War of Hearts (French Edition)
Chapitre 34
Andrea
Bordel, ma tête ! Je suis réveillé par la sonnerie discontinue de mon téléphone. Je le cherche à tâtons autour de moi sans me décider à ouvrir un œil de peur que la lumière du jour me vrille des neurones. En même temps que je m’affaire, je sens l’alcool s’échapper de chacun des pores de ma peau. N’arrivant pas à trouver mon but, je me risque à ouvrir une paupière, instantanément foudroyé par la luminosité. Je finis par mettre la main sur l’objet de malheur, qui ne cesse de hurler dans mes oreilles. Puis, je décroche à la dérobée.
— Ouais…
— C’est pas trop tôt !
— J’étais en train de pioncer je te signale, râlé-je en entendant la voix de mon meilleur ami.
— T’es où ?
— Au même endroit qu’hier soir… Que me vaut l’honneur de ce réveil en fanfare ?
— T’es apte à prendre ta caisse ?
— Nan, pas vraiment, je suis plus proche d’un tonneau de rhum qu’un homme, raillé-je encore dans le gaz. Pourquoi tu me demandes ça ?
— Prépare-toi, je serais là dans dix minutes, je viens te chercher, déclare Luciann qui, au ton de sa voix, m’a l’air sur les dents.
What !? Il m’est difficile de réfléchir correctement étant donné le fort taux d’alcool toujours présent dans mon organisme. En revanche, mon sixième sens s’active en me mettant un coup de pied au derrière pour décoller mon cul du plumard.
—Pour aller où ?
— Je t’expliquerai tout en chemin. Je dois te laisser, j’ai un double appel…, déclare-t-il avant de me raccrocher à la tronche.
OK…
Je décide de prendre une douche pour me décrasser. L’odeur de binasse ma colle à la peau, je pue grave ! Je me jette sous la flotte dans l’espoir qu’elle dissipe un tant soit peu ma sacrée gueule de bois. C’est plus fort que moi, mon cerveau turbine en marche forcée, je frotte ma peau avec acharnement, agacé par mon comportement. Je ne m’attarde pas des plombes, je me rince rapidement avant d’éteindre les jets d’eau.
Quand je suis prêt, je me prépare un ristretto que j’ingurgite cul sec.
— Elles sont interminables tes dix minutes mec, ronchonné-je impatient que Luciann rapplique.
Je tiens difficilement en place tant la curiosité me ronge, et ce malgré le temps tué sous la douche. Je récupère mon portable échoué sur le canapé. Dès que je le prends dans mes mains, l’écran m’informe de nombreuses notifications non lues. Mails, réseaux sociaux et pas moins de quinze appels en absence y figurent ! Néanmoins, mon attention est captivée par ceux provenant de Sierra. Il y en a dix au total, tous à quelques secondes d’intervalle.
Voilà que je culpabilise en pensant à elle et la façon dont je l’ai traitée. Je m’en veux d’avoir joué au roi des cons hier soir. J’ai contre-attaqué en cherchant à la blesser pour ses actes. J’inspire fortement et expire plus lentement préférant garder mon semblant de calme, encore un peu. Putain, t’es qu’une grosse merde, mec ! Hier, je trouvais ça évident, totalement aveuglé par mon sentiment de trahison. Cependant, ce matin, je ne suis plus sûr de rien… j’ai agi excessivement en refusant d’en discuter avec elle. En vrai, je m’en fous royalement du pognon ou de ma montre, ça ne représente rien à mes yeux. Je ne suis pas prêt à lui pardonner, ça serait bien trop facile. En même temps, je me répète qu’il y’a tellement plus grave que des embrouilles de fric… Sierra, elle, est plus importante que ça et représente absolument tout pour moi… Je ne sais pas quoi faire ! J’ai besoin de la voir ! C’est la merde.
Mon iPhone toujours dans ma main, je m’empresse d’appeler ma belle. Les tonalités s’écoulent sans que Sierra les interrompe. La mort dans l’âme, je recommence à plusieurs reprises. C’est alors que la sonnerie de Luciann retentit m’avertissant son arrivée au hangar. Je dévale les marches de l’escalier et pars le rejoindre sur le parking. J’ouvre à la dérobée la portière du SQ8 et grimpe à l’intérieur.
— Bon, tu balances, man ! questionné-je mon ami.
Ce dernier démarre en trombe dans un rugissement.
— Luciann… Magne-toi t’en as trop dit ! Tu m’emmènes où d’abord ?
— À l’hôpital.
