’a avoué être tombé éperdument amoureux de moi. J’ai, dans un premier temps, été flattée dans mon égo. Cependant ce fut de très courte durée.

— Pourquoi ? m’interroge mon fiancé l’air un peu perdu.

— Je me souviens de sa phrase mots pour mots : « J’ai su voir, à travers les larmes qui coulaient sur tes joues juvéniles, combien tu m’aimais toi aussi et que tes pleurs étaient en réalité des suppliques pour que je m’enfonce encore et encore en toi… ma magnifique petite Sierra ! ».

J’aimerais tant oublier cette maudite phrase…

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