War of Hearts (French Edition)

Marjory Kenlay · Chapitre 6 sur 52

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War of Hearts (French Edition)

Chapitre 6

Sierra

J’ai une tête affreuse ce matin, les différentes techniques de make-up vont difficilement venir à mon secours. J’inspecte mon visage dans le miroir de la miteuse salle de bain dont dispose mon minuscule appartement. L’étendue des dégâts est considérable. Et les prouesses de camouflage dont je vais devoir user pour arriver à créer l’illusion également ! Mes cernes et ma mine blafarde sont le résultat de ma nuit blanche passée en compagnie du beau brun aux yeux noirs. On peut dire que je me suis fait avoir comme une bleue sur ce coup-là !

***

Huit heures plus tôt,

Ella a tenu à ce qu’on aille jeter un œil à une soi-disant course de rue. Quand il s’agit de voiture et qu’en plus un certain latino est censé être présent, Ella est impossible à gérer. Et moi, j’adore quand elle est enthousiaste ! Mon amie a eu cette information par le biais de son cousin Luis qui est un ami proche de Batista Riviera. Ella a le béguin pour ce mec. Je ne peux l’en blâmer, Batista a toujours été canon et en prenant un peu d’âge, sa beauté s’est affirmée. Le hic, Riviera en a pleinement conscience, rendant son comportement répugnant. Les femmes ne représentent rien à ses yeux, nous sommes du bétail juste bon à écarter les cuisses pour lui. Ça ne me dérange pas outre mesure, mais vous voyez le genre, je ne saute pas de joie à l’idée que ma meilleure amie perde son temps à s’amouracher d’un misogyne pareil. Elle mérite mieux qu’un mec comme lui et risque sérieusement de s’y brûler les ailes. Nous valons toutes mieux qu’être traité ainsi. Simplement, les meufs comme moi n’y faisons plus attention, aveuglées et obnubilées par notre quête de richesse. Je n’ai jamais été une de celles pour lesquelles le romantisme avait sa place. Mais Ella, oui. Je ne veux pas lui casser son trip ni pour autant la bercer d’espoir frivole.

Peut-être devrais-je me focaliser sur Batista au lieu de vouloir prendre Andrea dans mes filets ? L’exercice serait d’une facilité enfantine, un brin trop simple même. Riviera me court après depuis quelque temps maintenant. Depuis cette maudite soirée. Ou bien c’est à partir de ce moment-là que je me suis aperçue qu’il existait… Je n’ai qu’un mot à dire pour qu’il soit à moi. Honnêtement, c’est une piste à ne pas exclure, ce mec est mon plan B. Si Andrea ne veut vraiment pas de moi, je n’aurais pas d’autre choix, je me contenterai du beau brun aux yeux de glace. En revanche, je pourrais dire adieu à ma plus vieille et seule amie…

Nan, ça serait dégueulasse, même pour une pétasse comme moi ! Je dois sûrement vous paraître abjecte. Simplement, mon seul but est de m’élever socialement. L’amour et les sentiments n’ont pas leur place chez moi, ils affaiblissent. Je dois rester lucide, focus sur mon plan initial. L’amour n’est qu’un tissu de mensonges et les sentiments vont et viennent. Aucun couple ne dure, il y en a toujours un des deux qui aime et s’investit plus. Alors, à quoi bon montrer ses faiblesses pour se les prendre dans les dents tel un boomerang au pire moment ? Je préfère rester sans cœur, c’est moins risqué !

Ella gare la voiture aux côtés des autres véhicules. Au même instant, mon iPhone en main m’avertit de l’arrivée d’un SMS. Je le déverrouille et jette un œil suspect au destinataire inconnu :

SMS inconnu :

Bonsoir Dahlia noir…

Perplexe, je relis à deux fois les trois mots que contient le message, sans me sentir concerné. Je tape à la va-vite : « Erreur de numéro », avant d’effacer la conversation et de ranger l’appareil dans mon sac à main pour sortir du véhicule.

À peine, je pose mon pied sur le sol que ma vessie fait des siennes, ce n’est pas faute d’être allée aux WC avant de prendre la route. Évidemment, les litres de café ingurgités n’étaient pas l’idée du siècle… Le site grouille déjà de monde. L’excitation des visiteurs est palpable. Je suis mon amie qui slalome entre les voitures et les gens. De ma main sur son bras, je la freine légèrement et lui indique que j’ai besoin d'aller aux WC. Comme je m’en doutais, il n’y en a pas, je vais devoir me soulager dans la nature. Agacée, j’active le pas vers un endroit isolé, laissant derrière moi mon idiote de copine jacasser et rire à mon propos. Élancée comme un boulet de canon dans l’obscurité, je percute une masse corporelle dure et chaude à la fois. Je relève la tête et distingue avec difficulté de qui il s’agit.