— Heuuu… j’ai juste abusé sur la bouteille hier soir, mais je vais bien, j’ai rien tenté de dingue… et mon évaluation psy n’est que dans dix jours, donc pas la peine.
— Arrête tes conneries, ce n’est pas pour toi qu’on y va. C’est Sierra…
— Quoi Sierra ? Elle t’intéresse maintenant, le provoqué-je.
— Elle a eu un accident, déclare-t-il les mâchoires serrées.
— De quoi tu me parles, man ! ?
— Je ne sais pas grand-chose, commence-t-il. Juste qu’elle va globalement bien.
— Ça veut dire quoi globalement, putain !
— Calme-toi, tu veux ! C’est Lane qui m’a prévenu dès que Riviera lui a appris l’accident de Sierra.
Je pige que dalle à ce qu’il me raconte ! C’est en train de me péter les couilles !
— Un accident ? Où et quand ?
— Riviera dit qu’elle cherchait à te rejoindre au hangar et elle aurait perdu le contrôle de ta C63…
— Comment ce connard est au courant ? Et c’est qui ça Lane ?!
— Andrea, mon frère… il y a pas mal d’éléments que tu ignores concernant Sierra.
— La ferme ! craché-je en balançant un coup de poing dans le tableau de bord du SUV. Je connais l’essentiel, le reste je m’en fous royalement, Luciann.
— Lane est son frère, mais aussi et surtout le chef des East Bastar le
gang de East Harlem, celui-là même avec qui je suis en business sur plusieurs deals.
J’accuse le coup sans savoir comment je dois prendre la nouvelle. En revanche, un véritable brasier est en train de gagner du terrain en moi.
— En résumé, ta belle est la petite sœur de l’homme le plus puissant de EH. On ne devient pas le roi de tout un quartier sans avoir d’ennemis… Sierra s’est foutue dans la merde il y a plusieurs années et aujourd’hui, cette merde refait surface.
J’ai le pressentiment que je ne vais pas aimer la suite de l’histoire… Mes doigts sont recroquevillés fermement en mon poing contre ma cuisse tendue à l’extrême. Je crois qu’au fond de moi, j’ai toujours su que Bella cachait plus de fantômes qu’elle voulait bien me laisser entr’apercevoir. Malgré mon silence, mon ami poursuit son récit.
— Elle a tenté de me joindre hier soir. Elle t’a appelé, non ?
— Ouais… j’ai vu ses appels y a dix minutes. De toute façon, je n’aurais pas été d’humeur à lui répondre si j’avais eu mon téléphone avec moi à la soirée.
J’ai besoin de casser quelque chose, à défaut de péter la tronche de mon meilleur pote. Mon cœur bat à trois cent kilomètre-heure. Je suffoque aux portes de la crise d’angoisse.
— Arrête la bagnole ! Ordonné-je à Luciann. Trouvant que ce dernier ne réagit pas, je beugle de plus belle :
— Arrête cette PUTAIN DE BAGNOLE !!!
Il faut que je sorte ou je vais m’évanouir de claustrophobie. J’ai tout juste le temps de sortir de l’Audi et de faire deux pas que je dégueule tout l’alcool que contient mon estomac sur le bas-côté de la route. Recroquevillé, mes mains appuyées sur mes cuisses je respire à grosse bouffée d’air. Une fois ma nausée calmée, je me redresse doucement pour relâcher toute ma rage.
— PUTAIN DE MERDE !! juré-je à m’en pulvériser les cordes vocales le visage tourné vers le ciel.
Mon ami a la délicatesse de ne pas m’interrompre et d’attendre patiemment que je retrouve un semblant de calme. Au bout de quelques minutes, j’estime que je me suis assez apitoyé sur mon sort et qu’il est temps de faire face à ce qui m’attend. Je reprends place aux côtés de Luciann et sans un mot, je lui fais comprendre que je suis prêt à repartir.
Le paysage défile à travers la vitre du SUV pendant que mon esprit, dévasté, s’acharne à ne penser qu’à Sierra. Je suis incapable d’envisager de la perdre, elle aussi. J’ai besoin d’entendre sa voix… qu’elle me dise que tout va bien… qu’elle va bien. J’essaie de rassembler mes souvenirs de la veille, écrasés par la brume épaisse dans laquelle j’évolue depuis que j’ai émergé… Des bribes me reviennent avec lenteur ce qui met mes nerfs à vif. Je suis à deux doigts de péter de nouveau les plombs.
Elle avait besoin de moi et je l’ai ignorée ! Je me débecte !
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