Sa voix masculine et charismatique est gravée dans ma mémoire depuis cette soirée. Impossible de l’oublier. Miro… Face à ma stupéfaction, Ella capte rapidement mon malaise. N’étant pas disposée à lui répondre ni même entrer dans les détails, je l’envoie balader. Mon amie bougonne, mais finit par tourner des talons pour rejoindre la bande de son cousin. Je ne comprends pas bien la présence du beau brun ici, jusqu’à ce qu’il propose gentiment de régler mon problème de vessie après vivement m’avoir déconseillé de m’approcher de sa voiture. Une voiture de sport blanche très agressive aux côtés d’un 4x4 Audi noir ultra classe. Lui aussi doit être un mordu de courses sauvages au même titre que tous ces gens. Personnellement, je ne connais rien aux voitures et m’en porte comme un charme. Le principal c’est qu’elles soient allemandes et en jettent grave, vu de ma fenêtre ça ne va pas plus loin que ça.

Miro me tend la main et comme l’autre soir, je la saisis. Je le laisse me guider vers un hangar, m’étonnant presque de ne pas être méfiante face à son geste. Je me questionne rapidement et en effet, ce mec m’inspire confiance. C’est hilarant quand on sait combien je suis méfiante de base. Je n’accorde pas facilement ma confiance aux autres. Cet homme embrouille ma tête et la perception que j’ai de lui. 

Quand nous pénétrons dans le hangar, je suis abasourdie par ce que j’y découvre. C’est une réplique presque parfaite d’une concession automobile de luxe. Différentes marques se côtoient comme Audi Sport, Porsche, Maserati, Lamborghini et d’autres que je ne connais absolument pas. Ma contemplation est vite interrompue par mon hôte guidant mes pas vers un escalier. Ce dernier est entièrement constitué de fer et de bois. J’arpente les marches une à une avec prudence, loin de moi l’envie de me casser la figure. Même si ma paire de chaussures compensée est stable et confortable, je dois rester vigilante. À l'étage, je suis une fois de plus prise de court par le loft qui le compose.

— C’est chez toi ? déclaré-je dubitative.

— Oui et non, ça satisfait ta curiosité ?

— Pas vraiment, mais je dois faire avec, je suppose ?

— Tu supposes bien Bella.

—Évidemment. Mystérieux un jour, mystérieux toujours… 

— Les toilettes sont là, je t’attends dans la pièce d’à côté, m’annonce-t-il avant de jeter un œil à sa montre.

Je m’engouffre dans la petite salle de bain qui doit regrouper, à elle seule, la superficie de mon appartement. Je fais mon affaire et une fois soulagée, je me lave les mains. J’en profite pour inspecter mon reflet dans le miroir avant de rejoindre Miro. Pour ne pas changer, je le trouve collé à son écran de smartphone. J’ai du mal à saisir cet intérêt constant pour son téléphone, en même temps je ne connais rien de cet homme. Il est l’incarnation parfaite du Mystery Man et ne semble pas vouloir me dévoiler quoi que ce soit. Après tout, je ne suis personne en particulier et mon statut de plan cul d’une soirée ne me donne droit à rien. En général je m’en satisferai, pourtant ce mec m’intrigue plus que de raison avec un goût de reviens-y.

— Encore accaparé par ton portable, constaté-je sur le ton de l’accusation.

Il relève la tête en me foudroyant de ses yeux noirs. Une chose bizarre s’anime au fond de mes entrailles, me laissant coite.

— J’avais presque oublié combien t’étais chieuse !

— Généralement, je marque les esprits mon cher Miro, tu me vexes presque… insisté-je, histoire d’avoir le dernier mot.

Je suis déçue de constater combien notre jeu de celui qui pisse le plus loin ne l’intéresse pas davantage. Quand il consulte une nouvelle fois en moins de dix minutes sa montre, mon agacement explose.

— T’as qu’à le dire si je te fais chier et que t’as mieux à faire ! craché-je avec force.

— Tu es agaçante en effet, et oui j’ai à faire, comme gagner une course !

Je reste bouche bée par son aveu. Comme ça, je le saoule ! Il ne manque pas de toupet celui-là ! Muette, je le regarde se relever de son fauteuil, me passer devant pour gagner les escaliers. Miro se stoppe dos à moi, juste avant d’atteindre la première marche.

— Sauf erreur de ma part, t’es bien venue pour assister à une race ? Alors, prépare ton joli petit cul, car je vais la remporter et te baiser toute la nuit pour fêter ma victoire, Bella ! 

 

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